Que connaît-on des hommes grecs dans l'Antiquité ? Force est de constater que l'on sait peu de choses, sinon des stéréotypes et des représentations dépassées. Leur histoire est donc en cours d'écriture. En Grèce ancienne, les hommes ne se réduisent pas à être des citoyens performants au gymnase, à la guerre ou dans la politique, en un mot, " virils ". Ils ne peuvent être présentés seulement comme des individus dominants les femmes, les esclaves et les Barbares, ils ont aussi tissé des liens familiaux et affectifs, noués des amours et des amitiés. Ils sont tour à tour, et parfois en même temps : héros, fauchés, maris, traîtres, riches, paysans, combattants, malades, poilus… La masculinité est construite aussi par des déficiences et des fragilités, des peurs et des espoirs. Dans le présent volume, 120 notices et 50 auteurs/autrices permettent d'approcher ces hommes grecs, au-delà des mythes et des récits qui les dépeignent comme les parangons d'une virilité affichée, mais surtout construite.
À la fin de la Première Guerre mondiale, de nombreux prisonniers de guerre restent loin de chez eux, éprouvés par une captivité dure et prolongée. L'armistice ne signifie ni libération immédiate ni retour assuré. L'organisation de leur retour tant espéré s'avère longue, incertaine, et profondément inégale selon les pays détenteurs et les États d'origine. L'ouvrage met alors en lumière cette phase souvent négligée de l'histoire de la Grande Guerre. À l'époque, la question du rapatriement des prisonniers de guerre suscite d'intenses débats, tant dans les sphères politiques intérieures et extérieures que dans les opinions publiques, sur les fronts occidental et oriental. Au coeur de ce processus, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), engagé dès le début du conflit dans la protection des prisonniers de guerre, joue un rôle déterminant. Dans un contexte de recomposition internationale marqué par la création de nouveaux cadres multilatéraux – comme la Société des Nations – et par l'inquiétude croissante face à l'expansion du communisme issu de la révolution russe, l'organisation genevoise déploie des actions concrètes, mobilisant réseaux diplomatiques, savoir-faire logistique, missions opérationnelles et expertise juridique. En analysant les efforts du CICR pour rendre possible – et accélérer – le retour des prisonniers de guerre, le livre offre une contribution majeure à l'histoire de l'humanitaire, des sorties de guerre et des relations internationales au XXe siècle.
L'histoire des personnes dites handicapées, sourdes ou malades mentales est peu étudiée sur la longue durée. L'ouvrage comble cette lacune en posant les questions — du Paléolithique jusqu'à nos jours — de l'identification des personnes handicapées, de leurs trajectoires personnelles et collectives, des institutions et des communautés de vie qui les concernent, des sociabilités et des mobilisations collectives dont elles sont à la fois les objets et les sujets. Comme le dit Henri-Jacques Stiker, auteur de l'ouvrage fondateur de 1982 Corps infirmes et sociétés : " Prometteuse et réjouissante est la manifestation d'une génération d'historiennes et d'historiens venant d'horizons différents qui s'intéressent à la surdité, à l'infirmité ou à la folie et à leur croisement. "
Qui penserait aujourd'hui que le disque 78 tours, cet ancêtre du disque vinyle, fut le moyen d'une évolution spectaculaire de la propagande des organisations politiques françaises au cours des années 1930 ? Symbole de la modernisation technique du son et de la maîtrise du temps, le disque fut décisif pour amplifier l'existence des discours et des chants partisans, portant les sons de la SFIO, du Parti communiste ou de l'Action française là où on ne les avait jamais entendus auparavant. Agent du chaos pour les uns, de la bonne éducation politique pour d'autres, et de l'émotion militante pour tous, le disque politique a changé les pratiques partisanes et annoncé la propagande audiovisuelle de l'après-guerre. L'ouvrage dévoile son histoire, restitue ses acteurs et son imaginaire, analyse ses contenus et ses pratiques, renseigne ce qu'il a fait à son temps, et constitue un guide original pour découvrir, grâce au renvoi vers de nombreux enregistrements accessibles en ligne, une partie fascinante et oubliée de l'esthétique de la vie politique française des années 1930.
Les événements les plus récents, tels que la dévastation de la Syrie, l'invasion de l'Ukraine, le siège de Gaza et la situation critique du peuple palestinien, montrent que la violence inhérente à la guerre, bien qu'encadrée par le Droit international humanitaire, ne semble pouvoir être contenue : les règles sont transgressées, les seuils de tolérance sans cesse dépassés. Au principe de neutralisation forcée de l'adversaire, propre à la guerre et défini comme une finalité tactique, font place les atteintes de tous ordres portées aux populations désarmées ou non armées. La référence au paradigme démocratique et à l'état de droit nous a laissé croire en l'émergence d'un ordre mondial pour la paix, régulé par des normes internationales ; c'est là un des paradoxes du monde contemporain. Comment l'expliquer et l'inscrire dans une démarche d'intelligibilité ? Cet ouvrage collectif a pour objectif d'engager un dialogue entre mondes anciens et contemporains dans une perspective comparée et pluridisciplinaire afin de dégager des spécificités propres à chaque période et société mais aussi mettre en évidence des processus susceptibles d'éclairer le problème des violences extrêmes et de la transgression en temps de guerre, thèmes qui ont fait l'objet de travaux récents à propos de l'Antiquité.
À la fin du Moyen Âge, le Mont-Saint-Michel est à la fois une abbaye (haut lieu d'un pèlerinage en pleine croissance rayonnant sur une large partie de la Chrétienté occidentale), une forteresse dressée contre les Anglais et une ville où vivent plusieurs centaines d'habitants. Fruit de longues recherches, le livre montre comment l'abbaye et la ville ont traversé les crises militaires et épidémiques, et comment la garnison " tenant frontière contre les Anglais " s'est illustrée par sa résistance invincible. À deux reprises, en 1424-1425 et en 1434, elle repousse les assauts ennemis sur terre et sur mer, le forçant à accepter la présence d'un bastion du parti français sur le flanc du duché de Normandie. Des corsaires y écument, semant la terreur sur les flots, de la Manche à la mer du Nord. Des pillards en sortent pour ravager les campagnes soumises aux Lancastre jusqu'aux portes de Caen. Trafiquants et contrebandiers s'y réfugient après s'être joués des autorités anglaises. Par un constant jeu d'échelles, des rues du village aux provinces sur lesquelles le Mont exerçait son rayonnement ou ses déprédations, l'histoire de ce site du patrimoine mondial sort profondément renouvelée.
Saint Louis a-t-il préparé la guerre de Cent Ans ? En 1259, le roi de France ratifie un traité de paix avec Henri III d'Angleterre, son beau-frère. Le contenu de la paix a fait couler beaucoup d'encre car il prévoyait notamment que le Plantagenêt prête l'hommage au roi de France : une clause qui deviendrait incompatible avec la montée des États au siècle suivant. La paix de Paris de 1259 a ouvert trois quarts de siècle de paix entre deux maisons qui se querellaient depuis le XIIe siècle. Trop longtemps expliqué par ses conséquences, le traité de Paris est ici réexaminé à partir de sa genèse. Celle-ci remonte au début des règnes personnels d'Henri III et Louis IX dont la proximité générationnelle et familiale, remarquable, est examinée à nouveaux frais. De la bataille de Taillebourg en 1242 aux premières années de la paix, les relations franco-anglaises connaissent la guerre, la trêve et la paix. Fort d'une connaissance érudite des sources conservées dans les archives britanniques et françaises, le livre présente le récit inédit d'un tour de force diplomatique. Les deux décennies précédant la paix de Paris connaissent le plus grand nombre de trêves franco-anglaises enregistrées, montrant que l'on a appris à maintenir la paix avant de la coucher sur un parchemin. Le facteur familial en diplomatie est revalorisé, les reines et les princes devenant de véritables acteurs de la paix. Roi saint et roi croisé, Louis IX émerge comme un gouvernant avisé, capable de conjuguer éthique et realpolitik.
Comment des juges, qui ont prêté serment de fidélité au maréchal Pétain et servi le régime de Vichy, ont-ils pu ensuite présider les tribunaux de l'Épuration ? Quel a été le rôle effectif de la justice dans l'application des lois sous l'Occupation, dans la persécution des Juifs et la répression des résistants ? La présentation de parcours de procureurs et de juges tout au long des années noires, attentistes, collaborateurs, résistants, ou vichysto-résistants, remet en contexte les situations concrètes auxquelles les magistrats ont été confrontés et les choix qu'ils ont effectués en conscience. Pourquoi Paul Didier a-t-il été le seul à refuser de prêter serment à Pétain ? Qu'ont réellement fait les magistrats résistants ? De quelle façon la magistrature a-t-elle contribué à l'exclusion des Juifs ? Quelle est la réalité du parcours controversé du vichysto-résistant André Mornet, procureur général qui a requis la peine de mort contre Pétain ? Comment ont été jugés après-guerre les magistrats des sections spéciales ? Pourquoi les procès de l'Épuration n'ont-ils pu s'appuyer que sur des éléments très partiels ? Nombre de documents inédits, provenant des archives publiques et privées, illustrent ces analyses. La remise en perspective de cette période sombre de l'histoire, qui s'éclaire aussi par les réformes de l'après-guerre, dont font partie l'accès à la magistrature des femmes et les prémices de la justice pénale internationale, ouvre au débat sur les enjeux contemporains de la justice, pilier de l'État de droit partout menacé par les dérives populistes et autoritaires.
Comment les femmes vivaient-elles dans les campagnes en France aux XIXe et XXe siècles ? Y a-t-il eu un quotidien rural spécifiquement féminin ? Comment travaillaient-elles à la ferme et au-delà du monde agricole ? Comment se sont-elles engagées, pourquoi ont-elles milité, et quels étaient les lieux de leurs sociabilités ? Comment ont-elles été représentées ? Historiens, historiennes et sociologues proposent ici de revenir sur l'histoire des femmes dans les mondes ruraux en France. Couvrant une période de plus d'un siècle et demi, à la croisée entre une histoire du genre et une histoire rurale, ce volume questionne le concept d'émancipation des femmes vivant à la campagne. Il analyse le genre du travail agricole, la représentation des femmes rurales dans différents médias, ou encore le militantisme et l'engagement féminin dans les campagnes, dans des territoires en pleine transformation. Il lance également des pistes de réflexion sur les sources et les méthodes à la disposition des historiens, historiennes et sociologues pour suivre les trajectoires d'une catégorie de personnes trop souvent essentialisées et invisibilisées. Il enrichit ainsi une historiographie qui, depuis les années 1980, donne à voir la spécificité de la vie des femmes des mondes ruraux.
Les catholiques intransigeants sont de plus en plus inquiets. Le phénomène gagne aussi bien des marxistes que des occultistes. La vision cosmique de Teilhard semble nourrir le concile Vatican II tout comme il se diffuse parmi les élites ou les artistes comme Maurice Béjar, André Jolivet, Alfred Manessier. De Dalí à Dalida, le teilhardisme se situe au carrefour de l'histoire religieuse et de l'histoire culturelle françaises, avant de disparaître aussi vite qu'il n'était apparu, emporté par le succès du structuralisme. Ce livre n'est donc pas une nouvelle biographie du paléontologue jésuite Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955). Il est une histoire du teilhardisme né avec la mort du jésuite, qui prend une ampleur insoupçonnée au moment de la publication du livre majeur Le Phénomène humain. Mélange indissociable de science et de spiritualité, l'ouvrage connaît un succès exceptionnel et vient donner des ailes au teilhardisme. Si le mot est lancé dans un premier temps comme une injure, il est, désormais et vite, entré dans le langage courant.
Qu'est-ce qu'un beau corps ? Qu'est-ce qu'une allure et une tenue " décentes ", pour un citoyen romain ou une matrona de la fin de la République et du Haut-Empire ? Telles sont les questions auxquelles ce livre se propose de répondre, à partir de sources essentiellement textuelles, en réfléchissant sur les normes de la beauté et de la présentation de soi en usage à Rome, dans une perspective anthropologique, inspirée notamment des travaux d'Erving Goffman. Si ces normes sont parfois formulées explicitement, elles apparaissent aussi dans les textes qui dénoncent les écarts et les transgressions qui y contreviennent. Elles concernent le corps vêtu et en mouvement, le maintien et l'allure (habitus), les soins apportés à la tenue (cultus), la gestuelle (gestus), la démarche (incessus), qui doivent, chez le citoyen, être investis de dignitas, la beauté convenable, adéquate au statut et aux circonstances et à l'opposé de la mollitia, qui effémine le corps. Cet ouvrage permet ainsi de réfléchir aux critères du masculin et du féminin, à l'idéal du juste milieu (mediocritas) et aux procédés de lecture des signes du corps.
La Première Guerre mondiale a constitué un tournant majeur dans l'histoire contemporaine des ports de commerce français. Ils ont joué un rôle de poumon logistique de premier ordre pour soutenir l'effort de guerre français. Au retour de la paix, l'État leur confère une nouvelle dimension stratégique en en faisant des sites privilégiés de l'approvisionnement et du raffinage du pétrole. Cette dimension a joué un rôle croissant dans le bilan énergétique de la France au cours du XXe siècle. Au sein du commerce international déprimé par la crise des années 1930, les ports prennent une nouvelle place grâce au renforcement des liens économiques entre la métropole et son empire colonial. L'entre-deux-guerres constitue aussi une période de montée en puissance de la manutention mécanisée des matières pondéreuses importées en vrac à bord de cargos spécialisés. Un palier technique et organisationnel est franchi avec l'apparition du principe du terminal portuaire. C'est une caractéristique majeure des ports de l'ère taylorofordiste qui perdure jusqu'à la fin des années 1960. La reconstitution du potentiel portuaire après 1945, le redéploiement des échanges internationaux, les débuts de la construction européenne et les décolonisations conduisent l'État français à repenser la place et le rôle de ses ports. Ce nouveau contexte aboutit à la réforme de 1965 qui place l'élite des établissements maritimes au coeur de la politique industrielle et d'aménagement de la république gaullienne.