" Ce n'est pas qu'il ne voulait pas avancer, il voulait jouir de son premier pas. Il en avait rêvé de ce premier pas. Bon Dieu, quelques fois il avait douté, il avait cru que ça n'arriverait jamais. Et il y était. Il essayait de se souvenir. Mais il fut surpris de s'apercevoir que déjà les choses s'estompaient. "
En 1840, à Genève, lorsque Marie Solon dépose son enfant dans la boîte à Toutes-Âmes de l'Hôpital général, elle est soulagée. En allégeant sa propre vie, elle assure celle de son fils. Or, pouvait-elle se douter, comme celles et ceux qui liront ce roman, qu'elle entame doublement sa biographie ? En chargeant les gens de bien de l'âme d'un insoumis et en leur offrant pour la première fois l'occasion d'écrire son nom : " Lundi 17 jours du mois d'août à trois heures avant midi est né à Genève, rue Beauregard n°66, Marc Solon, enfant naturel de sexe masculin, fils de Marie Solon domestique, âgée de 26 ans et sept mois, non mariée, exposée à Genève, domiciliée à Gy, Commune de Jussy en ce canton ".Sa biographie aurait pu s'arrêter là et Solon rester un inconnu comme tant de pauvres fichés, et classés, dans les archives communales et cantonales. Or, il n'en a pas été ainsi.Solon a su en intéresser plus d'un et plus d'une, par sa vie d'enfant placé et de simple voleur, mobilisant les institutions genevoises d'assistance et de justice, et les plumitifs qui se succèderont au cours du temps pour écrire sa biographie. Parfois on se tait et n'écrit pas, et un jour on est lu et entendu. Enfin.Le Roman de Solon est un ouvrage qui se lit aussi bien comme le récit historique et biographique d'un voleur au 19e siècle à Genève que comme la démonstration d'une carrière de délinquance, sa construction et ses interactions avec d'autres individus de la société genevoise. Un des intérêts principaux de ce livre est de donner la parole, grâce à l'étude historique sur des sources de premières mains, à un voleur de cette époque. Le roman qui donne forme à l'écriture est une façon de le mettre en scène et d'amener une réflexion sur la responsabilité sociale du " devenir délinquant " et sur la manière d'écrire l'histoire.
Numéro spécial : La Palestine et les conflits du Moyen-Orient
Dans ce volume, la Palestine est placée au centre de la réflexion, comme son titre l'indique, car le conflit israélo-palestinien concentre une dimension à la fois symbolique et territoriale. À la différence d'autres conflits régionaux, articulés autour de questions de légitimité du régime ou de gouvernance, ce conflit incarne par excellence l'arbitraire du leg colonial, l'injustice ressentie par un peuple, une région et les insuccès de la médiation internationale. Sans viser à l'exhaustivité, ce parti pris imposait de se centrer davantage sur la région du Machrek où résonne l'onde de ce vieux conflit et où la présence d'Israël continue de nourrir un arc de conflictualité. Ce point de vue permet dès lors d'inclure aussi bien la problématique des relations arabo-iraniennes que la perception des acteurs sociaux marocains sur la guerre des 33 jours de l'été 2006. Enfin, au plan théorique, la notion même de conflit ouvre un espace de questionnement relativement vaste qu'il convient de définir a minima.
Le premier roman de Jean Chauma, Bras cassés (Antipodes, 2005), évoquait un univers qu'il connaît bien, celui des "voyous". Le présent recueil de poèmes et de courts textes, écrits pour la plupart en prison, évoquent l'enfermement et le temps qui passe, les regrets, et, parfois, les plaisirs.
Si les études quantitatives nous donnent des repères valables, Muriel Jolivet persiste à croire qu'on apprend davantage sur une société en la regardant trier ses ordures. C'est pourquoi le livre est composé d' "instantanés" glanés ici et là, dans les couloirs, les sous-sols, le métro, les gares, les magasins, et l'on risque d'y découvrir l'envers d'un décor pour touristes, une manière autre de fonctionner, qui remet en question l'occidentalisation ou l'internationalisation des mentalités. On y découvre le Japon et les Japonais au quotidien. C'est un Japon tellement banal, qu'il en devient original, car il faut pour cela maîtriser la langue, connaître les gens, comprendre ce qu'il y a derrière les mots, les anecdotes, les non-dits et les sketchs télévisés. Au fil du récit, ceux que la société a rendus "transparents" à force de marginalisation ou de conformisme révèlent un Japon peut-être moins lisse qu'il n'y paraît.
Le numéro encourage le dialogue interdisciplinaire entre deux champs d'étude qui se sont longtemps tourné le dos, les sciences sociales et la littérature, afin de réfléchir sur ses modalités dans l'espace romand et sur les profits heuristiques que l'on peut espérer en tirer. Ce dialogue est loin d'être facile à établir, car il se fonde sur un arrière-plan souvent polémique. D'un côté, c'est la littérarité même des œuvres qui semble d'emblée les soustraire à l'investigation des sciences sociales. Pour les littéraires, le texte acquiert sa légitimité en tant qu'objet d'étude par le biais d'un primat donné à la visée esthétique, qui l'extrait du même coup du champ des discours sociaux et lui confère un caractère de singularité irréductible. D'un autre côté, les chercheurs en sciences sociales peuvent avoir tendance à traiter l'objet littéraire comme n'importe quel objet culturel, sans saisir alors l'intérêt de ce champ d'étude particulier pour leurs propres travaux, notamment sous l'angle de la problématisation des questions concernant l'écriture et la lecture des textes. Exemples à l'appui, le volume souhaite montrer les profits qu'il y a, pour tout spécialiste, à s'affranchir des limites "ininterrogées" de sa propre boîte à outils.