En portant l'attention sur les lieux de production et de transmission des savoirs, en redonnant toute leur place aux acteurs locaux et aux configurations territoriales, cet ouvrage met en évidence un système d'enseignement scientifique et technique moins rigide et moins cloisonné, mais aussi plus riche et plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord. Il conduit à se départir d'une conception encore trop mécaniste de la mise en œuvre et des effets des politiques nationales comme de l'action des élites savantes, du XVIIIe au XXe siècle. Il se veut ainsi une invitation à se saisir d'une démarche qui renouvelle le regard sur les dynamiques à l'œuvre, tant au niveau des acteurs, individuels et collectifs, que des institutions et des savoirs qui s'y enseignent et s'y apprennent.
Tout au long du XIXe siècle, la ville de Metz est régulièrement décrite comme une ville essentiellement militaire et scientifique. La présence de nombreuses garnisons, de plusieurs écoles militaires, dont l'École d'application de l'artillerie et du génie, justifient sans doute le qualificatif de militaire. Mais qu'en est-il de ce qualificatif de scientifique?La présence continue de nombreux mathématiciens dans les écoles militaires, dont plusieurs très importants, constitue probablement un élément de la réponse, tout comme l'existence éphémère d'une faculté des sciences. On pourrait également invoquer le rôle essentiel joué par le lycée, notamment à travers ses succès aux concours d'entrée aux grandes écoles du gouvernement.C'est sur la base de ce constat que cet ouvrage a vu le jour: étudier sur la longue durée, entre 1750 et 1870, les modalités d'enseignement et de recherche dans une ville de province, décentrer le regard de Paris et de ses élites, explorer le déploiement et la circulation des mathématiques au sein d'un territoire régional.Entre la fin du XVIIIe siècle et la guerre de 1870, la ville de Metz constitue un pôle mathématique de première importance. Disposant de nombreuses institutions d'enseignement, civiles et militaires, elle accueille des mathématiciens importants (Jean Victor Poncelet, Claude Lucien Bergery, …) et ceux-ci y produisent des recherches de premier plan qui se diffusent également par leurs enseignements. La ville bénéficie par ailleurs de la présence de plusieurs libraires et imprimeurs dont les activités contribuent à la circulation des livres et des idées. Enfin, du fait de leur rôle central dans le paysage académique et institutionnel local, les polytechniciens en activité à Metz prennent une part active dans la diffusion des sciences à travers l'expérience des cours pour ouvriers.À travers différentes études de cas, cet ouvrage collectif entend apporter une contribution originale aux recherches portant sur l'histoire des pôles scientifiques de province tout en offrant aux historiens des mathématiques des pistes pour mieux comprendre les circulations – d'enseignants, d'étudiants, d'ouvrages, de revues, etc. – dans l'espace mathématique national.
Qu'est-ce que le Bureau des longitudes? Peu connue du grand public, cette institution a été créée en 1795, à l'initiative de l'abbé Grégoire. Au cours de ses 222 années d'existence, elle a accueilli des grands noms de la science française (Pi erre-Simon de Laplace, Jérôme de Lalande, Henri Poincaré, Louis de Broglie) ainsi que des militaires, des navigateurs et des fabricants d'instruments. Elle a été un lieu de savoir hybride, à mi-chemin entre une académie scientifique et un espace d'administration des sciences et des technologies.Jusqu'en 1854, le Bureau des longitudes a exercé une tutelle administrative et scientifique sur l'Observatoire de Paris et sur l'ensemble de l'astronomie française. À ce moment-là, son histoire traverse déjà celle de l'astronomie, de la navigation, de la géodésie, de la mécanique céleste, de la cosmologie, des sciences physiques ou de la métrologie. Vers la fin du 19e siècle, ses compétences s'élargissent même aux domaines de la physique du globe et de la géodésie dynamique.L'objectif de cet ouvrage est de poser des jalons pour une histoire du Bureau des longitudes, de la Révolution française à la Troisième République. Les contributions rassemblées ici explorent quelques aspects de cette histoire: son rôle dans l'administration, le contrôle et l'expertise des sciences mathématiques et astronomiques, son rayonnement international et ses représentations dans l'espace public et culturel.
L'histoire de la Faculté des sciences de Nancy est liée à la mise en œuvre de politiques gouvernementales fluctuant au rythme des changements de régimes politiques, de leurs différentes visions de l'organisation spatiale et des finalités d'un enseignement supérieur contrôlé par l'État. Elle est celle de la construction d'une université de province dans un territoire fortement marqué par les guerres de 1870 et de 1914-1918. Au cours de cette histoire, la Faculté des sciences de Nancy a compté des savants importants – tels Hervé Faye, Victor Grignard, Élie Cartan ou Lucien Cuénot – et a joué un rôle de premier plan dans le développement de formations de sciences appliquées en France. À travers ses instituts techniques (chimie, géologie, électrotechnique) et ses écoles spécialisées (laiterie, brasserie), précurseurs des principales écoles d'ingénieurs actuelles, elle s'est peu à peu construit une identité scientifique qui marque encore aujourd'hui celle du pôle scientifique nancéien.Ce dictionnaire biographique propose de découvrir le parcours de 160 enseignants qui, à un degré ou un autre, ont apporté leur contribution à la vie de la faculté. Il s'intéresse à tous les enseignants quels qu'aient été leurs apports à la science, leurs domaines de spécialisation ou leurs statuts – professeurs et maîtres de conférences mais aussi chargés de cours, chargés de conférences, chefs de travaux. On y trouvera tout autant des notices biographiques sur les chimistes, mathématiciens, physiciens et biologistes de la faculté des sciences que sur les enseignants de foresterie, histoire coloniale, géographie agricole, apiculture, malgache ou arabe.L'ambition de ce livre est d'étudier, par le biais de ses acteurs, le développement d'une faculté de sciences de province confrontée à l'hégémonie des institutions parisiennes. Il s'agit ainsi de donner une image globale du fonctionnement de cette institution entre 1854 et 1918 et de la situer au sein d'un système local d'enseignement comprenant non seulement les autres facultés, mais également le Lycée de Nancy, les écoles professionnelles, les écoles de commerce, les établissements d'enseignement agricole ou encore les entreprises locales.
Agronome ordinaire, Louis Poirot de Valcourt (1771-1855), a légué, à sa mort, sa bibliothèque, accompagnée de son catalogue manuscrit, à la ville de Toul (Lorraine). Si le contenu de la bibliothèque elle-même ne correspond pas à un fonds spécifique de la bibliothèque de Toul, le catalogue, en revanche, a pu être retrouvé. Ce document rare du milieu du XIXe siècle, inédit jusqu'alors, est aujourd'hui publié.Cette publication s'accompagne d'une analyse historique de la source elle-même ainsi que d'une analyse du principal ouvrage écrit par Poirot de Valcourt, les Mémoires sur l'agriculture, édités en 1841. Il s'agit, à la fois, d'atteindre à une meilleure connaissance des bibliothèques privées de savant du premier XIXe siècle, et, en même temps, de mettre en perspective critique le processus historique d'institutionnalisation de la discipline agronomique, à travers une étude de cas spécifique.Histoire des bibliothèques, histoire des sciences et des techniques et histoire culturelle sont, ici, croisées pour donner à mieux connaître ce " monde que nous avons perdu " (P. Laslett), c'est-à-dire, les mondes agricoles et ruraux traditionnels perçus à travers les discours savants d'un agronome, Louis Poirot de Valcourt; ceux qu'il a écrits mais aussi ceux qu'il a lus.
Au cours de ces dernières décennies, les universités ont été confrontées à un mouvement continu de réorganisation institutionnelle. Sollicitées de toutes parts, elles sont aujourd'hui sommées de relever de nombreux défis.Cet ouvrage collectif prend le risque de l'Histoire pour tenter d'apporter des points de vue distanciés susceptibles d'éclairer les mutations actuelles. Il propose des contributions pour la plupart issues de recherches en cours, relevant de disciplines différentes (histoire, sociologie, philosophie, sciences de l'information et de la communication).Les universités sont approchées dans leur complexité, en des temps et des lieux très divers. Leurs trajectoires singulières ne peuvent se lire sans évoquer la prégnance des modèles antérieurs, ni même indépendamment du poids du contexte, celui des guerres ou des révolutions, ou encore des environnements sociaux et économiques.Le poids de l'histoire est aussi confirmé dans le cadre de comparaisons internationales qui confrontent le cas de la France, à ceux du Portugal, de la République tchèque, du Luxembourg, de la Suisse, du Royaume-Uni, du Chili, des États-Unis et du Japon. Quelles que soient les orientations retenues, les traces du passé résistent en dépit du credo qui tend à présenter comme inéluctable la marche vers une uniformisation mondialisée des systèmes d'enseignement supérieur.Cet ouvrage montre finalement que, quels que soient les principes et les discours affichés par les organismes internationaux, les États ou les universités elles-mêmes, les réalités produites dans chaque pays, par chaque institution, n'ont pas toujours été celles qui étaient attendues. Même si les mutations actuelles paraissent dans une large mesure dictées par l'économie, elles sont aussi le résultat de l'intervention et de l'action des hommes qui réagissent aux opportunités qu'offre l'Histoire, pour en faire des ressources créatrices ou des contraintes qui obèrent l'avenir.
Cet ouvrage permet d'aborder la plupart des grandes questions qui traversent l'histoire de l'enseignement supérieur en France depuis la fin du XIXe siècle. Il relève de l'histoire de l'éducation, de celle des professions et peut renseigner les sciences de l'éducation. Il fait partie d'un programme de recherche sur l'histoire des institutions scientifiques et éducatives en Lorraine et à ce titre constitue une contribution à l'histoire sociale de la région. Son originalité est liée à sa démarche, loin de l'exercice de célébration, et à ses sources souvent inédites. Il ne s'adresse pas seulement à un public de spécialistes. Il devrait intéresser les professeurs, les élèves ou anciens élèves de l'école, l'ensemble de la communauté universitaire et de ses partenaires engagés dans la construction de la nouvelle Université de Lorraine.
L'ouvrage propose une relecture de l'histoire de la formation des adultes et met en lumière l'oubli originel des femmes par la première politique publique nationale de formation d'adultes (1959-1966). Il entend prolonger l'histoire de l'éducation des filles, maintenant bien étudiée, par celle de l'éducation des femmes adultes, qui en est quant à elle à ses premiers balbutiements. La démarche, micro et socio-historique, emprunte la voie originale de l'analyse d'un document d'archives singulier : un film, à la fois source et point de départ de nouvelles explorations historiques. L'auteure, spécialiste de la formation dans l'après 2nde Guerre mondiale, enrichit ainsi considérablement les travaux souvent juridiques et économiques sur la formation en France. S'adresse aux étudiants de tous niveaux.
Les approches biographiques et prosopographiques sont-elles incompatibles avec les pratiques de l'histoire des sciences ? Les évolutions historiographiques récentes nous laissent penser que non, à condition de mener une réflexion précise sur leurs méthodes, leur portée, leurs limites et leur complémentarité avec d'autres approches.C'est ce que propose ce livre. Loin d'être un manuel de biographie et de prosopographie cet ouvrage est centré sur des pratiques de recherche et entend en cerner la portée heuristique : biographies de savants, histoires d'institutions scientifiques centrées sur les acteurs, études de populations, analyses disciplinaires et critiques méthodologiques s'y côtoient, offrant ainsi un panorama général des questions que posent les démarches biographiques et prosopographiques aujourd'hui.
C.J.A. Mathieu de Dombasle (1777-1843) est un agronome lorrain reconnu par ses pairs en 1821 pour la conception d'une charrue sans avant-train innovante, la fameuse charrue " Dombasle ", et pour la rédaction d'un Mémoire sur la charrue considéré comme la première théorie sur le fonctionnement de la charrue en langue française. À partir de 1822, il fonde, avec Antoine Bertier, la ferme exemplaire de Roville-devant-Bayon, où il élabore de nouvelles techniques de cultures et de nouveaux matériels aratoires. Les Annales Agricoles de Roville permettent la diffusion des résultats de ces opérations culturales. À partir de 1824, les réunions agricoles de Roville sont un facteur d'émulation important, prélude à la création des comices agricoles. Mais, l'apport le plus important de Mathieu de Dombasle reste encore l'Institut agricole fondé en 1826. C'est une des premières structures européennes d'enseignement agricole où les cadres de l'enseignement agricole et agronomique français de la seconde moitié du 19e siècle ont été formés.Jamais une étude systématique et approfondie n'avait encore été réalisée au sujet de Mathieu de Dombasle. L'objet de cette biographie intellectuelle est de replacer sa vie dans ses multiples configurations afin d'analyser un moment du processus d'institutionnalisation de la discipline scientifique qu'est l'agronomie au début du 19e siècle. Elle vise à montrer les caractéristiques d'un travail d'agronome au début du 19e siècle à travers les procédés innovants qu'il met en oeuvre.Contribution à l'histoire de l'agronomie, cet ouvrage apporte également de nouvelles pistes de réflexions épistémologiques pour l'agronomie actuelle à travers l'analyse des procédés d'innovation dans la première moitié du 19e siècle.
Le début du 20e siècle marque le départ d'une expansion sans précédent du nombre d'étudiants étrangers au sein des établissements d'enseignement supérieur des pays d'Europe occidentale (Allemagne, Suisse, Belgique, France...) qui sont les principaux pays d'accueil pour les étudiants venus majoritairement des parties orientales et balkaniques du continent (Russes, Polonais, Bulgares, Roumains, Serbes et dans une moindre mesure Yougoslaves ou Grecs).En France, Paris constituait traditionnellement le principal centre d'attraction d'étudiants étrangers, mais des études ont permis de mettre en évidence la relation entre la création des instituts techniques supérieurs délivrant des diplômes d'ingénieurs et le mouvement de redistribution des flux d'étudiants étrangers vers des centres de moindre renommée.Les monographies d'instituts (ancêtres des écoles d'ingénieurs d'aujourd'hui) décrivent les initiatives et les réalisations originales dans certaines villes de province au début du 20e siècle que ce soit à Nancy, Strasbourg, Nantes ou Rouen. Elles illustrent la diversité des politiques locales d'accueil des étudiants étrangers et leurs conséquences sur le développement de ces instituts.En ce qui concerne les pays du Maghreb, c'est seulement après leur accession à l'indépendance que se développe un mouvement significatif d'étudiants autochtones vers les écoles d'ingénieurs françaises, que ce soit dans le cadre de politiques inter-étatiques ou dans celui de mobilités individuelles. Le cas des étudiants marocains dans une des écoles nancéiennes (l'ENSEM) témoigne de la rémanence des liens qui se sont établis depuis cette époque.Aujourd'hui, par leur intégration dans les équipes cosmopolites des grandes entreprises internationales, une partie de ces anciens élèves contribue à diffuser le modèle de formation " à la française ".
En décembre 2005, le Conseil de l'Europe adressait aux États membres une recommandation sur la gouvernance et la gestion du patrimoine des universités européennes. Certaines universités n'ont pourtant pas attendu cette date pour réfléchir à la place qu'occupe, dans leurs missions d'enseignement et de recherche, leur patrimoine et en particulier, leurs collections scientifiques. En réunissant les vues d'universitaires en charge de collections et des professionnels des musées, cet ouvrage a tout d'abord pour objectif d'apporter des éléments théoriques et pratiques sur les collections universitaires et le patrimoine scientifique et de faire émerger les enjeux de leur gestion pour la communauté scientifique. En second lieu, des expériences menées par certaines universités françaises (Montpellier, Paris 6, Strasbourg, etc.) et européennes (Liège, Berlin) permettent de dégager des stratégies de valorisation de ces collections dans les domaines de la recherche, de l'enseignement ou de la culture scientifique et technique. Enfin, à l'heure où les trois universités de Nancy se regroupent sous une même fédération, dans un contexte d'autonomie croissante, un point particulier est fait sur les collections de Nancy-Université. Au regard des réflexions et des expériences présentées, il est question de définir une gestion concertée et cohérente de ces collections tout en dégageant des stratégies de valorisation au sein de l'université mais aussi de la cité.