Deux hommes, partageant une même passion pour le monde noir des Amériques, Roger Bastide et Pierre Verger, ont échangé pendant près de trente ans (1947-1974), des centaines de lettres dont l'essentiel a été conservé, retranscrit, annoté par Françoise Morin, qui fut la collaboratrice du premier auteur, et publié dans cet ouvrage.Cette correspondance entre deux spécialistes des religions afro-américaines retrace l'histoire de leur amitié et de leur collaboration aux multiples facettes. Entre Pierre Verger, photographe devenu ethnologue, historien et botaniste, et Roger Bastide, sociologue, anthropologue et professeur d'université, une relation faite de dialogue, de confiance, d'écoute et de respect mutuel se construisit au fil des ans. Relation d'autant plus surprenante que ces deux chercheurs français appartenaient à des univers socioculturels très différents qui les avaient façonnés pour des itinéraires opposés.Grâce à cette correspondance se distinguent les questionnements structurants d'un champ de recherche émergeant, l'anthropologie des mondes noirs. Ce livre offre également une plongée d'une grande finesse dans l'univers des religions afrobrésiliennes.
Ces dernières décennies, la production et le trafic de drogues ont souvent été étudiés sous un angle alarmiste et sensationnaliste, à travers la menace de l'absence, la défaillance ou la complicité des États dans les régions concernées par le trafic ou la production de drogues. En revanche, plus rares sont les études qui ont tâché d'avancer cet argument en adoptant un regard "par le bas", en analysant en quoi les activités illégales constituent aussi des activités de subsistance qui soutiennent autant des mobilisations que des actions de gouvernement.Cet ouvrage propose de combler ce manque à partir de l'étude de la production de coca en Bolivie et au Pérou pour analyser les interactions complexes entre État, économie illicite et mobilisations à partir de l'étude du rapport à l'État qu'entretiennent les cultivateurs de coca et leurs organisations sociales. Il prend pour point de départ deux régions productrices – le Tropique de Cochabamba (Bolivie) et la Vallée des fleuves Apurimac, Ene et Mantaro (Pérou) - pour lesquelles il est estimé que près de 90% de la coca est destinée aux marchés illicites de la cocaïne.Par l'étude comparée de ces deux cas et grâce à une enquête ethnographique longue, il ressort que les mobilisations de défense de la coca ne s'inscrivent pas contre l'État, mais bien avec lui. Grâce à la coca, les organisations de cultivateurs parviennent consolider des pratiques de gouvernement local, construisent du commun et des espaces d'autonomie qui leur permettent de se mobiliser. Pour autant, elles savent également jouer avec une certaine malice sur les registres dominants des risques associés au narcotrafic, au narcoterrorisme pour faire valoir de nouvelles infrastructures, des services publics, des fonctions politiques et administratives que leurs dirigeants parviennent à occuper. Ce faisant, ces organisations, dirigeants et cultivateurs parviennent à "saisir l'État", ce qui leur permet à la fois d'administrer les ressources étatiques mais également retracer les frontières des activités légales et illégales, licites et illicites.Les mécanismes par lesquels cultivateurs de coca et organisations sociales parviennent à se saisir de l'État diffèrent sensiblement en fonction des relations État-sociétés et de l'ancrage des partis politiques au niveau national, laissant dévoiler l'importance des relations corporatistes dans la Bolivie d'Evo Morales et des logiques entrepreneuriales dans un Pérou marqué par une importante défiance à l'égard du personnel politique.
Qu'est-ce qui s'internationalise dans les luttes sociales et comment des collectifs locaux peuvent-ils rendre visibles leurs revendications? Quels sont les effets de l'internationalisation sur les organisations sociales? Comment se met en place, concrètement, cette globalisation "par le bas"? Autant de questions parcourant cet ouvrage, qui s'empare du cas des luttes paysannes en Colombie et des relations tissées entre des organisations locales et différents acteurs internationaux dans le cadre du conflit armé colombien des années 1990 à nos jours.Reposant sur une enquête de terrain de trois ans, menée dans deux zones rurales en Colombie, ce livre s'inscrit dans une dynamique de recherche autour des circulations et des processus d'internationalisation dans le contexte d'un "tournant global" des sciences sociales. Il se situe à l'intersection entre l'étude critique du développement et de l'aide internationale, d'une part, et de la sociologie des mobilisations, d'autre part. Il s'agit de décrypter et d'analyser ce qui fait "l'international" et les effets de ces processus sociaux au sein des associations locales mobilisées.
Traiter les populations autochtones comme des agents efficaces de la construction d'un pays, c'est comme jouer dans un château de cartes: lorsqu'une carte est retirée, les interprétations consacrées et les souvenirs incontestables s'effondrent. A travers neuf études sur les indigènes dans la formation du Brésil, l'auteur propose un regard critique sur les récits et images fondateurs et permet une relecture des conflits et dilemmes contemporains de la nationalité.
Cet ouvrage de géographie politique explore ce que le numérique change aux façons qu'ont les sociétés contemporaines d'appréhender les problèmes environnementaux, des conflits de gestion aux enjeux de souveraineté, de notre rapport au Vivant aux question démocratiques.Solidement documenté par plusieurs enquêtes en Amérique du Sud, cet ouvrage propose une analyse nuancée de la révolution numérique en environnement, fait un bilan des méthodes des sciences sociales pour la saisir, et esquisse un agenda de recherche pour les années à venir.Photographie de couverture:Chasseur de la communauté A'uw? (Xavante) utilisant le feu durant une chasse collective, terre autochtone Pimentel Barbosa, Brésil central, 2005. Photographie utilisée avec l'accord de son auteur, James R. Welch, et tirée de: Welch JR, Brondízio ES, Hetrick SS, Coimbra CEA Jr (2013) Indigenous Burning as Conservation Practice: Neotropical Savanna Recovery amid Agribusiness Deforestation in Central Brazil. PLoS ONE 8(12): e81226. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0081226
La Révolution cubaine a fêté ses soixante ans en 2019. Pendant ce temps, les personnes nées avant 1959 atteignent leur quatrième âge, dans un contexte de crise économique et d'incertitude politique, où les cadres d'existence qu'ils ont connus et contribué à construire sont bouleversés.Dans un style narratif et vivant, cette enquête ethnographique décrit la vie quotidienne des vieux Cubains et de leur famille. Comment les hommes et les femmes de cette génération vivent et aménagent leur avancée en âge, alors que les solidarités familiales ont été affectées par les migrations, la chute de la fécondité et la renaissance d'une culture entrepreneuriale?Comment font-ils face à cette terrible crainte: vieillir pauvre et seul?
Le 10 décembre 2014 à Brasilia, la Commission nationale de la vérité (CNV) remettait son rapport à la présidente Dilma Rousseff. Pendant deux ans, la CNV s'est consacrée à ouvrir et organiser les archives de la répression intervenue pendant la période autoritaire, à établir les faits relatifs aux violations graves des droits humains et à en identifier les responsables. Ses travaux ont suscité de larges controverses au Brésil, où la mémoire de la dictature révèle de profonds clivages.À la lumière de cas situés en Colombie, en Argentine, au Chili, à Cuba, en Côte d'Ivoire et en Europe de l'est, et en faisant le pari d'une approche pluridisciplinaire, cet ouvrage met le cas du Brésil en perspective pour interroger la production de la connaissance et de la mémoire sur les régimes d'exception du passé. Quel rôle pour les universitaires? Dans quelles conditions conserver et rendre accessibles les archives des régimes d'exception? Quel statut donner aux connaissances produites par les commissions de vérité et par les processus judiciaires relatifs aux violations des droits humains? Historiens, politistes et juristes, les auteurs dressent les contours des enjeux démocratiques représentés par les usages conflictuels des références aux passés autoritaires, les politiques de mémoire et la conservation des archives.
Des rythmes du candomblé aux avant-gardes esthétiques les plus radicales, la culture joue un rôle central dans l'émergence du Brésil contemporain. Issu du dialogue entre historiens français et brésiliens, cet ouvrage parcourt des domaines variés, de la littérature romantique à la musique populaire en passant par le théâtre et le cinéma, la mise en scène des corps, la mémoire et la fabrique de héros culturels. Les constructions identitaires, les politiques culturelles, les phénomènes d'emprunts et de métissage sont au coeur de la réflexion.Quatre décennies après l'émergence de l'histoire culturelle, cet ouvrage dresse un bilan d'étape et pointe les tendances actuelles de la recherche. Au fil des treize essais qui le composent, il donne à voir, à lire et à entendre la diversité brésilienne dans la perspective d'une histoire culturelle transnationale, loin de toute tentation exotique.
Au Brésil, l'immigration récente, principalement vers São Paulo, est spécialisée dans la confection vestimentaire et concentre son activité dans des ateliers précaires. Dispersés dans les interstices de cette immense métropole, ces ateliers rythment les trajectoires professionnelles et migratoires. Ils reflètent les logiques économiques et sociales de la société de consommation brésilienne à l'heure de son urbanisation avancée.
Basé sur des enquêtes menées dans les Andes quechuas d'Ayacucho, cet ouvrage interroge les séquelles du conflit fratricide qui endeuilla le Pérou à la fin du XXe siècle, opposant l'Etat aux maoïstes du Sentier lumineux, et creusant de profondes fractures ethniques, socioéconomiques et politiques. Les violentes disputes qui entourent l'usage des termes terroriste, victime ou héros exercent toujours –à 20 ans de la fin officielle du conflit– un pouvoir performatif sur l'identité et le destin de nombreux individus. Dans ce contexte, comment se construisent de nos jours les mémoires de la guerre, tant au niveau national que local ?Pour le comprendre, Valérie Robin Azevedo s'est intéressée aux bricolages sémiotiques qui permettent aux communautés quechuas, les plus éprouvées par la guerre, d'évoquer la violence. Influencées à la fois par un discours hérité de la Commission de la vérité et par l'imaginaire culturel andin, ces configurations inédites forment autant de chemins de traverses dans la quête d'un vivre ensemble apaisé. Décalées par rapport au modèle prôné par la justice transitionnelle, les dynamiques mémorielles analysées sont peu visibles dans l'espace public national. Pourtant, elles révèlent la valeur symbolique et sociale des procédés alternatifs de gestion du passé en contexte post-conflit. Sur les sentiers de la violence constitue à ce titre un essai original d'anthropologie des mémoires de guerres civiles.
Faire du conflit le centre de la vie politique est un pari multiple de ce livre. Le conflit définit d'abord une diagonale d'entrée à la connaissance de la vie en commun, car la politique vit en ce qu'elle a d'indéterminé. La présence du conflit apparaît ensuite comme une condition de la démocratie.Mais le conflit définit ici d'autres " diagonales " : entre la France et l'Argentine, entre l'Amérique latine et l'Europe, entre le français et l'espagnol. Après une précieuse série d'articles sur la vie politique des deux côtés de l'Atlantique, ce livre complète sa proposition avec un surprenant vocabulaire de la vie politique fait à par-tir des mésententes résultant des discussions et des débats entre les chercheurs, lorsque les auteurs ont compris que, souvent, les mots de la politique ne signifient pas pareil: citoyenneté n'est pas ciudadanía, tout comme peuple n'est pas pueblo, république república... Ce livre offre une série de grappes ou de constellations de vocables construits par des chercheurs bilingues. Il en résulte un formidable outil de recherche et de compréhension biculturel de la politique contemporaine.Un livre fait de philosophie, d'anthropologie et de sociologie où l'intelligence que ces disciplines offrent de la démocratie est aussi mise en tension, comme une autre manifestation de la vie démocratique dans le conflit.
Dans les années 1990 au Brésil, les premiers textes
législatifs encadrant le territoire des populations
traditionnelles d'Amazonie brésilienne partaient du postulat
que ces populations seraient menacées de disparition si
elles venaient à être coupées de leur accès aux ressources
naturelles.
De 2009 à 2013, à partir de cinq sites d'étude (Abuí, Cunani,
Jarauacá, Campo Alegre et São Francisco do Iratapuru),
une équipe de chercheurs s'est efforcée de dégager les
enjeux sociaux et spatiaux des populations traditionnelles
d'Amazonie. Elle a, pour cela, minutieusement collecté
et analysé les informations issues de données GPS,
d'entretiens ou de rapports statistiques.
Quels rapports ces sociétés entretiennent-elles avec leur
territoire? Qu'entend-on par l'expression " populations
traditionnelles "? Comment le savoir territorial, qui
fait l'originalité de ces populations, se transmet-il des
anciennes aux nouvelles générations? Telles sont les
questions auxquelles ont voulu répondre François-Michel
Le Tourneau et ses co-auteurs géographes, sociologues et
anthropologues.