Situé dans le cœur historique du Marais à Paris, les Archives nationales conservent les documents qui émanent des organes centraux de l'Etat, du VIIe siècle jusqu'à l'époque contemporaine. Dotées, en 1867, d'un musée destiné à faire connaître au grand public l'Histoire de France, les Archives nationales ont bénéficié, sous l'impulsion de l'archiviste Charles Braibant et de l'historienne Régine Pernoud, de la création du premier service éducatif d'archives, dès le début des années cinquante. Le service éducatif des Archives nationales accueille, depuis, élèves et enseignants, dans le cadre de dispositifs destinés à leur faire découvrir le patrimoine national écrit, tout en favorisant l'interdisciplinarité, voire la transdisciplinarité. Souvent pionnier en terme de valorisation culturelle et pédagogique, il entend, par cet ouvrage, mettre le résultat de ses pratiques et de ses réflexions, à la disposition des étudiants et des acteurs de l'enseignement et de la culture. Élaboré en lien étroit avec des responsables et des personnels des services de conservation, de valorisation ou d'autres acteurs de l'éducation, il attire l'attention sur les pratiques pédagogiques les plus à même de répondre à la préoccupation fondatrice qui a présidé à son création : mettre les élèves en contact direct avec une source essentielle de l'écriture de l'Histoire.
Regards croisés sur la conférence comme vecteur de la vie intellectuelle, 1880-1950
En étudiant les intellectuels, les historiens ont le plus souvent privilégié la production écrite, qu'elle se manifeste sous la forme de livres, de brochures, de pamphlets, d'articles de journaux ou de revues, de proclamations, de pétitions... L'intellectuel est vu comme un "homme de lettres" dont l'arme de prédilection demeure la plume. Pourtant, la transmission des idées ne se limite pas à l'écrit, et, à négliger la transmission orale, on se prive de tout un pan, important, de l'activité intellectuelle. Dans le monde du savoir, le cours, ou la "dispute orale", constituent quelques-uns des fondements de la transmission des connaissances et de l'apprentissage académique. Les congrès et autres colloques scientifiques constituent autant de lieux d'échange, de sociabilité mais aussi de légitimité. Enfin, la conférence constitue une activité sociale importante ainsi qu'une modalité essentielle de la conquête d'un capital tant symbolique qu'économique des intellectuels. Comment caractériser cet objet historique aux contours a priori indéterminés ? Quelle fonction joue la conférence dans l'organisation du champ culturel et intellectuel ? Comment évolue-t-elle au cours des 19e et 20e siècles ? C'est à quelques-unes de ces questions que répond le volume consacré à un support médiatique encore largement méconnu.
Longtemps ignoré ou méprisé, le patrimoine industriel fait aujourd'hui l'objet d'une reconnaissance institutionnelle : les vieilles usines sont réhabilitées, les puits de mine inscrits dans les circuits touristiques et les objets de l'industrie muséifiés. Après avoir beaucoup détruit, on rêve désormais de tout conserver car les vestiges de l'industrie sont perçus comme constitutifs d'identités professionnelles ou locales dignes d'être valorisées. Si les sciences sociales ne peuvent ignorer ce désir de "patrimonialisation" qui vient d'en bas, elles ne doivent pas cependant se laisser submerger par ces mémoires singulières. Aussi, dans une visée critique qui associe chercheurs et professionnels du patrimoine et fait voyager le lecteur de la Lorraine sidérurgique au Nord minier et de Turin à Billancourt, le livre s'interroge sur le processus qui transforme l'usine en patrimoine, la seconde vie que lui donnent les nouvelles fonctions qui l'investissent et les conditions d'une histoire qui fasse toute sa place aux traces matérielles de l'industrie.
La ville est le lieu de naissance du christianisme ; elle l'a vu ensuite s'épanouir au point de s'identifier à cette religion, dans l'espace qu'il avait conquis. N'a-t-on pas coutume de mesurer les villes au nombre de leurs clochers ? Pourtant cette identification n'a pas été immédiate. Les chrétiens ont d'abord dû se cacher dans la ville avant de pouvoir s'en emparer. À l'inverse, la sécularisation observée depuis le 18e siècle a d'abord concerné les villes (à l'image de Paris), premières touchées par la "déchristianisation", la politique de laïcisation engagée en France à partir de la Révolution visant à faire disparaître précisément toute trace d'identification au christianisme. La ville devenait ainsi un terrain de conflit entre chrétiens et libres-penseurs. Mais le phénomène n'est pas nouveau. Au Moyen Âge, dans les villes divisées entre chrétiens et musulmans, au temps de la Réforme, les luttes ont fait rage pour le contrôle de l'espace urbain. Il en reste des traces innombrables, à commencer par les églises et les temples, les croix, les noms de lieux qui sont autant de signes du lien entre les chrétiens et l'espace urbain. Les études recueillies dans le volume analysent comment se construit l'identité du chrétien dans la ville par l'investissement du territoire urbain par les chrétiens, les pratiques cultuelles propres à la ville, et la place particulière de la paroisse. Complété par une approche historiographique, le livre apporte ainsi une contribution importante sur la place du religieux dans la cité.
Poumon de la ville, lieu de croisement des hommes et des cultures, la Garonne a toujours été une source de richesses pour Bordeaux. Un port est un carrefour où se croisent et se rencontrent des influences diverses, notamment dans le domaine de l'alimentation. Au port de Bordeaux se sont rencontrés les ressources du fleuve limoneux, de l'alose à la lamproie, les produits des terroirs aquitains, du vin au confit, et les denrées coloniales importées des Antilles. Cette ouverture du port sur l'océan participe de l'évolution de la gastronomie portuaire. À Bordeaux, à Buenos Aires, à Porto ou à Hambourg, existe-t-il vraiment une singularité des cuisines portuaires ? Afin de retrouver les influences, d'identifier les saveurs et de saisir les subtilités du goût dans les villes maritimes, le livre invite à un véritable voyage gustatif de plus de trois siècles (du 18e au 20e siècle).
La famille fait-elle bon ménage avec l'argent ? Pour beaucoup d'entre nous, sous peine d'échec ou de réprobation, c'est l'amour, l'affection et la solidarité qui devraient structurer les relations familiales ; et les mondes de l'intimité et de l'économie, sous peine de pollution réciproque, devraient éviter tout contact. Pour V. Zelizer, il convient d'étudier la signification des rapports qu'entretiennent ces deux sphères qui, bien loin d'être séparées, sont imbriquées au quotidien. C'est la tâche que les ethnologues et sociologues se sont ici fixés. Les familles d'allocataires du RMI, montre E. Ribert, préfèrent généralement leur offrir des cadeaux en nature, comme si la monnaie, dans certaines situations, se révélait un mauvais "moyen d'échange". D. Roy identifie les discussions, sur Internet notamment, et les manières de redistribuer l'argent au sein des ménages. A. Martial et S. Cadolle mettent en lumière, dans les couples recomposés, le rôle des nouvelles compagnes dans le maintien d'une relation de solidarité entre les pères divorcés et leurs enfants devenus adultes. Après le décès des parents d'une famille de commerçants, S. Gollac s'est aperçue que les partages prennent en compte non seulement le capital matériel — ici, une boulangerie mais aussi le capital symbolique — la possibilité ou non de faire des études des différents enfants. Quant à F. Weber, elle décrit la succession d'une vieille dame sans enfants à Barcelone qui, profitant des particularités du droit catalan, a privilégié ses "affinités affectives" au détriment du droit du "sang". T. Barthelemy et P. Ténoudji nous entraînent dans des époques ou lieux plus lointains qui ont cependant un point commun : pour les châtelains bretons des 18e et 19e siècles comme pour les Napolitains d'aujourd'hui, c'est à la famille, et non à l'État, qu'il revient de payer pour l'éducation des enfants.
"Connaître sa place, savoir se montrer, affirmer sa position sociale est une préoccupation constante sous l'Ancien Régime. L'ordre au seoir et au marcher participe de la dignité, voire même de la définition des individus. Les valeurs conditionnent les postures, de même qu'aux postures sont attachées des valeurs. C'est précisément ce qui rend la question si sensible, car le rang dit le statut, mais crée aussi de l'honneur : une place gagnée est une promotion. Autre façon de dire son rang, les préséances, comme les appellations, qualifient les individus en exprimant leur statut. (…) Intervenant peu ou prou à tous les niveaux de la société d'Ancien Régime, la question est ici abordée à partir de la Cour, prise comme modèle d'un monde qui part et va au roi. (…) Analysé en tant que système, le fonctionnement de l'entourage royal peut ainsi être étendu à toute la société, par les règles qu'il suscite, formalise, impose." Fanny Cosandey, p.169.
Au sommaire : M. Prost, "La pratique de l'isonymie matrimoniale dans les populations anciennes du sud-est de la France (1546-1899). The Practice of Matrimonial Isonomy among the People of Southeast France from 1546 to 1899" ; L. Lorenzetti et R. Schumacher, "L'endogamie matrimoniale dans les villes suisses, 1880-1930. Effets structurels et préférences individuelles. Matrimonial Endogamy in Swiss Cities, 1880-1930 : structural Effects and individual Preferences" ; C. Lemercier, "Les carrières des membres des institutions consulaires parisiennes au XIXe siècle. Career Patterns in Parisian Economic Institutions in 19th century" ; F. Carbonel, "L'asile pour aliénés de Rouen. Un laboratoire de statistiques morales de la Restauration à 1848. The Rouen Asylum for the Insanes: a Laboratory of the moral Statistics, 1825-1848" ; E. Zei, ""La lune sous la terre". Contribution à l'histoire de la mesure du temps dans les sociétés rurales du monde méditerranéen moderne. "The Moon under the Earth" : A Contribution to the History of Time Measurement in rural Societies of the Modern Mediterranean World".
À égale distance de la bonhomie de la place des Vosges et du chic glacé de la place Vendôme, la place des Victoires offre une image riche en contrastes. Place royale jadis, place-carrefour naguère, capitale du " bon goût " aujourd'hui, cet ensemble architectural raconte à travers ses mutations l'histoire de Paris et de la France. L'ouvrage collectif qui lui ici consacré en démultiplie les perspectives : historique, esthétique, politique, économique, sociale et urbaine. Riche d'une iconographie de qualité, souvent inédite, ce livre contribue à faire redécouvrir et admirer un lieu illustre du cœur de Paris.
Une économie politique du crédit à Paris, 1660-1870
Aujourd'hui les institutions de crédit vont de soi : qu'en était-il sous l'Ancien Régime qui ne possédait pas d'institutions financières modernes ? Paris, entre 1660 et 1870, est un laboratoire idéal pour répondre à la question : à la fois grand centre financier et lieu de tous les bouleversements qui marquent l'Europe d'alors. Or le crédit s'y développe grâce aux notaires qui favorisent sa diffusion bien au-delà d'une petite minorité masculine et riche. On est loin des schémas courants selon lesquels un système financier ne peut s'épanouir sans bourse et sans assemblée représentative forçant l'État à payer ses dettes. Mettant en œuvre une méthodologie neuve, le livre montre combien l'histoire influe sur l'évolution des marchés. Et, comme l'analyse du crédit à Paris renvoie aux attentes et aux représentations des acteurs – prêteurs ou emprunteurs –, elle permet aussi de mieux saisir en quoi ils contribuent à l'histoire, notamment lors de ces grands chocs que sont l'épisode de Law et, plus encore, la Révolution.
Ce onzième volume vient clore la grande entreprise éditoriale (entamée en 1984) des "Atlas de la Révolution française". Il s'agit cette fois d'un atlas entièrement consacré à Paris, qui récapitule, de façon lisible sous la forme de graphiques et de cartes, les éléments d'un bilan historique, et fonde une réflexion sur un Paris révolutionné (en partie par des provinciaux arrivés depuis peu dans la capitale) et sur sa place dans un espace national transformé. La Révolution, en effet, assure à la ville et à ses institutions sa place définitive dans l'espace national, en même temps qu'elle oriente la société française dans une conception de l'existence et de l'espace négociée verticalement, de haut en bas.