Boris de Schloezer (1881-1969) est un intellectuel à l'oeuvre importante qui doit être redécouverte et réévaluée : traducteur des grands écrivains russes (Dostoievski, Tolstoi, Chestov, Pouchkine, Gogol, Lermontov, etc.) et du philosophe religieux Léon Chestov, philosophe de l'art et de la musique, critique littéraire et musical à la NRF et à la Revue musicale, émigré en France en 1921, il se situe au centre de la vie intellectuelle française du XXe siècle. L'ouvrage est la seule biographie qui lui soit consacrée. Traduite de l'allemand, elle retrace avec précision la vie et l'oeuvre d'un auteur qui considéra l'oeuvre, non pas comme un portrait fidèle de l'auteur, mais comme son ombre portée, son image transposée dans la forme autonome en laquelle l'oeuvre consiste. Ce volume achève la série que les PUR consacrent depuis 15 années à Boris de Schloezer. Cette série est constituée de 7 volumes qui rééditent et interprètent son oeuvre philosophique, esthétique et critique.
Parce qu'elles résultent de processus de création qu'elles semblent parachever, les oeuvres d'art sont souvent considérées comme des objets définitifs émancipés du temps, des ébauches et des repentirs. Achevées, unifiées, elles proposeraient au regard, à l'écoute, à la réception, l'instauration d'un monde original dans sa clôture propre. Répéter, refaire, reprendre seraient alors des actes suspects de dégrader l'oeuvre par la copie stérile et la duplication. Ce volume veut défendre le parti inverse : certaines oeuvres nécessitent des répétitions ou en sont tramées, " faire " implique souvent de " refaire " et les arts sont tissés de reprises et d'échos ; enfin, à rebours des discours dépréciatifs, la fécondité d'une oeuvre peut se mesurer à l'aune des reprises qu'elle inspire. Ces trois verbes, selon leurs modalités spécifiques, relèvent d'une praxis qui interroge et travaille de l'intérieur le modèle poïétique. Ces pistes sont explorées à la fois sur le versant théorique, et sur le versant pratique en donnant la parole dans deux intermèdes à quatre artistes.
Au-delà d'une seule recherche historique et sans se limiter à l'analyse d'une forme photographique, cette étude aborde le flou à l'aune des enjeux phénoménologiques qu'il soulève. À partir d'une enquête minutieuse dans les textes historiques français ; du XVIIe au XXe siècle ; sur la manière dont le " flou " est mobilisé et discuté, l'étude aborde d'abord ses particularités dans la peinture, avec un détour par le cinéma. Elle tente ainsi de mieux saisir la complexité de la fortune critique de la notion au XIXe siècle et l'histoire de sa légitimation dans le champ photographique qui éclot véritablement dans la seconde moitié du XXe siècle. Tiraillé entre l'erreur technique primaire qu'il désigne et les ambitions artistiques qu'il promet, le flou engage souvent des enjeux contradictoires : il contribue à la fois à renforcer la mimêsis et à la détruire ; il affirme des valeurs bourgeoises tout en étant aussi un agent révolutionnaire ; il est associé à la pratique amateure comme à l'expertise technique la plus aboutie. Artistiques, moraux, sociaux, politiques, philosophiques et psychanalytiques, les débats soulevés par la forme témoignent du puissant levier que représente le flou pour articuler une réflexion critique sur l'histoire de la photographie dans la perspective d'une philosophie du regard.
Le doctorat dont cet ouvrage est issu a reçu le prix de la faculté des lettres de l'université de Lausanne.
Avec le soutien du Fonds des publications de l'UNIL université de Lausanne et de Photo Elysée musée cantonal pour la photographie