Dans l'Espagne de la période du franquisme tardif (1957-1975), les critiques d'art jouent un rôle essentiel dans les mouvements de contestation qui agitent une société alors en pleine mutation. Contre la doctrine d'un art moderne autonome et dépolitisé prônée par le régime, ils produisent des discours esthétiques qui rétablissent le lien entre culture et politique et poussent les artistes à inscrire leurs œuvres dans le cadre élargi des questions éthiques et des enjeux sociaux.En s'appuyant sur l'étude d'archives restées jusqu'ici inexplorées et sur des entretiens inédits, Compagnons de lutte s'attache au travail de sept critiques et historiens de l'art espagnols qui ont pris une part extraordinairement active à la vie intellectuelle et politique de leur pays dans les années 1960 : ils publient, éditent, traduisent, ils organisent des expositions, des débats, des rencontres. Grâce à la complicité nouée avec Giulio Carlo Argan et Umberto Eco en Italie, Adolfo Sánchez Vázquez au Mexique, Gérald Gassiot-Talabot, Pierre Restany et le Salon de la Jeune Peinture à Paris, ils s'approprient les théories et les tendances artistiques circulant à ce moment-là en Europe et sur le continent américain, en les adaptant avec succès aux conditions spécifiques de l'Espagne franquiste.Fruit d'une approche interdisciplinaire et transnationale des réseaux artistiques du Sud global, l'ouvrage de Paula Barreiro López révèle un pan longtemps négligé par l'historiographie de l'art européen, en éclairant le fonctionnement de l'avant-garde espagnole dans les dernières années de la dictature, sa diffusion et sa réception critique dans les milieux culturels de gauche à l'époque de la guerre froide.
Vénus, Flore, Hébé ou Diane – autant de divinités antiques qui ont prêté, à partir de la fin du XVIIe siècle en France, leurs attributs et leurs costumes vaporeux, souvent affriolants, à quantité de femmes de l'aristocratie de cour, de la bourgeoisie montante et de la noblesse de robe. L'élite sociale se fait alors peindre en costume mythologique ou historique par des artistes célèbres tels que Nicolas de Largillierre, Hyacinthe Rigaud, François de Troy, Jean-Marc Nattier ou Jean Raoux.Ces portraits dits " historiés ", dans lesquels l'effigie d'une personne vivante s'enrichit d'attributs mythologiques comme dans un tableau d'histoire, sont un genre pictural à part entière. D'abord prérogative masculine adoptée par les grands pour célébrer leurs vertus, il devient vers 1680 l'apanage des modèles féminins: le langage allégorique les pare de qualités à connotation spécifiquement féminine et galante, comme la beauté, la jeunesse, la grâce, qui, bien comprises, pouvaient aussi être un moyen de manier le pouvoir. Dès les années 1740, ces peintures font cependant l'objet de critiques répétées et le genre perd peu à peu sa légitimité à la fin de l'Ancien Régime, avant que ce procédé de distinction aristocratique suscite la méfiance des historiens de l'art, qui n'y verront que l'expression d'un amusement futile de milieux oisifs.Le présent ouvrage remet à leur juste place ces travestissements: à la fois œuvre d'art, objet culturel et pratique sociale, le portrait historié est un phénomène de goût révélateur d'une culture de cour en pleine transformation. Marlen Schneider met ici en lumière les fonctions, les propriétés formelles, la réception et la portée historique d'un type de représentation trop longtemps déconsidéré.
" La bourse de l'art ", le " casino ": c'est ainsi que les critiques d'art du XIXe siècle désignent l'hôtel Drouot. À partir de 1852, les commissaires-priseurs centralisent leurs ventes aux enchères en ce lieu, métamorphosant par là le marché de l'art français en profondeur. Lukas Fuchsgruber nous emmène dans les coulisses du spectacle des enchères et montre l'importance de ces ventes publiques pour le monde de l'art parisien de l'époque. À partir des spécificités économiques et juridiques de ce secteur en France, d'une part, et de leurs liens d'interdépendance avec l'histoire de l'art française, d'autre part, l'auteur met en lumière les relations des artistes et marchands d'art avec le célèbre hôtel des ventes, ainsi que sa réception par la critique. Sources d'archives, textes historiques et nombreuses illustrations nous conduisent à travers les différentes pièces de l'édifice, éclairant une période clé du développement du marché de l'art français. En mettant ainsi l'accent sur la maison de ventes aux enchères comme l'un des lieux centraux de l'art, cette étude ouvre de nouvelles perspectives pour l'histoire de l'art du XIXe siècle.
L'ouvrage de Tessa Friederike Rosebrock, issu de la thèse qu'elle a soutenue en 2010 à l'Université libre de Berlin, revient sur l'histoire du musée des Beaux-Arts de la ville de Strasbourg depuis sa fondation en 1802 jusqu'à la période de l'immédiat après-guerre et en particulier pendant la période d'occupation nazie. En s'appuyant sur des sources jusqu'ici inexploitées, l'auteur met en lumière le rôle central joué par le directeur de l'établissement entre 1940 et 1944, l'historien de l'art allemand Kurt Martin, opposant au régime nazi. La portée de cette étude biographique s'étend bien au-delà de l'Alsace annexée et de la région de Bade, elle éclaire la politique culturelle et artistique et la vie des institutions culturelles françaises et allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale.Par ailleurs, l'auteur a également porté une attention approfondie à l'histoire des provenances des œuvres acquises par Kurt Martin pour le musée des Beaux-Arts de Strasbourg. Elle porte plus particulièrement son intérêt sur les acquisitions de peintures françaises et retrace le parcours de la collection pendant le régime nazi, entre son transfert dans des dépôts sécurisés allemands et sa réinstallation dans le Palais Rohan après la fin du conflit, sans oublier les expositions organisées pendant et après la guerre. Enfin, l'ouvrage s'achève par une ouverture sur le renouveau culturel qui s'est produit après 1945 de part et d'autre du Rhin.Ce livre est une contribution majeure à l'histoire des musées et des collections et pallie le manque de recherches approfondies sur les réseaux relationnels en place dans les musées allemands pendant la Seconde Guerre mondiale.
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