Dans la relation du prince aux arts, la pratique de la collection est sans doute l'aspect le moins étudié jusqu'à présent. En effet, la place de l'artiste dans les processus complexes qui régissent le collectionnisme royal et princier en France à l'époque moderne mérite un questionnement interdisciplinaire. Cette approche collective contribue à une histoire socio-culturelle, matérielle voire politique du collectionnisme, qui s'intéresse autant aux princes qu'aux producteurs (d'originaux ou de copies), aux artistes intermédiaires, aux " gardes " des cabinets de peinture, d'antiques ou d'objets précieux, ancêtres des professionnels de la conservation, aux instruments de contrôle enfin comme les dessins ou les inventaires. Dans une démarche chronologique, l'ouvrage explore ainsi le rôle polyvalent des artistes dans la construction, l'organisation et la gestion des collections royales et princières françaises de la Renaissance à la fin de l'Ancien Régime.
Entre 1890 et 1965, le salon des artistes lillois a accueilli plus d'un millier de peintres de la région du Nord dans le cadre prestigieux du Palais Rameau ou du Palais des Beaux-Arts de Lille. Professeurs ou élèves de l'école des Beaux-Arts, peintres professionnels ou amateurs s'y retrouvaient une fois l'an pour offrir leurs plus belles créations aux yeux du public. Le temps passant, et malgré le succès rencontré par certains, la plupart ont sombré dans l'oubli.En faisant revivre l'ambiance joyeuse et familiale du Salon, et en dressant sans préjugé la liste exhaustive des artistes et de leurs œuvres exposées, Xavier Labbée offre à ses étudiants du master "droit du patrimoine culturel" de Lille et aux historiens de l'art, collectionneurs, amoureux du patrimoine un instrument indispensable pour saisir la sensibilité des peintres de Lille et de ses environs, qui permettra de nouvelles découvertes. Ce volume constitue une contribution essentielle à la définition d'un pan entier de la peinture française, qui a fleuri en contrepoint des avant-gardes du XXe siècle.
Lumières du Nord est l'aboutissement d'un projet de recherche international mené sur les manuscrits enluminés français et flamands de la Biblioteca Nacional de España (BNE). L'ouvrage regroupe douze contributions signées par des spécialistes européens et américains de l'art de l'enluminure qui fournissent une analyse approfondie de manuscrits inédits ou méconnus du fonds madrilène. Ces études sont pour la plupart issues de conférences données lors de deux journées d'étude organisées à Lille et Madrid en 2018. La Biblioteca Nacional de España conserve la plus grande collection de manuscrits du pays mais ce fonds unique n'avait pas encore bénéficié de toute l'attention qu'il méritait. La collaboration entre le laboratoire IRHiS et le département des Manuscrits de la BNE a permis de mettre en lumière quelques-uns de ces trésors. Les articles renouvellent les informations portant sur la datation, l'attribution et les conditions de création de ces manuscrits, et contribuent à une meilleure connaissance du prestigieux fonds de la BNE.
Amiral de France à partir de 1487, Louis Malet de Graville (vers 1440-1516) est un oublié de l'histoire. Ce riche seigneur à la longue carrière politique est pourtant l'un des piliers des cours de Louis XI, de Charles VIII et de Louis XII. Mieux, c'est l'un des commanditaires laïcs les plus actifs de cette longue fin du Moyen Âge pendant laquelle le renouveau de la Renaissance est en germe.En explorant toute l'étendue de la commande artistique de l'amiral de Graville, celle, ordinaire, attendue pour un seigneur aussi important, mais celle aussi, plus intime, qui révèle ses originalités, cette étude met à l'honneur une personnalité unique et attachante. Elle apporte un nouvel éclairage sur les modalités et les enjeux de la commande nobiliaire autour de 1500. Manuscrits superbement enluminés, fiers châteaux gardiens de l'identité familiale, églises rurales insoupçonnées de style flamboyant, mais aussi vitraux, sculptures, tapisseries, portraits peints ou dessinés, c'est, par le prisme de l'amiral de Graville, tout un pan de l'histoire de l'art qui ressurgit.
Comment habite-t-on à l'ombre des cathédrales et des châteaux? Une vingtaine de chercheurs apportent des réponses originales à cette question en montrant, exemples à l'appui, comment on conçoit, construit, occupe, transforme une maison en ville et à la campagne, du XIIe au XXe siècle, dans le nord de la France. Terres d'échanges mais aussi de conflits souvent fatals au bâti ancien domestique, ces régions qui furent à la pointe de l'innovation architecturale retrouvent ici la place qu'elles méritent dans un panorama de la recherche sur la maison ancienne, en particulier médiévale, en plein renouvellement. Ce livre y contribue grâce à la diversité de ses approches qui empruntent à l'histoire, l'histoire de l'art et l'archéologie autant qu'à la littérature et aux cultures visuelles. Il offre au passage, sous la plume des meilleurs spécialistes, un bilan et des perspectives de découverte d'un patrimoine d'une étonnante diversité et adaptabilité à son environnement naturel et humain.
Le nom de Bruno Chérier (1817-1880) est passé à la postérité en raison de l'amitié qui le liait au sculpteur Jean-Baptiste Carpeaux, dont il était le correspondant fidèle et le modèle. Cet ouvrage met en évidence le rôle de Chérier auprès du sculpteur : ils collaborent à leurs débuts à des chantiers communs, Chérier jouant un rôle essentiel dans la pratique de la peinture par Carpeaux et participant au choix des sujets inspirant son ami. Le sculpteur nous a également laissé une série d'émouvants portraits de Chérier, aussi bien dessinés, peints que sculptés. Richement illustrée, cette étude permet également de restituer la carrière de Chérier, à la fois peintre et dessinateur de cartons de vitraux. Ancré dans le Nord mais aussi reflet plus large d'une esthétique propre au Second Empire et aux prémices de la IIIe République, son œuvre est essentiellement formé de portraits et de décors religieux. Valenciennois d'origine, il a notamment reçu des commandes à Tourcoing, Lille et Loos. Dans cette monographie, l'accent a été plus particulièrement porté sur les cycles décoratifs monumentaux dans les églises : Chérier est en effet le peintre qui a obtenu le plus de commandes au XIXe siècle pour des édifices religieux de la métropole lilloise.
Depuis la Renaissance, l'estampe a constitué une révolution capitale dans l'histoire de la culture visuelle et de la perception de l'oeuvre d'art : l'idée de graver un sujet sur une matrice, puis de l'imprimer en de multiples exemplaires, a totalement bouleversé les notions d'originalité et d'unicité traditionnellement attachées à l'oeuvre d'art. Bien moins coûteuse et moins fragile que le dessin ou la peinture, l'estampe a trouvé des applications extrêmement variées - des plus nobles aux plus humbles - destinées à des publics élargis, mettant quasiment l'image à la portée de tous. Mais paradoxalement, le caractère multiple des estampes originales, la soumission au modèle inhérente à l'estampe dite de " reproduction ", la complexité de certains procédés techniques, la question des retirages posthumes de planches, ont pu entraîner, incompréhension, méfiance et préjugés. L'évolution des statuts de l'image imprimée est une question des plus actuelles et des plus transversales à travers les siècles. Elle se rattache pleinement à l'histoire de la culture visuelle et appelle de stimulantes approches interdisciplinaires. Elle est au coeur de ce recueil auquel ont contribué de nombreux spécialistes, chercheurs en histoire de l'art, en économie de l'art, conservateurs de musées, conservateurs de bibliothèques, experts...
Ce livre est consacré au marché du tableau et à la pratique de la collection à Paris au XVIIIe siècle. Son objet n'est pas d'envisager les mécanismes de la production de l'image peinte, étudiés par ailleurs, ni même la circulation des oeuvres dans le sens de " consommation des images " par quelques groupes socio-professionnels, mais plutôt d'étudier les modalités de circulation du tableau, considéré comme objet de collection. Au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle, Paris devient l'une des places les plus importantes d'Europe pour le marché de l'oeuvre peinte, alors que dans le même temps, on assiste à un essor considérable des collections privées, nouveaux lieux de sociabilité et de formation du regard. Cette période correspond à un grand dynamisme de la pratique et à une mutation des " mondes de l'art ". C'est en effet au cours de la seconde moitié du siècle que le marché du tableau se structure et se dote d'instruments efficaces et modernes. Le marchand de tableau n'est plus alors systématiquement issu du corps des maîtres-peintres de l'Académie de Saint-Luc ou de celui des marchands merciers. L'apparition de grands marchands experts, imposant une nouvelle idée du commerce de l'art, et l'essor considérable de la vente publique avec catalogue qui devient la forme la plus voyante, la plus offensive et spectaculaire du marché, sont les deux grandes nouveautés de la période.
C'est le propre de certaines vies hors du commun de refléter le mouvement global d'une époque dans ses élans, ses revirements, ses échecs. Sans avoir eu le charisme de David ou le charme inné de Gérard, Jean-Baptiste Wicar, par sa personnalité multiforme et son existence aventureuse, demeure une figure emblématique du monde français de l'art, entre le 18e et le 19e siècle. Sa vie fut partagée entre la France et l'Italie ; son oeuvre l'est encore aujourd'hui et contribue à consolider les liens entre les deux pays et à mettre en valeur leur complémentarité. Le fonds de l'atelier de Wicar, conservé à l'Académie des Beaux-Arts de Pérouse, constitue le plus important ensemble d'oeuvres françaises de l'époque néoclassique appartenant au patrimoine italien. La collection de dessins de Wicar, qui fut très convoitée en son temps, est entrée en revanche au musée de Lille, où elle continue de familiariser le public avec l'art italien de la Renaissance. Né pauvre, à Lille, sous l'Ancien Régime, Wicar mourut riche et célèbre dans la Rome de la Restauration, qui l'honora d'un tombeau dans Saint-Louis des Français. Cet ouvrage collectif restitue les étapes de la vie de Wicar dans leur contexte et met l'accent sur les échanges entre une Italie en éveil, ébauchant sa quête d'unité nationale, et la France de la Révolution et de l'Empire.
Le présent ouvrage qui reprend partiellement la thèse de doctorat de l'auteur, Peter Paul Rubens et la France 1600-1715 soutenue en 2002, étudie les rapports riches et complexes qui s'établirent entre le peintre flamand et la France d'Henri IV et de Louis XIII. Des premiers contacts noués à l'occasion du voyage entrepris par l'artiste vers l'Italie au printemps 1600 jusqu'à sa mort, à Anvers, en 1640 sont successivement abordées la question des relations entre Rubens et ses différents " patrons " français et celle des conséquences des activités diplomatiques de l'artiste sur sa carrière française. À travers le regard de Rubens et le regard porté sur Rubens peintre et décorateur génial, concepteur de la Galerie Médicis, érudit, diplomate et courtisan, se dégage un portrait riche, foisonnant et parfois inattendu de la France des arts, des lettres et de la politique sous Louis XIII.Ce travail qui fait date par son ampleur, s'accompagne d'une analyse très complète de ce qu'il est convenu d'appeler la " réception " de Rubens et de son oeuvre dans notre pays entre 1600 et 1640, à travers une étude de sa fortune critique, de la diffusion de son art par l'estampe, des premiers collectionneurs des tableaux et esquisses du maître en France et enfin de " l'influence " exercée par la peinture de Rubens sur ses collègues français.Né à Rouen en 1970, Alexis Merle du Bourg est titulaire d'une Maîtrise en droit (1993) et d'un doctorat en Histoire de l'art obtenu à l'université de Paris IV-Sorbonne en mai 2002. D'emblée ses recherches ont porté sur les rapports artistiques entre les pays du Nord et la France pendant la période moderne (xve-xviiie siècle). Il a récemment consacré sa thèse de doctorat à la réception de la personne et de l'oeuvre de Rubens en France sous Louis XIII et Louis XIV. Auteur de plusieurs articles consacrés notamment au maître flamand, il publie en 2004 sa thèse dans deux ouvrages. Il a collaboré, en outre, à plusieurs importantes expositions à Lille (Rubens), Arras (Rubens contre Poussin) et Blois (Marie de Médicis. Un gouvernement par les arts) qui ont également lieu en 2004.