Le présent recueil s'attache à évoquer les différentes manières, contrastées, paradoxales, ambiguës parfois, mais toujours intenses, qu'André Beucler a eu de décliner le motif de " l'affiche ", au propre comme au figuré, dans ses romans comme dans ses articles ou ses émissions de radio, que ce soit sur le ton de l'éloge ou du sarcasme. André Beucler (1898-1985) est en effet aujourd'hui plus connu du grand public pour avoir partagé l'affiche avec Jean Gabin (en tenue de spahi) dans le film de Jean Grémillon, adapté de son roman Gueule d'amour, que comme romancier-phare des Années folles. Entré en littérature en 1925 par la grande porte des Éditions Gallimard avec La Ville anonyme, ce jeune auteur du groupe des " moins de trente ans " enchaîne alors nouvelles et romans. Habité depuis toujours par la passion du cinéma, il cède bientôt aux séductions du journalisme et s'éprend au passage de la " fée Publicité ". Dès le début des années trente, son nom côtoie celui des stars de l'époque (Pierre Brasseur, Charles Boyer, Brigitte Helm…) sur les affiches des films auxquels il participe en tant que scénariste, dialoguiste ou coréalisateur, tandis que, dans les colonnes de Marianne ou même de Paris-Soir, il se fait un nom comme grand reporter.
L'émergence et le succès actuel du " nouveau roman social " rendait indispensable de revisiter et réévaluer l'oeuvre du principal inspirateur de l'" école prolétarienne ", Henry Poulaille (1896-1980). La " trilogie des Magneux ", du nom de la famille dont il suit le destin à travers trois générations, publiée de 1931 à 1937, constitue en effet l'exemple le plus réussi du " roman prolétarien ", à la fois par son inspiration (en partie autobiographique), sa thématique (les luttes sociales de la classe ouvrière au début du siècle à Paris) et son écriture, dont l'originalité " populaire " choqua autant qu'elle fut admirée par les plus grands écrivains de son époque, Gide, Giono, Céline, Ramuz, Cendrars…
Le " style Poulaille ", mais aussi son inspiration, son influence et la réception de son oeuvre font l'objet des différentes études de ce dossier confiées aux meilleurs spécialistes d'Henry Poulaille.
André Beucler et Léon-Paul Fargue se sont connus en octobre 1924, dans le bureau de
Gaston Gallimard, au seuil d'une amitié qui devait durer jusqu'à la mort du " Piéton de Paris ", en 1947. La différence d'âge des deux écrivains – 22 ans – ne les empêcha pas de se comporter comme des frères, le ton de leur correspondance le montre assez, entre complicité, espièglerie mais aussi forte solidarité dans les moments difficiles. On trouvera dans ces lettres le témoignage de leur intense travail commun, participant d'une vie culturelle foisonnante, de leurs nombreuses relations littéraires, artistiques, politiques, au cours de cette période mouvementée que fut l'entre-deux-guerres.
Qui se souvient de Jean Cassou, Claude Farrère, Georges Limbour ? Qui a lu les nouvelles de Blaise Cendrars, Albert Cohen, Jean Schlumberger ? Le premier vingtième siècle, en ce qui concerne la nouvelle, est une période injustement oubliée par la critique littéraire, qui la perçoit comme une transition un peu atone, un peu molle entre Maupassant et le renouveau des années cinquante. Et pourtant ! Même si beaucoup d'écrivains se contentent de reprendre des recettes éprouvées, la nouvelle, dans l'ombre du roman, cherche sa voie, ses voix, tente de prendre ses distances avec l'encombrante tradition du siècle précédent.
D'abord en quête d'une inspiration différente, les auteurs proposent aussi d'autres manières de raconter et la nouvelle, du fait peut-être de sa faible visibilité dans l'espace libraire, entre journaux, revues ou recueils, de son statut générique également mal défini, se fait propice à de multiples expérimentations, du monologue intérieur aux plus déconcertantes variations énonciatives. Raconte-t-elle encore une histoire ? Peut-on encore parler de récit ? Comment la situer ?
Restreignant la durée et la trame événementielle, multipliant les ellipses, estompant les frontières entre rêve et réalité, la nouvelle dans la première moitié du vingtième siècle se révèle être ainsi une formidable machine à semer le doute, à déstabiliser le lecteur, toutes vertus éminemment modernes de la création littéraire.
Susciter une réflexion sur les " écrivains théoriciens de la littérature " ne va pas sans paradoxe. Cela aurait pu consister en effet à convoquer une certaine famille d'écrivains et à se tourner exclusivement vers elle, composée des acrobates de la théorie, de ceux qui fréquentent l'Académie ou dialoguent avec la critique, s'essaient à la pensée poétique, esthétique, romanesque. Cela requiert toutefois de mettre également au jour des relations plus secrètes entre une œuvre, un auteur et une certaine pensée de la littérature, jaugeant prudemment son potentiel d'extension, depuis l'œuvre complète de l'auteur vers la littérature générale, l'espace théorique de la bibliothèque universelle.
Qu'est-ce qui pousse des hommes et des femmes à écrire sur un sol occupé ? La première originalité de cet ouvrage est de répondre à cette question en élargissant le champ d'investigation. Il prend en considération les différents écrits – publics, intimes, clandestins, dans ou hors du champ littéraire – qui manifestèrent en France un refus, sur tout l'éventail " du non-consentement à la résistance ". À cet objectif ambitieux correspond une approche interdisciplinaire inédite qui combine analyses littéraires et historiennes, ainsi qu'une dimension comparatiste : les cas belge et polonais ont permis de mesurer les effets des variations des conditions d'occupation et des contextes culturels nationaux.
Pascale Auraix-Jonchière (CELIS) etFrance Marchal-Ninosque (Centre Jacques-Petit) recueillent dans ce volume lesactes d'un colloque qui s'est tenu au printemps 2008 à la MSH deClermont-Ferrand. Ce colloque, " Barbey et l'esthétique ", avait pour objectifd'envisager les rapports, souvent polémiques, que Barbey entretient avec lesdiscours sur l'esthétique, avant de faire retour sur les principalescaractéristiques de son écriture. Durant ces journées, s'est dégagée une lignede force : qu'il s'agisse de critique, d'écriture intime ou de créationromanesque, la pensée de Barbey s'articule autour de la notion féconde deparadoxe. Cet ouvrage met en regard les réflexions de l'écrivain et certainesdes données d'une " esthétique en acte " et d'une authentiquepoétique.
Depuis juin 1987, Roman 20-50, revue semestrielle du " Centre d'étude du roman du XXe siècle " de l'Université de Lille 3, contient une rubrique, " La revie littéraire " , consacrée à un romancier français qui, dans la plupart des cas, connut de son vivant une notoriété plus ou moins grande puis tomba dans l'oubli, souvent après sa mort, mais quelquefois avant celle-ci, pour retrouver, enfin, une certaine audience. Le présent ouvrage proposant un choix de ces articles, vise à compléter l'histoire du roman français au siècle dernier. Son ambition est de donner un aperçu synthétique de ce " moment " éditorial qui coïncide avec le dernier quart du XXe siècle et déborde désormais sur le nôtre.
Le présent volume prend place dans un vaste projet de recherche international, "L'histoire littéraire des écrivains", à l'origine de plusieurs rencontres organisées en France, en Allemagne et aux États-Unis entre 2004 et 2007. Comment les écrivains pensent-ils et représentent-ils leur aventure collective ? Comment élaborent-ils une idée de la littérature tout en en faisant le récit ? Quelle image donnent-ils, eux-mêmes, de leur histoire et de leur temporalité ? Plusieurs approches, notamment l'étude des entreprises personnelles (souvenirs, correspondances, journaux) ou collectives (panoramas, formes éditoriales, anthologies), répondent à ces questions en même temps qu'elle en soulèvent d'autres comme celles des genres narratifs ou de la valeur heuristique de la fiction face à l'histoire savante.