Cet ouvrage rend hommage à Bernadette Bensaude-Vincent, philosophe et historienne des sciences et des techniques de renommée internationale, et témoigne de la variété et de la fécondité de ses travaux. Ceux-ci ont ouvert la voie à plusieurs courants de recherche dans les études sur les sciences et les technologies : après avoir exploré l'histoire et la philosophie de la chimie, elle a orienté la philosophie des techniques vers les matériaux, développé une réflexion originale sur l'Anthropocène et promu une histoire des sciences par les marges, attentive à la pluralité des savoirs. Son oeuvre prolifique a été récompensée par la médaille Sarton en 2021 et le prix Franklin-Lavoisier en 2024.Les auteurs et les autrices - collègues, étudiant·es ou ami·es de Bernadette Bensaude-Vincent - dialoguent avec ses écrits dans plusieurs champs d'études : histoire de la chimie, materials science, histoire épistémologique des sciences, relations entre les sciences, les techniques et les sociétés, philosophie des techniques, philosophie de l'Anthropocène.
Figure de sagesse et philosophe lettré, magistrat et musicien hors pair, Ostad Elahi (1895-1974) a traversé le XXe siècle, de la Perse à l'Iran moderne, en cultivant un projet singulier. Héritier d'une haute lignée spirituelle, il a exploré les voies de l'expérience religieuse et mystique avant d'en produire une synthèse rationnelle à portée universelle, dégagée des particularismes confessionnels: la " spiritualité naturelle ". Celle-ci ne vise rien de moins que l'accomplissement de l'humanité véritable à travers une pratique du perfectionnement de soi repensée comme " médecine de l'âme " et conduite au cœur de la vie moderne.Ostad Elahi a incarné cette spiritualité in vivo. Sa trajectoire biographique, son héritage intellectuel et artistique font ici l'objet d'une approche polyphonique et transdisciplinaire (philosophie et religion comparées, psychologie morale, musicologie, histoire du droit). On y découvre la fonction de la raison dans la mise en œuvre d'une éthique appuyée sur les principes communs aux grandes religions.Contributions de:
Leili Anvar, Anne Baudart, Bernard Bourgeois, Élie During, Jean During, Soudabeh Marin, James W. Morris
Étonnant destin que celui du performatif : tout juste après avoir inventé ce concept dans les années 1950, le philosophe du langage ordinaire John L. Austin en affirmait le caractère trivial et superficiel. Et pourtant, un demi-siècle plus tard, le performatif connaît un essor considérable dans le champ philosophique comme dans l'ensemble des sciences humaines et sociales, depuis la théorie de la littérature jusqu'aux Gender et Visual Studies, en passant par les études de communication ou l'épistémologie de l'économie.
Ce volume vise à clarifier les enjeux théoriques de cette dissémination conceptuelle. Comment le performatif est-il mobilisé par les chercheurs de ces différentes disciplines ? Quelles ressources y trouvent-ils ? Quelles réappropriations en font-ils ? Ce sont de telles questions que les contributions réunies dans cet ouvrage prennent en charge, par un travail précis d'explicitation des divers sens et usages du " performatif ", qu'ils soient fidèles à la lettre austinienne ou qu'ils s'en départissent, afin de montrer ce qui les distingue, et leurs possibles points de convergence.
" Le "je" de l'homme que je suis, centre d'activités sensées, peut-il s'isoler, se poser dans le vide, enfant trouvé métaphysique? " Assurément non, pour le philosophe Raymond Ruyer (1902-1987): la conscience humaine ne saurait être comprise que comme un cas particulier de l'activité commune à tous les vivants, voire à tout être véritable. Pour Ruyer, toutes les explications mécanistes de l'émergence de la conscience à partir d'une matière inerte ont échoué, il est donc temps de rompre tant avec le dualisme qu'avec le matérialisme mécaniste, pour repenser ensemble et radicalement la conscience, la vie et la matière. Au milieu du XXe siècle, il élabore ainsi une philosophie panpsychiste et finaliste qui fait de la conscience " l'étoffe même du monde ". S'appuyant sur une connaissance solide des sciences de son temps, de l'embryologie à la cybernétique, il s'efforce de montrer que cette version renouvelée du finalisme, inscrite dans la filiation de Leibniz, Schopenhauer, Bergson ou encore Whitehead, correspond bien mieux que le mécanisme à notre connaissance de la vie. Ce faisant, il développe une pensée originale, à l'audace métaphysique certaine, dont les intuitions donnent à voir ce que l'attention au vivant fait aux catégories classiques de la philosophie, et combien elle nous force à les refonder. Ce livre se penche sur les méthodes, les sources et les arguments de la théorie ruyérienne du vivant. Il s'efforce de mettre en évidence ses forces et ses faiblesses, voire ses dangers, quand elle prétend appliquer la " psycho-biologie " à des questions morales, sociales et politiques.
Les invalidités semblent chargées d'une part immuable et de fixité, où se mêlent médecine, assistance et monstruosité. Mais les possibilités ouvertes aux personnes invalides ont été considérablement transformées au début du XXe siècle, par le droit et le travail, à partir de la Première Guerre mondiale.
C'est alors qu'a été affirmée la compatibilité de l'invalidité et de l'exercice d'un travail, alors que, depuis la fin du Moyen Âge, l'invalidité se définissait par l'inaptitude au travail. La notion de handicap est née à partir de cette idée d'un emploi possible des personnes invalides, grâce à leur réadaptation, c'est-à-dire à leur rééducation physique et professionnelle.
Suivre cette histoire permet de comprendre comment, à partir de ce droit au travail, en tant que celui-ci va de pair avec un droit à une assistance inconditionnée, les personnes handicapées ont pu desserrer l'étau de la survie et de l'urgence dans lequel leurs existences avaient été jusque-là prises, en dehors des secours des familles et de la charité.
Les normes médico-sociales de réadaptation sont ainsi exemplaires non pas de la toute-puissance de certains systèmes et de certaines exigences biopolitiques, mais de la fragilité et des limites des normes, en concurrence et traversées de tensions internes.
Comprendre leur histoire, leurs valeurs directrices et leurs articulations permet de mieux comprendre ce qui se joue dans le droit du travail et dans les droits humains pour les personnes handicapées.
Aussi familier soit-il, le désaccord déconcerte et déroute. Qu'on s'en délecte ou qu'on le fuit, objet secret de désir ou de crainte, le désaccord reste une énigme. Le concept, sans arrêt, se dérobe et résiste. Il échappe aux tentatives de le réduire à une définition trop étroite, sans souplesse ni texture. À contre-courant des idées reçues, à rebours de la doxa philosophique, le présent ouvrage travaille à révéler l'unité structurelle et la valeur profonde du désaccord. Dès lors, les vingt-trois contributions réunies ici en dévoilent le sens et la grandeur, par contraste avec ce qu'il n'est pas. Dans la diversité des approches, elles incitent à une conversion du regard et permettent de percevoir le désaccord comme une occasion, une chance et une richesse. Elles aident à en cerner la variété des fonctions, logiques et usages. Une variété qui, tout compte fait, raconte l'histoire de la démocratie – sa complexité et les doutes permanents qui l'habitent. Distincts et pourtant complémentaires, tous ces points de vue éclairent un même enjeu, d'une actualité brûlante: la liberté et les défis posés par sa pratique. En effet, que serait la liberté sans la possibilité même du désaccord, sans les occasions multiples, et parfois contradictoires, de le faire valoir, de le revendiquer, de l'assumer? Une coquille vide et un terrain sur lequel rien ne pousse! Arpenter le chemin démocratique du désaccord, n'est-ce pas, dès lors, redonner à la liberté son courage et sa vitalité? À l'heure des " Gilets jaunes " et des contestations sociales qui prolifèrent dans le monde entier, puisse le lecteur nous accompagner dans cette voie…
Dans cet ouvrage, les principaux philosophes et historiens de la philosophie des États-Unis, spécialistes de Spinoza, présentent leurs interprétations et engagent une discussion avec leurs homologues français contemporains, héritiers d'une autre tradition, qui leur servent de répondants.En effet, si la philosophie ignore les nationalismes, elle n'ignore pas les langues. Les oeuvres des auteurs classiques ne sont pas traduites au même rythme, ni reçues dans les mêmes cadres. Ainsi se créent dans chaque pays des traditions d'interprétation qui partagent des références communes, lisent les auteurs selon des problématiques liées à leur histoire et s'expriment dans les styles spécifiques régnant dans leur formation et leurs institutions. Loin de gêner le débat, ces différences rendent au contraire nécessaire les confrontations. Le développement des études spi¬nozistes aux États-Unis, dans les dernières décennies, selon des perspectives historiques, ontologiques, logiques, morales et poli¬tiques souvent profondément renouvelées, justifiait un tel dialogue. L'ouvrage expose le panorama des recherches américaines en quatre parties: Métaphysique et ontologie, Théorie de la connaissance, Les Affects et l'Éthique, La religion et la politique.
Qu'est-ce que l'" épistémologie historique "? À cette question ce volume répond en esquissant le portrait d'un Janus bifrons, dont l'une des faces est tournée vers le " style français " traditionnel en histoire des sciences et l'autre vers les avancées épistémologiques anglo-saxonnes les plus contemporaines. Quels sont les échanges, les continuités et décalages, les convergences et divergences entre des philosophes ou historiens des sciences aussi divers que Gaston Bachelard, Georges Canguilhem, Michel Foucault, Ian Hacking, Hans- Jörg Rheinberger, Peter Galison ou Lorraine Daston? De même que l'on peut distinguer différentes époques et versions de l'épistémologie historique et de l'historical epistemology, de même les " méthodes " mobilisées dans des contextes scientifiques particuliers sont très diverses. Ce volume vise à réfléchir plus avant, à partir de l'étude de cas précis, sur les modalités selon lesquelles des objets et des concepts émergent historiquement à l'intérieur des diverses sciences. Les objets mathématiques ont-ils une histoire? Comment des sujets humains sont-ils devenus les objets d'une science de l'observation? Le traitement statistique des données est-il la seule issue possible pour les sciences médicales? En donnant ces exemples, parmi d'autres, des possibilités d'interactions entre sciences, philosophie et histoire, ce volume veut montrer que l'épistémologie historique n'est pas un " livre de recettes " méthodologiques, mais bien plutôt un champ de questionnement ouvert: la flexibilité de l'épistémologie historique lui permet de répondre à bon nombre des défis posés par la philosophie des sciences contemporaine.
Mikel Dufrenne a croisé les principales problématiques qui ont traversé la seconde moitié du XXe siècle. Il les a considérées avec un regard attentif et critique, soucieux de tracer un chemin singulier mais désireux de s'inscrire dans une tradition de pensée philosophique spécifique et exigeante.La réception de son oeuvre pose question: encensée dans les années 1950, elle s'est progressivement réduite en France, notamment vers les années 1970, alors qu'elle fait l'objet aujourd'hui d'un regain d'intérêt. L'étude entend montrer que de telles fluctuations sont liées au malentendu qui fait de Dufrenne l'auteur d'un seul livre, la Phénoménologie de l'expérience esthétique, qui à lui seul ne rend pas compte de l'originalité de sa pensée.Lire Dufrenne, c'est découvrir l'importance de sa réflexion éthique et politique et la stabilité d'une pensée dédiée à la défense des valeurs de " l'humain " et de " l'homme ". C'est aussi se livrer au plaisir de l'élaboration de fictions philosophiques répondant à la tentation de rationaliser une vision du monde par le biais d'une philosophie de la Nature relayée par la notion d'a priori. L'unité de cette oeuvre réside dans l'hypothèse d'une Nature artiste que le philosophe veut penser dans le cadre d'une philosophie non théologique.