Par quels mécanismes un groupe social survit-il à des violences de masse ? Pour répondre à cette interrogation, Grégoire Cousin a passé près de dix années auprès des Čoroman, une petite communauté rom, entre la France et la Roumanie. À partir des coups de foudre, mariages, naissances et peines de cœur qui rythment le quotidien, L'alliance romanès remonte peu à peu à la refondation de la communauté après la Seconde Guerre mondiale, et montre comment la production de la famille a permis de surmonter le traumatisme collectif.
L'entreprise d'anéantissement des Roms par l'État roumain – déportation dans des camps de concentration en Transnistrie durant la guerre, violences de l'immédiat après-guerre – a mis en péril la survie du groupe. Cette plongée dans le passé est fondamentale pour donner une profondeur historique aux pratiques sociales contemporaines et dévoiler les mécanismes de la résilience. En explorant les liens de parenté sur plus d'un siècle, Grégoire Cousin montre que la principale dynamique de ce groupe social repose sur la recherche, par le mariage, d'une reconduction de l'alliance à d'autres familles, afin de surmonter les conjonctures historiques les plus destructrices.
Au-delà de l'ethnographie et de l'histoire orale, l'ouvrage déploie une perspective historique et mobilise un important corpus de documents issus des archives roumaines et ukrainiennes. Il livre ainsi une analyse rare et précieuse sur une société méconnue, celle des Čoroman, et constitue une importante contribution à l'étude de la parenté.
Issu d'un long et minutieux travail de terrain (2006-2013) auprès de familles roms originaires de Roumanie et installées à Montreuil, en région parisienne, ce livre décrit la vie quotidienne et les parcours de personnes vivant dans deux pays à la fois. Pour elles, la migration s'est imposée comme le meilleur moyen de concrétiser des aspirations individuelles et familiales. Il faut alors vivre ensemble malgré la distance, s'approprier deux espaces de vie, concevoir et construire peu à peu sa maison en deux endroits. Ces maisonnées roms, devenues transnationales, ont développé ce que l'auteure a appelé un double ancrage.Dans un contexte national de forte polarisation autour de politiques publiques répressives ou inclusives, cette recherche prend à rebours les approches attendues, privilégiant les échelles individuelles et familiales pour donner à voir un processus migratoire de première génération en train de s'inventer. Examinant par le menu les usages et détournements symboliques des biens matériels, tant au cours des migrations en France qu'au retour en Roumanie, l'auteure observe que les acteurs sociaux sont pris dans une économie de prestige, dans laquelle les dons en direction de ceux restés au pays prennent une place prépondérante.Dans leur recherche du prestige individuel et familial à travers les signes d'une réussite matérielle, la maison, reprise ou construite en Roumanie, fait office d'emblème. Cette maison, observe finement Norah Benarrosh, semble devoir vivre dans un état de perpétuel inachèvement, afin de signifier que le projet de vie de ses propriétaires est toujours en devenir.