La notion de frontières entre les domaines du médical et de l'intervention sociale est au centre du présent ouvrage. Dès les prémices de la professionnalisation du secteur social, la puissance et l'aura exercées par la sphère médicale sur le travail social ont été observées. Ces lignes de partage se dessinent en pointillé ou au marqueur encore aujourd'hui. Travaux de recherche et retours d'expériences déployées dans plusieurs pays francophones permettent d'analyser les relations professionnelles à la lisière de ces deux univers. Entre le prestige et un certain pouvoir du secteur médical, d'une part, et la reconnaissance imparfaite de l'intervention sociale, d'autre part, comment les modalités de collaboration sont-elles élaborées, mises en place et perçues?Des éléments de réponse se trouvent dans les contributions à cet ouvrage qui présentent des situations tirées de différents contextes d'intervention – milieu scolaire, protection de l'enfance, secteur des addictions, unité de psychiatrie, centre médico-social, etc. Les cadrages théoriques mobilisés sont également multiples: sociologie critique, interactionnisme, travail des frontières, sociologie du travail, sociologie de l'action publique. Ces situations et ces approches variées permettent de rendre compte des différentes formes d'interrelations professionnelles – conflit, domination, collaboration, médiation – ainsi que de leur impact sur les " publics " et les praticien·nes du social. De plus, elles permettent d'identifier les enjeux sociaux et politiques des coopérations entre ces deux modes d'intervention. Interroger l'intervention sociale au regard des prestations médicales permet également de poser et de clarifier ses spécificités en vue d'une meilleure reconnaissance de ses apports.
La Convention relative aux droits des personnes handicapées (CDPH) adoptée en 2006 par l'ONU réaffirme le principe selon lequel les personnes vivant une situation de handicap jouissent des mêmes droits de participer à la vie politique et communautaire que tout autre citoyen ou citoyenne.A travers lois, règlements ou conventions, les Etats ayant signé et ratifié cette convention établissent des politiques –– qui dessinent les orientations à suivre en faveur du développement de pratiques inclusives. Cependant, pour les personnes en situation de handicap, l'écart entre les lois et les pratiques peut s'avérer important, tant les attitudes négatives, les préjugés, les lacunes dans l'organisation des services et les problèmes d'accessibilités sont lents à disparaître. Passer du principe à la réalité peut souvent sembler utopique.Pourtant, des initiatives citoyennes et scientifiques menées avec succès démontrent que l'émancipation des personnes avec une déficience intellectuelle est en marche et que l'autodétermination tend à devenir une réalité pour une partie croissante d'entre elles. Pour les enfants, on tend vers une scolarisation plus inclusive, pour les adultes des dispositifs en vue d'une plus grande autonomie dans les choix de vie fondamentaux sont sporadiquement mis en place.Les contributions présentées dans cet ouvrage sont issues d'expériences de personnes concernées, de professionnel·e·s, de chercheur·e·s et d'étudiant·e·s de différents pays francophones (Suisse, France, Belgique, Canada) et offrent des pistes de réflexion et d'action en vue d'une concrétisation de l'égalité des droits.
Pour les bénéficiaires de l'intervention sociale, l'autodétermination est souvent présentée comme un objectif à atteindre. Ceci est particulièrement vrai dans le domaine socio-éducatif concernant les personnes présentant une déficience intellectuelle (DI). Mais qu'entend-on par autodétermination? Qui la souhaite et dans quel but? Par quels moyens les personnes concernées peuvent-elles y parvenir?Les auteures de Co-construire l'autodétermination au quotidien mettent en lumière la primauté de la relation socio-pédagogique entre les personnes accompagnées et les professionnel·le·s dans le démarrage de ce processus.Basée sur une recherche participative, l'ouvrage souligne la nécessité d'ancrer le concept d'autodétermination dans un quotidien partagé, pragmatique et dynamique, dans lequel la relation socio-pédagogique constitue un moteur. Quatre grands thèmes en lien avec le déploiement de l'autodétermination sont abordés: la co-construction des représentations et les définitions, l'autodétermination dans la vie quotidienne, les obstacles et ressources et finalement les caractéristiques de la relation d'accompagnement.La méthodologie mise en œuvre au cours de la recherche permet de développer des stratégies pour la promotion de l'autodétermination des personnes ayant une DI. Les auteures fournissent des clés pour que cette démarche soit aisément répliquée et adaptée dans d'autres contextes d'intervention sociale.
Au-delà de la transition liée à leur âge, les jeunes migrant·e·s avec statut de séjour précaire, font face aux obstacles liés à ce statut juridique durant leur parcours scolaire et professionnel. Ils et elles doivent tracer un chemin entre pays d'origine et pays de résidence, oscillant entre l'attente d'une stabilisation et la peur d'un renvoi, navigant entre une orientation dans des filières à plein temps ouvertes et des formations professionnelles duales qui leur sont fermées.En présentant à la fois le dispositif de prise en charge, la vision des professionnel·le·s du social et de l'éducation, et la vision des jeunes eux-mêmes, cet ouvrage offre un éclairage renouvelé de cette transition.
Un enfant de 2 ans, accueilli dans une crèche, crise et frappe un autre bambin…
Faut-il voir dans ce geste, le signe précurseur – pour un enfant issu d'un milieu vulnérable – d'une trajectoire délinquante à l'adolescence? Ou s'agit-il d'un enfant ordinaire dont l'éducation ne fait que commencer? Et si besoin est, comment agir?
De la vision de l'enfance envisagée, dépend la réponse à ces questions et le mode d'intervention adopté. En se basant sur des expertises scientifiques et économiques réductrices, d'aucuns opteront pour une prévention précoce normative qui glisse vers une pathologisation des conduites sociales dès la petite enfance. Une toute autre posture est celle d'une prévention prévenante: malgré un environnement aux inégalités marquées, un monde dans lequel la frontière entre norme et pathologie s'est tendue, certains s'engageront pour la généralisation de conditions sociales acceptables. Divers acteurs de l'accompagnement socio-éducatif font le choix de favoriser l'épanouissement des enfants, des jeunes et des familles, de valoriser leurs potentiels et de viser la participation sociale plutôt que la stigmatisation et le contrôle.
L'ouvrage Au risque de la prévention, porté par le réseau "Socialisation des mineurs", réunit des contributions d'enseignants et chercheurs en travail social, de responsables politiques et de professionnels des domaines socio-éducatifs. Réflexions théoriques et éthiques accompagnent l'exposé de pratiques innovantes à fort potentiel émancipatoire. L'ouvrage apporte ainsi des éléments au débat sur le modèle de société que nous souhaitons.
Dans un contexte professionnel et organisationnel en tension, notamment avec l'établissement de nouvelles normes de gouvernance de l'intervention sociale, le travail social connaît de profondes mutations. Les professions et les formations qui le structurent, se trouvent engagées dans des situations paradoxales entre prescription et autonomie. On relèvera par exemple, l'augmentation des exigences alors que les ressources diminuent; l'injonction d'insérer des personnes précarisées dans un système économique générant lui-même de la précarisation. Dans le champ de la formation, les différents cursus et l'accent mis notamment sur le développement des compétences engendrent l'ajustement des programmes et l'adaptation des formateurs et des enseignants-chercheurs.Les contributions réunies dans Dynamiques du travail social en pays francophones permettent d'entrevoir les conditions de renouvellement des métiers du social et les régulations mises en œuvre dans chacun des cinq pays francophones convoqués (Belgique, France, Luxembourg, Québec, Suisse). En dépeignant des paysages contrastés et en soulevant des questions ouvertes issues d'expériences hétérogènes, l'ouvrage vise à alimenter la réflexion et les débats des praticiens, des étudiants, des professeurs-chercheurs et des usagers au sein du travail social.
La journée internationale de la femme est devenue une institution! Chaque année, le 8 mars, les questions d'égalité et de mixité dans les domaines d'activité professionnelle ou domestique sont soulevées et les inégalités ou le manque de mixité dénoncées. Comme si, les 364 jours restants, la construction des hiérarchies et des divisions du travail ou des tâches selon le genre pouvait se perpétuer. Depuis plus de trente ans, un passage de la parole aux actes est attendu en Suisse afin que l'égalité des chances et des places devienne une réalité.
Sans garantie de mixité déconstruit les avancées – aux apparences parfois trompeuses – en matière de mixité, dans le travail socio-sanitaire en particulier et plus généralement dans la formation. Les contributrices à ce recueil mettent en avant les mécanismes de reproduction de la non mixité, apportent des éléments de compréhension des politiques et des pratiques institutionnelles de promotion de la mixité, et examinent de manière critique le rapport complexe entre égalité et mixité.
Cet ouvrage, issu de recherches et d'analyses de mesures prises sur le terrain veut contribuer au développement d'une réelle égalité des sexes dans le monde du travail.
Les familles migrantes ayant des enfants en situation de handicap doivent non seulement faire face aux défis liés à ce handicap mais elles doivent de surcroît composer avec les exigences administratives, matérielles, économiques et culturelles liées à leur migration.
A travers une synthèse des approches disciplinaires utiles pour comprendre la problématique, une recension d'outils, des illustrations tirées de la littérature et des analyses de cas, Geneviève Piérart invite le lecteur à repenser l'intervention dans le champ du handicap à l'aune de l'interculturalité, et passer par là, d'une perspective de " double handicap " ou de " double altérité " à une perspective de " double compétence " de ces enfants et de leurs familles.
Les éducateurs sociaux qui interviennent auprès de jeunes placés en foyer doivent naviguer entre des normes éducatives préconstruites et l'imprévisibilité inhérente à leur l'activité. Le quotidien place le professionnel à un degré élevé de complexité de l'agir. Prendre le risque que quelque chose puisse advenir, là où rien n'est attendu, se révèle comme axe fondateur de la pratique, là où précisément le geste spécialisé se perçoit difficilement.
Joëlle Libois s'attelle à rendre dicible l'expertise dont relève le travail relationnel dans le quotidien du vivre ensemble. A l'aide de trois vignettes de situation en foyer pour jeunes, les pratiques quotidiennes qui engendrent du questionnement sont analysées ; là où le faire rencontre de la résistance, là où se posent des énigmes, là où se trouve un apport créatif dans la pensée.
A l'heure où la psychiatrie connaît un mouvement de déshospitalisation et d'autonomisation des résidents, l'équipe éducative d'un foyer pour adultes en situation de handicap psychique s'interroge : " Au-delà de nos bonnes intentions et de notre volonté, nos activités sont-elles vitalisantes pour nos résidents ? Favorisent-elles, la mobilisation de leurs ressources ? ". L'équipe exprime ainsi son souci de ne pas forger, malgré elle, une institution qui " capture " ses résidents. Il s'agit dès lors, comme le formule Ehrenberg, d'aider les gens à s'aider par eux-mêmes dans une alliance partenariale, dans une relation d'aide pratiquant la remise en mouvement de personnes qui subissent entièrement leur situation.
En étroite collaboration avec l'équipe en place, Kim Stroumza et Claude de Jonckheere passent à la loupe quatre séquences d'activité (une interaction informelle, une réunion d'équipe, les suites d'un week-end agité, une visite à domicile lors d'un appui social ambulatoire). L'analyse de ces séquences met en lumière – à travers les activités quotidiennes – la reconnaissance que les éducateurs apportent aux résidents, les obstacles auxquels se heurtent ces activités, comment les approches sont ajustées, ou encore, dans quelle perspective de pensée et d'action se placent les professionnels. L'analyse des auteurs aboutit à une modélisation des activités éducatives du foyer.
Toute une série de demandes d'asile sont traitées en Suisse par le refus sommaire et la décision de renvoi du territoire qu'autorise la clause dite de " non-entrée en matière " (NEM). Or, en agissant de la sorte, les autorités se voient confrontées à un nouveau problème : comment inciter des personnes à partir, alors qu'elles ne peuvent ou ne veulent pas quitter le pays ? Dès avril 2004, la stratégie appliquée a été de retirer le soutien financier dont bénéficiaient jusque-là ces requérant-e-s. Cette décision constitue un exemple abouti de politique de dissuasion, dont l'objectif est de susciter les départs volontaires par le biais d'une dégradation des conditions de vie des personnes concernées. A travers les regards croisés des acteurs impliqués – migrant-e-s, représentant-e-s des autorités et du monde associatif, professionnel-le-s du social et de la santé – La construction de l'invisibilité met au jour les contradictions et les effets pervers de cette politique et en révèle les retombées négatives. L'ouvrage analyse en particulier les mécanismes par lesquels les personnes à qui l'asile a été refusé échappent, en fin de compte, à tout contrôle officiel et sortent des statistiques, tout en demeurant sur le territoire. Le bilan de la suppression de l'aide sociale aux personnes frappées de NEM revêt une grande actualité face à l'émergence du phénomène d'invisibilité comme conséquence directe des politiques d'asile restrictives qu'adoptent de plus en plus les pays occidentaux.
Accéder à la version numérique sur OpenEdition BooksLes mots explorés par Claude de Jonckheere sont autant de perspectives ouvertes sur des aspects de l'agir envers autrui. Le titre 83 mots pour penser l'intervention en travail social présuppose que les mots ne servent pas uniquement à communiquer, mais surtout à réfléchir. Plutôt que de proposer des définitions, ce sont l'expérience de pensée qu'ils suscitent, les aspects du monde auxquels ils conduisent et les problématiques qu'ils permettent de construire qui importent. Les mots nous font sentir ce monde qui devient alors le nôtre et sur lequel nous pouvons agir afin de le transformer. Ils font irruption en nous, bousculent les mots s'y trouvant déjà et les agencent différement. Ce livre offre des manières de penser l'intervention de sorte que les professionnels puissent sortir du trouble dans lequel les difficultés croissantes inhérentes à l'exercice du travail social les plongent parfois. Il ne se veut pas un manuel indiquant aux lecteurs des façons de faire mais souhaite contribuer à l'augmentation de leur puissance d'agir, car il postule que penser, avec des mots, a des conséquences sur les pratiques. La coloration principale de cet ouvrage est donnée par le pragmatisme et l'empirisme de William James, John Dewey, Georges Herbert Mead et par la philosophie de l'événement d'Albert North Whitehead, repris dans la tradition francophone notamment par Gabriel Tarde, Gilles Deleuze, Isabelle Stengers et Bruno Latour. Ce recueil est destiné aux personnes dont la profession est d'agir envers autrui – ou qui se forment à une telle profession – celles dont Freud disait qu'elles exercent un "métier impossible " notamment les travailleurs sociaux mais aussi les thérapeutes, les enseignants, les soignants et, pourquoi pas, les politiques.