La vie marque et laisse des empreintes indélébiles. Écrire la vie, c'est sauver de l'effacement et restituer une histoire individuelle ou collective à la croisée de la réalité et de la fiction. Afin que l'histoire restituée soit vraie, l'écriture doit rendre la vie telle qu'elle a été. Sans la métaphoriser. Cet essai témoigne d'une écrivaine et de sa création littéraire qui s'instaure selon la logique de la recherche, de la préservation et de la restitution des traces matérielles et des empreintes affectives. La trace et l'empreinte mettent en dialogue la mémoire, la perte, le souvenir, le temps vécu, le corps, l'identité narrative et le don. Comme l'écrit Tiphaine Samoyault : " ce livre témoigne d'une rencontre entre une écrivaine et sa lectrice, celle-ci transmettant à son tour, dans un livre très riche, la persistance du cercle du don, par-delà les frontières, les âges et les langues. Le contre-don de la lecture répond à la très belle confiance que lui a faite Annie Ernaux en la rencontrant, en correspondant avec elle et en l'autorisant à consulter ses manuscrits ".
Comment la mémoire des origines participe-t-elle à la construction des identités et des territoires ? Cette interrogation, qui traverse les individus et les sociétés dans la longue durée, est abordée dans ce volume en questionnant le rapport aux origines autour de deux formes d'appartenance : l'ancestralité (comme rapport aux origines familiales) et l'autochtonie (comme rapport aux origines géographiques). La problématique de la mémoire des origines, parce qu'elle associe une analyse critique de la notion d'origine et une réflexion sur l'expression spatiale des identités individuelles et collectives, nécessite une approche résolument pluridisciplinaire. L'ouvrage regroupe ainsi les contributions d'historiens spécialistes des différentes périodes, d'archéologues, d'anthropologues, de politistes et de juristes afin de confronter les concepts et les méthodes autour d'un objet partagé. Ce choix a permis de multiplier les contextes d'analyse — avec une attention particulière portée aux enjeux de mémoire liés au fait colonial — et de confronter différentes manières de faire vivre cette mémoire des origines, à travers des mots, des objets, des lieux.
Au cours des années 2010, dans plusieurs pays occidentaux, un nombre croissant d'enfants en âge d'instruction obligatoire sont en " instruction en famille " (IEF ou homeschooling) plutôt que scolarisés dans un établissement public ou privé. En France, ce phénomène reste quantitativement marginal : il concerne de l'ordre de 0,5 % d'une génération. Il suscite pourtant de nombreux discours politiques et médiatiques oscillant entre curiosité et inquiétude. En octobre 2020, dans le cadre de la " lutte contre le séparatisme islamiste ", le président de la République annonce l'objectif de restreindre l'instruction à domicile autant que possible. Une controverse publique se déploie alors sans qu'aucune étude ne décrive de manière rigoureuse profils, mobiles et pratiques des familles concernées. Contribuant à éclairer ces débats, l'ouvrage apporte des réponses théoriques et empiriques inédites.Ce livre est publié en lien avec la recherche " SociogrIEF. Une sociographie inédite de l'instruction en famille " financée par l'Agence nationale de la recherche (ANR-18-CE28-0014).
Le néolibéralisme, souvent confondu avec le libéralisme, l'ultralibéralisme, voire de façon floue avec le capitalisme, a pourtant des caractéristiques propres le faisant système de gouvernance et idéologie. Quelles sont donc les spécificités du néolibéralisme qui le distinguent du libéralisme ? Quels sont les mécanismes qui lui permettent de se présenter comme une vision du monde indiscutable qui porte " La " Vérité politico-économique ? Comment le néolibéralisme produit-il la création d'un nouveau sujet entièrement capturé par sa jouissance (" sujet dépolitique ") ? Quelles sont les issues possibles pour le sujet qui veut échapper à la prise du néolibéralisme ? Comment le sujet qui refuse cette hégémonie peut-il mobiliser son désir, en particulier son désir du Réel ? Pour répondre à ces questions, l'ouvrage propose une lecture pluridisciplinaire qui fait interagir psychanalyse, économie, philosophie et histoire. Il offre de nouveaux outils conceptuels qui peuvent être mis en acte sur la scène politique contemporaine. En son sein, il reste possible de fissurer le bloc hégémonique néolibéral.
Que nous soyons des êtres moraux, l'histoire du monde permet certes d'en douter. Mais l'homme n'est moral que parce qu'il peut se montrer immoral ; et c'est parce qu'il peut se montrer immoral qu'existent les questions et les problèmes dont traite la philosophie morale. Aussi ces deux visages de notre humanité ne sont-ils jamais séparés dans le présent ouvrage. Ils expliquent la corde tendue en lui entre désir et devoir. Les dix leçons qui le composent manifestent diversement cette tension. Les quatre premières relient les concepts fondamentaux de la morale. Les trois suivantes posent des questions vives : peut-on vouloir le mal ? peut-on réparer toutes les injustices ? peut-on donner sans retour ? Les trois dernières s'attachent à des problèmes plus généraux, tels ceux du fondement de la morale ou des limites de l'action. Toutes cependant reviennent à la même interrogation : qu'est-ce que l'homme ? Car il est le seul être qui s'inquiète de la manière dont il doit conduire sa vie pour honorer l'espèce à laquelle il appartient – bien qu'il puisse aussi étouffer dans sa personne cette inquiétude même.
Le flamenco est un exemple emblématique de la complexité des phénomènes culturels. La flamencologie est ainsi constituée de discours à la fois concurrentiels, complémentaires et antagonistes. Fondée sur des oppositions et des incertitudes, elle brouille les pistes entre réalités spatiales et imaginaires géographiques dans un débat passionné. En Andalousie plus particulièrement, le flamenco fait l'objet d'une appropriation problématique de la part d'acteurs qui essentialisent, fixent et circonscrivent localement un genre pourtant décrit par d'autres comme hybride, fluide et globalisé. En s'inscrivant dans une perspective critique, cet ouvrage met en relief les différentes considérations du flamenco au regard des sciences de l'espace. D'une géographie simple et représentée, se découvrent alors des géographies plurielles qui s'entrelacent avec les dimensions qui régissent nos mo(n)des d'existence. La réunion ponctuelle des différentes thèses flamencologiques apparaît ainsi plus que souhaitable. Elle permettrait de sortir du débat pour s'engager dans une action flamenca plus démocratique.
Si chaque migration est une aventure humaine, que deviennent les migrants dans leur pays d'accueil ? Cherchent-ils à conserver leur identité d'origine, leurs pratiques et leurs valeurs, voire à les cultiver ? Cherchent-ils, au contraire, à se rendre invisibles et à se fondre dans la population d'accueil ? Comment sont-ils accueillis et comment leurs différences sont-elles perçues ? En un mot, quelles sont les relations entre migrations et identité ? Tel est l'objet du présent livre qui, après une première partie théorique, est consacré au cas breton. Pourquoi étudier les migrations bretonnes ? Parce que, curieusement – alors que, depuis le xixe siècle, des centaines de milliers de Bretons ont migré vers Paris, la France et le monde –, peu de travaux scientifiques leur ont été consacrés. En outre, les migrations vers la Bretagne, relativement faibles numériquement jusqu'à ces dernières années, sont souvent méconnues : cette Bretagne d'où l'on migre serait-elle également terre d'immigration? Depuis quand? Qui sont les migrants qui y vivent ? Le présent ouvrage n'a pas l'ambition de fournir une synthèse scientifique d'ensemble sur l'émigration et l'immigration bretonnes. En revanche, ses auteurs espèrent, par leurs contributions, susciter l'intérêt de la communauté scientifique et du grand public pour un sujet qui mériterait de plus amples recherches. Ce livre est le fruit des séminaires d'Ermine et d'un partenariat avec le musée de Bretagne, dans le cadre de son exposition " Migrations Bretagne- monde ". Les articles rassemblés ici ont été rédigés tant par des auteurs de renommée internationale, que par de jeunes chercheuses et chercheurs, érudits, journalistes, spécialistes ou engagés, qui ont accepté de partager leurs expériences.
D'où provient la multiplication des discours sur la vulnérabilité humaine et que faut-il en penser ? Issu d'une recherche multidisciplinaire, cet ouvrage propose les clefs pour comprendre l'origine de cette notion et les principaux modèles qui l'utilisent. Analyse sociologique des nouvelles formes de fragilités sociales, formation d'un droit des personnes vulnérables, regard anthropologique et politique sur l'usage de ces catégories sont autant d'éléments essentiels pour la compréhension de notre époque dans ses mutations profondes. Le parti pris est ici de ne pas se satisfaire d'une recension de ces multiples voix de la vulnérabilité mais d'explorer la vulnérabilité sous trois perspectives rigoureuses et complémentaires: présenter les fondements philosophiques de la notion par des synthèses (théorie des capabilités, éthique de Lévinas, Habermas ou Jonas) et un questionnement problématique fondamental; évaluer l'apport de cette notion à l'éthique du soin et plus généralement à la pensée éthique ; écouter ce que peuvent dire de cette notion aussi bien les pratiques médicales, la clinique psychologique ou encore d'autres formes d'accompagnement de la personne en situation de fragilité. Ouvrage unique dans l'espace francophone, il réunit, à l'instigation d'une équipe de recherche interdisciplinaire en éthique du soin, des contributeurs de portée internationale en philosophie comme en sciences humaines, médicales ou juridiques. Ce livre s'adresse tout spécialement aux soignants, aux professionnels et aux chercheurs travaillant sur les questions de la santé, du soin, de l'action sociale. Il constitue également une véritable introduction philosophique à une pensée de la vulnérabilité. En ce sens, ce livre peut rejoindre chacun dans son questionnement essentiel sur la condition humaine, sa fragile complexité mais aussi la beauté de sa vulnérabilité partagée.
Depuis les années 1990, un pan important de la recherche contemporaine et une part non moins significative des discours relayés ou construits par la littérature, l'art et les médias ont appréhendé l'injustice sociale à travers le prisme de la misère et de l'exclusion. Sans contester la pertinence de cette perspective, cet ouvrage s'efforce d'en élargir le spectre : plutôt que la seule catégorie de l'exclusion, c'est la notion d'inégalité qui permet ici d'interroger les manières de figurer le caractère juste ou injuste de l'ordre social pris dans son ensemble. Plutôt que la figuration de l'opprimé en tant qu'exclu du champ social, ce sont les représentations de l'écart, de la cohabitation, des misères de position, qui se trouvent au centre de la réflexion. L'ambition est ici de saisir et de questionner, dans l'écriture et la forme elles-mêmes, telle que celles-ci se déploient en philosophie, en littérature, en art et dans le champ des sciences humaines, la diction de l'inégalité et le répertoire des perceptions, émotions, sentiments, représentations, arguments et idéaux à travers lesquels elle se constitue comme injustice et comme violence.
Dans son ouvrage La libération animale, Peter Singer développe trois grandes idées: le principe d'égale considération des intérêts, le rejet du spécisme et la nécessité de mettre un terme à certains types d'exploitation des animaux, notamment ceux qui ont trait à la recherche et à l'élevage industriel. Cette œuvre phare a connu un retentissement immense, à tel point que sa publication, en 1975, a été présentée comme le moment clef dans l'émergence du mouvement éponyme. Cependant, le mouvement de libération animale ne saurait se réduire à la seule pensée singerienne. Ce mouvement extrêmement protéiforme a fait l'objet de débats intenses à l'interne, entre les défenseurs des animaux eux-mêmes qui privilégient des approches diverses, comme à l'externe, entre ceux qui défendent le statu quo ou contestent les arguments animalistes. L'objet de ce recueil est de revenir sur le lien entre le mouvement de libération animale et les théories de Peter Singer qui, à tort ou à raison, en est perçu comme le père fondateur. Comment l'éthique animale de l'auteur a-t-elle été accueillie depuis la publication de La libération animale, et comment a-t-elle évolué? Q uelle place la doctrine utilitariste occupe-t-elle dans le travail de Singer et dans les débats qu'il a engendrés? C'est en effet dans cette doctrine parente que résident les écueils auxquels s'est heurté le travail de l'auteur. C'est aussi là que son système a trouvé sa force et sa simplicité caractéristiques. C'est aussi, semble-t-il, ce qui fait la fécondité de ses idées.
Les restructurations de l'armée de terre et les réformes de la formation militaire initiale font du parcours professionnel de l'officier un enjeu institutionnel et individuel essentiel. En dépit de la gamme des formations offertes dans l'armée de Terre, une infime partie du corps des officiers recherche un diplôme académique valorisant en dehors des voies militaires. Que sait-on du parcours professionnel de ces officiers diplômés de l'université ? Qui sont-ils ? Pourquoi certains d'entre eux choisissent de suivre une formation universitaire ? Quelles sont les logiques sociales, individuelles ou institutionnelles qui président à la bifurcation du parcours professionnel de ces officiers à l'université ? Cet ouvrage croise les stratégies personnelles des officiers avec les besoins en compétences de l'armée. Il fait ressortir l'interdépendance des différentes sphères de vie, professionnelle, familiale, personnelle couplées à des attentes de reconnaissance sociale, de mobilité, d'affirmation de soi et de distinction. L'étude examine les rapports de la société civile avec la société militaire et pose la question de l'individualisation du destin professionnel situé entre la liberté individuelle et les dynamiques de l'institution militaire.
Le concept de manipulation exprime la crainte que, par des techniques d'influence puissantes, des manipulateurs lointains et invisibles orientent nos pensées, désirs et actions, et ceci sans notre consentement et sans que nous en ayons conscience. Stéphane Laurens montre que ces craintes sont irrationnelles, car si des influences efficientes s'exercent sur nous, elles viennent avant tout de proches et servent à notre insertion sociale. Analysant les croyances sur lesquelles reposent ces craintes, revisitant des formes archaïques d'influence (possession, magnétisme...) et décryptant des expériences emblématiques (de Asch et de Milgram notamment), il montre que le dualisme manipulateur/manipulé est une illusion qui masque le déterminant fondamental du lien social: un système de significations partagées qui définit les entités en présence (exorciste-possédé; hypnotiseur-hypnotisé; autorité- soumis...), les rôles de chacun (ordonner-obéir, suggérer-réaliser...), les symboles (croix, blouse blanche...), les gestes pertinents (regard, ton...) et les effets. Est-on manipulé ? Oui, mais autant que le manipulateur l'est lui-même! Il doit croire en l'efficacité des techniques qu'il utilise et ces dernières doivent apparaître comme valides non seulement pour lui et celui qu'il manipule, mais aussi pour la société dans laquelle s'inscrit leur relation. Si Stéphane Laurens montre que les effets de l'influence ou de la manipulation sont ténus, il décèle un danger bien plus grand: croire en l'existence d'influences puissantes conduit à mettre en place des politiques liberticides (chasse aux sorcières, interdiction d'hypnotiser, délit de manipulation) afin de protéger les individus d'influences supposées néfastes. Plus largement, il montre que les concepts d'influence ou de manipulation n'ont aucune valeur explicative, mais conduisent à des interprétations fallacieuses des conduites sociales.