Né en 2000, le séminaire "Histoire culturelle du cinéma" a contribué à un véritable changement de paradigme en matière d'histoire du cinéma, en œuvrant activement, suivant une méthodologie résolument historienne, à la prise en compte de ce dernier par la recherche comme un fait social global.L'histoire culturelle du cinéma s'est intéressée très tôt au spectacle cinématographique, aux publics ainsi qu'aux diverses modalités de réception des films, sans négliger pour autant les auteurs (de scénarios), les producteurs, les métiers du cinéma, ni les institutions cinématographiques. Diversification des terrains de recherche, élargissement des territoires d'étude à d'autres espaces que la France, reconfiguration des questionnements offrent aujourd'hui à l'histoire culturelle du cinéma de nouveaux horizons.En donnant la parole à treize chercheurs et chercheuses internationaux, à tous les stades de leur carrière, et en reflétant la dynamique caractéristique du séminaire qui l'a inspiré, cet ouvrage associe les interventions d'historiennes et d'historiens se revendiquant de l'histoire culturelle du cinéma et celles d'autres collègues aux méthodologies et aux regards proches souhaitant y contribuer. Représentations et formes filmiques, actrices et acteurs sociaux, transmission et patrimonialisation sont autant de voies que les directeurs et directrices d'ouvrage invitent à emprunter pour appréhender, grâce à cette sélection d'études, le cinéma comme fait social et culturel.
Né le 15 juillet 1922 à Bordeaux, Yves Pérotin est sans doute un des archivistes français les plus connus et reconnus au niveau national et international, notamment pour sa formalisation de la théorie dite des trois âges des archives.Résistant, archiviste paléographe (prom. 1948), Yves Pérotin a exercé successivement, entre 1952 et 1981, les fonctions de directeur des archives départementales de Lot-et-Garonne, de La Réunion, de la Seine et du Var, avant de terminer sa carrière comme archiviste aux archives départementales des Pyrénées-Orientales. Son parcours l'a également conduit à exercer son métier dans des organisations internationales, telles les Nations unies, au sein des archives de la Société des nations, puis au Bureau international du travail et à l'Organisation mondiale de la santé. Il a également réalisé des missions pour l'UNESCO en Algérie, en Irak, au Maroc et au Pérou.Yves Pérotin (1922-1981). L'archiviste inimitable fait écho au récit rédigé par Yves Pérotin après-guerre à l'issue de son expérience de maquisard sur les maquis du Trièves et du Vercors auxquels il a appartenu et intitulé La vie inimitable (Presses universitaires de Grenoble, 2014). Cet ouvrage a pour ambition d'éclairer la carrière et la pensée d'Yves Pérotin, à travers une dizaine de contributions ainsi que l'édition ou la réédition de deux textes importants de cette figure marquante de l'archivistique française et internationale.
Pour les historiens qui fréquentent les archives des départements du Sud de la France, l'étude des actes notariés est une démarche usuelle, quel que soit leur champ d'investigation, tant le notaire au Moyen Âge et jusqu'au XVIe siècle a pris une place essentielle et parfois centrale dans la société et les institutions du Midi. Les travaux n'ont d'ailleurs pas manqué depuis des décennies autour de ce phénomène, aussi bien du côté juridique qu'historique. Toutefois, une approche globale de ce notariat méridional, dans sa genèse comme dans sa diffusion, de l'évolution de cette institution, de ses actes et de leur archivage restait à faire. C'est l'ambition que se donne le présent ouvrage: offrir une vue kaléidoscopique des pratiques du notariat méridional du XIIe au XVIe siècle à travers des approches variées (diplomatique, archivistique, histoire du droit, histoire sociale et économique), qui visent à restituer son caractère protéiforme – en fonction notamment des espaces géographiques – et à replacer son rôle dans l'histoire institutionnelle et sociale de la France du Sud en regard de pratiques plus septentrionales.
Entre la révolution du gouvernement, au XIIIe siècle, et la révolution de la citoyenneté, au XVIIIe siècle, la doléance, ou la plainte politique, a fonctionné telle une voie de régulation du rapport entre gouvernés et gouvernants. Si l'histoire d'autres formes de demandes est bien connue, la requête par exemple, celle de la doléance restait à entreprendre. Cet ouvrage en propose les premiers jalons, sur la base d'une enquête documentaire de dimension européenne visant à déterminer l'identité propre de la doléance. Émerge ainsi toute la complexité des supposées origines des "cahiers de doléances", dont la mémoire a été avivée, en France, par le récent Grand débat national et les "cahiers des mairies".À travers des contributions d'historiens spécialistes du politique et du social ainsi que de juristes historiens du droit, l'ouvrage met délibérément l'accent sur les sources qui permettent d'exprimer et donc de connaître la doléance, qu'il s'agisse de suppliques, de requêtes, de mémoires, de billets manuscrits, de cahiers synthétiques, de placets ou de recueils imprimés. Une attention particulière est également apportée à l'économie interne de ces supports, et notamment à la langue et au vocabulaire employés. Ces approches croisées permettent ainsi d'appréhender la doléance comme un objet historique à part entière.
Au cours de son existence bien remplie, Guillaume Budé (1468-1540) a conçu, publié, augmenté nombre d'œuvres dont la valeur littéraire et la portée scientifique ont profondément marqué son époque et la postérité, à l'égal de son contemporain Érasme. Or les productions de Budé restent aujourd'hui relativement méconnues, malgré un regain d'intérêt depuis le siècle dernier.Le présent volume a pour ambition de revenir, à la lumière des recherches les plus récentes, sur les différentes facettes d'une œuvre polycentrique, allant de l'essai historique novateur qu'est le De Asse et partibus ejus à la défense et illustration du grec, de l'exégèse des sources du droit romain aux recommandations politiques de l'Institution du prince, en passant par des considérations morales et religieuses disséminées dans les lettres, des digressions et des traités. À la convergence de plusieurs disciplines, il se propose d'identifier les parcours que Guillaume Budé a tracés, de cerner les passerelles entre les différents noyaux de son écriture, de reconstituer l'unité intellectuelle de son œuvre, à une époque où la diffusion du patrimoine écrit de l'Antiquité achevait sa première grande saison et ouvrait l'époque des études philologiques spécialisées.
Au Moyen Âge et tout au long de l'époque moderne, le vêtement était un bien coûteux, aux modes d'acquisition et d'entretien spécifiques. Sa production relevait de logiques d'économie du matériau (récupération, piéçage), amenées à évoluer après l'essor de l'industrie textile et de la confection, l'apparition des grands magasins et l'invention de la machine à coudre au XIXe siècle.Chercheurs et spécialistes du vêtement (archéologues, conservatrices-restauratrices du patrimoine, historiens, historiennes de l'art et professionnels du costume de scène) explorent dans ce livre la culture technique des artisans de l'habillement entre le XVe et le XVIIIe siècle. Le dialogue entre les disciplines ici représentées permet d'envisager sous un angle neuf les pratiques professionnelles et les cadres de fabrication des vêtements et des accessoires de mode en Occident dans les sociétés pré-industrielles.Au-delà d'une approche pluridisciplinaire, cet ouvrage soulève des questionnements méthodologiques liés aux recherches sur l'histoire du vêtement, notamment sur la manière de documenter l'histoire de savoir-faire textiles, dont certains relèvent d'un patrimoine immatériel à préserver.
Qu'est devenu le patrimoine cinématographique à l'ère du numérique ? Alors que les cinémathèques et les archives du film en étaient les protagonistes principaux, à l'issue d'une lutte de longue haleine que cet ouvrage retrace en partie, la dissémination des écrans, la multiplication des enjeux, l'entrée du patrimoine dans le marché du film ont fait voler en éclats un dispositif qui trouve son origine dans les années 1930.L'évolution récente du patrimoine cinématographique a conduit les cinémathèques, généralement considérées comme des musées pour le cinéma, à s'interroger sur leur identité et sur les frontières de leur activité. En étudiant la mutation des lieux, des supports, des acteurs et des pratiques, qui s'est opérée depuis l'entre-deux-guerres, cet ouvrage entend dresser un bilan de la réflexion sur ces enjeux de patrimonialisation. Il s'inscrit dans un panorama international qui mêle textes de chercheurs et témoignages de professionnels.
La base de données Fama (Fama Auctorum Medii Aevi), élaborée et pilotée conjointement par l'École nationale des chartes et par l'Institut de recherche et d'histoire des textes, propose d'aborder la production littéraire médiévale à travers le prisme des goûts et des besoins des lecteurs médiévaux, traduits en nombre de manuscrits subsistants. Ce nouvel angle d'étude suscite bien des étonnements, les auteurs influents – en tout cas ceux que nous considérons comme tels – n'étant pas toujours les plus représentés sur les rayons des bibliothèques actuelles. Ces distorsions entre le génie littéraire et le succès ainsi mesuré apportent des éclaircissements sur le contexte intellectuel et culturel d'une époque et sur ses évolutions au fil du temps. C'est ce qu'ont cherché à montrer les auteurs ici rassemblés, chacun s'appuyant sur son domaine d'expertise : quelles sont les fonctionnalités offertes par Fama ? Comment les améliorer ? Comment faire progresser à travers cet outil notre connaissance de la circulation des textes, des besoins culturels et des goûts intellectuels des lecteurs médiévaux ? Ce retour d'expérience constitue également un appel à la collaboration internationale afin de rendre cet outil plus performant à travers la publication des recherches en cours et de leurs résultats.
La déclaration au fisc de ses revenus, élément central de la révolution fiscale de 1914-1917, est devenue un rituel partagé par des millions de contribuables. Mais, au moment où cette obligation est en passe de disparaître pour un grand nombre de Français, son histoire reste encore mal connue.Pourtant, les enjeux symboliques et pratiques de la déclaration sont essentiels. En témoignent les résistances opposées au début du XXe siècle à une "inquisition fiscale" qui semble aller de pair avec le système déclaratif, les efforts récurrents de l'administration pour étendre l'obligation déclarative et l'utiliser comme instrument d'adhésion à l'impôt, ou encore les inquiétudes suscitées par les changements récents (fin de la déclaration papier, prélèvement à la source…).L'objet de ce livre est d'envisager la typologie documentaire et administrative de la déclaration de revenus sur le temps long, de ses premières applications au XVIIIe siècle jusqu'à ses utilisations contemporaines. La déclaration (presque) universelle des revenus remonte en effet à la France de Louis XIV qui a également instauré un premier prélèvement à la source. L'innovation du régime républicain, pendant la Première guerre mondiale, est d'utiliser l'obligation déclarative pour nouer un nouveau pacte fiscal entre les contribuables et la puissance étatique qui ne cesse d'être réinventé au cours du XXe siècle. Loin d'être un simple outil bureaucratique, la déclaration de revenus participe à la construction du sujet fiscal. C'est pourquoi ce livre s'attache également à restituer l'empreinte laissée par l'impôt dans l'imaginaire populaire, à travers les dessins, les gravures, les chansons ou les films.
Paul Viollet (1840-1914), bibliothécaire de la faculté de droit de Paris et professeur d'histoire du droit civil et canonique à l'École des chartes, était, jusque-là, un nom que même les spécialistes rattachaient au mieux à des manuels d'histoire du droit privé et à l'Affaire Dreyfus. Les différents aspects de son œuvre et de son action au tournant des XIXeet XXesiècles restaient méconnus et cet ouvrage collectif entend ainsi éclairer une figure originale de savant engagé. Par des regards croisés sur le chartiste, l'historien du droit, le bibliothécaire et " sa " bibliothèque, le militant de l'Affaire Dreyfus, le créateur du Comité catholique pour la défense du droit et du Comité de protection et de défense des indigènes, l'ouvrage cerne l'activité éclectique de Paul Viollet et restitue sa place à travers le monde académique et les combats intellectuels de son temps.
Pour faire face à une production d'écrits toujours croissante, les chancelleries et les services administratifs médiévaux et modernes ont pris l'habitude d'apposer sur leurs actes des notes destinées à faciliter et à contrôler le déroulement de leur travail. Qualifiées par les historiens de "mentions de chancellerie" ou de "mentions hors teneur", ces notes sont souvent discrètes, cantonnées aux marges des actes, voire cachées lors du scellage; très brèves, parfois sibyllines, elles peuvent de surcroît être cryptées. Autant de caractéristiques qui ont freiné leur étude, alors même qu'elles incarnent une technique scripturaire essentielle pour les chancelleries. En menant une analyse comparée à l'échelle de l'Occident, le présent ouvrage entend restituer leur rôle dans toute sa complexité. Sont ici examinées les modalités de leur utilisation par divers bureaux d'écriture, en particulier leur mise en forme textuelle et visuelle. Cet examen met en lumière de fréquentes imitations d'une chancellerie à l'autre, qui assurent le succès de cette technique auprès de multiples administrations à travers l'Europe.
Cette étude de la diffusion des mentions s'accompagne enfin d'une réflexion sur leur réception par les destinataires des actes qui les portent: conduits à s'interroger sur le sens et l'utilité de ces notes, leurs lecteurs sont bien souvent contraints d'adopter les cadres de pensée des administrations émettrices, ce qui contribue à leur intégration dans les États de la fin du Moyen Âge et de la première modernité. Simultanément, ces mentions étayent l'efficacité des actes où elles sont apposées, contribuant ainsi à légitimer ces écrits et les autorités qui les ont produits. Pour toutes ces raisons, elles sont au cœur d'enjeux juridiques et politiques majeurs.
Les archives médiévales de Montferrand sont parmi les plus riches du Midi de la France et conservent une série très fournie de comptes en langue d'oc, qui s'échelonnent du milieu du XIIIe siècle à la fin du XIVe siècle.Après avoir édité les registres couvrant les périodes 1259-1373, R. Anthony Lodge achève ici la publication d'une comptabilité consulaire exceptionnelle en éditant le dernier des registres rédigés en occitan d'Auvergne (1378-1385), avant que ces écrits administratifs n'adoptent la langue royale. Ce volume est, de ce point de vue, capital pour comprendre les conditions de ce basculement idiomatique.La portée de cet ouvrage est double: il ouvre, dans la lignée des tomes précédents, des aperçus historiques indispensables à la compréhension de la vie et de la fiscalité urbaine au bas Moyen Âge et constitue par ailleurs une source de l'histoire de la langue occitane, tant pour sa variation que pour l'étude des contacts entre français et occitan. Ces comptes sont ainsi une mine pour les philologues et occitanistes, et offrent un matériau inédit pour les historiens de l'Auvergne.