Ce volume, le troisième de notre série " Grandes et Petites Mythologies " sous l'égide du CRIMEL, regroupe de nouveaux apports emblématiques de la rencontre entre traditions savantes et populaires, en particulier par le truchement de figures et de noms (le golem, saint Julien, les trolls). Un volet important est dédié à la thématique de l'objet comme véhicule de la mémoire mythique, laquelle se niche volontiers dans des choses très ordinaires comme le miroir ou l'anneau, une tunique ou une peau, une pièce de monnaie, un bouclier ou un simple bâton : ce sont des marqueurs d'intertextualité efficaces dans l'incessant flux et reflux des réécritures, et un réservoir inépuisable de mémoires anciennes. Quelques contributions interrogent également des " mythologies dérivées " mettant une œuvre moderne à l'épreuve de la grande et petite mythologie. De nouvelles perspectives apparaissent, et des " détournements " originaux opérés grâce à des exploitations esthétiques et éthiques, ou par le biais de créations métaphoriques voire métalittéraires, lesquels soulignent la vitalité inépuisable de ce fonds mémoriel. L'ancrage dans un terroir et une époque donnés ainsi que le passage d'une langue à une autre peuvent induire des infléchissements supplémentaires : ils jouent un rôle fondamental dans la génération de nouvelles variations. Ainsi progresse notre intelligence de l'articulation entre les héritages " savants " et " populaires ", dont décidément les cloisons se révèlent bien poreuses alors que le postulat conventionnel de leur opposition viscérale semblait acquis : " grandes " et " petites " mythologies sont essentiellement apparentées, leurs échanges incessants : elles ne cessent de se féconder mutuellement.
Ce second volume dédié aux grandes et petites mythologies propose de nouvelles variantes problématiques qui viennent enrichir les échanges de ce couple fécond. Du géant Rübezahl à la mandragore, des ondines et sirènes à la fougère, les figures et motifs explorés dans ces pages mettent au jour la troublante parenté de nos héritages ; les contributions ici rassemblées disent les rencontres mystérieuses entre les deux continents " savant " et " populaire " – mythe et conte, l'Olympe et le foyer – qui ne forment en réalité qu'un seul tout. Les grandes comme les petites mythologies ont exploité avec une dilection particulière les thèmes de la faune, de la flore et des minéraux, en ont fait le siège de leur langage intime pour nous transmettre une mémoire antique : leurs vertus secrètes, ainsi que les pactes qui de tout temps les ont liés aux hommes, pour le meilleur souvent, et parfois le pire.
Si la " grande " mythologie, l'olympienne en particulier, est depuis toujours l'enfant chéri des savants et la muse des artistes, il n'en va pas de même avec la " petite " mythologie (dénomination attribuée aux frères Grimm) : volontiers reléguée dans la chambre des nourrices et la sphère des enfants, un consensus quasi universel la considère comme un " sous-genre " alors qu'en réalité, elle est dépositaire d'une mémoire mythique et poétique aussi précieuse que sa grande sœur classique. Les traditions orales, véhiculées en particulier par les contes, représentent un vivier inépuisable de motifs qui rejoignent bien souvent, par la structure, les thématiques et les signifiances, la " grande " mythologie : les deux entretiennent des relations intimes, parlent un même langage, il est vrai aux variantes multiples, mais au même grand cœur. L'objectif principal des travaux réunis dans ce volume est de porter non seulement à la lumière du jour toute cette mémoire ancestrale, mais d'établir des ponts entre les deux continents du " savant " et du " populaire ", à tort séparés par une frontière invisible et longtemps considérée comme étanche: une thématique " savante " a presque toujours son pendant " populaire ", et inversement.