" Quelle rose n'a pas ses épines ? " C'est en ces termes ambivalents qu'Adrien Coriveaud, auteur d'un manuel d'amour conjugal à la fin du XIXe siècle, tente de rassurer sa lectrice sur la défloration, présentée comme un " apprentissage douloureux " de la sexualité. La France du XIXe siècle foisonne de discours multiples – médicaux, religieux, moralistes, littéraires ou pornographiques – qui prennent pour objet la défloration féminine. Ces discours, qu'ils évoquent la défloration pour ses conséquences physiques sur la femme, pour ses enjeux moraux ou parce qu'elle constitue un fantasme masculin, en façonnent des représentations qui forment un véritable écheveau de normes pesant sur les sexualités et les corps. Érigée par ces discours en un événement crucial de la vie féminine, et donc de la vie du couple, la défloration est amenée à jouer un rôle fondamental dans la construction de la féminité comme de la masculinité. Faire l'histoire de ces représentations, c'est donc contribuer à l'histoire du corps, de la sexualité et du genre. Mais l'histoire de la défloration, c'est aussi celle d'une expérience vécue par des femmes et des hommes: les écrits du for privé et les archives judiciaires entrouvrent la porte de l'alcôve conjugale et permettent à l'historien d'accéder aux pratiques sexuelles du XIXe siècle français, pour écrire une histoire du couple et de l'intime.
L'héroïsme serait-il réservé aux hommes ? L'aurait–il-été dans l'Antiquité grecque ? Tantôt chasseresse, tantôt athlète, aussi bien jeune fille que mère d'un héros, solitaire ou bien accompagnée, sauvage mais domestiquée, Atalante est une figure à l'identité multiple. Femme à part entière, elle n'en est pas moins une héroïne sauvage et courageuse qui prend part à des exploits de toutes sortes – chasse de Calydon, voyage des Argonautes, lutte avec Pélée, course contre Hippoménès-Mélanion, etc. Refusant les activités traditionnellement assignées aux femmes grecques comme le mariage et le soin de l'intérieur, et leur préférant la chasse, la lutte ou encore des exploits qu'elle accomplit en compagnie d'hommes, Atalante transgresse-t-elle les frontières de son genre ? Que les peintres et les poètes la représentent, depuis le VIIe siècle avant J.-C. et durant toute l'Antiquité, vêtue de tenues barbares ou considérées comme masculines, ainsi lorsqu'elle porte la tenue du guerrier, qu'ils la représentent nue ou légèrement vêtue, ne signifierait-il pas que la société grecque pouvait déjà penser une pluralité de féminités, et même de masculinités, les variations s'accordant avec les caractéristiques sociales de l'individu – jeune ou adulte, dieu, héros ou bien individu ordinaire –, mais également avec le contexte de ses représentations – politique, familial, mythologique ? En donnant à voir l'ensemble de la production antique sur la figure d'Atalante, ce livre déploie la richesse d'un imaginaire qui défie la binarité de l'opposition masculin/féminin.
Comment les femmes des campagnes ont-elles vécu la Révolution française? Loin du Paris révolutionnaire, dans un bourg rural du Périgord, les Beaumontaises prennent la parole, pétitionnent, s'organisent collectivement. À partir de fonds conservés aux Archives départementales de la Dordogne, mais également aux Archives nationales, Pauline Moszkowski-Ouargli a effectué un véritable travail de mosaïste. Elle explore la pénétration de la Révolution française dans les territoires ruraux et comment la pratique de la langue française, la justice ou l'éducation devinrent alors des nouveaux enjeux quotidiens. Tout en remettant en cause la hiérarchie politique entre les sexes, les femmes de Beaumont-du-Périgord étaient loin d'être unanimes, quant à la politique religieuse révolutionnaire ou à propos du droit de vote des femmes. Cette recherche permet, en personnifiant les citoyennes des champs, mal connues et marginalisées parce qu'éloignées des lieux de pouvoir, de mieux connaître l'engagement des femmes pendant la période révolutionnaire.
" Je ne suis pas féministe, parce que je n'en veux pas aux hommes. " Cette réflexion d'une ancienne militante du Planning familial établit un lien évident entre féminisme et haine des hommes. Peut-on faire l'hypothèse d'une misandrie travaillant le Mouvement de libération des femmes en France dans les années 70 ? Le MLF remet en effet profondément en question les rapports hommes-femmes dans les cadres familial, amical et amoureux, et plus globalement dans toute la société. À partir de sources variées (presse, tracts, affiches, témoignages écrits et oraux de militantes), cet ouvrage analyse les discours et pratiques féministes sur l'avortement, le viol, les relations de couple ou encore l'homosexualité. Peut-on y déceler des formes de misandrie ? Qu'est-ce qui la suscite ? Qu'implique-t-elle en termes de tensions et de conflits au sein mouvement ? Quels sens et importance lui donner ? Au contraire de la misogynie – sentiment irrationnel de haine ou de mépris pour les femmes – la misandrie est une " haine-réponse " née du système patriarcal. Mais si les féministes refusent la violence physique, elles recourent à différentes formes de violences symboliques. Saisir le contexte de domination masculine dans lequel émerge le MLF permet de relire les positions féministes et d'analyser les points nodaux de la lutte des femmes, où se cristallisent les tensions les plus vives. Les utopies radicales, les dénonciations de figures masculines ou encore les pratiques qui mettent à distance les hommes constituent les prismes au travers desquels ce livre analyse l'hypothèse misandre pour en souligner l'impasse finale. Par là, il souhaite contribuer à la compréhension du déclin du mouvement à la fin des années 70.
Lorsque les moniales de Prébayon commencent à observer la règle de l'ordre chartreux, au milieu du XIIe siècle, le mouvement réformateur et les initiateurs du nouveau monachisme ont déjà profondément marqué la chrétienté occidentale qui voit se diffuser des modèles monastiques originaux ou réformés. Avec quelques retards dans le cas de certains ordres peu intéressés ou opposés au développement de branches féminines, ces dernières finissent toutefois par apparaître, répondant aux aspirations de nombreuses femmes de ce siècle. Les Chartreux sont en marge de ce mouvement, loin derrière Fontevrault et ses communautés doubles, loin aussi de la floraison des maisons cisterciennes. Au milieu du XIVe siècle, après deux siècles d'existence et seulement quatorze établissements fondés dans toute la chrétienté, l'ordre chartreux met fin aux fondations de maison féminine. Cette expérience aura connu bien des évolutions et de nombreuses contraintes durant ce laps de temps. Phénomène à la marge de l'ordre cartusien ou adaptation originale d'un modèle profondément masculin, la question est ouverte pour les moniales cartusiennes. À travers l'histoire de cette branche féminine et l'étude de la chartreuse de Prémol, ce travail tente d'y apporter des éléments de réponses et montre l'ambivalence de cette expérience monastique et érémitique où les femmes pénètrent un mode de vie jusque-là réservé à une élite masculine.
Au milieu du XVIIe siècle, La Fontaine conte le supplice de Grégoire, paysan qui avoit offensé son seigneur. Si " l'histoire dit que c'était bagatelle ", le malheureux dû ingurgiter douze gousses d'ail, endurer vingt coups de gaule avant de n'avoir d'autre choix que de " vider la bourse ". Œuvre peu connue du célèbre fabuliste, elle résume cependant tout l'imaginaire volontiers attaché à la figure du seigneur, celui d'un châtelain omnipotent qui exerce un pouvoir sans faille sur la terre et les hommes. Dans la société patriarcale de l'Ancien Régime, difficile d'envisager qu'une femme puisse endosser le costume tant la fonction contraste avec les rôles traditionnellement assignés aux femmes. Pour autant, les opportunités de gestion féminine de la seigneurie sont bien réelles. À la charnière entre XVIe et XVIIe siècles, la présente étude reconstruit les parcours de femmes nobles qui, à la faveur d'un héritage ou de circonstances particulières, sont promues " dame ". Dans l'espace de la Normandie, province où la Coutume est pourtant réputée très sévère à l'égard des femmes, l'analyse met en relief l'importance des fiefs hérités par des filles sans frère et les modalités originales d'administration féodale que ces successions peuvent introduire. Mineures, mariées ou veuves, baronnes ou duchesses, les femmes seigneurs sont approchées à différentes étapes de leur vie, à tous les paliers de la hiérarchie seigneuriale, pour mieux cerner l'évolution et l'étendue de leur pouvoir.
Pourquoi lit-on encore la comtesse de Ségur ? Parce que derrière la grand-mère catholique dévouée à l'édification de ses petits-enfants se cache une femme dont les ambitions littéraires ont vaincu le conservatisme familial. Parce que, grâce à cette image et à ses réseaux, elle a pu défendre la publication de textes beaucoup plus subversifs qu'il n'y paraît. Quelles idées politiques, religieuses, éducatives défendait-elle réellement ? Quel regard portait-elle sur son métier d'écrivain ? Partir à la recherche de la comtesse de Ségur, c'est redécouvrir l'un des auteurs les plus connus et les plus méconnus de la littérature française.
Les Allemandes qui débarquent au Chili dans la deuxième moitié du XIXe siècle sont les actrices pleines et entières de leur destin et de l'histoire des deux pays. Mariées ou célibataires, elles fuient l'Allemagne en crise pour chercher, au bout du monde, un avenir meilleur pour elles et leurs enfants. Ce travail de mémoire, récompensé par le prix Mnémosyne fait entrer les femmes dans une histoire comparative des migrations.
Au XVe siècle, le procès entre Marie de la Roche et ses enfants dure soixante-dix-sept ans. Une enquête établie en 1502, commentée et retranscrite intégralement ici nous en livre les méandres et nous éclaire sur autant d'aspects sociaux et juridiques que sont les rapports mère-enfants, le rôle et la place des femmes dans la gestion des domaines seigneuriaux, les enjeux des alliances matrimoniales au sein de la noblesse, le droit des femmes nobles dans la France coutumière du Nord, la mobilité des nobles et les maux d'une justice qui peine à rester indépendante des grands seigneurs et du roi à la veille de la mise par écrit des Coutumes…
Près de vingt siècles après l'Odyssée, la réinterprétation de la figure de la sirène dans l'art roman témoigne de l'errance d'un mythe. L'étude de trente-sept de ses avatars, essaimés dans les églises romanes du Poitou, permet d'évaluer l'empreinte dans la mémoire chrétienne d'une tradition iconographique séculaire. À la fois petite-fille des sirènes homériques et aïeule de Mélusine, la sirène romane apparaît en définitive comme un symptôme des conflits idéologiques entre christianisme et paganisme.
Avec une préface de Christiane Klapish-Zuber.