Les utopies du XVIIIe siècle offrent un terrain idéal pour observer la richesse du genre utopique et la convergence des grandes problématiques propres à la réflexion utopologique : la question géographique des lieux de l'utopie, la question pragmatique de la réalisation et la question politique du rapport entre les principes de gouvernement et le bonheur du peuple. Où est l'utopie ? Que fait l'utopie ? Que peut l'utopie ? Voilà les questions auxquelles cet ouvrage pluridisciplinaire contribue à répondre en les reformulant à partir d'objets aussi différents que des récits de voyages fantastiques au centre de la terre et des satires aérostatiques ; les projets de réforme monarchique et de planification urbaine d'un roi-philosophe ; des descriptions de jardins et la critique des misères de notre état social par un moine radical.
Critique de la sécularisation et usages de l'histoire sainte à l'âge classique
Qu'entendre par modernité ? Résulte-t-elle d'une transposition des schèmes théologiques et des dispositifs théologico-politiques propres au christianisme médiéval, ou bien s'est-elle affirmée contre son propre passé théologique, en rupture avec les formes héritées du passé ? Et comment situer, dans ce processus, les philosophies de Hobbes et de Spinoza, comprises tantôt comme héritières des théologies de la toute-puissance divine, de l'augustinisme ou de la Réforme, tantôt comme inaugurant les Lumières radicales qui se sont par la suite diffusées dans toute l'Europe jusqu'à culminer à la fin du 18e siècle?À côté des nombreux travaux consacrés à l'herméneutique biblique chez Spinoza et chez Hobbes, ou à la question du théologico-politique et de la naissance des institutions politiques modernes, cet ouvrage veut montrer comment, à partir d'une interprétation nouvelle de l'ancien - l'Écriture sainte -, quelque chose d'inédit a été produit dans la pensée des institutions politiques, du droit, du corps politique et de la multitude. C'est paradoxalement en interprétant à nouveaux frais l'Écriture que la politique peut devenir, chez Hobbes, une création humaine ou, chez Spinoza, une oeuvre humaine dont la rationalité peut être pensée à différents degrés; ce qui revient à penser comment la modernité est aussi issue d'une politique de la Parole.
Jusqu'à Descartes, les rares textes philosophiques consacrés à l'aveugle le considéraient comme nécessairement prisonnier de l'ignorance et envisageaient la cécité comme une privation. Descartes, le premier, conçoit l'aveugle comme le détenteur de lumières dont le voyant est privé.À la fin du XVIIe siècle puis au siècle des Lumières, l'aveugle devient une figure déterminante dans la critique de la métaphysique classique et de la théorie des facultés subjectives. Il est au coeur en particulier du fameux problème transmis par le mathématicien et opticien William Molyneux à John Locke, qui l'expose dans l'Essai sur l'entendement humain : un aveugle de naissance, à qui une opération aurait rendu la vue, saurait-il distinguer un cube d'une sphère, s'il ne pouvait que les voir sans les toucher ?Cet ouvrage propose de façon originale une histoire philosophique de la cécité à travers ses principaux penseurs - Descartes, Berkeley, Diderot, Wittgenstein... - et se clôt par une étude d'Evgen Bavcar, philosophe et aveugle, qui nous confronte au questionnement de la cécité sur elle-même à partir des analyses d'Ernst Bloch.Contributions de :Evgen Bavcar, Marion Chottin, Thierry Drumm, Laura Duprey,Véronique Le Ru, Francine Markovits, Sabine Plaud, Kate E. Tunstall.
Depuis une vingtaine d'années, l'œuvre d'Emmanuel-Joseph Sieyès (1748-1836) fait l'objet de relectures, de redécouvertes. Cette grande figure intéresse les historiens pour son rôle politique crucial depuis les premiers jours de la Révolution jusqu'à l'arrivée au pouvoir de Bonaparte; il retient l'attention des juristes, particulièrement celle des publicistes, pour son inventivité en matière constitutionnelle et administrative, à la fois comme praticien et comme théoricien ; il est étudié, enfin, par les philosophes, pour ses apports en philosophie politique et juridique, mais aussi pour son oeuvre de métaphysicien, découverte à la faveur de la publication de ses manuscrits inédits. Le recueil Figures de Sieyès entend faire se rencontrer pour la première fois ces différents travaux et permettre à ces champs de se confronter et de s'interpénétrer. Les contributeurs venant de ces différents horizons disciplinaires se sont tous attachés à montrer la richesse de la réflexion de Sieyès et pour l'intelligence de leur propre discipline et pour encourager les décloisonnements, en passant par exemple de la linguistique au droit constitutionnel, de la métaphysique à l'économie, de l'histoire de l'Italie à la Constitution de l'an III, de Spinoza à l'art oratoire, de Rousseau au nominalisme.Avec des textes de : Éric Avocat, Vincent Denis, Christine Fauré, Bernard Gainot,Jacques Guilhaumou, Marc Lahmer, Alain Laquièze, Catherine Larrère, Pasquale Pasquino,Pierre-Yves Quiviger, Michel Troper, Andreï Tyrsenko.
La cinquième livraison de la Revue Fontenelle est divisée en deux sections. La première, qui traite de la place de Fontenelle dans la pensée des Lumières, est issue de deux tables rondes tenues lors du Congrès international des Lumières en juillet 2007 à Montpellier. La seconde inaugure une dimension annoncée de la revue, qui ne s'était jusque-là pas manifestée concrètement : son ouverture, au-delà de Fontenelle, aux milieux dans lesquels il a évolué. Elle est consacrée à Pierre-Robert Le Cornier de Cideville, parlementaire et personnalité de la vie intellectuelle et artistique rouennaise, dont l'abondante correspondance est en cours de publication.
La déduction transcendantale dans la deuxième édition de la Critique de la raison pure
Dans la " déduction transcendantale " - pièce centrale de l´édifice de la Critique de la raison pure -Kant cherche à résoudre le problème du rapport de la pensée à l´être. Soucieux de parvenir à une explication intelligible et concluante de la possibilité de cette relation, le philosophe a reformulé à diverses reprises sa solution du problème. Malgré cela, le texte présente bien des difficultés qui ont fait l´objet de nombreuses interprétations. La " déduction " devient cependant plus accessible, si l´on tient compte du fait qu´elle est structurée autour d´un principe fondamental : le " principe de l´aperception ", selon lequel toutes les représentations doivent être constituées de telle manière qu´elles puissent appartenir à un sujet unique. A partir d' un commentaire des paragraphes 15 à 27 de la Critique de la raison pure, le présent travail se propose de montrer que, pris comme fil conducteur, ce " principe de l´aperception ", qui s´enrichit progressivement tout au long du texte, permet de restituer l´enchaînement rigoureux de l´argumentation kantienne.
L'idée d'une destination communautaire de l'existence
Dans la Métaphysique des moeurs publiée en 1797, l'impératif catégorique kantien se présente comme le fondement commun au droit et à l'éthique, comme lois de liberté. Kant considère le droit comme un concept moral et construit une autonomie de la volonté générale. Afin de dépasser l'hétérogénéité qui existe entre ces lois morales, dans la relation de la loi à la volonté, il est alors nécessaire de penser la relation entre droit et éthique comme un passage téléologique. Le droit se révèle alors comme un moyen de son propre dépassement, dans la mesure où il conduit la communauté humaine à sortir de l'état de nature et à entrer dans un état civil, afin de tendre vers sa destination finale qui réside dans un état éthique.
Au sommaire : Fontenelle et la philosophie : J. Dagen, "Le philosophe selon Fontenelle" ; J.-M. Nicolle, "Le projet philosophique de Fontenelle dans ses éléments de la géométrie de l'infini" ; C. Poulouin, "La "chasse de Pan" ou l'écriture philosophique selon Bacon et Fontenelle" ; D. Ribard, "Philosophie et non-philosophie : Fontenelle et Descartes". Lire, interpréter Fontenelle : F. Bessire, "Des Amitiés, amours et amourettes de Le Pays aux Lettres galantes de Fontenelle : imitation et création" ; J. Goldzink, "À propos des Réflexions sur la poétique de Fontenelle" ; J.-P. Sermain, "Gamaches lecteur de Fontenelle (1704-1718)" ; I. Moreau, La Mothe Le Vayer, "l'"Histoire des oracles" d'un philosophe sceptique" ; C. Poulouin, "L'"Histoire des oracles" de Fontenelle comme "dénaturation" du traité de Van Dale" ; S. Hochedez, "Les Entretiens sur la pluralité des mondes : qu'ironiser, c'est apprendre à penser".
Les articles de ce volume se sont rencontrés sur un point bien précis : Kant est-il réductible à la vulgate kantienne, en particulier française ? Sa pensée est bien plus hésitante parfois, nuancée toujours, autocritique en un mot, pour se couler dans le moule d'une orthodoxie kantienne. C'est ce qui est montré ici tant à propos de la psychologie que de la morale ou du droit.
Nominalisme politique et sciences sociales au 18e siècle
En tant que concept social, principe politique et objet de savoir, la " société " est une création socio-historique, esquissée au 17e siècle et couronnée au 18e siècle. L'idée s'impose qu'elle est l'instrument collectif de l'épanouissement de la liberté individuelle. En approfondissant les liens entre l'histoire conceptuelle et la sociologie historique, les contributions font apparaître la trame unificatrice de " l'esprit de société ". Elles ouvrent également la voie d'une investigation interdisciplinaire, les approches combinées d'historiens et de philosophes amenant à revisiter la conception de la société qui s'épanouit au Siècle des lumières.
Quel rapport entretient la curiosité avec la connaissance ? Si elle suscite quelque méfiance chez les théologiens comme chez les philosophes, la libido sciendi apparaît dès l'Antiquité comme l'un des principes constitutifs de l'homme. Issus des curiosités de chercheurs d'horizons divers, ces textes s'interrogent sur les permanences, le devenir et les métamorphoses des diverses conceptions de la curiosité. Apparaissent ainsi dans leur rapport particulier à leur désir de connaissance, divers personnages : historiens, philosophes, lecteurs, voyageurs, amateurs d'art, scientifiques et autres avatars de curieux.