Depuis le milieu du XXe siècle, les réflexions consécutives aux divers désastres qui ont frappé l'humanité depuis la Seconde Guerre mondiale ont favorisé de nouvelles approches concernant les calamités et les catastrophes naturelles. Leurs apports ont ainsi contribué à constituer en objet d'étude spécifique un type d'événement auquel les historiens se sont toujours intéressés mais dont ils ont aussi renouvelé et approfondi l'examen dans le cadre de travaux portant notamment sur l'Antiquité et le Moyen Âge.
Les études réunies dans cet ouvrage participent à cet effort de renouvellement en considérant les textes antiques et médiévaux traitant de catastrophes naturelles dans leur dimension proprement littéraire. En tant qu'écrits auctoriaux, ils sont en effet le produit d'une subjectivité s'exprimant dans un genre, une période et une langue donnés. La philologie et l'analyse littéraire apparaissent donc essentielles pour comprendre comment et pourquoi ces événements ont été transposés dans l'ordre de la parole. Rédigés en latin, en grec ou en ancien français, les textes étudiés relèvent de genres extrêmement variés, tels que l'historiographie, l'éloquence, la poésie ou la philosophie.
Comment s'incarnait le personnage sur la scène de la comédie latine palliata, et plus spécifiquement celle de Plaute (IIIe-IIe siècle avant notre ère)? Comment son masque et sa gestuelle contribuaient-ils à construire le personnage et à nourrir le sens de l'œuvre? Le théâtre n'est pas seulement affaire de texte, il est aussi pleinement un spectacle: c'est cette part spectaculaire que cet ouvrage étudie, exploitant sources textuelles et iconographiques, ces dernières n'ayant encore jamais été systématiquement examinées en France dans cette perspective.Il s'agit ainsi d'établir la caractérisation visuelle du personnage, en se demandant dans quelle mesure ce personnage est contenu dans les limites des types qui peuplent la palliata (jeune homme, esclave, vieillard, courtisane…) ou, au contraire, brise ces limites. L'ouvrage étudie tout d'abord le masque de théâtre, en s'attachant à prouver qu'il était employé sur la scène de la palliata à cette époque déjà. On n'en doute plus guère, mais ce qui fait aujourd'hui l'objet d'un consensus intuitif reste à étayer objectivement. Les deuxième et troisième parties traitent de la gestuelle comique et plus spécifiquement plautinienne, à travers les textes, puis les images. Si le spectacle est au cœur de cette étude, jamais le texte de théâtre n'est laissé de côté: c'est dans l'interaction du verbal et du visuel que s'élabore un personnage qui, en définitive, se révèle en constante métamorphose.
La singularité et la nouveauté de cet ouvrage collectif résident dans le fait qu'il aborde de manière frontale et globale la question des liens entre la poésie augustéenne et la rhétorique. Composé de deux grandes parties consacrées respectivement aux formes et significations de la présence de la rhétorique dans l'œuvre des poètes augustéens et à la réception rhétorique de cette œuvre, il explore dans une perspective de croisement des approches scientifiques la relation d'influence réciproque entre ces deux champs. C'est ainsi une investigation inédite par son extension et sa précision, tout en étant claire et accessible pour le lecteur non spécialiste, qui est proposée sur un sujet qui passionne depuis très longtemps la critique, suscitant de nombreuses études de détail, en particulier sur Virgile et Ovide, mais qui n'a jusqu'à présent donné lieu à aucune somme prenant en compte tous les poètes de cette époque et l'ensemble des enjeux de leur rapport à la rhétorique.
Voiler/dévoiler le corps de l'Europe au subcontinent indien
La thématique de la visibilité du corps met en oeuvre plusieurs approches que les médiévistes connaissent bien : les codes culturels et la réglementation des pratiques vestimentaires permettant de voiler ou de dévoiler le corps d'une part, et les croyances ayant trait au perceptible et au sensible d'autre part, en somme aux manifestations de l'invisible.
Trois axes de réflexion guideront ainsi le lecteur dans cette approche du corps dans ses manifestations sociales et spirituelles : le thème de la nudité et du voile, l'existence de corps humains singuliers ou remarquables ; enfin, les corps particuliers des créatures intermédiaires dévoilant leur existence aux regards humains.
Ainsi, de la nudité au voile, le regard est bien le dénominateur commun de cet accès au corps que les règles sociales, religieuses régissent depuis les périodes anciennes pour promouvoir en particulier l'image de la femme, femme fidèle, femme vertueuse, voilant son corps pour le protéger de l'impureté du désir d'autrui. C'est en Orient en particulier que ces codes sociaux sont les plus stricts, du Levant à l'Inde, renforcés par les pratiques normatives des aires islamisées à l'époque médiévale.
Actes du Xe colloque international de la Section française de la Société Rencesvals (Clermont-Ferrand, 18-20 octobre 2017)
La parole épique commémore et réactualise dans un jeu subtil de temporalités enchevêtrées un événement perçu comme fondateur ou décisif par celui qui l'énonce comme par ceux qui la reçoivent, pour " célébrer avec solennité, dans un langage rituel, écrit Pierre Le Gentil, la liturgie de l'héroïsme chevaleresque ".L'empreinte du sacré se manifeste dans l'inspiration chrétienne qui anime les textes où la mort héroïque sur le champ de bataille se fait l'homologue de la Passion du Christ, comme les souffrances des grands de ce monde évoquent le martyre des saints, et elle se révèle encore dans les prières, les miracles, les rêves et apparitions qui scandent le parcours des poèmes.Les chansons de geste permettent aussi d'aborder la question de la relation entre violence guerrière et sacré, et d'analyser ce que René Girard appelle " la crise mimétique ". Elles offriraient même une solution pour résoudre les rivalités, eu égard à la place accordée au sacrifice rituel et au mécanisme victimaire, ainsi qu'aux liens qu'elles entretiennent avec le mythe.Le dixième colloque international de la Section française de la Société Rencesvals qui s'est tenu à Clermont-Ferrand du 18 au 20 octobre 2017 a exploré les facettes de cette vaste thématique que les études rassemblées dans ce volume invitent à découvrir.
Les collègues et amis du Professeur Claude Roussel ont souhaité rendre hommage à sa personne et à son œuvre en lui offrant un volume de Mélanges. Les trente études de langue et de littérature réunies dans cet ouvrage portent sur des sujets qui ont nourri sa recherche et façonné sa pensée: l'édition de textes, dont il est un maître absolu, et la chanson de geste composée à l'automne du Moyen Âge. Son édition de La Belle Hélène de Constantinople et l'étude littéraire qu'il a consacrée à cette œuvre ont transformé radicalement l'appréciation quelque peu réservée, voire négative, de la critique sur l'esthétique des chansons de geste tardives et sur leur place dans la culture et la production littéraire médiévales. Depuis, Claude Roussel a dédié des articles à des thèmes variés: courtoisie, hospitalité et savoir-vivre, mythe des enfants-cygnes, figure royale, croisade, culture populaire et culture cléricale, et a participé à l'édition du Devisement du Monde de Marco Polo dirigée par Philippe Ménard.Engagés à leur tour sur la voie ouverte par ces travaux, les auteurs de ce volume se sont intéressés aux motifs épiques et à leurs relectures ou réécritures (la geste), à l'exploration de mondes exotiques ou spirituels (la route) et à des problèmes éditoriaux ou de tradition manuscrite (le livre). Le " monde entour et environ " ne saurait, considèrent-ils, épuiser ni la richesse ni la cohérence des recherches de Claude Roussel, ni l'étendue de la curiosité qui les a guidées.
La réflexion collective que propose ce volume porte sur un aspect très précis de la relation entre poésie et rhétorique dans l'Antiquité grecque et romaine : le regard porté par les représentants de chacun de ces deux champs de la pensée et de l'écriture sur ceux de l'autre champ. Quand, comment et pourquoi, dans leurs œuvres, les grands poètes mettent-ils en scène la figure de l'orateur ? Inversement, quels sont les modes d'apparition des poètes chez les grands orateurs et/ou théoriciens de l'art oratoire ? C'est ce jeu de portraits croisés qui nous intéresse : toujours orientés et subjectifs, ils nous montrent que ces deux univers tout à la fois rivaux et organiquement liés constituent l'un pour l'autre un prisme plus qu'un miroir. Décrire l'orateur quand on est poète ou le poète quand on consacre sa vie à l'art oratoire conduit inévitablement à le transformer, voire à le recréer. Ce faisant, mettre en scène l'" autre ", que ce soit pour manifester l'admiration qu'on lui voue, prendre ses distances vis-à-vis de lui ou le critiquer frontalement, revient toujours à parler, de manière indirecte ou explicite, de sa propre discipline, voire de sa propre vocation. L'étude de cette réfraction réciproque, envisagée dans toute la variété de ses motivations, de ses réalisations et de ses implications (intellectuelles et esthétiques, mais aussi, bien souvent, philosophiques, politiques, pédagogiques, etc.), nous semble pouvoir apporter un éclairage nouveau sur un aspect fondamental de la culture antique, la tension féconde entre poésie et rhétorique, et sur certains, parmi les plus grands, des hommes qui ont contribué à forger cette culture.