Ce numéro varia éclaire les usages du religieux comme catégorie, principe de régulation et institution.C. Clémentin-Ojha montre comment la traduction de secular dans la Constitution indienne révèle les tensions entre droit, État et définition de la catégorie " religion " dans l'hindouisme. Dans son analyse de la judiciarisation du blasphème au Pakistan, P. Rollier souligne que catégoriser un acte comme contraire à la religion ne relève pas seulement de modes de croire, mais aussi de logiques issues d'une histoire juridique et coloniale.L. Seurat et J. Safar éclairent ensuite les enjeux de régulation du religieux, à travers le cas du marché du hajj en France, où contrôle des mobilités et fabrication d'un " islam de France " s'entrecroisent. C. Vincent-Cassy retrace l'essor du culte de l'archange Raphaël sous Charles II, instrument de protection et de légitimation dynastique.E. C. Calabrese aborde le Hezbollah comme une institution à la fois religieuse, politique et militaire. À l'inverse, M. Colin montre que les membres du Temple Satanique se réapproprient la figure de Satan comme symbole d'émancipation envers la contrainte institutionnelle.Enfin, M. S. Chaidron s'intéresse à la récupération catholique de Claude Bernard, posant la question – centrale pour les sciences sociales des religions – des frontières entre science et religion.
Cultes et usages chrétiens des corps saints des Réformes aux révolutions (vol. 2)
Dans ce second volume, les " saintes reliques " se retrouvent sur les champs de bataille des grands conflits religieux du 16e siècle, de la Révolution française (dont l'enquête présentée ici fait apparaître le rôle central dans la transformation des lieux et des milieux du culte des corps saints), et des premières années de la Russie soviétique. La relation intense des corps saints et des lieux sacrés, le rôle des reliques dans l'expansion planétaire de l'Europe moderne et, pour finir, la solidarité de la relique et de son reliquaire, aussi étroitement liés que l'arbre à son écorce, sont également interrogées.Cet ouvrage fait suite à un premier volume consacré aux grandes étapes du discours polémique sur le culte des corps saints.L'ensemble de ces études, enrichies par une illustration et une documentation variée, montre la vitalité du culte des corps saints et renouvelle l'histoire du culte.
Cultes et usages chrétiens des corps saints des Réformes aux révolutions (vol.1)
L'invention, la circulation et les usages multiples des reliques des corps saints ont souvent pu apparaître comme une spécificité de l'Europe médiévale. Observées sous toutes leurs faces les reliques, vénérées, contestéesou réaffirmées, se découvrent ici comme un fil continu de l'histoire du mondechrétien. Ce premier volume, en retraçant les grandes étapes du discours polémique sur le culte des corps saints, révèle la puissance de ces vestiges sacrals dans la vie des cités, des États et des empires. Un travail remarquable par la riche documentation qu'il offre, et inédit dans l'histoir du culte.Ce volume est suivi d'un second, qui traite plus particulièrement des grands conflits religieux du XVIe siècle. L'ensemble montre la vitalité du culte des corps saints.
Le voyage de Grèce entrepris par Pausanias au IIe siècle de notre ère est une expérience concrète qui fait de chaque lieu parcouru, de chaque monument croisé, lorsqu'ils sont choisis à cette fin, une parcelle de l'identité grecque. Le système religieux dont le visiteur rend partiellement compte, en assumant fermement ses choix, est un ensemble de comportements et de représentations imbriqués dans tous les aspects de vie des Grecs. Dès lors, le voyage à la source de la culture grecque dont témoigne la Périégèse se trouve continument alimenté par un tel matériau. En marchant sur les traces de Pausanias, les historiens de la religion grecque, à leur tour, collectent des fragments de cette vie religieuse en érigeant son œuvre en source de leur enquête. Mais ils sont tributaires des choix qui ont été opérés il y a presque deux millénaires par cet érudit venu d'Asie Mineure. Tenir compte de ces choix et replacer les données dans l'ensemble de l'œuvre qui les porte sont deux impératifs essentiels qu'illustre ce "Retour à la source".
Un observatoire des tensions de la société palestinienneLes pèlerins qui se rendent aux sanctuaires de Moïse et de Sâlih sont principalement guidés par le désir de se retrouver entre Palestiniens. Les deux lieux saints se transforment en symboles d'une Palestine retrouvée et rassemblée.Mais, dans le même temps, ils constituent un parfait observatoire des tensions qui traversent la société palestinienne de ces années charnières : tensions entre religieux et politique ; familles et nation ; hommes et femmes ; mémoire héroïque et mémoire blessée du vaincu ; " vieille " Palestine et Palestine des accords d'Oslo ; tradition et modernité. De ces tensions, découle une atmosphère de grande anarchie qui contraste avec le désir de communauté énoncé par l'ensemble des acteurs.L'auteur – anthropologue – explore ces fractures, tout en essayant de comprendre l'instance de régulation qui produit de la cohérence là où ne semble régner que contradictions. Les relations entre religion et politiqueL'enquête s'est déroulée dans le cadre de la Palestine des années 1998-2003. Le déclenchement de l'Intifada al-Aqsâ en septembre 2000 a contraint Emma Aubin-Boltanski à modifier son approche méthodologique et théorique. Jusque-là, ce travail portait sur l'instrumentalisation d'un rituel religieux par les représentants du pouvoir politique. Le déclenchement de la guerre, et la phase de " déconstruction nationale " qui s'ensuivit, révélèrent la dimension religieuse de ces fêtes, alors peu visible, mais essentielle pour la survie du rituel. Le résultat de cette enquête en deux étapes est une meilleure compréhension de la façon dont se construisent, à travers certaines médiations cultuelles, les relations entre religion et politique.Un récit vivantAu cours de son exploration, de ses rencontres dans les lieux saints, l'auteur a perdu son statut d'observatrice extérieure, pour gagner un statut intermédiaire. C'est avec un regard quasi du dedans qu'est saisi le pèlerinage et à travers lui la société palestinienne. Les photographies qu'elle a prises illustrent à la fois le propos de son enquête, et ce regard particulier.
Ancêtres, lignages et communautés idéales, 16e-20e siècle
Les communautés humaines, les lignages ou les individus ont parfois la tentation de se donner des ascendances fabuleuses, fausses mais crédibles et efficaces, qui rehaussent leur dignité aux yeux de leurs contemporains. La construction de ces "généalogies imaginaires" a pu, selon les moments, les besoins et les individus, ou encore les valeurs dominantes du temps, s'inscrire dans deux ordres bien différents : celui du religieux qui amène à revendiquer une adhésion très ancienne à la religion dominante (ou la fidélité à sa forme les plus pure) ; celui de la culture laïque, qui affectionne les ascendances légendaires propres à légitimer les vertus que l'on revendique pour soi-même. De Benedict Anderson à Pierre Nora ou Colette Beaune, les études sur la naissance des identités nationales ont pris en compte cette dimension. Ici, en dehors des identités nationales, d'autres niveaux de l'appartenance identitaire sont explorés : en deçà, celui de l'appartenance locale ou ethnique ; au-delà, celui de la place que l'on se donne, à l'époque moderne, au sein d'une chrétienté qui se fragmente ou, un peu plus tard, de tel ou tel empire qui se disloque. L'analyse a été centrée sur les sociétés européennes qui se sont étendues de part et d'autres des mers et, à travers quelques exemples, elle a également pris en compte les redéfinitions identitaires de groupes colonisés. La vigueur des patriotismes locaux, les défis liés aux déplacements des migrants et à leur enracinement outre mer, les défis lancés aux peuples dominés, nous offrent en effet un beau terrain d'observation.
Les textes réunis ici interrogent les destins de l'œuvre ethnographique de l'" homme de terrain " qu'a été Maurice Leenhardt (1878-1954), missionnaire et ethnologue de la Nouvelle-Calédonie. Celui que James Clifford a salué comme le précurseur d'une anthropologie polyphonique ou plurivocale, où ethnographe et interlocuteurs locaux croisaient leurs voix, a-t-il été une figure marginale de l'anthropologie française ? ou l'auteur d'une phénoménologie religieuse originale, occultée par la tradition rationaliste et structuraliste dominante dans cette discipline ? Ou encore a-t-il été plutôt un missionnaire inscrit dans une position coloniale ou l'initiateur d'une théologie de la libération, voire du mouvement national kanak ? L'ouvrage répond à ces questions et donne un ensemble d'éclairages sur la production du savoir ethnographique en situation coloniale et sur le christianisme océanien — ce faisant, il s'inscrit dans le riche débat sur les rapports entre anthropologie et mission.
La ville en Asie du Sud, héritière des cités parmi le plus anciennes de la planète, s'inscrit dans une région à prédominance rurale pourtant génératrice de mégapoles. Ces très grandes villes à l'avant-garde de l'ouverture économique du sous-continent indien vivent des transformations rapides sous l'effet de la mondialisation. Dans l'univers urbain, le poids de la strate coloniale se révèle beaucoup plus riche en hybrides et en créations originales que ce que la logique de la dépossession et de la domination aurait pu laisser supposer. C'est là l'une des spécificités du cas indien, légataire d'un héritage historique unique sur lequel s'est greffée l'empreinte de la modernité, sans que les repères traditionnels perdent tout leur contenu car ils en sont, parfois, fécondés. Trois grandes thématiques traitent de l'évolution de ces phénomènes urbains : structure de la ville et recompositions socio-spatiales ; tensions sociales et tensions urbaines ; restructuration des espaces économiques.
La Bible d'Acre est restée inédite. Elle a surtout intéressé les historiens de l'art qui ont étudié les enluminures des manuscrits originaires des ateliers d'Acre, au 13e siècle. Le texte est d'un intérêt majeur. Il représente une première étape sur la voie qui conduit à une traduction intégrale de la bible en français. C'est aussi une œuvre politique qui signifie aux croisés qu'ils poursuivent l'œuvre des Hébreux partis jadis à la conquête de Canaan.
Les diverses contributions réunies dans ce volume sont indépendantes les unes des autres. On retiendra : une réflexion sur l'ancien calendrier yoruba qui apparaît comme un type d'incorporation de la cosmologie dans la rationalisation de la vie sociale, avec le lien entre croyance et connaissance, le calendrier étant construit sur la base d'une échelle de valeurs tirées de la vision cosmologique de l'univers. Deux contributions traitent de la sexualité féminine et masculine, l'une portant sur le premier rapport sexuel chez les jeunes filles à Yaoundé. D'autres contributions abordent le "transnationalisme", avec, par exemple, les Sénégalais mouride en Italie, ce qui permet d'analyser les processus à travers lesquels les immigrés tissent des réseaux et maintiennent des relations sociales multiples entre la société d'origine et les sociétés d'accueil.
Linguistique, mythologie, anthropologie, histoire se trouvent ici convoquées pour éclairer différents composantes du champ littéraire indien : multidisciplinarité qui n'est pas seulement reflet de la pluralité de l'objet étudié, mais exigence méthodologique pour appréhender ce large éventail de littératures en relation avec les contextes socio-religieux de leur production, et, par là même, pour accéder au monde des représentations et aux modèles collectifs qui régissent l'Inde historique et sont présents dans l'Inde contemporaine. Nul doute enfin, que ces textes foisonnants n'aient été le lieu de bien des fantasmes de la pensée occidentale. L'étude de quelques-uns d'entre eux nous renvoie cette fois — jeu de miroirs — à notre propre imaginaire.