Podoroga [1946-2020] propose une lecture inédite de Dostoïevski et une critique incisive du dialogisme bakhtinien. À rebours d'une polyphonie idéale, il met au jour une littérature où dominent le corps, la violence et les affects. Les voix des personnages n'entrent pas en dialogue mais en collision, produisant des intensités qui déplacent la question du sens vers le jeu de forces du désir, les battements et les convulsions de la chair. Lire Dostoïevski devient une expérience phénoménologiquement radicale exigeant un sens exercé de l'écoute et une attention particulière à la dynamique de la temporalité. Croisant la philosophie française (Jacques Derrida, Gilles Deleuze, Michel Foucault et Paul Ricœur) et la pensée russe (Sergueï Boulgakov, Pavel Florenski, Vassili Rozanov), et en réarticulant nouvelle critique et formalisme, Podoroga nous apprend à lire autrement, avec une acuité philosophique qui mesure la modernité de Dostoïevski à l'aune du motif apocalyptique du " temps-soudain ".Dans la collection " Pensée russe ", ce livre inaugure une approche où l'œuvre devient le terrain d'une anthropologie analytique de l'expérience sensible autant qu'un défi pour la théorie.Le volume présente la traduction française de l'intégralité de la partie de Mimésis (2006), dans laquelle Podoroga explore la modernité de Dostoïevski à partir du motif du " temps-soudain ".
L'édition est enrichie d'un important appareil critique (étude introductive, d'une bibliographie et d'un index).
Commencés en 1877, mais jamais achevés, les Principes philosophiques de la connaissance intégrale marquent l'entrée de Soloviev dans son propre système. Il se promet d'indiquer aux lecteurs la direction devant conduire à organiser l'humanité en un seul grand vivant sur le modèle éternel d'une vie en Dieu harmonieuse, celle d'avant la chute de Sophia. Nous nous situons donc avec ce livre comme avant la création du monde et du temps ou, pour le dire avec les mots de Soloviev, avant la métaphysique, dans ce qu'il appelle la " logique organique ".
Le conservatisme a été adopté en août 2009 comme idéologie officielle du parti du pouvoir de Vladimir Poutine, Russie unie, fondé en 2001. Poutine lui-même se définira comme conservateur en septembre 2013. Il s'agit là d'un retournement idéologique complet par rapport à l'époque soviétique, où les penseurs conservateurs étaient à l'index. Quelles sont les sources du conservatisme russe et ses caractéristiques, quel est aujourd'hui son rôle, sa place et sa spécificité par rapport aux (néo)-conservatismes d'Europe ou des États-Unis?C'est à ces questions, qui concernent l'Occident dans la mesure où le conservatisme se construit en opposition à lui et se veut un modèle à exporter, que tâche de répondre cette première histoire, en France, du conservatisme russe. Elle présente les différentes expressions, des plus modérées aux plus extrémistes, que le conservatisme a prises depuis le début du XIXe siècle, et replace le conservatisme officiel actuel dans la longue histoire politique et intellectuelle de la Russie.