Pour l'histoire de la vie quotidienne, la lettre, genre de document qui s'est généralisé avec les progrès de la poste depuis moins de quatre siècles, nous paraît d'autant plus précieux que la concurrence des nouveaux moyens de communication vient de le raréfier sous nos yeux.
C'est ainsi qu'un corpus d'environ 275 lettres, s'échelonnant de 1741 à 1770, conservé aux Archives départementales de l'Aude, mérite notre attention. Il concerne essentiellement l'échange de nouvelles entre une famille de petits seigneurs du Pays de Sault dans les Pyrénées audoises et leur fils, lieutenant de cavalerie dans les armées de Louis XV, pendant les guerres de Succession d'Autriche et de Sept ans.
Ces lettres évoquent une société aux ressources limitées Elles évoquent aussi la vie des officiers subalternes avec leurs équipages et leurs brillants uniformes, les parades, et en contrepartie les privations et la misère des jours ordinaires. La dure discipline qu'ils imposent, nuit au recrutement des simples cavaliers et incite même à la désertion. Ils ont ainsi toujours besoin d'hommes mais aussi d'argent, de chevaux et de mulets.
Ces lettres reflètent d'autre part les manières de pensée et les soucis de leurs auteurs et de leurs relations: un père qui veille à ce que sa famille tienne son rang grâce au métier des armes, un fils aîné qui obtient, après force dangers, fatigues et privations, la croix de Saint-Louis, une mère aimante et angoissée inculquant à ses fils le sens de leur devoir, l'amour et la crainte de Dieu, les autres enfants, dont une vocation forcée; et au-delà combien de parents, de seigneurs voisins, de militaires, de prêtres, de domestiques et d'amis.
Mine de renseignements, cette publication devrait servir de pierre d'attente pour d'autres travaux.
Professeur émérite de l'Université Panthéon-Assas (Paris II) après avoir été d'abord professeur à la Faculté de droit et des sciences sociales de Poitiers, et ayant parallèlement enseigné durant une grande partie de sa carrière à la Faculté de droit et des sciences économiques de Limoges, Jean-Louis Harouel est non seulement l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages, mais encore il a publié un très grand nombre d'articles, chapitres d'ouvrages collectifs ou notices de dictionnaires. L'Institut d'Anthropologie Juridique souhaite lui rendre hommage en rassemblant l'essentiel de ces textes afin de les rendre plus facilement accessibles tout en restituant la richesse et l'exceptionnelle ampleur thématique de son travail scientifique.Le présent ouvrage regroupe non loin d'une centaine de textes, allant de l'histoire du droit public (histoire de l'État, du droit constitutionnel, de l'administration, du droit administratif) jusqu'à la sociologie de la culture et à celle de l'art, en passant par l'histoire de la ville et du droit de l'urbanisme, l'histoire des idées politiques, l'histoire du droit pénal, l'histoire économique, l'histoire religieuse et celle du droit canonique, ou encore la mise en rapport de la littérature (Balzac, Hugo) et de l'histoire juridique. Bref, un vaste ensemble témoignant d'une curiosité et d'une pensée qui se sont déployées à travers les contrées les plus variées de l'immense territoire de l'historien du droit.
Volontiers qualifiés " d'organismes secrets ", les ordres professionnels des médecins, chirurgiens-dentistes, pharmaciens, sages-femmes et vétérinaires suscitent encore de nos jours de nombreuses interrogations. S'il ne fait aucun doute pour certains que les ordres sont apparus après la Libération, d'autres soutiennent au contraire que ces groupements sont issus des conceptions autoritaires du régime de Vichy.Cette étude tend ainsi à dépasser ces premières théories en apportant un nouvel éclairage sur ces institutions. En insistant sur la notion centrale de continuité, cet ouvrage propose de reconstituer sans rupture le fil historique de l'encadrement du corps médical, des premières conceptions des ordres au XIXe siècle, menant à leur consécration sous l'Occupation, jusqu'à leur complète confirmation après-guerre.
Le présent ouvrage fait suite à un colloque qui s'est tenu à la Faculté de Droit et des Sciences Économiques de Limoges en 2016, année des 72e Ostensions septennales limousines et marchoises. Ces célébrations furent l'occasion pour juristes et historiens de réinterroger, différemment peut-être, la notion de relique à l'aune de ce corps-objet qui, faisant image, fait agir et réagir au sein de l'espace sacré d'hier, mais aussi civique d'aujourd'hui.Dix contributions consacrées essentiellement aux reliques chrétiennes se distribuent ainsi dans ce volume, autour de la triade Réagir, Vénérer, Douter, trois verbes d'action qui lèvent un coin du voile sur le mystère de la sainteté, les émotions face au sacré et les enjeux juridiques contemporains. Objets de vénération, parfois de détestation, objets patrimoniaux et également objets de droit, les reliques sont bien dans la cité – en action – ce qui en fait des objets bons à penser pour les sciences sociales.
" Tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer ". Cet article 1384 du code civil français, devenu l'article 1240 en 2016, est un texte d'anthologie, sans doute le plus célèbre en matière de responsabilité.Notion cardinale du droit dans nombre de traditions nationales, la responsabilité ne concerne pas que le droit civil. Elle irrigue autant les autres branches du droit – pénal, administratif ou constitutionnel – au sein desquelles elle n'a cessé d'occuper une place grandissante.La responsabilité n'a pas qu'un présent riche et un avenir fructueux. Elle a aussi un long passé, qui, en dépit des brillants travaux historiques qui lui ont déjà été consacrés dans différentes langues, recèle beaucoup de zones d'ombre. C'est à jeter des éclairages nouveaux qu'une soixantaine de savants se sont essayés lors des mémorables Journées Internationales de la Société d'Histoire du Droit tenues à Tours en 2017.Le présent recueil livre au lecteur l'essentiel de ces contributions, espérant combler des lacunes dans la connaissance scientifique et susciter des pistes de recherches nouvelles.
Avec ce quatrième volume, les Presses universitaires de Limoges poursuivent la publication des travaux d'Olivier Guillot dans la collection des Cahiers internationaux d'anthropologie juridique,On y retrouve toute la richesse de la pensée de ce grand chercheur qui analyse le droit, les institutions et les idées politiques du premier Moyen Age à la lumière des réalités de cette société composite dans laquelle la romanité est bien plus présente qu'on ne l'a imaginé jusque-là.Olivier Guillot a fait sienne la formule de Boileau " Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage! ", n'hésitant pas à compléter ou à réviser des hypothèses antérieurement formulées contribuant ainsi à renouveler notre connaissance de cette période.On y trouvera en particulier des réflexions sur l'origine et les effets du principatus, des études sur saint Martin ou encore sur la portée institutionnelle et politique de certaines " interprétations " du Bréviaire d'Alaric.
Cet ouvrage propose la traduction du dernier texte émanant d'Alberico Gentili, dont deux autres titres ont déjà été publiés par les PULIM.
Il s'agit d'un texte posthume édité par le jeune frère de l'auteur, Scipio. Il intéresse une question dans laquelle Alberico Gentili avait été impliqué pour défendre des Espagnols ayant fait l'objet de pillages.Les questions maritimes dépendent de la juridiction de l'Amirauté anglaise qui juge selon les règles du droit romain; c'est donc à ce titre qu'Alberico avait été autorisé à intervenir dans cette défense.
Les hommes de l'époque préclassique grecque ont rattaché l'explication de la folie et des passions à leurs croyances mythologico-religieuses, puis de la période classique à l'époque hellénistique, le rationalisme scientifique et philosophique a connu une floraison de la causalité naturelle explicative des phénomènes mentaux. Ce courant s'est refermé lors de l'Antiquité tardive, sous la souveraineté de la pensée théologique, pour laisser place à une nouvelle conception spirituelle et surnaturelle de la pathologie mentale.
D'un phénomène, à l'origine, extérieur à l'homme, la folie et les passions ont été conçues à partir de l'époque classique selon une étiologie interne. L'osmose entre les savoirs non conceptualisés dans des champs disciplinaires clos, a permis de poser des questions essentielles sur les perturbations mentales.
Des démarches d'ordonnancement des connaissances, de réflexions sur le sens d'une pratique médicale ou philosophique ont opéré une normativité sur laquelle le droit romain s'est construit. Distinguer le normal, du pathologique, du déviant, pour rechercher le traitement juridique et social juste, médicalement efficace, nécessitait au préalable de dégager la catégorie ontologique et morale de la personne. Il en résulta des réflexions sur le sain et le non sain, la capacité, la liberté, la volonté, la responsabilité. Les Anciens nous montrent que la folie est polymorphe, aussi complexe que la normalité dont elle n'est pas une antithèse dans la pensée et dans la réalité.
Le système de bicatégorisation hiérarchisée entre les sexes énoncé par les promoteurs du genre met le droit à l'épreuve. Est-il un simple instrument de domination entre les mains du pouvoir pour classifier les citoyens et déterminer les rôles de chacun dans la société? Cette interrogation initiale en appelle d'autres sur les soubassements théoriques véhiculés par les études de genre. Les huit contributions réunies dans cet ouvrage explorent et discutent les divers fondements conceptuels du genre, ses vecteurs de diffusion et les controverses épistémologiques qu'il engendre.
L'introduction progressive dans le domaine juridique d'un corpus intellectuel qui lui est initialement extérieur, que ce soit sous forme de normes, de mécanismes ou de simples critiques théoriques renouvelées, précède généralement la réception du genre dans le droit positif, international puis interne.
Cet ouvrage tend à démontrer que l'analyse de la relation entre le droit et le genre se situe au carrefour des interrogations anthropo-logiques, philosophiques et sociologiques majeures de notre temps. Le genre apparaît dès lors comme un révélateur des mutations et des débats contemporains, touchant à la définition même du droit et de ses principes fondamentaux.
L'ouvrage dont nous allons proposer ci-dessous la traduction en langue française, sans doute la toute première jamais entreprise, est issu des œuvres de Baldo de Ubaldis (1324-1400), célèbre commentateur du XIVe siècle; parmi tous les ouvrages qu'il donna, se trouvent aussi divers traités sur des points plus particuliers, comme ce dernier traité sur la fameuse Paix de Constance accordée par l'empereur Frédéric II aux villes lombardes, constituées en Ligue en 1183. En effet, il s'agit bien de la fameuse Ligue lombarde, qui unit entre elles les villes de Lombardie en révolte contre l'empereur. Cette paix, qui mettait fin au conflit qui opposa les villes de Lombardie à l'empereur allemand, qui dominait bon nombre des régions italiennes à l'époque, accorda à ces villes une sorte d'indépendance, disons plutôt une très large autonomie. Cette paix fut ainsi le point de départ qui permit aux gouvernements urbains de justifier leur autono-mie, conduisant ainsi chaque cité à en conserver soigneusement un exemplaire dans ses archives.
L'idée de cet ouvrage est née à l'occasion d'un cours d'iconographie de la vieillesse professé dans le cadre d'un diplôme universitaire de gérontologie proposant la plus large approche de la vieillesse, (littérature, histoire, droit, …).
Il resserre le regard sur un moment et sur une société marqués par l'idéologie de la Contre-réforme, dont l'ambition combative est de reconquérir les esprits avec les images. Celles-ci – ici picturales – témoignent de la fascination qu'exerce la femme âgée, à la fois source d'admiration, de désolation et d'effroi, nécessaire pour le service de Dieu, de Satan et des hommes.
Fascination insuffisante pour engager les spécialistes des images à y consacrer des études spécifiques, pourtant utiles pour aiguiser les regards sur un âge qui exige aujourd'hui tant d'attentions.
Justice et Miséricorde: deux modes de l'agir humain qui entrent en tension en chaque individu et dans la vie sociale. Aucune époque n'échappe à ce débat que l'Occident médiéval affronta au prisme de la révélation chrétienne et de la pensée aristotélicienne sur l'autonomie du pouvoir politique. En résulta une véritable mise en scène du face à face entre les deux vertus, le "Procès de Paradis", qui s'imposa depuis saint Anselme et fit l'objet d'une vulgarisation efficace par des oeuvres théoriques et didactiques, des images et même des jeux théâtraux. De son côté, le monarque qui, si l'on en juge par l'exemple français abordé ici, a fait de la justice l'une des voies de son affirmation, tout en s'emparant des attributs divins, tenta, lui aussi, de concilier les deux vertus, en faisant triompher sa miséricorde - sa grâce - sur la " rigueur de Justice ",distinguée la bonne Justice.
Au fil de ces études, le lecteur découvrira aussi quelles applications connut cette réflexion. Comment Pilate devint-il juge du Christ, pour finir à son tour jugé? Y a-t-il eu place pour la Miséricorde dans les jugements d'Église, ceux du pape Innocent Ill ou ceux de l'Inquisition? Comment se conçoit, entre ces deux pôles, l'autorité paternelle de l'abbé bénédictin? En quoi ces deux vertus sont-elles compatibles avec la société de cour qui se met en place? Et que faire quand la société du royaume est déchirée par la guerre civile: en venir à la voie de l'oubli, préconise le chancelier Jean Gerson.
Des analyses, il ressort que, contrairement à une approche antagoniste, Justice et Miséricorde ne sauraient être mobilisées l'une sans l'autre: pas de vraie Justice sans Miséricorde; mais pas de Miséricorde sans le passage premier de la Justice, dit le prince, sans le repentir du pécheur, dit le théologien.