Comment, face à la stigmatisation, une identité se constitue-t-elle? À travers le cas des marranes dans l'Espagne des XVIe-XVIIIe siècles, Natalia Muchnik montre que l'individu prend sens dans une unité sociale soudée par une mémoire et des pratiques partagées.Ces chrétiens, pour la plupart descendants des juifs convertis au xve siècle, accusés par l'Inquisition de judaïser en secret, ont développé une identité de groupe. Si la répression inquisitoriale et la clandestinité sont fondamentales pour sa cohésion, la société marrane a ses propres dynamiques. Fragilisée par sa diversité interne, sa mobilité spatiale et la labilité de ses pratiques religieuses, elle a multiplié signes et discours d'appartenance. Les codes qui caractérisent cette société secrète, l'hostilité au catholicisme ou les mythes de l'origine, sont autant d'éléments que le crypto-judaïsant mobilise et agence. Car plus que le contenu des rituels, c'est le processus de ritualisation extrême du quotidien qui forge la société marrane; le sacré semble partout.L'ouvrage, tel un kaléidoscope, multiplie les points de vue sur les modes d'affiliation. Le marrane dispose ainsi de plusieurs identités potentielles qu'il alterne selon les situations et les interlocuteurs. Plutôt qu'un déchirement entre deux religions, il révèle la fragmentation de soi et l'impossibilité de dissocier l'individu des rôles qu'il tient. Il témoigne, en somme, d'une pluralité inhérente à tout être humain et du caractère illusoire d'une identité homogène.
Histoire et iconographie des sociétés païennes et chrétiennes de l'Antiquité à nos jours. Mélanges en l'honneur de Françoise Thelamon
Quarante-quatre contributeurs rendent ici hommage à Françoise Thelamon, professeure d'histoire ancienne à l'université de Rouen. Les réflexions portent sur les thèmes qui ont toujours été au centre des recherches de cette enseignante : christianisme, sociabilités et lectures des images. Sont privilégiées les pratiques et les relations entre les hommes et leurs dieux dans différentes sociétés.
Au sommaire : A. Joukovskaïa-Lecerf, "Le conseil du tsar dans la culture politique de l'époque pétrovienne : la genèse du Conseil suprême secret, fin XVIIe s. – 1726" ; N. Platonova, "Contrôle des finances, administration et genèse de l'État dans la Russie de Pierre le Grand" ; A. Jenks, "Palekh and the Forging of a Russian Nation in the Brezhnev Era" ; B. Czerny, "Le violoniste juif russe. Analyse de la valeur symbolique de ses représentations dans les littératures russe, russe juive et yiddish" ; R. Genzeleva, "Estradnaja satira Mihaila Jvaneckogo 60-h – natchala 80-h godov. Struktura teksta v kontekste sovremennoj kul´tury". À signaler de nouveau l'importance donnée, depuis le dernier volume, à la rubrique des comptes rendus d'ouvrages (quarante-cinq livres chroniqués).
L'ouvrage traverse les temps modernes et dessine des lignes de frontières qui sont des lieux de débats, de passage et d'influences. Les études de quatorze spécialistes rassemblées dans le volume conçu en hommage à Myriam Yardeni et inspiré par ses travaux féconds sur le sentiment national, sur l'histoire, sur le judaïsme et sur le protestantisme à l'époque moderne.
Un ensemble d'articles présente l'histoire des juifs en Russie, du 18e au 20e siècle, en montrant les relations entre ce monde et la société qui l'entoure. Ces contributions portent toutes sur des aspects peu connus de cette histoire, dont certains commencent à peine à être défrichés. Que ce soit l'étude anthropologique et sociologique du shetl , ou des communautés juives dans la Podolie du 18e siècle, celle de l'historiographie juive au début du 20e siècle, celle des migrations des juifs russes vers la Pologne, ou celle d'un écrivain russo-juif atteint par l'antisémitisme, ce sont autant d'aspects encore largement méconnus et qui relèvent aussi bien de l'histoire proprement dite, que de l'ethnologie de la sociologie ou de l'étude littéraire.
Journées d'études du Groupe de recherches sur l'Antiquité chrétienne, Rouen, 25 avr. 1997 et 28 avr. 2000
Lorsque vers la fin du 4e siècle l'Église s'installe à Rome, le judaïsme et le paganisme dominent largement l'Empire romain. La nouvelle religion, pour s'imposer, se doit de combattre les juifs, déicides et ennemis de la vraie foi, et les païens, idolâtres incohérents et ridicules. À ces deux ennemis, s'ajoutent bientôt les hérétiques, dont l'anéantissement s'avère plus difficile en ce qu'ils naissent de l'intimité même de l'Église. Les communications rassemblées dans le volume, issues d'une table ronde, portent sur l'attitude des chrétiens face aux juifs et aux hérétiques au 4e siècle, et tout particulièrement sur celle de Jérôme, plus connue comme traducteur de la Bible et commentateur des prophètes que comme polémiste.
Dans cet essai, Félix Kreissler, historien et spécialiste de l'Autriche, porte sur la culture autrichienne "établie" de notre siècle, depuis la Vienne 1900 jusqu'à nos jours, un regard à la fois chaleureux et sans complaisance, en quête de ce qui, au-delà des clichés convenus, est à ses yeux l'élément constitutif majeur, constamment en débat, et que l'on découvre ici sous un jour nouveau.
Il s'agit d'un recueil de nouvelles qui se déroulent au sein des communautés juives d'Europe centrale situées aux confins de l'ancien Empire austro-hongrois, avec le mélange ethnique et religieux qui caractérisait ces territoires dans lesquels se heurtaient les fanatismes de tous bords. Des récits qui, comme ceux de Joseph Roth ou de I.B. Singer, font revivre un monde disparu, mettent en scène des personnages pris dans des conflits où la voix du cœur et de la raison est écrasée par le poids des traditions et des luttes ancestrales. Des histoires qui plaident pour un humanisme éclairé face à tous les obscurantismes et à toutes les intolérances ethniques et religieuses. Une présentation de K.E. Franzos et de son œuvre les introduit.
La préoccupation pour la pureté semble universelle, mais, selon les sociétés et les époques, ce sont différents objets, pratiques ou groupes qui sont considérés comme "purs" ou "impurs". Les études regoupées ici s'intéressent à la notion de pureté physique : comment essaie-t-on d'atteindre l'idéal imaginaire d'un "corps pur" ? Par l'alimention principalement : nourriture végétarienne et "naturelle", plantes réputées dépuratives... Par des rituels de purification : femmes écartées de la vie domestique à certains moments de leur vie, mode de vie monastique. La pureté est aussi largement utilisée comme métaphore : pureté de sang de l'idéologie nazie, épuration du langage. Et un plongeon dans les impuretés urbaines (ici la ville de Grenoble du 18e au 19e siècle) nous montre que la purification de l'environnement est une très ancienne et difficile quête.
Colloque international organisé à l'université de Franche-Comté, 3-5 nov. 1994
Les communications de l'ouvrage approchent la culture européenne dans son aspect fédérateur, mais aussi sous l'angle des phénomènes de ruptures, des marges et des oppositions, de la résistance à la conscience européenne, enfin des régionalismes et des minorités. Il a été possible de mettre en avant un certain nombre de phénomènes qui se sont produits à l'échelle européenne — la charlatanerie au 18e siècle, le cosmopolitisme, le libéralisme, le matérialisme, la franc-maçonnerie, l'élaboration de mythes, tels le mythe de Venise ou le mythe de la Pologne — ce qui témoigne de convergences vers une identité culturelle européenne. Cependant, des réflexions examinent les tentatives de différents pays à affirmer leur propre identité, du fait que les fédérations du passé se sont avérées être un modèle plutôt négatif et que les expressions artistiques ont plutôt montré l'émergence des résistances à la conscience européenne.