Dans un système démocratique et sécularisé, la fiction la plus essentielle au système juridique est celle du juge - une " puissance en quelque sorte nulle " et simple " bouche de la loi ", pour reprendre les termes de Montesquieu. Seule cette conception mécaniste du droit permet de conserver une continuité depuis le commandement énoncé par les représentants du peuple jusqu'à son application aux sujets de droit.
La majorité des juristes, aujourd'hui encore, continuent ainsi à faire comme si le droit " disait " ceci ou " voulait " cela, opposant son caractère neutre, objectif et statique, au discours politique, partisan, passionné et mobile. Depuis le XIXe siècle, pourtant, de nombreux auteurs ont mis en lumière les faiblesses sur lesquelles repose cette construction. Il ne s'agit pas, pour ces approches diverses dont nous esquissons ici un panorama, de critiquer tel ou tel système juridique particulier ni de faire un inventaire de dysfonctionnements récurrents, mais de mettre en lumière les impensés du droit. C'est ainsi, en effet, que l'on peut percevoir les effets du droit sur les grandes questions contemporaines - celles du genre et du racisme en particulier.
Comment définir la représentation politique ? Ses détracteurs sont légion et fustigent tour à tour son caractère de fiction, de mensonge, de tromperie, ou encore le déni de démocratie, l'élitisme, le populisme qu'elle induirait… Le fait de représenter politiquement le corps social ne cesse de faire l'objet de critiques, notamment au nom d'autres formes de démocratie qui pourraient paraître meilleures, ou plus à même de prendre en compte les désirs et les intérêts des citoyens.
Hier, on lui opposait la démocratie grecque ou l'appel au peuple ; aujourd'hui, la participation directe et les conventions citoyennes, sans parvenir pour autant à proposer réellement de nouvelles formes d'organisation collective.
Fort de ces constats, il est donc utile d'observer précisément la nature de ces critiques : sont-elles fondées ? nouvelles ? Quelles réponses sont avancées ? Peut-on même imaginer sortir de la représentation politique ? Autant de questions auxquelles les contributions à cet ouvrage interdisciplinaire, qui croise histoire, droit, philosophie et science politique, entendent répondre en démontrant la complexité autant que la nécessité de la représentation dans nos sociétés modernes.
De l'histoire du droit romain, l'histoire de sa réception aux époques post-antiques ne se dissocie pas radicalement. Dans un entre-deux frontalier, situé entre la chute de Rome au Ve siècle et la redécouverte des compilations justiniennes après l'an 1100, les siècles altimédiévaux qui l'ont mis à l'honneur ne sauraient être tenus pour une parenthèse négligeable de l'histoire de la réception du droit romain. Cet ouvrage met en lumière l'œuvre des juristes altimédiévaux. De barbares, ils sont devenus, ainsi que l'avait déjà pressenti Jean Gaudemet, de véritables " orfèvres " du droit. Ils ont su adapter le droit romain au besoin du temps.Le présent ouvrage vise à réhabiliter un manuscrit inédit – le Bréviaire d'Alaric –, longtemps délaissé par la recherche, qui témoigne de l'agilité intellectuelle des juristes carolingiens et de la permanence du droit romain à l'époque altimédiévale.
L'histoire du droit est très majoritairement pratiquée au sein des Facultés de droit par des juristes qui ont choisi de se consacrer à l'histoire de leur discipline. Ce lien intime distingue ainsi non seulement l'histoire du droit de l'histoire des Facultés de lettres mais également des sciences politiques et de l'histoire des sciences. Elle est ainsi communément pensée comme neutre ou apolitique, son objectif étant d'éclairer le droit par son histoire. Issu d'un colloque qui s'est tenu à Bordeaux en 2015, cet ouvrage réunit les contributions de jeunes chercheurs français, italiens et chinois ainsi que trois historiens du droit français, états-unien et israélien. Leur thème commun est en l'occurrence l'inscription politique de l'histoire du droit. En confrontant leurs regards de juristes-historiens ou de philosophes à partir d'exemples puisés dans les époques moderne et contemporaine, en interrogeant leur historiographie et en entrant au coeur de l'épistémologie de leur " science ", les auteurs proposent une série de travaux allant de l'École de Salamanque au XVIe siècle au droit public espagnol sous Franco, tout en interrogeant leurs propres méthodes et pratiques de chercheurs. Invitation à la réflexivité, ces études montrent l'ampleur des questionnements d'une jeune recherche dans une discipline qui ne cesse de se renouveler.