Cet ouvrage rend hommage à Françoise Moreil, maîtresse de conférences en histoire moderne et grande spécialiste du protestantisme méridional, en compilant ses articles les plus importants. Il met en lumière le cas particulier que représente la principauté d'Orange, longtemps terre de tolérance pour les protestants comme pour les catholiques.
Cet ouvrage est consacré à l'évolution des pratiques religieuses chez les Nanaï de l'Extrême-Orient, entre la Russie et la Chine : la disparition progressive des chamanes a-t-elle signifié la fin du chamanisme ou faut-il parler d'adaptations et de transformations ? Grâce à des terrains dans la région de l'Amour entre 2011 et 2015, Anne Dalles Maréchal rend compte des stratégies culturelles de ce peuple de la rivière : les changements d'interprétation du registre mythique et rituel qui permettent de comprendre comment les Nanaï abordent le monde qui change ; les conversions aux christianismes, où ruptures et continuités répondent aux logiques de l'histoire ; enfin, la broderie dont le savoir-faire ancien permet aujourd'hui de créer des identités visuelles dans le cadre de la patrimonialisation des minorités de Russie.Grâce à l'Auteure, on mesure le dynamisme reconstructeur de la " tradition " et l'agentivité d'un peuple autochtone minoritaire face à une culture dominante pluriséculaire.
La réception et l'étude de l"œuvredu philosophe et historien polonais Leszek Kolakowski semblent aussi fragmentées que le destin propre de ce penseur. Actif en Pologne dès les années 1950, auteur d'une vaste Histoire du Marxisme (1976) qui ne sera partiellement traduite en langue française qu'en 1987, et d'une fresque sur les dissidences chrétiennes au XVIIe siècle, Chrétiens sans Église, par laquelle il est d'abord et surtout connu, il quitte son pays après 1968 pour l'Europe occidentale et les États-Unis d'Amérique. L'oeuvre de Kolakowski, trop mal connue encore en France, ouvre une perspective d'une acuité et d'une singularité rares sur l'histoire intellectuelle de l'Europe.Le recueil de Varia enrichit plusieurs domaines d'élection de la Revue: les politiques religieuses, la place du fait religieux dans les chaînes de transmission générationnelle et la pluralité des cultes dans le monde contemporain, le problème de la patrimonialisation des " biens " religieux, etc.
Dans les pays les plus catholiques, les capitales comme Bruxelles, Paris, Port-au-Prince, Québec ou Rome ont cristallisé l'opposition traditionnelle entre les métropoles, lieux de perdition morale, et les villages, lieux de préservation de la foi ancestrale. Quelles stratégies de reconquête urbaine les catholiques ont-ils déployées depuis au moins deux siècles, conscients que l'avenir se joue aussi au centre? Quelles lectures du monde urbain et quels imaginaires des villes ont-ils proposés?Dans ce dossier thématique, des spécialistes de différentes disciplines montrent que les mouvements catholiques ont engendré des dynamiques propres où la capitale s'est imposée comme " terre de mission " et objet de " croisades " pastorales à travers la popularisation de lieux de culte et l'inscription de signes visibles dans l'espace et le temps des villes.Il s'agissait surtout de sauvegarder une communauté catholique bouleversée par les transformations rapides des sociétés occidentales aux XIXe et XXe siècles. Les étapes de la vie (naissance, initiation religieuse, mariage, mort) et les sphères de la société (mouvement de jeunesse, relations amicales et conjugales, loisirs, transmission des valeurs) ont ainsi dû être balisées à un moment où le maillage géographique et social s'est éloigné de la paroisse. Mais la reconquête de l'espace public par des tentatives de représentation politique s'est heurtée à la privatisation croissante de la croyance.
Pasteur, théologien et conseiller de princes, Pierre Viret (1509?-1571) est à la fois l'auteur d'une œuvre littéraire vaste et originale, qui a rencontré un grand succès dans l'Europe du XVIe siècle, et le seul réformateur issu du pays romand. Il est au centre de cet ouvrage qui s'intéresse autant à l'œuvre et à l'action de Viret qu'aux contextes religieux dans lesquels elles s'inscrivent.Dix-huit contributions des meilleurs spécialistes, croisant les approches littéraires, socioculturelles et d'histoire des idées, éclairent sous un jour nouveau ce personnage encore méconnu, qui a pourtant joué un rôle emblématique dans la diffusion de la Réforme en Suisse et en France.Les articles sont publiés dans leur langue originale, en français ou en anglais, et sont tous accompagnés d'un substantiel résumé dans l'autre langue.
Ces trente dernières années, l'Église catholique a multiplié sur des scènes nationales et internationales des demandes de pardon dont la publication s'est accélérée à l'approche de l'an 2000. Parmi elles, on relève les nombreuses déclarations de Jean-Paul II qui se lance, dès le début de son pontificat, dans une véritable croisade de la repentance, ainsi que celles d'évêques clarifiant, sur tous les continents, le rôle de l'institution ecclésiale dans les événements dramatiques de ces vingt derniers siècles. Guerres, dictatures, génocides, injustices, pédocriminalité... la liste des maux passés au crible de l'Évangile paraît interminable. L'étude de ces mea culpa est l'objet de ce livre. Elle est passionnante. Elle révèle une Église à l'écoute de ses fléchissements et de ses incohérences (un divorce entre sa manière de vivre et la foi qu'elle professe), faisant appel aux historiens pour relire les événements et se dotant d'un référentiel inédit de l'auto-dénonciation. En effet, les discours de la repentance catholique se situent au confluent d'une théologie du péché, structurée sur le fondement du péché personnel et sur celui du péché collectif (ou " structures de péché "), d'une théologie de l'Église qui établit une relation communionnelle entre l'Église d'aujourd'hui et l'Église d'hier et, enfin, d'une théologie du sujet, sensible aux droits de la personne. À l'aube du XXIe siècle, on entend l'Église catholique prêcher la réconciliation sur tous les lieux de souffrance de l'humanité. Qui a cru qu'elle avait dit son dernier mot ?
Dans l'Antiquité, l'origine divine de la loi et sa nature religieuse, conduisent à considérer la religion comme le fondement même d'un droit envisagé comme un véritable monument. Progressivement, on Dans l'Antiquité, l'origine divine de la loi et sa nature religieuse, conduisent à considérer la religion comme le fondement même d'un droit envisagé comme un véritable monument. Progressivement, on en vient à laisser la résolution des problèmes juridiques à la seule intelligence humaine et donc à glisser d'un fondement du droit exclusivement religieux, parce que révélé, à une conception qui tendrait à scinder religiosité pure et pratique juridique ; la religion est alors conçue comme une source du droit à laquelle s'est abreuvé le droit de l'Occident chrétien. Distinguer religion et droit ne signifie pas que ce dernier perde pour autant ses aspects religieux mais plus précisément que les moyens humains de découverte du droit doivent puiser non dans la Révélation, mais dans la Nature, patrimoine commun de l'humanité.Après des siècles d'intégration du droit à telle ou telle conception religieuse du monde, allant du droit révélé par Dieu aux différents systèmes juridico-religieux, la très progressive insertion du droit en la nature même de l'Homme est peut-être une autre voie permettant, non plus par injection d'irrationnel religieux, mais par intrusion de rationalité scientifique et profane, de relier le Droit à d'autres fins dernières?
L'ouvrage a pour objet de dresser un panorama des évolutions catholiques les plus contemporaines en croisant les approches disciplinaires. Au-delà du cas français, une attention particulière est également portée à d'autres configurations nationales marquées par un catholicisme majoritaire aujourd'hui en voie plus ou moins rapide d' " exculturation ". Confronté aux défis de la modernité, le catholicisme a entrepris dans la seconde moitié du XXe siècle une transformation considérable de son auto-compréhension et de son organisation, cristallisée dans le concile Vatican II. Il oscille aujourd'hui entre deux attitudes. La première est une forme affichée et revigorée d'intransigeantisme, que l'opinion publique perçoit comme romaine. Différentes illustrations en sont offertes par les évolutions récentes du droit, en des domaines qui focalisent l'attention inquiète du magistère catholique (famille, bioéthique, euthanasie…). La seconde tente des ajustements entre l'enseignement de l'Église et la culture moderne. Diverses recompositions dans le rapport au territoire, à l'autorité et aux autres religions, en donnent des exemples pertinents malgré les débats internes qu'ils suscitent. Cet ouvrage permet de confronter les acquis de recherches récentes, innovantes et encore éparses qui manifestent un regain d'intérêt pour le catholicisme comme objet d'études en sciences sociales, non seulement en France mais également en Espagne, en Italie et au Québec. La dynamique paradoxale contradictoire " changement/maintien de la tradition " qui y prévaut s'y trouve interrogée. L'Église catholique apparaît ainsi confrontée à un double défi : celui de sa déprise sociale (plus ou moins avancée selon les contextes nationaux) et celui de sa réforme interne.
Les Pays-Bas du sud, largement gagnés à la Réforme au seizième siècle, n'apparaissent plus au vingt et unième siècle comme une terre protestante, même si le réformateur Jean Calvin, dont on a célébré le cinq centième anniversaire en 2009, est natif de la picarde cité de Noyon. La minorité protestante, qu'elle soit demeurée dans la contrée, expatriée ou réimplantée à l'occasion des réveils du dix-neuvième et du vingtième siècles a néanmoins joué un rôle important dans la vie culturelle du Septentrion.La première trace de cette influence est révélée par le nombre important d'écrivains et artistes qui s'attachent à la diffusion du texte biblique : l'humaniste Jacques Lefèvre, né à Étaples, gagné à l'évangélisme professé par Marguerite de Navarre et la cour de Nérac, inaugure un cortège de traducteurs qui intègre le noyonnais Robert Olivétan, traducteur de la Bible en français à la demande des communautés vaudoises, et Samuel Desmarets, natif d'Oisemont et pilier du Refuge huguenot des Pays-Bas, sans négliger l'anglais William Tyndale, martyrisé à Vilvoorde ; il convient de ne pas oublier la riposte que constitue la traduction catholique de la Bible en anglais, fruit du travail du Collège de Douai.
Le mythe des terreurs apocalyptiques de l'an Mil repris et amplifié par les romantiques a donné du premier millénaire une image sanglante, obscure et partielle. Dans l'univers ottonien, alors centre du monde, ce fut tout un projet de société fondé sur la paix et la justice qui s'élabora. L'Église participa activement à cette réforme en définissant un modèle de société fondé sur l'entraide et le secours mutuel. Elle s'efforça également dans le cadre de la vita apostolica, de valoriser l'action des laïcs afin de les conduire sur le chemin du salut.Les anecdotes angoissantes de Raoul Glaber ont souvent masqué les images lumineuses données aux " simplices et docti " par des maîtres anonymes dans la peinture, l'architecture et les arts pour la compréhension des Évangiles. Cet enseignement dans son mode opératoire psycho-pédagogique visait à expliquer les mystères de la Foi, les enraciner au cœur des hommes afin de les aider tout au long de leur vie à progresser dans l'espérance de la Résurrection.L'Evangéliaire de l'archevêque Egbert de Trèves, un manuscrit de la fin du Xe siècle, classé récemment dans la " Memory of the World " en illustrant par des images claires le texte sacré participa de ce mouvement tout autant que les mêmes fresques mise en scène sur les murs de l'église paroissiale de la Reichenau. C'est une véritable renaissance qui se développe accueillant les multiples apports esthétiques et théologiques du premier millénaire latin et byzantin pour ouvrir de nouvelles perspectives dans la transmission de la foi en Europe, y compris sous la forme adaptée du Héliand. L'évangéliaire lillois de Saint-Mihiel (XIe-XIIe siècle) illustre la continuité et l'évolution de cette forme d'enseignement.L'histoire de la communication s'enrichit ici de l'une de ses plus belles pages et permet d'en faire un paradigme pour traiter des problèmes soulevés par l'utilisation de l'image, pour rejoindre dans une dimension philosophique et spirituelle, la complémentarité du Beau et de la Vérité.
Album paléographique et diplomatique de l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune (VIe-XVIe s.)
L'écriture et sa conservation constituèrent une préoccupation importante des religieux de Saint-Maurice, si l'on en juge leur actuel dépôt d'archives, dont l'importance est à l'image de la riche histoire de cet établissement ecclésiastique occupé sans interruption depuis le Ve siècle. Longtemps délaissées, ces archives font l'objet depuis 2000 d'un très important travail de restauration, de reclassement et de numérisation, mené par la Fondation des archives historiques de l'abbaye de Saint-Maurice. De nouvelles perspectives s'ouvrent ainsi sur les archives de l'abbaye, dont cet album vise à montrer la richesse, en présentant un choix de 30 documents. Echelonnés du VIe au XVIe s., ils sont reproduits et accompagnés d'un commentaire, d'une transcription et d'une traduction française. Au-delà de la perspective proprement didactique de cet ouvrage, qui procède pour une part des enseignements de paléographie et de diplomatique donnés dans les universités de Lausanne et de Savoie, cet album se veut aussi une contribution à l'essor de la culture écrite qui caractérise l'histoire de l'Occident médiéval. Si les archives ne sont souvent considérées que comme un ensemble disparate de documents ayant traversé les siècles, elles méritent aussi d'être étudiées pour elles-mêmes, à travers l'enjeu social que représentèrent leur production et leur conservation. C'est dans cette perspective que ces 30 documents ont été choisis et analysés, afin de replacer dans leur contexte religieux et seigneurial les stratégies qui ont amené les religieux de Saint-Maurice à écrire et conserver.
La principauté de Montbéliard formait une enclave entre Franche-Comté, Alsace et Suisse, sous la souveraineté de la maison de Wurtemberg ; son annexion à la France (partie par Louis XIV, et en 1793), le lie à la Franche-Comté. Le Pays de Montbéliard a développé un système scolaire spécificquement protestant auquel était attachée la population tant pour son propre équilibre, spirituel et temporel, que pour se défendre face au catholicisme. L'auteur étudie les écoles de village, le réseau scolaire, la scolarisation, l'enseignement secondaire, la situation particulière de l'enseignement féminin, les maîtres et leur formation.Le franchissement des coupures traditionnelles privilégie l'étude des permanences dans un cadre où la continuité culturelle joue sur les mentalités.