Voukoum – " désordre " en créole – est un groupe qui occupe un espace de contestation sociale et politique majeur au sein du carnaval guadeloupéen. Né à Basse-Terre en 1988, ce mouvman kiltirèl se distingue d'autres formations carnavalesques par son approche spirituelle radicale et son lien revendiqué à l'Afrique. Flore Pavy, anthropologue entrée dans le groupe comme musicienne, décrit minutieusement le Mas, le rituel de transformation et de mise en mouvement des corps de Voukoum. Elle met en lumière des processus de créativité rituelle qui permettent, tout en s'inspirant d'autres pratiques culturelles caraïbéennes contemporaines, de retrouver une sacralité africaine ancestrale.En quoi la technique du Mas s'inscrit-elle dans l'histoire postcoloniale et évoque-t-elle la déportation et la mise en esclavage? Comment Voukoum lutte-t-il contre la société de consommation et dénonce-t-il les rapports de domination encore à l'œuvre aujourd'hui? Quelle place ses membres confèrent-ils à la sauvegarde du patrimoine vivant, de la langue créole et, en particulier, de l'art musical gwoka?Faisant la part belle aux témoignages des acteurs du carnaval, cet ouvrage offre une vision encore largement méconnue de l'histoire de la Guadeloupe et de la place singulière occupée par les Antilles françaises dans l'aire caribéenne. Voukoum, esprits rebelles du carnaval guadeloupéen initie le lecteur à la vie d'un collectif qui s'efforce publiquement de " reconstruire le fil rompu des liens ancestraux et toujours réinventer les récits essentiels ".
— Ah, vous êtes musicienne ? Vous jouez quoi ? — De l'alto. — Ah… et vous jouez dans un orchestre ? — Euh… disons que je joue plutôt dans " des " orchestres. Delphine Blanc, docteure en sociologie et altiste, a souvent ce type d'échanges qu'elle fait immanquablement suivre de quelques explications permettant d'éclairer son interlocuteur sur sa profession de musicienne. Si certains musiciens jouent en effet dans le même orchestre durant toute leur carrière, on ignore souvent que d'autres, au contraire, se produisent rarement deux semaines de suite dans le même. Il n'existe d'ailleurs pas un seul type d'orchestre, mais plusieurs, répondant chacun à des modèles économiques, sociaux ou artistiques différents. Ces formations sont, de plus, composées de musiciens, mais pas seulement. Il faut compter tous ceux qui travaillent en coulisse : administrateurs et régisseurs, notamment. Entre ces métiers et ces parcours si divers, les usages et les relations de pouvoir sont très variables. Elles donnent naissance à des collectifs aux visages multiples, objets d'études de ce livre qui, s'appuyant sur de nombreux témoignages d'acteurs de la profession, offre une immersion passionnante dans un monde complexe et donnant encore lieu à de nombreux préjugés, tout en répondant à un grand nombre de questions souvent sans réponses auparavant. Ainsi, comment l'organisation de ces orchestres pèse-t-elle sur les comportements individuels ? L'engagement contractuel influence-t-il l'engagement artistique et faut-il, pour être un " vrai " musicien, perpétuer l'idée d'une bohème romantique où n'est artiste que celui qui accepte le risque et l'incertitude ? Cet ouvrage propose d'entrer, au-delà de la scène et des instrumentistes, dans les coulisses et les bureaux des orchestres de musique classique.
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