À partir d'une lecture originale du Traité de la nature humaine de David Hume, cet ouvrage propose de renouveler la manière dont la notion de soi est appréhendée en philosophie, tout en l'élargissant à d'autres disciplines des sciences humaines ou cognitives. Il ne s'agit plus alors de chercher à déterminer ce qu'est le soi, quelles sont ses caractéristiques et si une telle chose existe, mais plutôt de penser cette notion comme une simple représentation qui découle, avant tout, de notre vie émotionnelle.
D'où vient l'idée que nous avons de nous-mêmes ? Comment la représentation de soi — et, plus précisément, d'un soi continu et identique à lui-même à travers le temps — advient-elle à la conscience ? Par quels ressorts psychologiques y consentons-nous ?
Cet ouvrage présente de façon inédite toute l'étendue des discussions relatives à la question du soi encore peu connues du lectorat français. Par la thèse sentimentaliste qu'il défend, il ambitionne de faire un pas de côté par rapport aux questions qui dominent les débats contemporains sur le soi.
L'enseignement moral et civique entre rénovation et précarisation
En étudiant la mise en place dans les établissements scolaires français d'un enseignement moral et civique rénové à partir de 2015, le présent ouvrage s'attache à mettre en lumière les conditions multiples – politiques, institutionnelles, organisationnelles et intellectuelles – qui président à la formation scolaire du citoyen. Par la reconstitution des différents niveaux et logiques d'acteurs qui tissent l'éducation à la citoyenneté comme politique éducative, il s'inspire de la sociologie de l'action publique dans un souci affirmé de faire dialoguer la sociologie, la philosophie et l'histoire de l'éducation et les didactiques des disciplines, au travers des analyses de chercheurs d'horizons disciplinaires divers.
Au fil des chapitres, ces analyses visent à comprendre la précarité persistante de l'enseignement moral et civique. À quelles conditions alors l'éducation scolaire à la citoyenneté peut-elle contribuer à la formation effective du citoyen ? Quels savoirs l'exercice de la citoyenneté requiert-il dans le monde contemporain ? Dans quelle mesure l'éducation au politique peut-elle s'autonomiser de l'éducation morale ? La formation civique suppose-t-elle un enseignement spécifique ou bien est-elle dépendante d'apprentissages transversaux ? Alors que les programmes d'EMC sont à nouveau en train de changer, il s'agit d'explorer de manière fine les possibles mais aussi les empêchements et les tensions sous-jacentes au projet d'éduquer à la citoyenneté démocratique à l'école.
Parenté, mariage et propriété dans la philosophie des XVII et XVIIIe siècles
La famille moderne n'est plus, mais son histoire reste indispensable pour qui veut comprendre qu'elle a constitué à la fois un repoussoir et un laboratoire de la famille contemporaine. Nous héritons d'une institution complexe dans laquelle la hiérarchie, la division du travail, la différence sexuelle et générationnelle, la subsistance, le soin, les sentiments et les modalités de l'affiliation ont été bouleversés. Faire l'histoire de la famille moderne, c'est aussi la restituer dans les doctrines philosophiques classiques qui lui consacrèrent une vive attention. Grotius, Hobbes, Locke, Pufendorf, Montesquieu, Rousseau et Diderot: tous ces auteurs ont été des philosophes de la famille, tous ont affiné leurs notions afin d'intégrer la famille dans leur théorie politique et leur ontologie sociale. Ce recueil d'études entend présenter la richesse de leur pensée sur ce point souvent négligé du commentaire. On voit Locke promouvoir l'égalité parentale, Hobbes juridiciser la question du soin, Montesquieu se pencher sur le sort des héritières, et Pufendorf légiférer sur la conversation des époux. L'histoire de la famille dénaturalise nos convictions à son sujet. N'est-ce pas là l'une des fonctions de la philosophie?
Cet ouvrage offre un regard nouveau sur la notion de " limites ", souvent placée au cœur des problématiques écologiques et environnementalistes contemporaines. Ces limites auxquelles nous faisons déjà face – pandémies, catastrophes naturelles, conflits – témoignent de la détérioration de nos conditions d'existence et de l'appauvrissement de notre expérience de la nature. Les contributions rassemblées ici proposent une conception originale de l'écologie, interrogeant sur la base d'approches pratiques et sensibles la façon dont nous habitons le monde. Ensemble, ces textes – récits, restitutions poétiques, analyses philosophiques et littéraires – offrent une nouvelle lecture de nos rapports à l'écologie, et invitent à repousser les limites en débridant notre imaginaire. Au-delà, ils mettent en évidence une nécessité, celle de mettre en commun ces expériences pour repenser radicalement nos modes de vie et la manière de faire collectif.
En révélant une ancienneté vertigineuse et sublime, la découverte d'un art préhistorique a bouleversé notre culture en profondeur. En raison des lacunes des vestiges, de l'absence de sources textuelles et de la paradoxale modernité artistique du Paléolithique, ce temps incommensurable aux cadres historiques traditionnels impose de repenser l'histoire. Quels concepts et modèles ont été élaborés pour faire une place à la préhistoire dans l'histoire? Quelle est leur portée épistémologique? Que nous disent-ils de l'art, de notre histoire, de notre culture? Convoquant des grands noms de la préhistoire et de l'anthropologie (Gabriel de Mortillet, Henri Breuil, André Leroi-Gourhan) ainsi que des théoriciens de l'art aussi différents qu'Alois Riegl, Élie Faure, Carl Einstein ou George Kubler, l'ouvrage envisage l'art préhistorique comme une matrice philosophique pour interroger les liens entre art, histoire et humanité.
La " servitude volontaire " est une formule mobilisée tant dans le champ universitaire que dans le champ intellectuel ou journalistique. Ses usages, parfois référés au Discours de la servitude volontaire de La Boétie et, plus rarement, appuyés sur une lecture précise de ce texte, prétendent situer la source de la domination dans le libre consentement de ceux qui la subissent. Mais cette formule au caractère oxymorique, presque provocateur, occulte le plus souvent les véritables causes de cette apparente volonté de servir. Les explications de ce phénomène, telles que le désir, la coutume, la soumission consentie, la domination symbolique, l'obsequium ou la jouissance dans la servitude, doivent permettre de comprendre ce qui apparaît sinon comme une monstruosité et une énigme. L'étude du monde du travail montre notamment que les analyses en termes de servitude volontaire ne sont pas les plus adéquates. Enfin, si une telle formule peut susciter une prise de conscience, elle ne fournit pas pour autant la clé de l'émancipation.
Des premiers rites baptismaux à la confession moderne, le christianisme marqua toute l'œuvre de Michel Foucault, aiguillée par notre actualité: comprendre le rapport que nous avons aujourd'hui à nous-mêmes et à notre sexualité demande de s'interroger sur la volonté de vérité que la culture chrétienne a instaurée depuis l'Antiquité. Que faut-il dire et manifester de soi pour connaître son désir, orienter sa vie, être guéri ou sauvé? Ce livre propose une lecture critique de l'ensemble des lectures chrétiennes de Foucault, d'Histoire de la folie au grand livre posthume Les Aveux de la chair, enrichie par les archives du philosophe. Ni chronologique ni thématique, ce parcours espère retrouver la logique d'un travail: une manière singulière de lire et de traduire les textes à partir d'un questionnement philosophique. Loin de l'image facile d'un christianisme ascétique et intransigeant, Foucault définit l'originalité chrétienne comme la reconnaissance paradoxale d'un rapport précaire à la vérité
Alors que le xixe siècle met l'enfant à l'école, la première moitié du xxe s'occupe de celui qui n'y va pas. Qu'on le dise arriéré, délinquant, orphelin, fou ou en danger moral, l'enfant en marge voit se développer autour de lui un édifice institutionnel qui, entre le début du siècle et la fin des années soixante, acquiert progressivement consistance matérielle et unification idéologique.
C'est en examinant le parcours et le travail de Fernand Deligny (1913-1996), instituteur, éducateur et écrivain, que cet ouvrage entend redessiner cette histoire. Sans se limiter aux innovations législatives qui jalonnent la période ou aux acteurs qui font figure de fondateurs, il entend éclairer les évolutions idéologiques qui sous-tendent ce développement. En revenant sur les alliances, les oppositions et les affrontements auxquels se livrent les principaux personnages de cette période, cette enquête philosophique vise à mieux situer la place de Deligny, et à donner un autre éclairage à deux concepts au cœur de cette histoire: l'institution et l'enfant.
Les pensées de Gilbert Simondon et de Jacques Derrida n'ont jamais été étudiées de manière conjointe, alors même que les deux auteurs partagent un contexte historique, un milieu théorique ainsi qu'un ensemble de problématiques communes qui anime leurs réflexions dans le champ philosophique des année 1960.Ce livre propose de remédier à ce manque en confrontant les pensées des deux auteurs autour de trois grandes questions: celle de la métaphysique et des rapports entre philosophie et sciences, celle de l'humain et des rapports entre vie et conscience, et celle de la technique et des rapports entre mémoire et archives.Autant d'interrogations qui ressurgissent aujourd'hui, face aux menaces de l'Anthropocène et du transhumanisme.L'articulation des pensées de Simondon et de Derrida constitue ainsi une ressource fondamentale pour dépasser les oppositions entre animalité et humanité, nature et culture ou nature et technique. Elle permet de repenser les rapports entre vie, technique et esprit hors des schémas dualistes, ainsi que d'appréhender les enjeux anthropologiques des mutations technologiques contemporaines.