Cet abécédaire interroge la sensibilité des chercheurs et des chercheuses, quelle qu'elle soit, pour en faire une matière à penser. En fil rouge, émerge l'idée selon laquelle la connaissance sensible vient enrichir la connaissance conceptuelle et non lui faire obstacle.
Riche de quatre-vingt-quatre entrées claires et synthétiques rédigées par des spécialistes de lettres, sciences humaines et sociales, il propose une réflexion ancrée dans le monde de la recherche, et plus précisément sur sa part du " sensible ", mot dont la polysémie évoque à la fois la perception par les sens, la vulnérabilité des universitaires, et l'aspect parfois polémique de leurs travaux. Chaque contributeur, chaque contributrice décline ainsi son rapport à la connaissance sensible, toujours en lien avec l'actualité scientifique.
La réflexion collective proposée dans ces pages vise, in fine, à ausculter l'acte de recherche en lettres, sciences humaines et sociales, et à orienter le regard non vers les découvertes produites, mais bien vers celles et ceux qui en sont à l'origine.
Ce numéro de Semen se propose d'interroger le témoignage comme fait de langue et de discours à partir des diverses approches permises par le développement de la recherche en sciences du langage et dans les disciplines connexes qui s'intéressent aux langages dans la variété de leurs manifestations : témoignage oral/écrit, iconique, audiovisuel ou passant par d'autres formes médiatiques.En mettant ici en lumière des contextes où les droits humains sont violés et où se manifeste la haine d'autrui, il cherche à analyser les caractéristiques sémiotiques et discursives des témoignages en croisant les perspectives énonciatives, rhétoriques et argumentatives.
La reconstruction du processus apprentissage-développement sous la forme d'un système de concepts est au fondement d'une formation universitaire professionnelle des professeurs des écoles et de leurs formateurs. L'appropriation de ce système génère une psychologie de l'activité du maître en situation et une psychologie éducative de l'apprentissage-développement à l'École primaire dont le fait central est celui de la médiation. Lorsque le maître les a intériorisées sous la forme d'un système de médiations conceptuelles, il devient un " professionnel scientifiquement qualifié " capable " d'organiser lui-même son propre travail " (Vygotski).
Cet ouvrage offre un aperçu de la recherche francophone actuelle sur les langues coréenne et japonaise, encore trop rarement comparées ou contrastées. Il aborde de nombreux domaines de la linguistique, par des auteurs issus de différents champs disciplinaires au sein des sciences du langage, de cadres théoriques variés et de différentes générations.Il intéressera les chercheurs en linguistique coréenne et japonaise, en linguistique générale, mais aussi les étudiants de ces langues, de plus en plus nombreux en France, et plus largement le public intéressé par les langues coréenne et japonaise.
Comment les enseignants préparent-ils leurs cours? Quel rôle joue l'écrit dans ce travail de conception et de préparation? Les professeurs ont-ils toujours écrit pour enseigner? Les professeurs des écoles, de collège et d'université écrivent-ils leur cours de la même manière? C'est à ce type de questions que cherche à répondre cet ouvrage. Les notes de cours des enseignants examine l'activité de préparation des cours en observant les écrits que les enseignants produisent dans ce cadre: leurs notes de cours. Sur cet objet peu exploré, ce livre réunit sept contributions de chercheurs issus de différents champs: sciences de l'éducation, didactique du français et des mathématiques, histoire des sciences, sociologie. Dans une approche résolument pluridisciplinaire, l'ouvrage envisage l'écriture des cours aux différents niveaux d'enseignement (primaire, secondaire, supérieur). Les analyses croisées révèlent les tensions que génère le travail de conception et d'écriture en amont des situations de classe. Les notes de cours des enseignants projette ainsi des lumières nouvelles sur cette part souterraine, mais cruciale, de l'activité enseignante.
Loin d'être immuables, les langues ne cessent de se transformer au gré des contacts entre les peuples. Les migrations humaines sont à ce titre un facteur important d'évolution linguistique. Celles des Européens vers les colonies, à partir du XVe siècle, ont donné naissance à de nouvelles variétés et, en particulier, à des créoles. L'histoire de ces parlers apparus au cours de l'époque moderne mérite que l'on s'y attarde, tant leurs processus d'émergence et de différenciation font écho à ceux des langues romanes.Cette leçon inaugurale entreprend d'analyser les dynamiques évolutives des créoles et du français, mettant en évidence les enjeux sociaux, politiques et économiques qui les traversent. Questionnant les préjugés des philologues du XIXe siècle et jusqu'aux idées reçues qui persistent de nos jours, elle montre que la déconstruction des représentations coloniales de la formation des créoles est indispensable pour faire avancer la compréhension du développement des langues romanes.
En Grèce ancienne, l'épopée, en tant que genre littéraire, a été en grande partie éclipsée par la place prééminente accordée au " divin Homère " dans tous les domaines de la culture. Modèle absolu, non seulement de toute forme de poésie, mais aussi de toute littérature, source de tous les savoirs, Homère est irréductible au genre épique. Or, la dimension d'autorité qui lui est conférée ne laisse guère de place pour d'autres poètes. En outre, contrairement à la tragédie ou à la comédie par exemple, l'épopée n'a pas de nom spécifique: elle est souvent désignée uniquement au moyen du terme poiesis, " poésie ", ou reçoit des appellations diverses liées au vers employé, l'hexamètre dactylique.Toutefois, un certain nombre de grammairiens d'époques impériale et byzantine remettent sur le métier les définitions de la poésie épique. Le présent volume prend le parti de se fonder sur ces conceptions tardives et retrace leur formation à partir des textes plus anciens. Hérodote, Platon et, bien sûr, Aristote proposent déjà des définitions partielles et partisanes, mais déterminantes pour celles qui suivront.Quelles sont les diverses appellations du genre épique? Comment est-il caractérisé? Comment les Anciens le conçoivent-ils au sein des genres littéraires? Analysant la formation des définitions du genre épique et donnant accès à un corpus de textes théoriques traduits ici pour la première fois en langue moderne, l'ouvrage, qui s'adresse aussi à un public non-helléniste, se veut utile à toute personne s'intéressant aux théories de l'épopée, et plus largement, aux théories des genres littéraires.
Si la dimension langagière des mouvements sociaux a fait l'objet de recherches dès les années 1960, les travaux existants privilégient dans leur majorité des corpus de paroles ou de textes publicisés. En faisant dialoguer les disciplines du langage et du discours avec la sociologie interactionniste, la théorie politique des (contre-)publics, l'histoire et la sociologie des mobilisations, ce dossier déplace le regard vers des productions langagières protestataires qui se situent en amont et en périphérie de leurs processus de publicisation. Un tel déplacement implique un travail d'enquête archivistique et/ou ethnographique pour transformer en corpus ce qui se dit et s'écrit dans les coulisses et les marges des mobilisations.Ce programme de recherche se déploie à partir d'une réflexion sur l'articulation de ces deux notions de coulisse et de marge (article de Manon Him-Aquilli, Juliette Rennes et Marie Veniard) et d'une discussion du vocabulaire conceptuel de James Scott pour analyser le " texte caché " des groupes dominés d'un point de vue sociolangagier (Mariem Guellouz). Le dossier explore également l'usage d'archives écrites pour saisir le travail de protestation au 19e siècle depuis ses marges (Dinah Ribard) et l'ethnographie des échanges langagiers en terrain militant pour investiguer la constitution ou le délitement des stratégies d'alliance entre des groupes (Lilian Mathieu) et l'élaboration collective d'un discours pour défendre une cause émergente (Laura Verquere). Il se clôt par un entretien collectif (avec Alexander Bikbov, Jean-Gabriel Contamin, Manon Him-Aquilli et Julien Talpin) sur les enjeux méthodologiques, épistémologiques et éthiques des enquêtes sur les coulisses militantes.
Le jeu comme objet d'étude suscite un intérêt grandissant, essentiellement en psychologie, sociologie et dans les sciences de l'information et de la communication. Ce numéro traite des interactions en situation de jeu, au travers d'une entrée sociolinguistique, la catégorisation. Dans une perspective ethnographique et ethnométhodologique, il s'intéresse à la construction et à l'émergence de différentes catégories en situation de jeu.Ces dernières années, des analyses discursives, interactionnelles ou ethnométhodologiques ont en effet mené à s'interroger sur les pratiques de catégorisation des joueurs et joueuses: quelles catégories sont mobilisées pendant et après le jeu? Comment ces catégories sont-elles construites à travers les activités du jeu et dans l'interaction? Et comment différents types de catégories (liés au jeu ou pas) se superposent ou s'entremêlent?Ce dossier rassemble des recherches francophones étudiant des jeux de plateaux (Barbier; Bécu-Robinault & Ghimenton), un jeu digitalisé (Heiden & Quignard) et des jeux sur la plateforme Twitch (Colón de Carvajal). Les auteurs et autrices s'appuient sur la théorie des rôles de Goffman, la membership categorization analysis et sur la théorie du positionnement afin de comprendre les pratiques et enjeux de la catégorisation pendant le jeu ou après-coup.
Qu'est-ce qui anime les linguistes? Comme toute discipline scientifique, la linguistique a fait l'objet de nombreuses histoires, qui en racontent les vicissitudes et les progrès. Le présent ouvrage prend les choses par un autre bout: celui des manières de faire, et plus précisément des manières de dire. La linguistique est ici envisagée comme un discours, qui construit du savoir par le biais de gestes précis (dénommer, expliquer, modéliser, etc.) et qui se nourrit d'imaginaires variés (la Vie, le Progrès, le Bien, etc.). Ces gestes et ces imaginaires sont analysés à travers des études de cas concrets, portant sur des figures paradigmatiques comme Benveniste ou Chomsky, sur des projets disciplinaires comme la biolinguistique ou la typologie des langues, et sur des objets théorisés comme l'accent et les termes métalinguistiques, tant dans le domaine francophone que dans le domaine anglo-saxon. En révélant l'artisanat discursif sur lequel repose le faire linguistique, cette enquête richement documentée servira autant des usages de recherche que d'enseignement, pour tous les linguistes et plus largement pour tous les praticiens des Humanités.
L'acquisition des langues étrangères est un phénomène protéiforme qui convoque des mécanismes divers aux différentes étapes du processus acquisitionnel de l'apprenant. Un de ces mécanismes est celui du transfert. Il peut s'opérer pour toutes les dimensions du langage, non seulement à partir de la langue maternelle, mais également des autres langues étrangères connues. La question se pose donc de savoir comment s'entrelacent ces dimensions de transfert, au regard des facteurs de complexité auxquels se trouve en butte toute acquisition. Une telle question peut être étudiée dans le contexte scandinave où, en plus de la langue maternelle, l'anglais, très largement maîtrisé comme langue seconde (L2), peut avoir un impact sur le français troisième langue (L3). Le but de notre ouvrage est de réunir des études sur l'acquisition de points centraux de la langue française par des locuteurs de langues scandinaves.
La crise écologique suscite un réveil de la sensibilité. Elle nous invite à observer les végétaux et les animaux pour envisager d'autres manières d'être vivant que la nôtre et saisir le souffle de la vie qui nous lie à eux. Mais peut-on saisir le vivant? Les langages ne sont-ils pas des constructions qui, capables de " dire " les mille et une choses du monde, les laissent toujours intouchées? Cet essai assume l'aporie de l'anthropomorphisme et fait dialoguer la sémiotique, l'anthropologie et les théories de l'art pour évaluer la capacité des langages visuels (peinture, photographie, installation, etc.) à saisir le vivant. Il décline trois régimes de l'énonciation artistique: la représentation qui ajoute seulement un effet de vie au simulacre d'une présence, l'ostension qui présentifie l'existant non humain lui-même et, via l'agence, le fait rayonner en tant qu'œuvre, et l'instauration qui restitue cette présence vive et évolutive. Accessible aux non-sémioticiens, la discussion théorique alterne avec des analyses d'œuvres (C. Soutine, G. Penone, G. Hauray, en particulier) qui précisent la relation construite avec le vivant. Parcourir l'histoire de l'art naturaliste à partir de ses motifs pour préciser notre relation aux plantes et aux bêtes nous porte aux lisières statutaires de l'art, là où il touche à l'horticulture ou à l'entomologie, notamment, là aussi où le vivant, réclamant ses droits, requalifie le médium pour privilégier toujours la performance.