Avec la massification du public scolaire, à partir des années 1970, l'enseignement de la littérature est suspecté de mettre en difficulté les élèves issus de milieux populaires. Il met alors en oeuvre des méthodes d'étude des textes censées ne pas dépendre de dispositions lettrées. Mais ces méthodes sont soupçonnées de dérives technicistes. L'enseignable se déplace en conséquence du texte aux transactions texte-lecteur, ce qui conduit, à partir des années 1990, à la lecture littéraire, définie comme va-et-vient entre subjectivation et objectivation du texte. Mais le modèle est accusé, selon qu'on insiste sur l'un ou l'autre pôle, tantôt de l'imposition culturelle d'une bonne lecture, tantôt de populisme pédagogique. Cet ouvrage propose d'éclairer ces débats en articulant didactique de la littérature et sociologie du curriculum et des apprentissages. Il cherche à entendre le lecteur, les élèves lecteurs divers et ceux qui les font lire, pour mieux comprendre les difficultés de la lecture littéraire et faire émerger des solutions.
Ce livre se situe au confluent de deux dynamiques de développement: celle, d'abord, de l'enquête comme mode d'apprentissage ; celle, ensuite, d'Internet, dont l'impressionnante croissance depuis le milieu des années 1990 n'est pas restée sans effet sur la pratique (et la théorie) de l'enquête dans le champ de l'éducation. Enquêter pour savoir et pour apprendre est un geste d'étude fondamental qui nourrit différentes formes de cette pédagogie. Cela suppose un changement radical du rapport à la connaissance et nécessite à son tour un véritable apprentissage. Dans cette perspective, la recherche d'information sur Internet apparaît tout à la fois comme une solution et comme un problème. À partir d'une mise en perspective historique, sociale et scientifique, ce livre questionne dans un premier temps l'entrée dans le paradigme de l'enquête en éducation, afin d'étudier les conditions de sa mise en œuvre avec Internet pour infrastructure clé. Dans un second temps, par l'étude des techniques de travail appropriées, il esquisse le projet d'une méthode de la recherche d'information sur Internet comme constitutive d'une didactique de l'enquête. L'étude a vocation à contribuer tant à la compréhension de l'enquête en éducation qu'à son opérationnalisation comme mode d'apprentissage.
La lecture en lycée professionnel est un domaine délaissé par les études littéraires et plus généralement par les recherches sur la lecture. Effectivement, à quoi sert-il d'étudier la lecture de non-lecteurs? Pourquoi observer des lecteurs relevant d'une culture populaire aux contours flous, considérée souvent comme une sous-culture, illustrée par le succès de best-sellers? Faut-il renoncer à faire lire les élèves de lycée professionnel parce qu'ils n'aiment pas cela, et accepter l'idée que l'école les détournerait de la lecture? Cet ouvrage se penche pourtant sur ces élèves, parfois en grande difficulté scolaire, sur leur perception des œuvres et leur résistance à la lecture en classe. Les protocoles décrits sont issus des recherches actuelles en didactique de la lecture littéraire fondée sur le sujet lecteur. Ils invitent le lecteur à exprimer sa lecture subjective des œuvres afin de ne pas cantonner l'accès à la culture à une affaire d'héritage familial. Les effets du dispositif sont évalués sur trois ans. En observant la manière dont lisent les élèves – ils braconnent dans les textes et bricolent les éléments de connaissance qu'ils y trouvent – on perçoit qu'une part de l'essence même de la lecture, l'expérience, est accessible aux non-lecteurs même si elle emprunte souvent des chemins singuliers. On saisit alors ce qui fait accéder lecteurs et non-lecteurs à une certaine " performance scolaire ".
Pendant longtemps, la recherche en éducation a relativement délaissé la formation professionnelle initiale, un secteur éducatif qui concerne pourtant de très nombreux jeunes et constitue un enjeu social et économique majeur. Cependant, depuis quelques années, des recherches se sont développées au-delà des disciplines (sociologie, histoire, économie) qui lui ont traditionnellement consacré quelques études. En particulier, des chercheurs en didactique, en anthropologie, en sciences du langage, ou encore en psychologie, ont réalisé des travaux qui permettent d'avoir une connaissance plus fine des multiples pratiques de transmission mises en œuvre au sein de ces formations, ainsi que des apprentissages en résultant. Plusieurs pistes ont également été proposées pour les améliorer. Ce livre, qui s'adresse tout autant aux chercheurs qu'aux formateurs, propose une synthèse de nombreux travaux sur la formation professionnelle initiale. Il montre notamment que l'alternance entre différents contextes d'apprentissage, dans les écoles et sur les lieux de travail, s'est beaucoup développée depuis quelques années pour répondre à des enjeux formatifs de plus en plus variés. Mais cette alternance pose de nouveaux problèmes qu'il convient de mieux cerner si l'on veut que les apprenants, notamment ceux qui sont le plus en difficulté, puissent bénéficier au mieux des parcours d'apprentissage complexes qui leur sont proposés.
Les recherches dont rend compte cet ouvrage se cristallisent autour de préoccupations liées à l'enseignement, la formation, l'exercice du métier et leurs articulations. Elles s'inscrivent dans une approche anthropologique et comparatiste du didactique à laquelle sont incorporés des éléments issus de la clinique de l'activité. Elles visent à instruire les gestes didactiques de métier, concept dont l'introduction procède de la confrontation des définitions et des usages (dans la recherche) des différents concepts rattachés aux gestes des enseignants tout en intégrant l'investigation du rapport au métier du professeur. Les différentes études présentées, menées dans le contexte de l'enseignement de l'éducation physique et sportive, s'intéressent aux savoirs professionnels, aux pratiques d'enseignants exerçant en milieu difficile ou débutant dans le métier. Leur restitution ambitionne d'éclairer l'analyse des gestes didactiques de métier et ses implications en termes de développement professionnel ou de formation, tout en mettant au jour les débats et les perspectives de recherche au carrefour de la didactique et de l'ergonomie. Au-delà, les modalités d'investigation se veulent une contribution à l'analyse des gestes didactiques de métier dans d'autres disciplines scolaires ou d'autres institutions.
On assiste depuis les années 2000, au sein des études littéraires et des approches didactiques de la littérature, à un recentrement sur la dimension expérientielle de la lecture de textes littéraires. Lire la littérature n'est plus uniquement considéré comme une activité d'analyse et d'interprétation, mais également comme une expérience esthétique, durant laquelle le lecteur se voit affecté, voire transformé par l'œuvre. En classe de français, les élèves sont encouragés à lire des textes littéraires dès l'école primaire et à les " apprécier ". Mais qu'est-ce qu'apprécier un texte littéraire en classe ? Comment permettre aux élèves d'accéder à une expérience esthétique ? Quels sont les dispositifs d'enseignement qui favorisent la rencontre entre l'élève et l'œuvre ? Autant de questions auxquelles le présent ouvrage tente de répondre, à travers la description et l'analyse comparative de pratiques effectives d'enseignement de la littérature classique et contemporaine, de l'école primaire au lycée.
Les procédures d'évaluation – qui envahissent tous les secteurs du réel – se présentent le plus souvent sous la forme de données fiables et objectives, qui ont pour vocation principale d'atténuer le parti pris de l'évaluateur. Quant à cette invasion, elle s'inscrit à l'intérieur d'une mutation idéologique plus vaste qui a institué la mise en concurrence comme le principal facteur de la performance. En pratique, ces procédures ne se contentent pas d'informer mais elles affectent la nature du sujet ou de l'objet évalué; si bien que l'évaluation pose – quel que soit son domaine d'application – un problème éthique. La nature d'un problème éthique consiste précisément dans le fait que la solution du problème n'est jamais donnée par avance et qu'elle doit faire l'objet d'une invention singulière qui n'est jamais assurée en son résultat. Dans la mesure où les procédures d'évaluation sont incontournables, particulièrement en milieu scolaire, une évaluation éthique essaie de tenir compte de la singularité des situations, tout en cherchant à atténuer les effets violents et discriminants inhérents à l'évaluation elle-même. Nous ne cherchons donc pas ici à condamner l'évaluation en elle-même, mais à promouvoir une approche éthique qui tienne compte de la complexité des situations. Tout au long de cet ouvrage, nous interrogerons les connaissances disponibles issues de la recherche en éducation pour appuyer et discuter nos propos. Ces données seront enrichies par les résultats d'une étude menée en éducation physique et sportive, afin d'appréhender les effets de différentes modalités d'évaluation sur le développement des compétences des élèves.
La didactique peut se définir comme l'étude des modalités de la diffusion et de l'appropriation des savoirs, notamment dans le cadre scolaire. L'histoire est la discipline qui cherche à produire un discours vrai sur le passé de l'humanité. Entre ces deux champs scientifiques, la rencontre n'en est encore qu'à ses débuts, tout du moins dans l'espace francophone. Proposer un état des lieux des rapports entre histoire et didactique, et risquer des hypothèses susceptibles de l'expliquer, constitue un premier objectif de ce livre collectif. Celui-ci ambitionne également de montrer qu'historiens et didacticiens peuvent échanger avec profit, notamment autour des questions d'épistémologie: penser la manière dont les historiens manient le récit, les concepts, le raisonnement par analogie… aide à comprendre le travail des élèves et réciproquement. Par ailleurs, certains thèmes comme l'histoire contrefactuelle, les questions sensibles, l'histoire de l'enseignement constituent des objets communs aux historiens et aux didacticiens. Croiser les regards permet de renouveler les approches. Cet ouvrage accessible ouvre des perspectives stimulantes. Il nourrira avec profit tant les étudiants se préparant aux concours de l'enseignement que les professionnels de l'histoire et les didacticiens.
De nombreuses recherches ont montré que la gestion des démarches d'investigation pose des problèmes aux enseignants. Face à ces questions de métier, la plupart des travaux visent à développer des compétences professionnelles pour aider les professeurs à dépasser ces difficultés. Tout en reconnaissant la pertinence de tels travaux, nous explorons une autre piste qui s'inscrit dans une réflexion de type ergonomique où il s'agit d'adapter la situation de travail (les investigations) au professionnel en activité (l'enseignant) et non l'inverse. Nous cherchons à réduire les difficultés de mise en œuvre et de gestion rencontrées par les enseignants sans pour autant réduire les objectifs d'apprentissage des séquences envisagées. Cet ouvrage propose un regard distancié sur l'actualité de l'enseignement des sciences dans les degrés primaires et secondaires et ce regard se construit progressivement au travers de l'analyse didactique d'un ensemble d'études de cas. Dans un premier temps, il s'agit de comprendre l'origine et la manifestation de ces difficultés afin d'interroger leur influence sur les apprentissages des élèves, pour, dans un second temps, ouvrir des pistes propres à faciliter la mise en œuvre et la gestion de séquences d'investigation. Les résultats de cette enquête laissent apparaître des perspectives pour la recherche en éducation scientifique: l'évaluation de l'ESFI (enseignement des sciences fondé sur l'investigation), les conditions d'appropriation de séquences existantes par des enseignants, l'accompagnement des enseignants dans l'évolution de leurs pratiques mais aussi le positionnement des élèves dans ces démarches.
Cet ouvrage apporte une réponse à la question suivante: dans quelle mesure et à quelles conditions peut-on considérer que le manuel scolaire est le révélateur de l'émergence et de l'évolution des disciplines scolaires? En effet, le manuel n'est pas un objet neutre: il sélectionne, ordonne le savoir selon une hiérarchie qui répond à des besoins liés à l'enseignement, besoins qui ne sont pas la simple traduction d'un savoir savant. C'est pourquoi les questions de méthodologie en termes de constitution de corpus, de mise en place de périodisation et de détermination du public sont essentielles. Les sept contributions de cet ouvrage articulent perspective méthodologique et études de cas dans plusieurs disciplines scolaires (géologie, français, rhétorique et éducation scientifique et technologique), à différentes périodes (1780-1980) et selon différentes perspectives (histoire des sciences, littérature, didactique, sciences de l'éducation). Que les études portent sur des manuels anciens ou contemporains, qu'il s'agisse d'une enquête sur ou avec les manuels, que cette enquête soit historique ou non, qu'elle concerne des disciplines anciennes ou récentes, du premier ou du second degré, les questions méthodologiques sont similaires et les exigences identiques pour que le manuel soit non seulement un support, mais aussi un objet de recherche sur les disciplines scolaires.
Dans une période de fortes interrogations sur le fonctionnement ordinaire des démocraties, de remise en cause des missions traditionnelles des institutions et de pertes de repères quant aux orientations majeures des secteurs de l'éducation et de la formation, le retour sur la problématique fondamentale du lien entre formes d'éducation et processus d'émancipation apparaît indispensable. Dans la tension de la recherche qui étudie l'activité humaine entre élaboration de connaissance et engagement dans l'action, cet ouvrage propose une mise en débat à partir d'une diversité de perspectives (philosophique, sociologique, didactique) et d'ancrages culturels (Afrique du Sud, Argentine, France, Mexique, Nouvelle-Zélande). Cette mise en débat s'expose doublement au lecteur (étudiant, chercheur, professionnel de l'éducation ou tout citoyen intéressé), dans ses contenus et dans ses processus, de manière à offrir à la fois des propositions d'analyse des phénomènes, des principes d'action et des illustrations d'une activité intellectuelle au potentiel lui-même émancipatoire.
Si l'autonomie constitue, à coup sûr, un enjeu fondamental des relations éducatives, elle comporte un paradoxe: l'impératif " sois autonome " adressé par l'enseignant à l'élève contient deux injonctions contradictoires, du même ordre que celles contenues dans l'expression " à mon commandement, désobéissez ". À travers l'injonction à l'autonomie, l'enseignant doit amener l'élève à vouloir librement ce qui lui est imposé dans le cadre scolaire: se conformer au projet scolaire d'apprentissage de savoirs et de règles. Cet ouvrage entend contribuer à dénouer ce paradoxe d'" autonomie obligatoire " en proposant une analyse sociologique des pratiques mises en place dans les classes " au nom " de l'autonomie et dans le but de la développer chez l'élève. L'analyse se base sur une enquête de type ethnographique (observations de classes, entretiens d'enseignants, d'élèves et de parents) menée durant deux ans et demi dans un établissement scolaire genevois. Par l'examen des interactions et des pratiques dans les classes, mais aussi de celles qui se déroulent en dehors (dans les familles, dans les réunions d'enseignants, dans les rencontres et discussions informelles, etc.), l'objectif est d'identifier quelles sont les implications – sur les élèves, leurs parents et leurs enseignants – de l'impératif d'autonomie. Permettre une meilleure perception des enjeux pédagogiques, cognitifs et sociaux qui sous-tendent la valorisation de l'autonomie de l'élève à l'école élémentaire, tel est l'objectif poursuivi par cet ouvrage qui s'adresse tant aux professionnels de l'enseignement qu'aux chercheurs en éducation et plus généralement à toute personne intéressée par les questions éducatives.