Ce florilège, de même que le commentaire qui l'introduit, est un vibrant hommage à un poète, né en 1943, qui transfigure magistralement la Sicile en une métaphore universelle.
Ce qui frappe tout d'abord chez Aliberti, c'est la posture du poète visionnaire, grâce auquel l'insurrection de la conscience fustige, en un réquisitoire implacable, la responsabilité des hommes dans les fléaux endémiques qui frappent les sociétés sicilienne et italienne, aussi bien que la planète tout entière. À l'instar de Dante, l'embrasement lyrique va de pair avec l'acuité et la force de l'inspiration éthique face à la banalisation de l'horreur. La révolution que prône Aliberti n'est pas tant politique, lato sensu, en tant que bouleversement des rapports de forces, qu'intérieure et morale. En ce sens, il n'existe pas de distorsion entre l'invective contre les pouvoirs abjects et le recours au mythe antique, car ce dernier fait office de réceptacle d'une sagesse constituant une alternative, tout comme l'exemple christique, à l'aliénation et à la déshumanisation.
Le verbe est ici véritablement dépositaire d'une catharsis spirituelle qui, par-delà les affres existentielles, préfigure la rédemption comme une prééminence de l'amour sur la violence, grâce à une parole poétique, empreinte de fulgurances, qui susurre au lecteur un écho vivifiant.
Pedro Salinas est un poète qui fait partie de la dite "génération de 27", au même titre que Federico García Lorca, Jorge Guillén, Rafael Albertí ou Vicente Aleixandre.
La mer lumière se veut une approche synthétique du vécu qui a été à l'origine de l'écriture, entre 1943 et 1944, de El Contemplado, littéralement : Le Contemplé. Fuyant le franquisme, c'est durant son exil sur l'île de Porto Rico que Pedro Salinas compose ces poèmes qui expriment en des variations successives son appartenance à l'humanité en en marche et sa quête d'une lumière salvatrice. Si les quinze variations rendent compte majoritairement de la relation intime et contemplative entre l'homme et la mer sur un registre souvent mystique, la critique de l'absurdité du monde moderne est manifeste.
Cette traduction s'adresse naturellement aux hispanistes mais, au-delà, aux amateurs de poésie.
Ces Carnets, inédits jusqu'à présent, proposent une sorte de traité de la vieillesse à la sensibilité maîtrisée et au lyrisme contenu, à la manière de Cicéron ou de Montaigne. Leur sont adjoints quelques courts textes relatifs à la vieillesse, extraits d'autres écrits de Franz Hellens.
Qualifié parfois de "Tocqueville de l'Amérique du Sud", Alberdi (1810-1884) a été une figure des plus marquantes du 19e siècle, indispensable parmi les intellectuels qui ont bâti les républiques sud-américaines, et qui demeure par son influence un penseur d'actualité sur ce continent. Le recueil, qui le sort de l'oubli pour le public francophone, offre une sélection d'articles publiés alors qu'il animait à Buenos Aires puis à Montevideo des cercles libéraux et romantiques. Ces Écrits partent à l'assaut de la dictature et des conformismes de l'époque.
Amours de vieillards dans un hospice, tel est le sujet de ce roman tragicomique que Champfleury publie en 1855, un thème tout à fait original, voire scandaleux pour l'époque. C'est l'occasion pour l'écrivain de peindre toute une galerie de portraits plus singuliers et pittoresques les uns que les autres et de saisir penchants et passions qui fleurissent et se déchaînent dans cette institution historique. "Ma curiosité se tourna vers Sainte-Périne, son intérieur si curieux, ses mœurs si particulières au milieu du Paris mouvementé" note Champfleury. Véritable laboratoire des sentiments amoureux, du fait de son exiguïté, la pension fonctionne comme espace clos où les passions humaines se révèlent avec d'autant plus d'évidence que les individus sont condamnés à l'oisiveté et à la promiscuité.
Poèmes de la rupture et de la révolte, entre histoire personnelle et tragédies collectives, hantés par la perte du père et la trahison de l'homme aimé, Ariel a connu depuis sa parution à Londres en 1965 un succès continu. Cette nouvelle traduction d'un recueil devenu inaccessible — la précédente version française parue aux Éditions des Femmes en 1978 est épuisée depuis longtemps — offre au lecteur français l'accès à une poésie exigeante et douloureuse, bouleversante et novatrice, porteuse de l'expression d'une subjectivité féminine.
L'étude de l'étiquette dans les comportements sociaux préfigure historiquement les premières démarches de l'ethnologie. C'est en observant les différentes modalités des comportements humains, régis par des rites culturels divers, que les ethnologues ont pu élaborer une première réflexion sur les codes relationnels. L'étude proposée ici est une approche sémiotique et historique de l'étiquette. Celle-ci est définie comme la totalité des formes d'accueil et des traits de comportement à l'aide desquels s'établissent la révélation, le maintien et le jeu des statuts de communication des partenaires en relation. L'ouvrage se compose de deux parties. La première est consacrée à une sémiotique du geste — le baiser, la génuflexion, les invectives, etc. — tandis que la seconde évoque l'étiquette dans sa relation à l'hospitalité et aux arts de la table.
Manuel Andújar, l'une des figures de la diaspora républicaine de 1939, raconte ici la première épreuve de son exil : le camp d'internement français de Saint-Cyprien sur la côte du Roussillon. Ces feuillets crayonnés entre février et avril 1942 constituent le premier ouvrage de celui qui deviendra romancier. La frontière franchie, les vaincus de la guerre civile espagnole se retrouvent enfermés derrière les barbelés, par dizaines de milliers, sous l'œil des gardes mobiles et des tirailleurs sénégalais dépêchés sur les lieux, comme des bêtes, avec pour tout lit le sable, pour toute boisson une eau saumâtre et pour toutes latrines les vagues. Sous l'offense, le jeune Andújar écrit, sur ses genoux, la rage au cœur, un réquisitoire contre cette "France hors la France". L'on ne trouve, dans cet ouvrage, que peu de données historiques. Le but poursuivi n'est pas d'écrire l'histoire du camp de Saint-Cyprien, même pas celle d'un secteur précis, mais d'appréhender l'effet dévastateur de la concentration et l'effort de résistance des concentrés au processus de "dé-personnalisation" qu'induit le système.
Cette Mélusine, dont Yvan Goll (1891-1950) écrit plusieurs versions, est née de son amour pour sa femme, poète, d'un goût pour la surréalité, la nature romantique et le rejet critique d'un monde moderne matérialiste. Mélusine incarne l'imagination poétique revivifiant le monde avec force et flammes — l'éclairant pour n'en laisser que cendres. À un imaginaire romantique de l'eau, Goll a substitué un imaginaire expressionniste du feu pour faire de cette nouvelle Mélusine une figure digne des héroïnes de Giraudoux, d'Octavio Paz ou de Breton. Les deux versions françaises présentées ici étaient restées inédites jusqu'à ce jour.
Le Traité de la vie élégante a été publié en 1830 dans le journal de l'entreprenant Émile de Girardin, La mode. Dans ce livre déroutant et inachevé, Balzac, sociologue, observe avec acuité l'universelle prétention à l'élégance, conséquence directe de la Révolution. Balzac, dandy, s'amuse aussi à dérouter le lecteur en l'égarant sur les fausses pistes du sérieux, à l'amuser avec la fine pointe de son ironie, et à le laisser sur sa faim. Enfin, Balzac, écrivain, trace les linéaments de la Comédie humaine, faisant ainsi de son traité une petite œuvre délicieusement apéritive.
Si l'on peut aujourd'hui lire les impressions de voyages d'Afrique du Nord de l'écrivain belge Franz Hellens (1881-1972), c'est grâce au travail d'un jeune chercheur qui fit de feuillets manuscrits, trouvés à la Bibliothèque royale Albert 1er à Bruxelles, le livre que voici. L'œuvre d'Hellens (1881-1972) a attiré l'attention des grands écrivains et critiques de son époque, parmi lesquels Valery Larbaud, Henri Michaux, Francis Ponge, Giuseppe Ungaretti. Poète, romancier, conteur, dramaturge, essayiste et critique d'art, l'homme a toujours été attentif aux mouvements de l'âme humaine, soucieux de transfigurer le réel et de faire surgir du quotidien les réalités les plus excentriques. Grand voyageur, il est, à l'instar de nombreux écrivains, attiré par la lumière, les couleurs et les parfums de l'Afrique du Nord, où il se rend. Mais il ne prendra des notes que dix ans plus tard. D'où le titre de son manuscrit. Le retour au pays passe ici par la mémoire.