En1825 paraît l'Essai sur les Antiquités du département du Morbihan, avec les partitions de quarante airs collectés en Haute et Basse- Bretagne. L'œuvre reflète la complexité de son auteur JosephMahé (1760-1831). Né sur l'île d'Arz dans le Golfe du Morbihan, ce chanoine imprégné d'ordre divin défie la Constitution civile du clergé, tout en se laissant séduire par les idées de Rousseau. C'est bien en homme libre que Joseph Mahé a vécu et pensé. Son Essai doit autant à son érudition de clerc helléniste et latiniste qu'à son observation ouverte et censément exhaustive des vestiges réels ou rêvés de sa culture bretonne. Et quand on croit pouvoir le ranger dans la catégorie des romantiques en quête d'un mythique passé " national ", il étonne encore par son approche méthodique, proto-scientifique de l'histoire, quelques décennies avant Hyppolite Taine.Car, au-delà des quarante airs publiés en 1825, un manuscrit découvert cent-vingt ans plus tard a révélé un travail exceptionnel à plus d'un titre. Joseph Mahé a collecté et noté 285 airs populaires de Haute et Basse-Bretagne, sans en indiquer les paroles, quand ses illustres successeurs feront souvent l'inverse. C'est bien dans la musique, et la musique elle seule, que Mahé, collecteur précurseur, a perçu la poésie populaire bretonne, léguant un patrimoine inestimable, publié ici dans son intégralité pour la première fois.D'où le désir — et peut-être un sentiment d'urgence — de diffuser ce troublant et unique écho de ce que pouvait être la musique populaire bretonne aux confins du 18e siècle. Pour aborder ce continent méconnu, quelques repères sont posés, des pistes historiques, culturelles, musicologiques sont esquissées, comme autant d'invitations à poursuivre cette exploration.
Cet ouvrage contient la reproduction intégrale en fac-similé du cahier manuscrit " Chansons de Grand'mères ", ainsi qu'une réédition complète du petit livre de contes intitulé Contes de grand'mères – Contes de Basse-Bretagne et du pays gallo d'Angélina Duplessix (1857-1909). Ces documents inédits ou introuvables contiennent quelque vingt grands contes populaires, ainsi qu'un cahier manuscrit où l'on trouve les textes et musique de 120 chansons de tradition orale.
Si le nom de Marie Drouärt (1887-1966) est connu des spécialistes du chant traditionnel de Haute-Bretagne, l'ampleur de son oeuvre et la richesse de son parcours restent pourtant largement ignorées. Du milieu des années 1930 jusqu'au début des années 1950, on découvre une femme extrêmement active : juriste, journaliste, auteur, elle est également une spécialiste reconnue des traditions populaires en Haute-Bretagne, membre de plusieurs sociétés savantes, et animatrice, aux côtés de Jean Choleau, du mouvement de sauvegarde et de renouveau des traditions orales gallèses. Toute la valeur de son action se fonde sur un important travail de collecte des traditions, resté en très grande majorité inédit jusqu'à ce jour. Ce travail l'amène dans les années 1940 à travailler avec le Musée national des Arts et Traditions populaires à qui elle envoie pas moins de 25 cahiers manuscrits entre 1943 et 1946. La plus grande partie de ces cahiers est consacrée aux chansons, contes et légendes, mais on y trouve aussi un glossaire gallo, ainsi que des sujets plus rarement abordés comme les cris de métiers, les formulettes ou encore les sobriquets et les jurons. Ce sixième volume de la collection " Patrimoine oral de Bretagne " est consacré aux chansons et réunit près de 300 pièces accompagnées de leurs mélodies, recueillies dans la première moitié du 20e siècle. Concernant des régions peu explorées par les collecteurs (principalement Lamballe et Rennes), les collectes de Marie Droüart ont pour autre particularité de provenir d'un milieu urbain, souvent relativement aisé (sa famille et son entourage) mais parfois aussi plus populaire (ouvriers tisserands de l'atelier de Jos Le Breton, son grand-père, ou petits marchands des rues de Rennes). Ainsi, auprès d'une grande majorité de chants de tradition orale, incluant des danses-jeux enfantines et des cris de métiers, on trouve également 80 chansons de facture lettrée qui viennent enrichir notre vision générale du contexte et du répertoire alors en circulation.
Dans ce cinquième volume, la collection " Patrimoine oral de Bretagne " se propose de montrer la force et la persistance du patrimoine oral en ce début de XXIe siècle, en publiant l'intégralité du répertoire d'une chanteuse traditionnelle d'aujourd'hui: Gisèle Gallais. Née en 1931 dans la petite commune de Rouillac, entre Broons et Collinée (Côtes-d'Armor), Gisèle Gallais baigne pendant toute son enfance dans un environnement où les traditions orales sont encore bien vivantes. Particulièrement sensible au répertoire chanté, notamment aux complaintes, et douée d'une mémoire peu commune, elle retiendra une grande partie du répertoire local, et notamment celui de sa mère. Après une vie professionnelle passée en région parisienne pendant laquelle ces chansons tombent dans l'oubli, elle rencontre peu après son retour en Bretagne, au début des années 2000, Thérèse Dufour qui va repérer la richesse de son répertoire. Après le passage de nombreux " collecteurs de mémoire " depuis plus de dix ans, le bilan est impressionnant: une centaine de chansons à texte, cinq contes, plusieurs dizaines de chansons à compter et de ritournelles de danse, des devinettes, comptines, formulettes? Cent soixante dix-neuf pièces en tout! Gisèle Gallais fait aujourd'hui partie des figures incontournables qui font vivre le chant traditionnel du pays gallo et elle transmet volontiers son répertoire sur scène, en stage, en veillée ou encore en concours.
S'il est une expression caractéristique de la culture populaire et de l'identité de la Bretagne, c'est bien la danse. Depuis maintenant près de soixante ans, des répertoires, issus du vieux fonds traditionnel pratiqué par les populations rurales bretonnes au moins depuis le XIXe siècle, sont dansés par des milliers de personnes dans les festoù-noz modernes, ou présentés sur scène par des cercles celtiques. la modernisation des contextes de pratique depuis la Seconde Guerre mondiale ainsi qu'un important collectage ont permis ce développement unique en Europe. Ces pratiques dansées traditionnelles des populations rurales de Bretagne occupent également une place particulière dans le domaine de la recherche en ethno-histoire. On doit la première étude d'ampleur sur ce sujet à Jean-Michel Guilcher, qui publie en 1963 " la Tradition populaire de danse en Basse-Bretagne ", œuvre fondatrice de l'ethnochoréologie, discipline qui s'attache à étudier les pratiques dansées et leurs contextes principalement dans les sociétés rurales. Toutefois, Jean-Michel Guilcher ne s'est intéressé qu'à la partie brittophone de la péninsule. De l'autre côté de la frontière linguistique, la Haute-Bretagne n'a, elle, jamais fait l'objet d'enquête approfondie et les collectes, très nombreuses mais circonscrites, de ses traditions dansées ne laissent entrevoir qu'un corpus de danses très variées et hétérogènes, dont l'authenticité est parfois remise en cause. Afin d'y voir plus clair, Marc Clérivet s'est efforcé, à la suite de plusieurs chercheurs, de réaliser une synthèse de l'ensemble des enquêtes et collectes effectuées sur les danses de Haute-Bretagne depuis le XIXe siècle. Sans avoir les mêmes prétentions conceptuelles que Jean-Michel Guilcher, il choisit d'aborder, aussi complètement que possible, les pratiques de danse, en décrivant les répertoires recueillis mais aussi les contextes et certaines représentations sociales de la danse dans les milieux ruraux gallos traditionnels. Contredisant l'idée commune d'une zone culturelle dénuée d'identité propre, il livre à travers cet ouvrage, en même temps que le tableau d'une aire riche de pratiques plurielles aux spécificités marquées, la première vision d'ensemble jamais élaborée sur les traditions populaires de danse en Haute-Bretagne.
En 1906, le jeune vicaire de Saint-Vougay Jean-Marie Perrot se lance dans un projet tout à fait original dans le domaine de la collecte de chansons populaires bretonnes : le Barzaz Bro-Leon. S'inspirant du Barzaz-Breiz de Théodore Hersart de La Villemarqué, il entend faire connaître la tradition orale méconnue du Léon en organisant un grand concours pour lequel il invite les habitants du nord-Finistère à lui envoyer les chants en breton qu'ils connaissent. Cette expérience est un véritable succès, et plus de mille documents – chansons, mais aussi proverbes, devinettes, contes – sont rassemblés en peu de temps. Le Barzaz Bro-Leon permet de renouveler profondément notre connaisance des traditions chantées de Bretagne en montrant la richesse de la région léonarde, jusqu'alors très négligée et faisant l'objet de préconceptions négatives dans ce domaine. La collection ainsi constituée permet d'apporter un autre regard sur le répertoire puisque ce sont les chanteurs eux-mêmes – et non des collecteurs extérieurs – qui ont choisi les textes qu'ils ont mis par écrit, en fonction de leurs goûts personnels et de leur propre conception de ce qu'est une " belle " chanson. De ce renversement de perspectives résulte un ensemble très différent des grandes collectes du XIXe siècle : beaucoup plus hétéroclite, le Barzaz Bro-Leon permet d'apprécier la diversité du répertoire de chansons en circulation en Bretagne au début du XXe siècle. Il invite dès lors à s'interroger sur les méthodes d'enquête des ethnographes, en soulevant des questions dont les implications dépassent largement les frontières de la Bretagne. Pour la première fois, le présent ouvrage met à la disposition de tous, chercheurs et amateurs dans le domaine du patrimoine oral et de la langue bretonne, une collection à l'intérêt exceptionnel et restée jusqu'alors entièrement inédite. Ce livre est le fruit d'un travail collectif de longue haleine mené au Centre de Recherche Bretonne et Celtique sous la direction d'Éva Guillorel. L'étude détaillée du contexte, du contenu et des enjeux du Barzaz Bro-Leon est suivie par la transcription et la traduction de l'intégralité des collectes en provenance du sud du Bas-Léon et des îles de Molène et Ouessant.
La collection Patrimoine oral de Bretagne accueille les premiers " Carnets de route " consacrés à un collecteur du pays gallo, Albert Poulain, dont l'œuvre est aujourd'hui encore loin d'être entièrement accessible. Le livre contient une biographie d'Albert Poulain, une présentation de son travail de collecte, une présentation détaillée et illustrée des principaux informateurs qu'il a enregistrés et une sélection de 295 chansons (textes, partitions et renvois vers la source accessible via la base d'archives sonores de Dastum). Le CD qui accompagne le livre contient une sélection de trente et un enregistrements effectués entre 1959 et la fin des années 1990.
En coédition avec Dastum.
publiées dans La Paroisse bretonne de Paris (1899-1929)
Ce volume regroupe quelque 220 chansons publiées par François Cadic dans La Paroisse bretonne de Paris, de 1899 à 1929. Recueillies pour les trois quarts en pays vannetais, publiées en breton avec traduction, elles sont accompagnées de leur musique et d'une notice où l'on relève de précieuses informations sur les conditions de la collecte, les chanteurs, le contexte social ou historique. Un CD audio propose 32 versions enregistrées dans la tradition orale. Co-production PUR, Centre de recherche bretonne et celtique (CRBC) et l'association Dastum.