Comment une société survit-elle après avoir fait face à des violences de masse? Pour répondre à cette interrogation, l'auteur a passé près de dix années auprès des Coroman, une petite communauté rom, entre la France et la Roumanie. En partant des coups de foudre, mariages, naissances et peines de cœur qui rythment le quotidien, le livre remonte peu à peu à la refondation de la communauté au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, pour montrer comment la production de la famille a permis de surmonter le traumatisme collectif.L'ouvrage décrit et analyse le mariage des Coroman comme idéologie et comme pratique. Ce modèle a été largement refondé après la Seconde Guerre mondiale. En effet, l'entreprise d'anéantissement des Roms par l'État roumain – par la déportation dans des camps de concentration en Transnistrie durant la guerre et par les violences de l'immédiat après-guerre – a mis en péril la survie du groupe. Cette plongée dans le passé est fondamentale pour donner de la profondeur historique aux pratiques sociales actuelles et souligner leur résilience. L'auteur modélise ensuite les liens de parenté sur plus d'un siècle et montre que la dynamique sociale principale des familles consiste à rechercher, par le mariage, à s'allier à d'autres familles pour surmonter les conjonctures historiques les plus déstabilisatrices.Alliant ethnographie rigoureuse et perspective historique, cet ouvrage montre comment une société a pu se reconfigurer après l'expérience du génocide.
Issu d'un long et minutieux travail de terrain (2006-2013) auprès de familles roms originaires de Roumanie et installées à Montreuil, en région parisienne, ce livre décrit la vie quotidienne et les parcours de personnes vivant dans deux pays à la fois. Pour elles, la migration s'est imposée comme le meilleur moyen de concrétiser des aspirations individuelles et familiales. Il faut alors vivre ensemble malgré la distance, s'approprier deux espaces de vie, concevoir et construire peu à peu sa maison en deux endroits. Ces maisonnées roms, devenues transnationales, ont développé ce que l'auteure a appelé un double ancrage.Dans un contexte national de forte polarisation autour de politiques publiques répressives ou inclusives, cette recherche prend à rebours les approches attendues, privilégiant les échelles individuelles et familiales pour donner à voir un processus migratoire de première génération en train de s'inventer. Examinant par le menu les usages et détournements symboliques des biens matériels, tant au cours des migrations en France qu'au retour en Roumanie, l'auteure observe que les acteurs sociaux sont pris dans une économie de prestige, dans laquelle les dons en direction de ceux restés au pays prennent une place prépondérante.Dans leur recherche du prestige individuel et familial à travers les signes d'une réussite matérielle, la maison, reprise ou construite en Roumanie, fait office d'emblème. Cette maison, observe finement Norah Benarrosh, semble devoir vivre dans un état de perpétuel inachèvement, afin de signifier que le projet de vie de ses propriétaires est toujours en devenir.