Les objets ont-ils du pouvoir? Comment interviennent-ils dans la fabrique sans cesse renouvelée des rapports sociaux de pouvoir? Inscrit dans le " tournant matériel " des sciences sociales, cet ouvrage prend les objets au sérieux et en fait un levier opératoire pour saisir les mécanismes de pouvoir et de domination qui structurent les sociétés. Il analyse leur présence dans l'espace et démontre que les objets matériels sont à la fois des opérateurs et des révélateurs des inégalités sociales. Les contributions qu'il réunit assument de considérer la dimension matérielle de la domination. Plus encore, en mettant en lumière des objets négligés, banals, ou encore des systèmes d'objets, les textes rassemblés mettent au jour des formes de domination peu connues. Les objets étudiés sont d'une grande variété et s'inscrivent dans des contextes socio-culturels très divers. Leur rapprochement éclaire des formes de domination qui procèdent des institutions, mais aussi de logiques de distinction sociale ou d'appropriation territoriale.
Depuis plusieurs années, de plus en plus de villes rivalisent d'ingéniosité pour obtenir le titre de " Capitale européenne de la culture ". Le titre a en effet été synonyme d'un renouveau économique et d'une politique de régénération urbaine pour des villes comme Glasgow (1990), Lille (2004) ou encore Liverpool (2008). Des villes moyennes comme Bourges, Lens ou Rouen candidatent aujourd'hui pour le titre de 2028.En partant du cas de Matera, Capitale européenne de la culture en 2019, l'ouvrage vise à décrire les coulisses du processus de labellisation. L'arrière-scène est analysée sous un triple aspect: les jeux d'acteurs, les représentations urbaines et les projets de transformation de la ville. Cette phase de préparation à l'événement est particulièrement intéressante pour observer la manière dont s'opèrent les choix stratégiques, l'évolution des rapports entre les acteurs de la fabrique urbaine, mais aussi l'émergence de conflits et de controverses autour de l'utilisation du label. Dans le cas des Capitales européennes de la culture, cette approche permet de dépasser des études traditionnellement axées sur l'évaluation des impacts positifs ou négatifs de l'événement culturel.L'ouvrage s'inscrit dans le domaine du patrimoine, et plus particulièrement dans les thématiques de l'architecture et de l'histoire urbaine. Dans une ère définie par la compétition internationale et une concurrence accrue entre les villes, la recherche questionne plus globalement les effets de la labellisation sur la fabrique urbaine.
Éclairer les coulisses des enquêtes en sciences sociales sur les relations professionnelles et le syndicalisme est l'enjeu de cet ouvrage. Quels terrains privilégier? Quels acteurs rencontrer en priorité? Comment comparer des contextes nationaux différents? Enquêter sur les relations professionnelles est-il possible lorsque celles-ci ne sont pas institutionnalisées? Peut-on être à la fois scientifique et militant? Et comment appréhender les rapports de domination qui se nouent sur le terrain?Des conditions de féminisation du syndicalisme à la représentation des précaires, en passant par la cause LGBT, les enjeux de l'économie sociale et solidaire ou encore les modalités de soutien matériel à la grève, cet ouvrage détaille les stratégies actuelles de prise en charge de ces thématiques par les organisations syndicales.C'est aussi l'univers professionnel des start-up, celui de la livraison à vélo, ou encore des acteurs patronaux qui sont explorés dans ces retours réflexifs.En proposant des pistes méthodologiques relevant de l'enquête ethnographique, statistique ou archivistique, chacune des douze contributions originales dresse l'état des lieux des réflexions et des savoirs utiles à toutes les personnes désireuses de s'initier aux modes d'investigation des sciences sociales. Cet ouvrage collectif contribue ainsi au renouveau du champ des relations professionnelles, à son décloisonnement ainsi qu'à l'élargissement de ses horizons.
Beaucoup de travaux de sciences politiques se revendiquent de la méthode ethnographique, mais peu la définissent plus précisément ou en exposent les apports. L'objet de cet ouvrage est de prendre en compte le développement en science politique de cette méthode initialement conçue comme la méthode propre à l'anthropologie. Il s'appuie sur les contributions de chercheurs et chercheuses spécialistes qui se fondent sur cette méthode dans leur étude de certains objets canoniques de la science politique.Qu'apporte de travailler de manière ethnographique sur des élections, des partis politiques, des événements protestataires, des moments révolutionnaires ou des modes informels de politisation? Comment cette méthode permet-elle de mieux saisir des politiques culturelles dans le contexte de leur internationalisation? Dans quelle mesure une ethnographie de la circulation des idées politiques peut-elle en affiner l'étude? Dans quelle mesure la méthode ethnographique permet-elle de travailler de manière critique sur l'État, les pratiques administratives et les rapports entre bureaucrates et usagers? Telles sont certaines des questions que les auteurs et autrices de ce livre se sont attaché·es à traiter. Ce faisant, ils et elles s'efforcent également de montrer comment cette méthode met en dialogue la science politique avec l'anthropologie, la sociologie ou l'histoire, réaffirmant ainsi l'idée de sciences sociales
Comment des mémoires traumatiques multiples, ancrées dans différentes guerres et devenues concurrentes, peuvent se retrouver dans un récit commun ? Comment réconcilier la mémoire et l'histoire ? Marc André trouve une réponse dans l'histoire de Montluc, une prison marquée par les violences du xxe siècle et les compétitions mémorielles du xxie siècle.À rebours des logiques concurrentielles révélées lors de la transformation de la prison en Mémorial en 2010 entre les porte-paroles des détenus sous l'occupation allemande, reconnus, et ceux de la guerre d'Algérie, écartés, le livre explore la manière dont la prison a permis aux expériences passées et présentes d'entrer en résonance, d'une guerre à l'autre. Après 1944, des responsables nazis et des miliciens sont emprisonnés à côté d'anciens résistants hostiles à la colonisation ; un militant communiste est enfermé pour sa critique de la guerre d'Indochine dans la cellule même où il était détenu sous Vichy ; des victimes de Klaus Barbie soutiennent des Algériens raflés, torturés, condamnés à mort et finalement guillotinés ; des cérémonies se tiennent devant les plaques commémoratives de la seconde guerre mondiale et servent à condamner la guerre coloniale. Ces collisions temporelles favorisent le scandale et forgent des solidarités imprévues entre les victimes de différentes répressions.En nous immergeant dans cet espace où les ombres dialoguent, ce livre nous permet de saisir l'ensemble des événements, des pratiques et tout simplement des vies qui ont convergé et fait de Montluc une prison pour mémoire.
Pourquoi les grands alpinistes se détournent-ils de l'Everest? Pourquoi refusent-ils l'oxygène artificiel sur certains sommets himalayens? Pourquoi risquent-ils leur vie pour une ascension nouvelle?Théâtre de drames, pourvoyeur de héros, objet de polémiques, l'alpinisme de haut niveau fascine. Dans les discours qui l'entourent ressurgissent les mêmes images: celles d'une pratique grande et noble, qu'on ne saurait assimiler à un simple sport, aux protagonistes voués corps et âme, prêts à se sacrifier pour une ascension inédite. À condition, cependant, qu'elle soit réalisée dans le bon esprit, car dans le grand alpinisme, il faut parvenir au sommet sans tricher, dans le respect d'une éthique stricte.C'est cet esprit de l'alpinisme, synonyme d'excellence, que l'ouvrage interroge à travers une enquête originale, à la fois historique et sociologique. Mettant à profit des matériaux inédits, il emmène le lecteur des origines de l'alpinisme, dans la grande bourgeoisie anglaise du XIXe siècle, jusqu'au début du XXIe siècle.L'esprit de l'alpinisme, principe éthique et esprit de corps, s'inscrit dans des hiérarchies et des rapports de domination de classe et de genre, qui distinguent les élites des masses, les alpinistes des guides, les hommes des femmes. L'ouvrage dévoile comment, par-delà la diffusion, la démocratisation et la féminisation de l'alpinisme, son esprit, codifié il y a plus de 150 ans par une petite élite masculine britannique, continue d'en refléter aujourd'hui les idéologies. Il intéressera tant des universitaires que des amateurs d'alpinisme.
Germaine Tillon, Jean-Paul Sartre, Marc Bloch, Charlotte Delbo, Bruno Bettelheim ou Roland Barthes: voici quelques-uns des intellectuels que l'on croisera dans ce livre. Ils ont en commun d'avoir éprouvé, plus ou moins longtemps et durement, des moments où ils ont été empêchés de lire, d'écrire, d'enseigner, de peindre, etc. Tous ont témoigné de ces épisodes de mise à l'épreuve dont parfois on ne se remet jamais. Certains ont été internés en prison ou en camp. D'autres ont connu l'enfermement du sanatorium. D'autres encore ont choisi de rompre avec le monde intellectuel en s'établissant en usine ou en partant vers un ailleurs lointain.L'ouvrage prend ces situations d'empêchement, subies ou choisies, comme autant de terrains d'enquête: que disent-elles de la condition intellectuelle? Que mobilisent ces hommes et femmes pour faire face aux privations dont ils et elles sont l'objet? Leurs réactions nous révèlent combien la condition intellectuelle ordinaire tient à des apprentissages lettrés, mais aussi à des équipements matériels (le bureau, le livre), à des publics (les lecteurs, les élèves) et à des solidarités (les pairs), autrement dit à des mondes qui soutiennent l'identité.Au fond, ce que nous donnent à voir ces récits de captivité, ces carnets de guerre ou ces correspondances d'exil, ce sont les tentatives pour reconstruire ces mondes. Dans l'épreuve et malgré elle.
Dans les mondes de la culture, les références sont nombreuses au geste artistique, à la vocation, au travail du corps ainsi qu'au désir. Que ce soit dans le travail des professionnels de l'art (comédiens, scénographes, musiciens, danseurs, plasticiens, designers, etc.), dans celui des médiateurs ou dans l'activité des amateurs, le corps – à la fois sexué et genré – occupe une place centrale, y compris lorsqu'il est absent ou recomposé numériquement via les pseudos et avatars.Ces mondes qui se veulent à l'avant-garde sur le plan artistique le sont-ils aussi sur le plan du genre ? Le talent a t-il un sexe, et si oui, est-il le même dans tous les domaines artistiques et culturels ? Comment expliquer les différences de carrière entre femmes et hommes dans des domaines où seuls le talent et la passion individuelle devraient compter ?Cet ouvrage rassemble les contributions d'une trentaine de chercheuses et chercheurs des sciences humaines et sociales, qui apportent des éclairages novateurs issus de secteurs aussi variés que ceux de la musique (jazz, rap, musiques de jeux vidéo, etc.), des arts plastiques, du livre ou encore de la danse et de l'artisanat d'art.
Au cours des deux dernières décennies, la question de l'orientation sexuelle et des identités de genre est devenue un sujet de débat public dans de nombreux pays africains. En lien avec la montée des violences anti-homosexuelles dans les années 2000, la recherche en sciences sociales s'est attelée à montrer que l'Afrique, soudainement homophobe, fut pendant longtemps un lieu de tolérance pour la diversité sexuelle, à condition qu'elle reste confinée dans l'espace privé.Dans ce contexte, sur la base d'une double enquête ethnographique au Cameroun et en France, Patrick Awondo analyse l'émergence de l'homosexualité comme sujet politique et son expression dans les parcours des " migrants sexuels " africains en France.Cet ouvrage propose ainsi un traitement ethnographique inédit de la naissance d'un militantisme homosexuel en Afrique sub-saharienne postcoloniale et de la construction de l'homosexualité comme question publique dans un contexte plus général d'" ensauvagement " de la société africaine.