Bianca, Mégane, Noa et les autres sont les enfants des Indociles. Elles naissent au monde au vingt-et-unième siècle et ne sont visiblement pas faites pour y filer droit. Avec Ulysse Martagon, qui change de nom toutes les pages et vit avec son âne Ueli Maurer, elles fomentent quelques sales coups qui égratignent le pouvoir libéral et ses outrances. Mais surtout, ces figures se revendiquent inaptes au système. Tout en hurlant leur désaccord par leurs façons de vivre souvent bancales, contrairement à la génération qui les a précédées, elles se font la promesse tacite de gagner à la fin. Et elles y arriveront.Dans le premier volume de la trilogie, les Inaptes mitraillent à tout-va contre un monde qu'ils et elles sentent partir à vaul'eau, mais dispersent leurs forces et se sentent impuissant-es. La force de leur révolte s'arc-boute quelques années plus tard sur la justice climatique, dès ses premiers mouvements.Les Inaptes continuent la saga initiée par Les Indociles (série de 5 tomes parue aux éditions Les enfants rouges). On y retrouve Lulu, Joe et Siddhartha, passablement chahutés par des viennent-ensuite hautement radicalisé-es.
Les contributions rassemblées dans ce volume tentent de saisir l'œuvre de Raoul Schrott à partir de la figure du poète-érudit et d'un mode de création reposant sur la circulation des savoirs et des discours. Elles interrogent les ressorts et les effets de cette quête d'érudition, sur les plans heuristique, épistémologique, littéraire, méthodologique. Elles s'attachent à décrire non seulement ses manifestations dans le détail des textes mais s'efforcent aussi de saisir les enjeux symboliques d'une telle posture, entre désir d'affirmation professionnelle, polémiques savantes, impératif de la défense de la littérature. Les textes sont publiés dans leur langue originale. S'y adjoignent des poèmes et un court texte en prose inédits de Raoul Schrott, en lien avec le sujet du numéro.
Depuis le milieu du XXe siècle, les réflexions consécutives aux divers désastres qui ont frappé l'humanité depuis la Seconde Guerre mondiale ont favorisé de nouvelles approches concernant les calamités et les catastrophes naturelles. Leurs apports ont ainsi contribué à constituer en objet d'étude spécifique un type d'événement auquel les historiens se sont toujours intéressés mais dont ils ont aussi renouvelé et approfondi l'examen dans le cadre de travaux portant notamment sur l'Antiquité et le Moyen Âge.
Les études réunies dans cet ouvrage participent à cet effort de renouvellement en considérant les textes antiques et médiévaux traitant de catastrophes naturelles dans leur dimension proprement littéraire. En tant qu'écrits auctoriaux, ils sont en effet le produit d'une subjectivité s'exprimant dans un genre, une période et une langue donnés. La philologie et l'analyse littéraire apparaissent donc essentielles pour comprendre comment et pourquoi ces événements ont été transposés dans l'ordre de la parole. Rédigés en latin, en grec ou en ancien français, les textes étudiés relèvent de genres extrêmement variés, tels que l'historiographie, l'éloquence, la poésie ou la philosophie.
Comparer l'emploi du merveilleux scandinave chez les auteurs et les autrices de la Percée moderne, c'est chercher à saisir l'impact de la voix féminine et son rôle de contournement dans la littérature.
À travers différents genres de la littérature de formation, ce volume entend interroger les voies que les autrices scandinaves, pourtant nombreuses et connaissant un réel succès, pouvaient emprunter pour contourner une critique cherchant constamment à les minorer.
Le contexte sociopolitique et historique des pays scandinaves au tournant du XXe siècle est fondamental pour comprendre la façon dont les autrices s'emparent du surnaturel différemment des écrivains, afin de s'adapter à une norme et de pratiquer un genre littéraire, proche du conte, compatible avec l'idée que les critiques se faisaient des lettres féminines. Leur approche témoigne d'une tendance partagée à employer esthétiquement le surnaturel pour traiter les débats modernes sur les droits des femmes, ouvrant de la sorte un passage vers les thématiques du folkhem à venir. Et si le merveilleux pouvait servir à narrer une vision utopique de la femme ?
L'œuvre de Claire de Duras déjoue l'image convenue de l'aristocrate éclairée et de la salonnière influente sous la Restauration. Ses trois romans donnent voix à des figures marginales, dont les souffrances révèlent les contradictions idéologiques et les désillusions de l'ère postrévolutionnaire. Loin de se conformer pleinement aux attentes du roman sentimental, son œuvre explore le " mal du siècle " selon une perspective singulière, pour en dénoncer les racines sociales et politiques. Elle examine ainsi la persistance des préjugés de race et de classe, non sans conserver les ambivalences d'un imaginaire colonial et genré. Cet essai entend montrer que le cadre traditionnel du roman sentimental n'est ici que prétexte à une redéfinition du canon romanesque, qui s'ouvre aux questions sociales pour déployer une critique, en creux, des inégalités et des structures oppressives.À défaut d'un salut possible dans l'amour, Ourika, Édouard et Olivier ou le secret explorent un horizon de solitude adoucie par les valeurs de l'amitié et de la spiritualité. Longtemps reléguée au second plan des histoires littéraires, l'œuvre de Claire de Duras esquisse les prémisses d'une pensée lucide sur la condition féminine entravée – qui est aussi celle des autrices de son temps – et préfère, aux impasses de l'idéal amoureux, des liens plus justes fondés sur l'égalité et l'émancipation.
Dans quelle mesure peut-on faire confiance aux documents que l'on a sous les yeux? Sont-ils authentiques? Sont-ils complets? Ces objets, matériels ou numériques, produits il y a une minute ou rédigés il y a un siècle, de quoi sont-ils la trace?Depuis a création de la discipline par Jean Mabillon au XVIIe siècle, la diplomatique s'attache méthodiquement à démontrer l'authenticité ou la fausseté des actes, puis de tout type de document d'archives.Cet ouvrage présente, sous forme d'une édition commentée et enrichie, une sélection de billets de blog publiés par l'auteur entre 2011 et 2020 évoquant directement ou indirectement la diplomatique et ses fondamentaux. Grâce à son approche humoristique et à son ton personnel, parfois joyeusement provocateur, Marie-Anne Chabin initie le lecteur aux concepts de la critique diplomatique contemporaine et l'invite à s'interroger sur la portée et la fiabilité des écrits du quotidien. Ce sont ainsi soixante petits textes qui ont été rassemblés et dont la foisonnante diversité se laisse deviner par l'originalité de leurs titres: Temporalité, Stabilo, Sincérité, Osso bucco, Purgatoire…Huit chapitres thématiques replacent les observations et les questions abordées dans une réflexion construite et pédagogique. Une partie complémentaire de l'ouvrage propose d'aiguiser le regard diplomatique du lecteur à travers l'analyse de quatre documents très contemporains: un ticket de métro, une image "à la une", l'attestation de déplacement dérogatoire Covid-19 et un arrêté municipal.
Le présent ouvrage est le fruit d'un colloque international qui s'est tenu en 2021 à la faculté des lettres de Sorbonne Université, à l'occasion du dixième anniversaire de la disparition du professeur Jacqueline Dangel. Il a réuni des spécialistes des littératures grecque et latine autour de la question des représentations du lecteur dans la poésie antique.
C'est à la présence du lecteur et à ses relations avec l'auteur et à leur impact sur le texte lui-même que s'intéressent les différents articles ici regroupés, en s'interrogeant sur la pertinence, pour les corpus antiques, de certaines notions définies par Umberto Eco et l'école de Constance. Sont ainsi explorés les multiples visages du " lecteur empirique ", l'inscription dans le poème de la confrontation de ce lecteur empirique avec le " lecteur modèle ", la dialectique qui préside aux rapports du poète et du lecteur lorsque le second est impliqué par le premier dans le processus de création, la position particulière du lecteur dans des performances (théâtre, récitations) qui constituent, pour les Anciens, des formes de lecture, ou encore le statut de la lectrice, qui peut être représentée par un auteur ou par une autrice. Ces questionnements mettent à l'épreuve des théories de la réception des œuvres empruntées à des ères chrono-culturelles variées, depuis la Grèce archaïque et classique jusqu'à la latinité tardive, en passant par la latinité classique et impériale, avec une incursion du côté du néo-latin.
La vache aux yeux de loup est un conte jeunesse inspiré d'une histoire vraie sur un alpage suisse. Il interroge notre rapport à la nature, entre monde sauvage et monde domestiqué. Sur fond de tensions liées au retour des grands prédateurs, le livre ouvre un espace de dialogue entre traditions pastorales et visions urbaines. Porté par des illustrations sensibles, il invite petits et grands à repenser leur lien au vivant.
Province des littératures de l'imaginaire, la science-fiction apparaît d'emblée comme cross age, n'ayant pas pour vocation première d'instruire ou d'éduquer, mais de donner du futur une configuration plausible ou délirante, mais toujours spéculative. Or la question d'une SF lue, pratiquée, enseignée par et à la jeunesse n'avait pas encore été posée, systématiquement et précisément. Le présent volume, porteur d'une parole multiplement vive et critique, où s'éveillent les anticipations et où se révèle un " usage " pédagogique de la SF, comme il y a un " usage " du monde, se veut donc un rendez-vous des thèmes, formes et supports: un carrefour générationnel.C'est quand, la jeunesse? a-t-on envie d'écrire. Les réponses ici apportées racontent aussi l'histoire d'une légitimation, ce dont la génération Z ne se préoccupe même plus, acquise d'entrée de jeu à lamultiplicité et à la pluralité des oeuvres offertes/ouvertes.
Depuis le début des années 2010, la critique culturelle sur Internet connaît un développement spectaculaire. Blogs, forums, revues numériques, groupes ou pages sur les réseaux sociaux, sites spécialisés dans la critique littéraire, cinématographique, musicale ou artistique: jamais les espaces d'expression critique n'ont été aussi nombreux ni aussi diversifiés. Face à ce foisonnement, la critique "savante" cherche à redéfinir sa légitimité et sa place dans un paysage où les frontières entre professionnels et amateurs deviennent de plus en plus poreuses. Réunissant des chercheurs et chercheuses d'horizons variés, cet ouvrage pluridisciplinaire interroge les mutations récentes de la critique culturelle sur le Web. Il propose une réflexion articulée autour de trois axes majeurs: les espaces investis, les discours produits et les valeurs mises en œuvre. En croisant analyses théoriques et études de cas — du cinéma à la fanfiction, en passant par le théâtre, la poésie ou l'opéra — ce volume dresse ainsi un panorama inédit des formes contemporaines de la critique, à l'heure de la démocratisation numérique.
La fin de l'Ancien Régime voit disparaître les privilèges attachés à l'exercice d'un pouvoir puissamment hiérarchisé, ce qui laisse à penser que le fait politique se déploie alors selon des modalités plus transparentes et horizontales. Pour autant, l'imaginaire d'un pouvoir opaque, usant de cabinets dérobés et d'espaces interdits demeure, et les contre-pouvoirs mobilisent tout autant sociétés secrètes, mots de passe, masques et rendez-vous cachés. Par-delà les soubresauts politiques, de la Révolution à la Restauration, de la Monarchie à l'Empire et à la République, le pouvoir tend à s'enraciner dans le secret, dans des confidences, mais aussi, au sens le plus concret du terme, dans des espaces confidentiels où s'exerce une autre forme d'autorité. Les chapitres de ce volume mettent au jour les lieux secrets de célèbres fictions de Rousseau, Balzac ou Zola, des récits de voyage et des pièces de théâtre comme autant de lieux politiques, c'est-à-dire où se décide, s'exerce ou échoue l'action politique.
Cet ouvrage offre un regard nouveau sur la notion de " limites ", souvent placée au cœur des problématiques écologiques et environnementalistes contemporaines. Ces limites auxquelles nous faisons déjà face – pandémies, catastrophes naturelles, conflits – témoignent de la détérioration de nos conditions d'existence et de l'appauvrissement de notre expérience de la nature. Les contributions rassemblées ici proposent une conception originale de l'écologie, interrogeant sur la base d'approches pratiques et sensibles la façon dont nous habitons le monde. Ensemble, ces textes – récits, restitutions poétiques, analyses philosophiques et littéraires – offrent une nouvelle lecture de nos rapports à l'écologie, et invitent à repousser les limites en débridant notre imaginaire. Au-delà, ils mettent en évidence une nécessité, celle de mettre en commun ces expériences pour repenser radicalement nos modes de vie et la manière de faire collectif.