Cet ouvrage offre un regard nouveau sur la notion de " limites ", souvent placée au cœur des problématiques écologiques et environnementalistes contemporaines. Ces limites auxquelles nous faisons déjà face – pandémies, catastrophes naturelles, conflits – témoignent de la détérioration de nos conditions d'existence et de l'appauvrissement de notre expérience de la nature. Les contributions rassemblées ici proposent une conception originale de l'écologie, interrogeant sur la base d'approches pratiques et sensibles la façon dont nous habitons le monde. Ensemble, ces textes – récits, restitutions poétiques, analyses philosophiques et littéraires – offrent une nouvelle lecture de nos rapports à l'écologie, et invitent à repousser les limites en débridant notre imaginaire. Au-delà, ils mettent en évidence une nécessité, celle de mettre en commun ces expériences pour repenser radicalement nos modes de vie et la manière de faire collectif.
On croyait la métaphysique dépassée, voire morte ? Claudine Tiercelin n'a pour sa part jamais cessé d'en défendre la possibilité en construisant une métaphysique scientifique réaliste, héritière du pragmatisme américain et de la tradition rationaliste française.Elle démontre que cette entreprise demeure même indispensable pour pouvoir parler de " vérité " et de " raisons ". La métaphysique doit néanmoins, aujourd'hui, relever de nouveaux défis : ne pas sombrer dans les excès du modalisme, se garder du risque scientiste et éviter les intrusions de la théologie.Vaste programme, donc, que de rendre à la métaphysique à la fois sa légitimité et ses armes, tout en nous invitant à puiser dans la philosophie des forces pour continuer de respirer.
Martial Gueroult avait le projet de publier un grand livre sur Kant issu de son enseignement. Cet ouvrage, qui aurait eu pour titre L'Évolution et la structure de la philosophie kantienne, n'a jamais vu le jour : retravaillés pendant près de quarante ans, les cours sont demeurés inédits. Après la publication, dans la même collection, des manuscrits traitant de la Critique de la raison pure (1957-1958), Arnaud Pelletier propose dans cette édition critique la version finale du cours consacré à la philosophie pratique de Kant, qui fut dispensé au Collège de France pendant deux ans (1958-1959 et 1959-1960).Sans se substituer au livre que Martial Gueroult n'a pas écrit, ce second volume permet de comprendre l'articulation des différentes leçons, tout comme la perspective qui les porte : restituer les difficultés internes des textes de Kant et la manière dont elles suscitent leur propre dépassement. Il donne ainsi à lire comment les problèmes relatifs à la philosophie morale dans la Critique de la raison pure (1781) trouvent leur solution, provisoire, dans le Fondement de la métaphysique des mœurs (1785).
Et si la pensée n'était pas une production des sujets humains mais de la matière elle-même ? Cet essai remet en question notre conception traditionnelle de l'humain, en explorant comment le sens émerge des interactions matérielles (des formats, des outils et des pratiques éditoriales). Oubliez l'idée d'une pensée immatérielle : considérez plutôt les différentes conjonctures, des presses d'imprimerie aux logiciels, en passant par les " mauvais cigares " et les algorithmes, car c'est la matière qui est le véritable moteur du sens. Dans cette nouvelle perspective, l'édition n'est plus une simple pratique. Elle devient une théorie à part entière, un lieu où la matière révèle sa force de production du sens. Ce livre invite à reconsidérer les tâches apparemment triviales dans la production du savoir et ainsi le rôle de ces " petites mains " nombreuses et écartées, car la pensée n'est jamais le fait d'un sujet, mais d'une multitude d'interactions. À l'ère des intelligences artificielles et des textes numériques, ce renversement conceptuel est indispensable pour comprendre notre rapport au savoir et au monde.
La question du végétarisme est souvent marginalisée, raillée, voire invisibilisée dans les discussions autour des enjeux écologiques et politiques auxquels sont confrontées nos sociétés occidentales. Pourtant, des pratiques végétariennes éclairées et conviviales semblent proposer des avancées intéressantes vers davantage de justice sociale, une meilleure prise en compte du vivant dans son ensemble, et des individus humains et non-humains en particulier. Pourquoi alors tant de mépris ?
Il est vrai qu'en révélant que la viande n'est pas l'alpha et l'oméga de nos assiettes, les pratiques végétariennes viennent heurter notre conception traditionnelle de la " bonne alimentation ", où la viande doit être au centre, à la fois sur le plan symbolique comme physique et physiologique. Mais que veut dire consommer ou ne pas consommer de la viande, à la fois dans nos repas quotidiens, mais aussi dans les récits réels ou fictifs qui les entourent ? Quelles représentations véhiculent ces narrations, et comment influencent-elles nos choix alimentaires ? Quels changements ou continuités permettent-ils ?
Il est désormais temps de prendre ces questions au sérieux, d'entrer en déprise carniste, comme on entre en révolution, pour changer de paradigme et faire advenir un monde commun plus juste du point de vue animal, social et environnemental.Amandine Andruchiw est docteure en philosophie, chargée de cours en philosophie morale et éthique appliquée à l'université de Reims Champagne-Ardenne. Elle est également la coordinatrice du site Champagne-Ardenne de l'espace de réflexion éthique Grand-Est (EREGE).
Figure historique d'Austriaca – dont il fut pendant plus trente-cinq ans membre du comité de rédaction, puis du comité scientifique – mais peu connu du grand public, car très éloigné des tribunes médiatiques, le philosophe Jacques Bouveresse (1940-2021) a exercé une influence majeure en France sur toute une génération de philosophes, tant par son enseignement à la Sorbonne, puis au Collège de France, que par son œuvre: une cinquantaine de livres et près de deux-cents articles publiés. Outre différentes études consacrées à sa lecture et à sa contribution à la réception de Wittgenstein, de Kraus, de Musil ou du Cercle de Vienne, ainsi qu'à sa réflexion sur la question du langage et sur la musique, le présent numéro d'hommage comporte deux textes de Bouveresse: un inédit sur Ludwig Boltzmann et la traduction allemande d'un chapitre du Philosophe et le réel susceptible d'offrir aux germanophones un premier accès à son œuvre et d'en encourager, espérons-le, la traduction en allemand, comblant ainsi une lacune lourde de conséquences, comme le confirme l'étude de sa réception dans les pays de langue allemande. Le volume se clôt, enfin, sur plusieurs témoignages de collègues et personnalités qui lui rendent hommage de manière plus personnelle (Avant-propos de Christian Bonnet, extrait).
La détresse existentielle est une dimension de la souffrance, qui perturbe les repères identitaires au point de remettre en cause le sens de la vie et poser la question du suicide. Sa prise en charge apparaît comme une nécessité et correspond à de fortes attentes sociétales notamment dans le contexte de la maladie grave, du grand âge, du handicap et de la fin de vie. Pendant trois ans, les membres d'un collectif de recherche international et interdisciplinaire, constitué d'experts en médecine, philosophie, psychiatrie, psychologie, soins infirmiers, théologie, anthropologie, droit, littérature et histoire des religions ont analysé et discuté la spécificité de cette souffrance et ses rapports avec la dépression, l'angoisse et la spiritualité, ainsi que les pratiques de soin et perspectives actuelles, depuis les échelles d'évaluation jusqu'aux psychothérapies assistées par psychédéliques.Ce livre est le premier ouvrage en France sur la détresse existentielle (Existential Distress).
Cet essai invite à la lecture des grands textes qui racontent l'invention de nos idées politiques. C'est, après la naissance des concepts modernes de liberté, d'égalité et de propriété aux XVIIe et XVIIIe siècles, une rencontre avec les grandes œuvres qui ponctuent et structurent le très conflictuel affrontement politique et social des XIXe et XXe siècles, sous l'emprise obsessionnelle d'un héritage révolutionnaire dont les lectures demeurent puissamment antagonistes. C'est aussi une rencontre directe avec les œuvres fondatrices, de John Locke à Hayek et Friedman, de Jean-Jacques Rousseau à Marx, de Joseph de Maistre à Maurras.
Avec plus de cent textes écrits par trente-trois auteurs majeurs, cette anthologie offre une vision détaillée des principales problématiques auxquelles les philosophes en terre d'islam ont été confrontés, ainsi que des solutions spéculatives qui ont été déployées. Elle remédie ainsi à l'absence de reconnaissance des nombreuses richesses de cette tradition philosophique.Lecteurs et lectrices y découvriront les textes de figures emblématiques comme Kindī, Fārābī, Ibn Sīnā (Avicenne), Ghazālī et Ibn Rushd (Averroès), mais aussi des fondateurs d'écoles, comme Suhrawardī (le maître de l'ishrāq) et Mīr Dāmād (surnommé " le Troisième Maître "), sans oublier leurs disciples et leurs adversaires.Bilingue, cette anthologie présente en même temps les textes originaux et leur traduction dans une langue fidèle à la subtilité des concepts et dépourvue de néologismes abusifs. Elle est d'une portée pédagogique accessible aussi bien aux débutants qu'aux étudiants confirmés.
Ce volume rassemble une série d'articles ayant pour point commun de proposer une vision complexe des modes de présence du droit. Le droit n'y est jamais saisi comme une évidence ou comme un simple révélateur de mutations et rapports sociaux qui l'engloberaient. Les contributions, théoriques et empiriques, ont pour point commun de montrer comment les acteur·ices du monde social mettent à l'épreuve, dans leur pratique et leur discours, la réalité même de l'institution juridique et ses frontières. Qu'il s'agisse de s'intéresser à des espaces sociaux ordinaires ou des scènes proprement judiciaires, les articles décrivent les ambiguïtés du droit, la variabilité de sa réalité et de sa matérialité, les inquiétudes des acteurs quant à sa nature et à l'adéquation des pratiques qui s'appuient sur sa justification. Les concepts issus des sciences sociales d'inspiration pragmatique et pragmatiste ouvrent ainsi la voie à une conception renouvelée de la norme juridique, libérée des regards nostalgiques et essentialisants quant à la véritable nature du droit.
Habitée par un demi-milliard de personnes, refuge convoité pour d'innombrables migrants, l'Europe cherche depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale une nouvelle définition pour elle-même et pour ses peuples. Elle a réussi, sous la forme de l'Union européenne, une improvisation politique qui n'était pas prévue dans les scénarios de l'histoire du monde. Ce quasi-continent a créé un grand corps politique qui, en dépit de ses amples dimensions, ne présente ni les convictions ni la posture d'un empire.Dans une telle situation, celui qui se consacre à la mission de repenser l'Europe doit savoir qu'il s'agira de former des concepts pour une nouveauté politique et culturelle dont l'existence est placée sous des présages encore largement inconnus. Ce " continent sans qualités " saura-t-il dépasser la tentation du scepticisme, du nihilisme et de l'autonégation pour se forger une nouvelle identité ?Cet ouvrage est issu de la leçon inaugurale prononcée au Collège de France le jeudi 4 avril 2024 par Peter Sloterdijk, professeur invité sur la chaire annuelle L'invention de l'Europe par les langues et les cultures (2023-2024), créée en partenariat avec le ministère de la Culture.Texte français établi en collaboration avec Olivier Mannoni.
Au vu des reproches que Platon adresse au théâtre dans sa République, il peut paraître surprenant de voir à quel point les praticiens contemporains du théâtre s'inspirent de son œuvre. Ce volume présente ces approches et propose des interprétations de l'œuvre platonicienne qui sortent le théâtre de la triste caverne dans laquelle la parabole éponyme semble l'avoir relégué.Provenant d'enseignant·e·s et de chercheur·e·s d'universités et de hautes écoles d'art dramatique, les études analysent d'une part les stratégies performatives et ludiques de l'œuvre de Platon et, de l'autre, les approches de praticiens du théâtre qui l'utilisent pour explorer des modes d'expression scéniques. Il est également question de ce que l'on a tendance à oublier dans une lecture purement académique de Platon: son humour, son ironie et le rôle que jouent le corps, le rire et le jeu – pris très au sérieux – dans ses dialogues. L'ensemble contribue ainsi à la recherche et à la formation dans les domaines des études théâtrales et de la pédagogie. Il est couronné par un entretien avec le metteur en scène et professeur de théâtre russe Anatoli Vassiliev.