.La figure d'arbitre de l'Europe représente dès la première modernité une aporie, puisqu'elle allie à l'idéal politique du jugement sage, au-dessus des parties, la capacité à imposer ce même jugement et donc à prendre parti. La théorie réaliste des relations internationales, qui met l'accent sur la défense des intérêts nationaux, récuse par ailleurs la figure de l'arbitre désintéressé au profit d'une réflexion en termes de hiérarchie des puissances. L'apparition d'une "raison publique européenne" conduisit cependant au développement de l'arbitrage des conflits, par un prince, une puissance extérieure ou une institution ad hoc. Si l'on constate une grande variété des pratiques politiques de l'arbitrage, les XVIIe et XVIIIe siècles manifestèrent un besoin croissant de définitions juridiques, que les failles du système européen des XIXe et XXe siècle ne firent que renforcer.
Issu d'un colloque universitaire, cet ouvrage rassemble les contributions d'historiens modernistes et contemporanéistes, à la recherche des définitions fluctuantes de cet "arbitre" qui s'incarna tantôt dans une puissance dominante, forte de son imperium, aspirant volontiers à une monarchie universelle et tirant de ce titre d'arbitre des avantages et du prestige, tantôt dans un médiateur, tâchant par son influence d'orienter les négociations dans le respect d'un nouveau droit international. Les tentatives de conciliation entre deux pôles montrent bien la difficulté historique et conceptuelle de cette notion qui ne cessa cependant de représenter un leitmotiv et un idéal.
À ceux qui eurent le privilège de le connaître, aussi bien à l'Université Savoie Mont Blanc que dans les institutions universitaires ou savantes qu'il fréquenta, François Kayser (1959-2020) a laissé le souvenir d'un homme attachant, aussi discret que remarquable, dont la modestie et la finesse d'esprit le disputaient à une grande culture et à une immense compétence épigraphique.
Les contributions rassemblées dans ce volume rendent hommage au professeur, au chercheur dont les travaux ont apporté une précieuse contribution à l'étude de l'Antiquité gréco-romaine, au collègue et à l'ami trop tôt disparu. Le lecteur y retrouvera les thèmes chers à François: la Méditerranée, dont il parcourait infatigablement les rivages, l'Antiquité, qu'il affectionnait sous toutes ses formes, qu'elle fût reculée ou tardive, de l'Égypte, sa terre de cœur, à l'Orient et à la Grèce, dont il maniait la langue à la perfection, jusqu'à l'Occident romain dont il était, par l'épigraphie encore, devenu un spécialiste reconnu. Que la terre lui soit légère.
Parallèlement au développement de la jurilinguistique, de la terminologie, de la traductologie et des recherches en langue de spécialité, il apparaît que la dimension culturelle des concepts juridiques mérite de retenir toute notre attention. En plus d'une réflexion théorique et pratique sur la traduction et la traductologie juridique (notamment en tant qu'activité professionnelle), le présent ouvrage met en évidence la richesse passée et présente de langues-cultures européennes qui se co-construisent, tout en affirmant leur identité culturelle et linguistique par l'émergence ou la consolidation de politiques linguistiques menées sous les auspices d'institutions ou d'organisations et malgré la prédominance de l'anglais (comme en témoignent le fonctionnement linguistique des institutions européennes et des logiciels de TAO fondés sur les progrès de l'intelligence artificielle) et des cultures juridiques des pays anglophones, qui se surimpriment aux cultures nationales dans l'imaginaire des citoyens de nombreux pays.Les auteurs explorent un concept juridique dans un contexte précis, celui-ci étant plus ou moins connecté à l'ici et maintenant (la France du début du XXIe siècle), ancré dans le passé (de la Première Modernité au XXe siècle) ou l'ailleurs (les pays européens au sens large, l'Espagne, le Royaume Uni, l'Allemagne, la Roumanie, la Suisse…). Les langues de travail sont également variées et comprennent des langues nationales (français, anglais, espagnol, allemand, italien, roumain...), mais aussi des langues régionales bénéficiant d'une reconnaissance institutionnelle.
Ce recueil présente et analyse les actions d'opposantes à l'État, vu comme une forme de l'autorité, dans des pays d'Europe Occidentale, tels que l'Allemagne, l'Espagne, la France, et de manière indirecte, le Royaume-Uni, la Suisse, la Belgique… Les travaux présentés dans cet ouvrage rendent compte de modalités et d'expressions de l'opposition à l'État par des femmes: ces actions peuvent, d'une part, se traduire par une forme de violence et, d'autre part, se manifester dans le militantisme, l'action politique ou subversive, individuelle ou au sein de réseaux qui transcendent les frontières étatiques. Le volume dresse ainsi des portraits de femmes politiques, d'artistes, de militantes et de dissidentes, de toutes les femmes ayant manifesté leur opposition à des lois, des décisions étatiques ou politiques. L'action féminine peut, comme celle des hommes, verser dans l'extrémisme politique, de l'anarchisme espagnol à l'extrême droite allemande. Toutes ces formes de contestation face à la puissance de l'État peuvent entraîner des réactions de sa part, qui vont de la répression la plus dure à l'expression d'une certaine indifférence envers des femmes qui, conformément aux stéréotypes liés à leur genre, sont souvent considérées comme inoffensives.
Les événements de Mai 68 occupent une place particulière dans l'imaginaire français. La mémoire d'une insurrection subversive et violente s'est transformée, au fil des anniversaires et des commémorations, pour ne plus retenir que les images d'un moment joyeux d'émancipation et de libération de la parole avant de connaître tout récemment un réinvestissement politique.Le présent ouvrage entend interroger les mémoires d'un groupe particulier et hétérogène, celui des catholiques, qui a pu paraître en décalage au moment des événements et dont l'action reste encore assez largement méconnue.Solliciter la mémoire des acteurs catholiques de 68 en France permet d'approcher à la fois leur perception rétrospective et l'impact des événements sur leur parcours de vie ultérieur. Qu'il s'agisse de personnes connues (René Rémond à Nanterre) ou ordinaires (étudiants de l'aumônerie d'Assas ou ouvriers de la JOC à Clermont-Ferrand), les mémoires du vécu de 68 restent vives. Quand et comment se sont-elles fixées ? Tel est l'enjeu du premier axe parcouru dans cet ouvrage. Explorer des mémoires catholiques de 68 portées par des communautés ou des revues ancrées dans d'autres terres catholiques (Italie, Belgique, Amérique latine) permet de décentrer le regard et en contrepoint de s'interroger : les catholiques français sont-ils porteurs d'une mémoire spécifique de 68 ? Telle est la piste suivie dans la seconde partie. Interroger le devenir, sur 50 ans, des grands motifs du " moment 68 " -la Révolution politique, l'émancipation des peuples, la société de consommation et du spectacle, la libération sexuelle...- dans la sphère religieuse, politique et culturelle catholique permet de saisir les rejeux et les retournements, parfois inattendus, des idéaux de 68. Comment les catholiques français ont-ils interprété et recyclé 68 ? Telle est l'ouverture proposée dans la troisième partie.
Paysages inhumains explore un paradoxe : les paysages toujours façonnés par l'homme peuvent cependant devenir inhumains, à force de dégradation, de pollution, de répression, de destruction. De la représentation de friches industrielles à celle de conflits armés en passant par des paysages toxiques mais aussi des forêts en apparence "vierges" qui repoussent sur des charniers, il existe un fil rouge, qui est celui de la présence puis de l'effacement, de l'absence de l'humain dans des paysages devenus inhospitaliers. Des historiens, historiens de l'art, géographes, urbanistes, chercheurs en littérature, mais aussi des photographes et des artistes ont contribué à ce volume pluridisciplinaire, car la représentation de tels paysages est un enjeu écologique, esthétique et politique. Nous devons prendre conscience de ces paysages devenus inhumains pour les limiter, ou les réparer et si possible avec eux nous ré-accorder.
Ancrée dans la grande tradition du journalisme d'aventure et croisant celle de l'écrivain-voyageur, la figure du correspondant de guerre plonge ses racines aux origines mêmes de la presse. Elle s'autonomise et s'impose dans l'entre-deux-guerres dans le sillage des ombres portées du premier conflit mondial, puis lorsque font rage les guerres d'Éthiopie et d'Espagne. Dans ce contexte de polarisation idéologique et de tensions géopolitiques entre démocraties libérales et régimes autoritaires ou totalitaires, à l'heure où les visées impériales et coloniales des fascismes se donnent libre cours et tandis que s'internationalise une lutte sans merci entre des révolutions rouge, noire ou brune, être correspondant ou correspondante de guerre devient une fonction de premier plan. Qui incarne cette figure ? Que cherche-t-elle ? Pourquoi et pour qui se mobilise-t-elle ?C'est à ces différentes questions que s'attachent à répondre les douze contributions issues d'un colloque international et pluridisciplinaire tenu à Angers les 9 et 10 mai 2019. Du Maroc espagnol à Addis-Abeba et aux multiples théâtres d'opérations de la guerre d'Espagne, les textes mettent en scène des itinéraires individuels et collectifs qui donnent à voir les multiples facettes incarnées par la figure de la correspondante ou du correspondant de guerre anglo-saxon ou latin. Dorénavant, il ne s'agit plus seulement de jouer de la plume mais aussi de l'appareil photographique dans un contexte où l'image occupe une place croissante dans la presse du temps et n'est plus seulement une illustration. Fort prisé du lectorat de l'époque, le reportage de guerre des conflits éthiopien et espagnol se comprendrait-il comme la " répétition générale " qui préfigure le second conflit mondial ? Il marque à tout le moins un jalon essentiel d'une histoire mêlant bruit des armes et mythologie qui s'est prolongée jusqu'aux " Warcos " (war correspondents) d'aujourd'hui.
Le 9 février 1416, Sigismond, souverain du Saint-Empire, vint à Chambéry où il éleva le comte Amédée VIII de Savoie au titre ducal. Ce passage du comté au duché constitua une reconnaissance de l'importance croissante que la principauté savoyarde jouait à l'échelle de l'Europe médiévale. Ce livre, qui réunit les actes du colloque international tenu du 18 au 20 février 2016 dans le château de Chambéry, sur les lieux même où Amédée VIII avait été fait duc, offre une histoire renouvelée de cet événement. Il vise aussi à en étudier la signification, en se demandant dans quelle mesure la promotion ducale concrétisait la transformation du vieux pouvoir féodal des comtes de Savoie en un véritable État moderne. Il s'attache ainsi à déterminer si l'essor notable que la principauté savoyarde avait pu connaître au temps d'Amédée VIII s'était accompagné d'une mutation de ses institutions juridiques, militaires, financières et monétaires.Cet ouvrage est aussi l'occasion de présenter le renouvellement récent de l'historiographie savoyarde, dont on trouvera l'expression dans les contributions d'une vingtaine de spécialistes actuels de la question, venus d'Allemagne, de Suisse, d'Italie et de France. Il cherche ainsi à mettre en évidence le renouveau que l'historiographie savoyarde a pu connaître depuis une trentaine d'années, en raison des programmes de recherche menés désormais dans une perspective transfrontalière et européenne, au sein des dépôts d'archives des anciens États de Savoie, une principauté qui s'étendait au temps d'Amédée VIII du lac de Neufchâtel à la Méditerranée et de la vallée de la Saône jusqu'au pays de Verceil.
L'anthropocène désigne une réalité matérielle terrestre inégalement distribuée et morcelée, engendrée par des pratiques et non un état de conscience. Mais notre hypothèse est que les crises environnementales de cette nouvelle ère géologique entraînent des changements dans les représentations culturelles de ce que nous appelons l'environnement, et de notre relation à ce dernier. En retour, ces représentations conditionnent notre mode d'être dans l'environnement, affectant celui-ci. Malgré la persistance au début du XXIe siècle de topoi manifestant une relation dichotomique entre l'homme et la nature, nos modes de représentation sont aujourd'hui en crise. Quels sont les éléments déclencheurs de ces changements de paradigme? Et y a-t-il réellement changement, ou restons-nous, pour ce qui est de la culture occidentale, cantonnés à l'opposition nature/culture, et à une continuité dans la croyance de notre toute puissance transformatrice? Ce volume pluridisciplinaire s'inscrit dans le champ des humanités environnementales. Il est composé de travaux en sciences humaines et sociales: l'histoire, les cultural studies, la littérature (notamment l'écocritique), la philosophie, l'anthropologie, les arts visuels, la géographie, les arts de la scène, et le cinéma.
L'Université Savoie Mont Blanc, l'Union des sociétés savantes de Savoie et de Haute-Savoie et les Archives départementales de ces deux départements se sont associés pour développer un programme pluriannuel de colloques sur " Les Pays de Savoie et la Grande Guerre ". Ce programme a reçu le label national de la Mission du centenaire 14-18.Cet ouvrage présente les actes du sixième colloque intitulé " Les Pays de Savoie et la Grande Guerre : 1918, la dernière année de la guerre ", qui s'est tenu à Chambéry, les 29 et 30 novembre 2018. Il étudie l'engagement et les réactions des Savoyards face à une guerre qui continue à tuer en masse au cours de grandes offensives, qui mobilise l'arrière et conduit à de profondes transformations socio-culturelles. Espace frontalier avec la Suisse et le Royaume d'Italie, il montre à la fois la singularité des ces départements français et les dynamiques nationales qui s'y imposent.
Le Moyen Âge n'a pas créé les alpages, mais il a produit les premiers documents écrits permettant de faire véritablement leur histoire. Dominant la vallée, avec ses villages et ses champs, au pied des roches sommitales, des neiges éternelles et des glaciers, les alpages constituent, selon l'expression de Charles Gardelle, "les terres de l'été". Depuis plusieurs millénaires, ces pâturages d'altitude représentent la richesse de l'élevage montagnard et la contrepartie d'un milieu difficile. Contrairement à ce qu'imaginent de nombreux randonneurs, il ne s'agit pas un espace naturel, mais d'une création humaine, résultat d'aménagements remontant pour l'essentiel à la fin de la Préhistoire. Le Moyen Âge a donc hérité des alpages mais il a su entretenir, faire fructifier et transmettre cet héritage. En particulier les modes de faire valoir et les institutions créées pour leur conservation et leur exploitation se sont maintenus jusqu'en plein XXe siècle et sont encore partiellement en vigueur aujourd'hui. Cet ouvrage comble un vide historiographique. Il est la première synthèse sur l'histoire médiévale des alpages des alpes françaises. Travail d'histoire "classique", il s'appuie principalement sur les sources textuelles, en reprenant des travaux anciens et récents sur le sujet et en exploitant des documents d'archive inédits, mais il fait également une large place aux travaux des archéologues et des spécialistes des sciences paléoenvironnementales, notamment ceux qui œuvrent au sein de l'université de Savoie Mont Blanc.
Fondée au tournant du XIIe siècle par des chanoines de Saint-Maurice d'Agaune, l'abbaye savoyarde d'Abondance insuffle dès ses origines un vent nouveau sur le monde canonial. Elle se trouve rapidement à la tête d'une congrégation resserrée et dynamique comptant une dizaine d'abbayes et de prieurés établis du Jura à la Chautagne et de la vallée du Rhône aux portes de Genève.Ses archives ne révèlent pourtant rien de cette vigueur, et pour cause : à quelques exceptions près, les centaines de parchemins et autres vieux papiers composant le chartrier ont disparu, victimes des vicissitudes de la conservation du temps même de la présence de la communauté.Tel un enquêteur, l'auteur s'est attaché à retrouver les traces discrètes et ô combien dispersées que laisse pourtant toujours un acte perdu. La réunion de ces copies et de ces mentions permet de porter à la connaissance du public 206 actes pour la période 1108-1300 outre de nombreuses annexes. Cette investigation révèle l'influence d'Abondance sur le monde canonial alpin, la grande force puis le relâchement des liens entre les membres de la congrégation ou encore la gestion de l'espace économique. Les chercheurs comme les amateurs d'histoire locale y trouveront leur compte.