De Hitler à Sigmaringen, l'histoire comparée, parallèle et croisée de la France et de l'Allemagne permet de comprendre un moment crucial d'une Europe secouée par la grande dépression économique, déchirée par l'émergence des totalitarismes et par la Seconde Guerre mondiale. Dans ces années matricielles du XXe siècle, le flux inexorable d'événements monstres n'a exonéré ni les personnes ni les institutions les mieux établies d'un choix civilisationnel. Des deux côtés du Rhin, l'engagement s'affirme alors comme une issue vers l'avenir. L'édification d'un "Reich de mille ans" génocidaire qui aspire la vie de millions de soldats et de travailleurs entend unifier par la force le continent contre le bolchevisme, tandis que les résistances clandestines, soumises à la répression, réinventent l'idée d'Europe chère aux années 1930.
Aux yeux de ses contemporains déjà, Charlemagne passe pour le " père de l'Europe ". Son empire, partagé en 843 par ses petits-fils, devient ainsi le berceau des États européens. Des deux côtés du Rhin, la référence au royaume franc comme cadre politique apparaît jusqu'au XIe siècle. C'est seulement à partir de cette époque que nous pouvons parler des royaumes de France et de Germanie. Si, à l'échelle politique, l'empereur devance pendant longtemps le roi, l'influence de la France pointe, elle, notamment sur le plan culturel. Imprégnées de tradition romaine, les régions à l'ouest du Rhin ont un rapport plus étroit avec le latin, langue des savants, que celles d'outre-Rhin, situées en dehors des limites de l'ancien Empire romain. L'écrasante victoire de Philippe Auguste sur Otton IV, à Bouvines en 1214, ne garantit pas seulement la pérennité de la France, elle décide aussi de l'issue de la querelle de succession pour le trône allemand : après la bataille, Philippe Auguste
transmet l'aigle impérial au rival du vaincu, le Staufen Frédéric II. La France est désormais la plus
grande puissance en Europe.
La période 1519-1648 est marquée par un conflit politique séculaire : la rivalité franco-habsbourgeoise, issue de l'élection de Charles de Habsbourg à la dignité impériale, au détriment de son concurrent, le roi François Ier. Désormais, le brillant vainqueur de Marignan doit faire face au pouvoir d'un empereur qui, alliant les ressources de ses pays hérités (Castille, Aragon, Pays-Bas) à celles de l'Allemagne, semble pouvoir briguer la " monarchie universelle ". Or la structure pluriforme du Saint-Empire s'avère bientôt être le talon d'Achille du " système habsbourgeois ". Miser sur les intérêts particuliers des princes de l'Empire reste ainsi la principale stratégie française durant cette période. Cet ouvrage analyse les interactions complexes entre les différents niveaux politiques, tout en prenant en compte le poids de l'imaginaire (idéologies impériale ou royale, représentation des frontières, vision de soi et de l'autre), mais il propose également une vue globale des échanges et des transferts franco-allemands dans toutes les sphères (commerce, migrations, etc.).
Rarement autant qu'entre 1789 et 1815, les histoires de la France et de l'Allemagne n'ont été aussi liées l'une à l'autre. Or les études historiennes portant sur cette période n'ont jusqu'à présent envisagé ces deux pays que de façon séparée et se sont plu à les opposer : à la Révolution s'emparant du premier ferait face la voie réformiste empruntée par le second. Ce livre envisage de façon neuve les interférences produites malgré et dans la guerre et dans des contextes de violence et de domination, qui dominèrent la période. Sondant les représentations de la frontière commune, les perceptions de l'autre, les échos par la voie de l'imprimé, les notions de politisation et de modernisation de l'appareil d'État, les perceptions du temps, le vécu de la violence, il s'inscrit en faux contre les dichotomies trompeuses. En guise de bilan d'une histoire appelée à être transnationale, il interroge la valeur explicative des notions et méthodes des transferts culturels, de la comparaison et de l'histoire croisée. Autrement dit, il présente à la fois la trame chronologique de cette période très chargée pour la France et les Allemagnes, et une réflexion sur la méthode historienne.