Contrairement à ce que pensaient les philosophes du contrat social, nous ne sommes pas sortis de l'état de nature et ne le ferons jamais, quel que soit notre état de civilité. Non pas à cause du capitalisme, du sexisme, ou de l'addiction numérique, mais parce qu'aucun existant n'échappe à la nature. C'est aussi le cas des humains, dont les fonctionnements neurochimiques tout comme les pratiques sociales sont soumis à des mécanismes parfaitement naturels d'adaptation et d'habituation.Cependant, et contrairement à ce que l'on pensait, l'état de nature n'est pas aussi immuable ou indépendant de l'action humaine, comme le prouve la détérioration vertigineuse des environnements naturels. Les quatre parties de cet ouvrage – état de nature, état civil, état politique, état d'humanité – tendent à montrer que les humains peuvent aussi agir sur leur état de nature dans un sens favorable, en choisissant par exemple des productions respectueuses, des consommations non-addictives ou des relations sociales gratifiantes aussi bien que libératrices.
Des turbulents squats de mal-logés au palais municipal. Tel est l'insolite itinéraire d'Ada Colau, l'activiste qui, à la tête d'une plateforme citoyenne composée de novices en politique, de mouvements sociaux et de partis politiques de gauche, est devenue en 2015 la première mairesse de Barcelone. Le municipalisme, porté par la coalition citoyenne Barcelone en commun, ne vise pas uniquement à prendre le pouvoir localement mais à transformer les institutions depuis l'intérieur, en promouvant une participation réelle de toutes et tous dans les affaires publiques. Alors que les projets municipalistes ou de listes citoyennes se multiplient, notamment en France, que retenir de ce laboratoire politique unique? Comment d'anciens squatteurs ont-ils dirigé la deuxième ville d'Espagne? Fondé sur une longue enquête ethnographique, cet ouvrage propose une plongée au cœur du municipalisme, en analysant les mouvements pour le droit au logement à Barcelone, l'expérience d'anciens militants au sein du gouvernement municipal, et les interactions entre ces deux dynamiques. Au-delà de Barcelone, il s'agit surtout d'émettre des propositions stratégiques concrètes sur la construction d'un " municipalisme social " en tant qu'alternative au néolibéralisme et à la souveraineté étatique, capable de nourrir l'imaginaire des possibles démocratiques.
Les algorithmes jouent un rôle de plus en plus important dans notre vie sociale – dans les sondages d'opinion, dans le comportement électoral, dans la publicité. Ils influencent avant tout la manière dont le social peut devenir politique. Nous ne pouvons donc pas nous contenter d'utiliser les algorithmes ou d'accepter leur utilisation, mais nous devons clarifier fondamentalement où et comment nous voulons les utiliser. Ce n'est que si nous les considérons comme politiques et les traitons de manière démocratique que nous ne courrons pas le risque de nous y soumettre et de dépolitiser ainsi la société.
De quoi le genre est-il fait? De langage? De matière? Est-ce que le genre, dès lors que l'on prend en compte le langage, mais aussi d'autres matérialités telles que les objets, les corps, la technologie, la nature, reste une caractéristique intrinsèque de l'être humain? Ou bien dépasse-t-il l'humain pour atteindre le non humain, l'au-delà de l'humain, le post-humain? Voici quelques questions auxquelles ce livre, à l'intersection d'un débat théorique et d'une actualité politique, répond.Luca Greco, sociolinguiste et spécialiste en études de genre, s'appuie sur un matériau analytique riche et composite, constitué d'enquêtes ethnographiques à la fois autour des mouvements éco-trans-féministes, des relations entre virilité, nationalisme et alimentation, du statut du fœtus dans les échographies prénatales ou dans les gender reveal parties, des campagnes contre le droit à l'avortement, et enfin d'un corpus d'interactions entre travesties et partenaires dans les espaces de rencontre en ligne.La multiplicité des données et la richesse sémiotique prises en compte dans ce livre – langagières, corporelles, technologiques, artéfactuelles – permettent une nouvelle conception du genre, " en excès ", dépassant les frontières de l'humain et du langage verbal, au prisme d'assemblages multi-matériels, humains et non humains, dont les enjeux sont d'ordre analytique, théorique et politique.
Le recours à la chirurgie esthétique ne cesse de progresser, ne se cantonnant plus aux territoires qui lui sont classiquement dévolus – visage, seins, cuisses, fesses et ventre. Le sexe féminin fait partie de ces nouveaux territoires et l'offre est déjà diversifiée: des techniques médicales sont aujourd'hui proposées aux femmes dans le but d'embellir et de rajeunir leur vulve ou leur vagin, d'améliorer leur plaisir sexuel ou de satisfaire des impératifs culturels ou religieux. Parmi ces techniques, la nymphoplastie de réduction consiste à réduire la taille des petites lèvres de la vulve, à des fins esthétiques ou de confort.Dans ce livre, Sara Piazza, psychologue clinicienne, interroge cette pratique au regard de la norme, des fantasmes et de la représentation du corps. Tour à tour sont convoqués le " sexe de petite fille " ou le " sexe net ", qui renvoient à l'image infantile et évitent la confrontation à certains autres aspects du sexe féminin – la sexualité féminine comme incontrôlable et démesurée, le danger que peut représenter la vulve, le rapport au sexe maternel, et enfin la dimension de la vieillesse et de la mort.Ce livre, entre perspective historique et écoute clinique, porte un regard psychanalytique sur une pratique encore méconnue, où sexualité, identité, et représentation se mêlent.
En décembre 1991, suite à la dissolution de l'URSS, l'Ukraine retrouve son indépendance. Elle devient alors le deuxième pays d'Europe par sa superficie et dispose du troisième arsenal nucléaire mondial jusqu'en 1994 et la signature du mémorandum de Budapest. La création d'une telle puissance en Europe de l'Est a reçu une réponse immédiate de la diplomatie militaire française : le poste d'attaché militaire français à Kiev est créé dès 1992 et la première visite officielle du ministre des Affaires étrangères français a lieu en janvier de la même année.De présidents en ambassadeurs, entre coopération et méconnaissance, Oksana Mitrofanova dessine l'histoire des relations diplomatiques et militaires franco-ukrainiennes sur plus de trente années. Abordant les problématiques de l'intégration européenne, de l'influence russe en France et du rapport à l'OTAN, et s'appuyant sur des entretiens avec d'anciens ambassadeurs ou militaires, des hommes politiques et des universitaires, elle montre comment la France est devenue un partenaire privilégié de l'Ukraine en Europe.
Alors que la population française tend à vivre plus longtemps, Faire avec l'âge est un livre nécessaire pour saisir les conditions dans lesquelles le vieillissement s'opère. Philippe Bataille s'est attaché à décrypter la littérature récente sur le sujet du grand âge et à aller à la rencontre de nombreux acteurs : médecins, gériatres, auxiliaires de vie, infirmières, directeurs ou directrices d'EHPAD et, surtout, personnes âgées elles-mêmes et leur famille.Choisissant de laisser la parole à ceux dont le vieillissement est le quotidien, Philippe Bataille se fait le rapporteur discret de ce que veut dire vieillir et mourir en France aujourd'hui. S'arrêtant longuement sur la période Covid, ce livre pointe la désorganisation totale pendant la crise, puis ses conséquences : la raréfaction des médecins traitants et le phénomène de désertification du milieu médical, la fin des déplacements à domicile, le recours incessant aux urgences. Mettant en parallèle le mal-être des âgés et celui de leurs aidants, il montre les rigidités d'un système de vieillesse déshumanisé, toujours au détriment des patients, menant à des situations parfois tragiques.
Depuis les années 1990, des associations, comme Allegro Fortissimo et plus récemment Gras politique, ainsi que des militantes et autrices comme Gabrielle Deydier, ont imposé un nouveau terme pour parler des discriminations liées au poids: la grossophobie. La tendance " body positive ", résultat de ces mobilisations contre les normes esthétiques et pondérales dominantes, a renouvelé les problématiques propres aux mouvements féministes et queer, mettant à nouveau la question du corps au cœur des revendication des militantes dans le monde entier.Pourtant, les réseaux sociaux demeurent saturés d'" humour " grossophobe et la tyrannie de la minceur continue de sévir, générant mal-être, troubles du comportement alimentaire ou encore pratiques d'autocensure. Plus grave encore, les études chiffrées sur la grossophobie montrent qu'au-delà d'un certain poids les discriminations se systématisent. Elles ont lieu à l'embauche, au travail, mais aussi sur les applications de rencontre, dans les salles de sport, chez le médecin et même dans l'intimité, avec la famille.Avec cet ouvrage, Solenne Carof, signe une des premières études sociologiques sur la grossophobie en France. Que vivent les personnes très corpulentes dans une société comme la nôtre? Que révèle le stigmate de gros ou de grosse des normes qui pèsent différemment sur les hommes et sur les femmes? Quelles conséquences cette stigmatisation a-t-elle sur les personnes concernées? Au fil de son enquête, l'autrice dévoile les rapports de pouvoir qui se nichent dans la question du poids et structurent les hiérarchies propres à notre société.Une étude décisive pour mettre en évidence l'importance d'une discrimination encore peu condamnée, tant socialement que juridiquement.
En 2007, le monde du jeu vidéo est secoué par une violente polémique au sujet du jeu vidéo Resident Evil 5. Ce dernier est accusé de faire commerce du racisme, en invitant à se glisser dans la peau d'un américain blanc body-buildé, missionné dans une région africaine anonyme, et tuant des dizaines d'hommes et de femmes noires présentées comme de dangereux zombies infectés du virus T. Depuis, la communauté des joueurs et joueuses de jeux vidéo interpelle régulièrement les créateurs
et créatrices des jeux sur les questions du racisme et du sexisme.Dans son ouvrage, Mehdi Derfoufi analyse les rapports de force qui structurent l'industrie du jeu vidéo, dévoilant comment le racisme se niche parfois insidieusement au cœur de scénarios de jeux vidéo à succès. Il nous invite à nous questionner. Quels sont les pays qui pèsent sur les milliards d'euros
du marché mondial du jeu vidéo? Qui sont les game designerset auteurs des jeux? Comment les représentations racistes sont-elles véhiculées à travers les personnages et les imaginaires vidéoludiques?L'auteur nous dévoile avec brio les logiques racialisantes à l'œuvre au sein d'un marché économique très concurrentiel où des stéréotypes exotisants servent régulièrement à faire vendre un jeu. Il nous montre aussi comment la division internationale du travail et la hiérarchie économico-politique Nord/Sud pèse sur le marché du jeu vidéo et ralentit l'émergence de nouvelles représentations. Pourtant, de nombreux espoirs, notamment dans les pays du Sud participent au renouvellement de la culture geek: face aux violences racistes, la riposte s'organise.
Le 11 mars 2011, au large des côtes de l'île japonaise de Honshu, un séisme de magnitude 9,1 provoque un tsunami qui engloutit 54 des 174 villes côtières à l'est de l'archipel. Les jours qui suivent, plusieurs explosions ont lieu et trois des six réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima Dai Ichi fusionnent, déclenchant une catastrophe sans précédent.Cécile Asanuma-Brice, chercheuse au CNRS et codirectrice d'un programme international de recherche CNRS sur les post-Fukushima studies, résidente permanente au Japon depuis 2001, était présente au moment des faits. Dix ans plus tard, elle revient sur le déroulé d'un désastre qui se prolonge jusqu'à nos jours.Dans cet ouvrage, elle analyse les différentes dimensions de la catastrophe, notamment au travers de témoignages qu'elle a recueilli en japonais auprès des résidents, des associations, des administrations locales, nationales et internationales, du Premier ministre, Naoto Kan, en poste au moment des faits, mais aussi via le compte-rendu d'audition du directeur de la centrale nucléaire de Fukushima, Masao Yoshida. Leurs récits dissonants interrogent les modalités de gestion de l'ignorance et du droit à savoir.Dans des circonstances qui mettent en jeu la vie de millions de personnes, qui régit l'accès à des informations de santé publique ? Qui peut décider de la non-évacuation d'une ville sinistrée ou du relogement des populations dans une ville contaminée ? Pour qui et comment s'organise la reconstruction ? Quelle communication du risque l'accompagne ?L'ouvrage est une mémoire vive, une analyse scientifique des politiques de relogement des réfugiés, des enjeux des mesures de radioactivité et du suivi psychologique des populations traumatisées.
Dans nos sociétés " iconophages ", l'attrait pour les archives audiovisuelles s'accroît, menaçant parfois l'intégrité des images qui façonnent notre mémoire et nos imaginaires du passé. Leur importance est cruciale et pourtant elles ne bénéficient pas d'un statut équivalent à celui des archives écrites ; elles ne profitent pas non plus pleinement des protections accordées aux œuvres d'art.
Parallèlement, la révolution numérique modifie en profondeur les conditions d'accès, de circulation et de reproduction des images, posant de constants défis aux institutions chargées d'en assurer la conservation et la communication.
Ainsi, les usages des images d'archives soulèvent des questions politiques et éthiques tandis que leurs coûts freinent l'expérimentation de formes plus innovantes d'écriture de l'histoire dans le cadre de dispositifs pédagogiques et scientifiques.
Parce qu'elles sont entrelacées, ces questions nécessitent une réflexion de fond associant historiens, juristes, philosophes, conservateurs, cinéastes, producteurs… Le présent ouvrage se propose d'amorcer ce dialogue nécessaire en dépliant les questions liées à la conservation, à l'interprétation, à la circulation et aux usages des images d'archives.
La Ve République est aujourd'hui en panne, les Français se retirent d'un jeu politique dont ils ont le sentiment d'être les dupes. Confronté à des menaces inédites, le maintien de la démocratie française passe par une refonte complète de ses institutions. Il devient indispensable de réorganiser l'indépendance des pouvoirs, d'envisager différemment l'Europe ou encore de réformer les pouvoirs locaux. Pour cela, il nous faut avancer d'un pas résolu vers une VIe République authentiquement démocratique.