Ce numéro bibliographique s'ouvre par un hommage à Roberte Hamayon, figure majeure de l'anthropologie du chamanisme, attentive aux mots de la pratique.
La rubrique " Atelier " invite au dialogue des méthodes et des disciplines, qui nourrit la réflexivité sur les concepts. C'est en sociologue de la communication que Cédric Terzi relit le dossier " Vocations catholiques " paru en 2024 (no 207) dans les ASSR, en anthropologue que Camille Tarot retrace son propre itinéraire de chercheur, en historiens enfin que Mathias Dreyfuss et Davide Mano s'interrogent sur la place des études juives dans le champ des sciences sociales en France.
Les notes critiques proposent des éclairages sur des dynamiques transnationales, en s'intéressant au yoga comme politique et aux relations entre impérialisme britannique et mondialisation du pentecôtisme. Avant d'aborder l'actualité des débats sur l'articulation entre religieux et politique, elles s'interrogent aussi sur la postérité des réflexions foucaldiennes sur l'aveu et la confession, l'évolution historique des frontières entre clercs et laïcs dans le christianisme, ainsi que sur la signification de l'actualité éditoriale autour de Jacques et Raïssa Maritain. Les lectures croisées se tournent quant à elles vers l'islam, autour des ouvrages de Denis Gril sur la figure de Muhammad dans la spiritualité musulmane, et de Catherine Mayeur-Jaouen sur Le culte des saints en islam. Les nombreuses recensions poursuivent cette invitation au comparatisme et à la profondeur historique.
Ce volume présente des recherches qui s'attachent à analyser les recompositions sociopolitiques produites par l'entrelacement entre nationalismes et religions. Il entend ainsi contribuer à l'intelligibilité d'un présent mondial marqué par les réactivations du religieux – souvent décliné sous ses formes fondamentalistes, ethnicistes ou suprémacistes – dans le champ politique.
Portant sur des configurations sociohistoriques variées, allant des États-Unis au Japon en passant par Israël et l'Irak, les études réunies ici montrent que ces réactivations s'inscrivent dans des conflictualités qui traversent tous les systèmes politiques et religieux, et dont l'enjeu central concerne les différentes manières de penser la nation. Le défi de l'analyse est double : comprendre ce que recouvrent les notions de " religion ", " nation " et " nationalisme " selon les sociétés ; prendre acte du fait que ces notions – songeons par exemple à celle de " nationalisme religieux " – font l'objet d'une surcharge sémantique au sein de la communauté savante, en révélant la situation éclatée des sciences sociales en contextes mondialisés. À travers la diversité des configurations explorées, les enquêtes du volume réinterrogent la portée heuristique de ces notions.
Ce numéro varia éclaire les usages du religieux comme catégorie, principe de régulation et institution.C. Clémentin-Ojha montre comment la traduction de secular dans la Constitution indienne révèle les tensions entre droit, État et définition de la catégorie " religion " dans l'hindouisme. Dans son analyse de la judiciarisation du blasphème au Pakistan, P. Rollier souligne que catégoriser un acte comme contraire à la religion ne relève pas seulement de modes de croire, mais aussi de logiques issues d'une histoire juridique et coloniale.L. Seurat et J. Safar éclairent ensuite les enjeux de régulation du religieux, à travers le cas du marché du hajj en France, où contrôle des mobilités et fabrication d'un " islam de France " s'entrecroisent. C. Vincent-Cassy retrace l'essor du culte de l'archange Raphaël sous Charles II, instrument de protection et de légitimation dynastique.E. C. Calabrese aborde le Hezbollah comme une institution à la fois religieuse, politique et militaire. À l'inverse, M. Colin montre que les membres du Temple Satanique se réapproprient la figure de Satan comme symbole d'émancipation envers la contrainte institutionnelle.Enfin, M. S. Chaidron s'intéresse à la récupération catholique de Claude Bernard, posant la question – centrale pour les sciences sociales des religions – des frontières entre science et religion.
Après avoir rendu hommage é l'historien du christianisme contemporain Claude Langlois (1937-2024) et avant les nombreuses recensions qui sont le socle de sa tradition, le Bulletin bibliographique s'ouvre cette année à une variété toujours plus importante de contributions réflexives sur la diversification des formes de l'historiographie et les conditions de l'analyse sociologique des faits religieux. Les Ateliers s'interrogent, théoriquement et pratiquement, sur les nouvelles écritures des sciences sociales du fait religieux, autour d'études des socialisations islamiques et du statut de l'image — deux textes qui nous feront entrer d'une part dans le détail vivant de l'image d'un monastère, et d'autre part dans l'hétérographie.
Les quatre Notes critiques qui suivent reviennent sur les approches actuelles de l'islam africain; sur les voies par lesquelles une même génération de clercs s'est convertie a une carrière éditoriale dans le second xxe siécle. Elles proposent également un premier point d'étape posthume sur l'oeuvre de Bruno
Latour (1947—2022), a l'occasion de la publication de ses premières recherches théologiques et écologiques, et une présentation des avancées actuelles de
l'histoire de la théologie, ou l'on retrouvera la grande figure de Claude Langlois. Enfin, deux Lectures croisées traversent — sans risquer dc l'épuiser — le récent
Dictionnaire critique de I'Eglise coordonné par Dominique Iogna-Prat, Frédéric Gabriel et Alain Rauwel et s'intéressent aux importants travaux de Jean During sur la place et le sens du son musical dans la culture spirituelle soufie.
À la fois "?don de soi?" et valeur d'accomplissement personnel, la notion de vocation relève d'un registre intime mais ne prend sens qu'au regard des normes collectives qui l'organisent. D'origine religieuse, elle n'a cessé de circuler sur un registre laïcisé, à la fois reprise et déconstruite, pour qualifier les engagements professionnels et publics les plus divers et en produire la critique. Inscrite dans la durée des vies individuelles, elle peut être l'objet de retours sur soi, de déplacements ou de ruptures, qui mettent les institutions à l'épreuve et les contraignent au changement.
Cette livraison des Archives ouvre ses pages à un groupe de jeunes chercheurs et chercheuses, spécialistes du catholicisme contemporain, qui décrivent les vocations religieuses comme un fait social à part entière, à la lumière de terrains nouveaux et d'archives récemment ouvertes. Au croisement entre histoire, sociologie et anthropologie, ils et elles en font aussi l'observatoire de questions transverses, le genre, le vieillissement, l'engagement dans la cité ou le retrait à distance d'elle. Ce dossier est enfin l'occasion de lire en conclusion l'un des tout derniers textes écrits par l'historien Claude Langlois, quelques semaines avant sa mort en mai 2024.
Comme chaque année, les ASSR consacrent leur dernière livraison à l'actualité de la recherche en sciences sociales des religions. Environ 70 comptes rendus d'ouvrages explorent ainsi les principaux débats qui traversent notre communauté de chercheurs et de chercheuses. Dans le sillage de cette conversation collective, la rubrique " Atelier des sciences sociales du religieux " propose une analyse critique de la notion de " tradition discursive " chère à l'anthropologue Talal Asad, précédée d'une réflexion sur la figure du moine chez Max Weber et sa confrontation avec celles du prophète, du sorcier et du prêtre.
Les " notes critiques " qui suivent illustrent la diversité de thématiques qui fait la richesse de nos discussions, de la philosophie indienne d'expression sanskrite aux contradictions de la critique prophétique de la modernité chez Jacques Ellul, de la rencontre improbable entre sociologie et phénoménologie du pentecôtisme aux effets induits par la thématique de l'anthropocène dans les redéfinitions en cours du champ des expériences religieuses. L'actualité récente, enfin, renouvelle certains enjeux épistémologiques de nos disciplines, qu'il s'agisse de l'héritage politico religieux de Mai 68, des interrogations sur la fabrique des saints dans le catholicisme contemporain ou des nouveaux métiers de l'accompagnement spirituel en Amérique du Nord.
Ce numéro propose un dossier consacré aux missions catholiques féminines dans les mondes coloniaux et post-coloniaux au XXe siècle.
Les enquêtes réunies explorent notamment le rôle des ouvroirs des Sœurs blanches au cœur de la stratégie missionnaire en Algérie coloniale, le façonnage des relations de genre au sein des pensionnats autochtones du Canada aux XIXe et XXe siècles, les reconfigurations à l'œuvre chez les Franciscaines missionnaires de Marie en Haute Égypte à l'heure des transitions impériales (1920-1970) et les motifs de l'implantation de congrégations catholiques féminines en Tunisie après l'indépendance.
Trois Varia s'intéressent enfin à la dimension politique de l'ascèse chez Diogène de Sinope, à la construction de la communauté de Sant'Egidio dans le " long 1968 " italien (1967-1978), ainsi qu'à l'expérience du silence de Dieu dans la prière solitaire.
Le dossier sur " les catégories religieuses et séculières de la martialité " s'organise autour de quatre enquêtes historiques et anthropologiques, conduites en Inde, en Chine, au Japon et en Indonésie. La martialité y apparaît comme une notion englobante qui permet d'inclure des termes plus spécifiques, la " guerre ", le " militaire ", les " arts martiaux ", par une approche comparée au sein des mondes sociaux différents dans lesquels ils se déploient. Il s'agit aussi de décrire les processus sociaux de longue durée par lesquels les sphères du religieux et du politique s'autonomisent l'une à l'égard de l'autre, au prix du développement de traitements en apparence paradoxaux du registre guerrier qu'elles ont en commun. À ce premier ensemble s'ajoutent deux articles consacrés à des approches quantitatives du fait religieux au Portugal et en Argentine, ainsi qu'une réflexion sur les usages du mot " hérésie " dans la sociologie de Pierre Bourdieu. Enfin, la revue a demandé à trois auteurs de croiser leurs lectures sur la récente traduction en français du livre majeur d'Ernesto De Martino Morts et pleurs rituels.
Centré sur ce qu'il est de plus en plus convenu d'appeler l'Asie occidentale (espace compris entre le bassin de l'Indus ou la porte du Gansu, à l'est, et, à l'ouest, le rivage levantin de la Méditerranée), ce dossier est consacré à la place des référents tribal et confessionnel dans les interactions d'un éventail d'acteurs politiques, pendant une période qui va des réformes et réorganisations impériales de la fin du XIXe siècle à la crise sans précédent que connaissent, au début du XXIe, nombre d'États-nations constitués dans l'aire Maghreb-Machreq aux lendemains des deux conflits mondiaux.
Aux mondes kurdes et l'Iraq, le dossier associe un ensemble d'anciennes sociétés de frontière de l'ère impériale moderne dans la zone aride afro-asiatique – des sociétés rarement mises en perspective les unes avec les autres, bien qu'elles aient toutes été confrontées à une succession d'interactions particulières entre faits tribal et religieux au cours du XXe siècle. Les questions de la frontière et du fait tribal sont donc abordées dans un cadre chronologique étendu, depuis les révoltes et soulèvements qui ont marqué la Première Guerre mondiale et la fin des empires du long XIXe siècle, jusqu'aux réinventions du jihadisme qui ont accompagné puis suivi la dernière décennie de la Guerre froide.
Centré sur ce qu'il est de plus en plus convenu d'appeler l'Asie occidentale (espace compris entre le bassin de l'Indus ou la porte du Gansu, à l'est, et, à l'ouest, le rivage levantin de la Méditerranée), ce dossier est consacré à la place des référents tribal et confessionnel dans les interactions d'un éventail d'acteurs politiques, pendant une période qui va des réformes et réorganisations impériales de la fin du XIXe siècle à la crise sans précédent que connaissent, au début du XXIe, nombre d'États-nations constitués dans l'aire Maghreb–Machreq aux lendemains des deux conflits mondiaux.
Aux mondes kurdes et l'Iraq, le dossier associe un ensemble d'anciennes sociétés de frontière de l'ère impériale moderne dans la zone aride afro-asiatique – des sociétés rarement mises en perspective les unes avec les autres, bien qu'elles aient toutes été confrontées à une succession d'interactions particulières entre faits tribal et religieux au cours du XXe siècle. Les questions de la frontière et du fait tribal sont donc abordées dans un cadre chronologique étendu, depuis les révoltes et soulèvements qui ont marqué la Première Guerre mondiale et la fin des empires du long XIXe siècle, jusqu'aux réinventions du jihadisme qui ont accompagné puis suivi la dernière décennie de la Guerre froide.
Le concept de créolisation s'est imposé d'abord dans le champ de la linguistique pour montrer comment une langue orale de contact entre plusieurs aires linguistiques pouvait se transformer en langue maternelle. Il a été étendu ensuite à la sociologie de la culture pour désigner des phénomènes d'hybridation au sein de sociétés multiculturelles, souvent dominées. Peut-on étendre le concept aux sciences sociales des religions?
C'est l'objet de ce numéro, organisé autour d'une série d'enquêtes ethnographiques dans les mondes créoles, avec une attention particulière aux dimensions populaires des traditions religieuses, les mieux à même d'illustrer les dynamiques de créolisation. Pour rendre compte des ressorts et des effets de cette créolisation, les enquêtes privilégient les pratiques religieuses susceptibles de contraster avec les définitions dogmatiques des religions. Elles s'attachent aux dynamiques relationnelles et contextuelles qui trament le religieux créole, à leurs effets de fluidité et de porosité, entre globalisation et re-territorialisation du religieux, de ses langues et de ses pratiques.