Avec plus de cent textes écrits par trente-trois auteurs majeurs, cette anthologie offre une vision détaillée des principales problématiques auxquelles les philosophes en terre d'islam ont été confrontés, ainsi que des solutions spéculatives qui ont été déployées. Elle remédie ainsi à l'absence de reconnaissance des nombreuses richesses de cette tradition philosophique.Lecteurs et lectrices y découvriront les textes de figures emblématiques comme Kindī, Fārābī, Ibn Sīnā (Avicenne), Ghazālī et Ibn Rushd (Averroès), mais aussi des fondateurs d'écoles, comme Suhrawardī (le maître de l'ishrāq) et Mīr Dāmād (surnommé " le Troisième Maître "), sans oublier leurs disciples et leurs adversaires.Bilingue, cette anthologie présente en même temps les textes originaux et leur traduction dans une langue fidèle à la subtilité des concepts et dépourvue de néologismes abusifs. Elle est d'une portée pédagogique accessible aussi bien aux débutants qu'aux étudiants confirmés.
Figure de sagesse et philosophe lettré, magistrat et musicien hors pair, Ostad Elahi (1895-1974) a traversé le XXe siècle, de la Perse à l'Iran moderne, en cultivant un projet singulier. Héritier d'une haute lignée spirituelle, il a exploré les voies de l'expérience religieuse et mystique avant d'en produire une synthèse rationnelle à portée universelle, dégagée des particularismes confessionnels: la " spiritualité naturelle ". Celle-ci ne vise rien de moins que l'accomplissement de l'humanité véritable à travers une pratique du perfectionnement de soi repensée comme " médecine de l'âme " et conduite au cœur de la vie moderne.Ostad Elahi a incarné cette spiritualité in vivo. Sa trajectoire biographique, son héritage intellectuel et artistique font ici l'objet d'une approche polyphonique et transdisciplinaire (philosophie et religion comparées, psychologie morale, musicologie, histoire du droit). On y découvre la fonction de la raison dans la mise en œuvre d'une éthique appuyée sur les principes communs aux grandes religions.Contributions de:
Leili Anvar, Anne Baudart, Bernard Bourgeois, Élie During, Jean During, Soudabeh Marin, James W. Morris
La " servitude volontaire " est une formule mobilisée tant dans le champ universitaire que dans le champ intellectuel ou journalistique. Ses usages, parfois référés au Discours de la servitude volontaire de La Boétie et, plus rarement, appuyés sur une lecture précise de ce texte, prétendent situer la source de la domination dans le libre consentement de ceux qui la subissent. Mais cette formule au caractère oxymorique, presque provocateur, occulte le plus souvent les véritables causes de cette apparente volonté de servir. Les explications de ce phénomène, telles que le désir, la coutume, la soumission consentie, la domination symbolique, l'obsequium ou la jouissance dans la servitude, doivent permettre de comprendre ce qui apparaît sinon comme une monstruosité et une énigme. L'étude du monde du travail montre notamment que les analyses en termes de servitude volontaire ne sont pas les plus adéquates. Enfin, si une telle formule peut susciter une prise de conscience, elle ne fournit pas pour autant la clé de l'émancipation.
Le ressentiment n'a pas bonne presse : " passion irrationnelle ", " expression de l'impuissance ", " envie déguisée " – les termes ne manquent pas dans l'histoire de la pensée pour disqualifier ce qui est apparu, au mieux,comme le sentiment d'un malaise, au pire comme un désir de vengeance rentrée des classes populaires à l'encontre des élites. Trois caractéristiques du ressen- timent sont alors généralement mises en évidence. D'abord, on souligne que c'est une passion spécifiquement moderne, qui n'est théorisée qu'au xixe siècle parce qu'elle ne prospère pleinement que dans les sociétés de masse. ensuite, on montre que c'est une tradition de pensée spécifique (Nietzsche puis Scheler) qui en a définitivement fixé le sens, la comprenant comme l'émotion des faibles incapables d'affirmer leur hostilité à l'encontre de ceux qui les dominent. On précise enfin que le ressentiment conduit à une subversion des valeurs morales, et qu'il gît au creux des passions politiques d'apparence émancipatrice : la vérité de la volonté d'égalité ou de justice serait une rancune honteuse.C'est à montrer les limites de cette interprétation que cet ouvrage est consacré. Il veut montrer que le ressentiment a une histoire, et que si l'on veut identifier la spécificité de ses manifestations contemporaines, il faut les mesurer à la manière dont la philosophie ancienne et la pensée classique ont thématisé les affects approchants. Il entend également construire une critique des interprétations traditionnelles, en montrant comment celles-ci ont tendu à simplifier la pensée nietzschéenne, et ce pour restituer à cette passion son éminente complexité. Il souhaite enfin organiser une analyse du dynamisme dont le ressentiment est l'expression, en mettant à profit la richesse que signifie en la matière une approche pluridisciplinaire. Car cette passion, loin d'être seulement cette manifestation de l'impuissance à laquelle on a voulu la réduire, est réaction émotionnelle face à l'inachèvement de l'égalité dont nos sociétés démocratiques sont pourtant la promesse.Le ressentiment est création de valeurs, attention à la réciprocité, attache- ment à la justice. C'est une passion sociale qui exprime la puissance de l'affect dans la vie politique ; c'est plus encore l'une des formes, certes potentiellement pathologique, de l'élément affectif dont nos idéaux de liberté et d'égalité ont un irréductible besoin.
Le mythe des terreurs apocalyptiques de l'an Mil repris et amplifié par les romantiques a donné du premier millénaire une image sanglante, obscure et partielle. Dans l'univers ottonien, alors centre du monde, ce fut tout un projet de société fondé sur la paix et la justice qui s'élabora. L'Église participa activement à cette réforme en définissant un modèle de société fondé sur l'entraide et le secours mutuel. Elle s'efforça également dans le cadre de la vita apostolica, de valoriser l'action des laïcs afin de les conduire sur le chemin du salut.Les anecdotes angoissantes de Raoul Glaber ont souvent masqué les images lumineuses données aux " simplices et docti " par des maîtres anonymes dans la peinture, l'architecture et les arts pour la compréhension des Évangiles. Cet enseignement dans son mode opératoire psycho-pédagogique visait à expliquer les mystères de la Foi, les enraciner au cœur des hommes afin de les aider tout au long de leur vie à progresser dans l'espérance de la Résurrection.L'Evangéliaire de l'archevêque Egbert de Trèves, un manuscrit de la fin du Xe siècle, classé récemment dans la " Memory of the World " en illustrant par des images claires le texte sacré participa de ce mouvement tout autant que les mêmes fresques mise en scène sur les murs de l'église paroissiale de la Reichenau. C'est une véritable renaissance qui se développe accueillant les multiples apports esthétiques et théologiques du premier millénaire latin et byzantin pour ouvrir de nouvelles perspectives dans la transmission de la foi en Europe, y compris sous la forme adaptée du Héliand. L'évangéliaire lillois de Saint-Mihiel (XIe-XIIe siècle) illustre la continuité et l'évolution de cette forme d'enseignement.L'histoire de la communication s'enrichit ici de l'une de ses plus belles pages et permet d'en faire un paradigme pour traiter des problèmes soulevés par l'utilisation de l'image, pour rejoindre dans une dimension philosophique et spirituelle, la complémentarité du Beau et de la Vérité.
Accéder à la version numérique sur OpenEdition BooksLes mots explorés par Claude de Jonckheere sont autant de perspectives ouvertes sur des aspects de l'agir envers autrui. Le titre 83 mots pour penser l'intervention en travail social présuppose que les mots ne servent pas uniquement à communiquer, mais surtout à réfléchir. Plutôt que de proposer des définitions, ce sont l'expérience de pensée qu'ils suscitent, les aspects du monde auxquels ils conduisent et les problématiques qu'ils permettent de construire qui importent. Les mots nous font sentir ce monde qui devient alors le nôtre et sur lequel nous pouvons agir afin de le transformer. Ils font irruption en nous, bousculent les mots s'y trouvant déjà et les agencent différement. Ce livre offre des manières de penser l'intervention de sorte que les professionnels puissent sortir du trouble dans lequel les difficultés croissantes inhérentes à l'exercice du travail social les plongent parfois. Il ne se veut pas un manuel indiquant aux lecteurs des façons de faire mais souhaite contribuer à l'augmentation de leur puissance d'agir, car il postule que penser, avec des mots, a des conséquences sur les pratiques. La coloration principale de cet ouvrage est donnée par le pragmatisme et l'empirisme de William James, John Dewey, Georges Herbert Mead et par la philosophie de l'événement d'Albert North Whitehead, repris dans la tradition francophone notamment par Gabriel Tarde, Gilles Deleuze, Isabelle Stengers et Bruno Latour. Ce recueil est destiné aux personnes dont la profession est d'agir envers autrui – ou qui se forment à une telle profession – celles dont Freud disait qu'elles exercent un "métier impossible " notamment les travailleurs sociaux mais aussi les thérapeutes, les enseignants, les soignants et, pourquoi pas, les politiques.
Cet ouvrage (qui réunit chercheurs français et étrangers) présente un éclairage renouvelé sur la question de l'éthique chez Kierkegaard. Souvent présentée comme une étape intermédiaire entre l'esthétique et le religieux l'éthique se révèle chez Kierkegaard à la fois la matière et le fruit d'une intense problématisation de ce que signifie être humain : est en jeu la possibilité d'une compréhension éthique de l'exigence d'un " rapport absolu à l'absolu ". Son œuvre, fondée sur des expériences déterminées autant que sur une culture immense, multiplie sources d'interrogation et terrains d'analyse. Sa forme même implique en matière éthique une réflexion irréductible à quelque doctrine, tout lecteur se trouvant engagé dans une relation originale avec une exigence. Sitôt suscitée cette relation échappe cependant à la rassurante ordonnance de la communication entre deux entités finies, non qu'y jouent quelque subjectivisme (supposé par tous ceux qui n'ont pas compris l'impressionnant rationalisme de Kierkegaard) ou certaine haine du moi acclimatée en climat luthérien (car Kierkegaard analysa comme désespoir la haine du fini pour le fini), mais parce que les conditions uniques de sa mise en scène appellent un acte patient de lecture, et veulent ouvrir le lecteur à son histoire propre.Les études rassemblées ici explorent cette exposition féconde qui travaille une liberté toujours en relation à d'autres libertés. Que ce soit dans la vulnérabilité d'une relation à autrui, l'écoute musicale, la tension de l'amour, l'expérience du vertige, le travail d'écriture, l'épreuve du religieux, et même dans les échecs de la vie morale, les auteurs s'attachent à comprendre l'intensité paradoxale de cette expérience de soi fondamentale qu'est l'éthique, et que Kierkegaard a su, de façon lumineuse, radicale, et inédite, magistralement penser.
Critique de la sécularisation et usages de l'histoire sainte à l'âge classique
Qu'entendre par modernité ? Résulte-t-elle d'une transposition des schèmes théologiques et des dispositifs théologico-politiques propres au christianisme médiéval, ou bien s'est-elle affirmée contre son propre passé théologique, en rupture avec les formes héritées du passé ? Et comment situer, dans ce processus, les philosophies de Hobbes et de Spinoza, comprises tantôt comme héritières des théologies de la toute-puissance divine, de l'augustinisme ou de la Réforme, tantôt comme inaugurant les Lumières radicales qui se sont par la suite diffusées dans toute l'Europe jusqu'à culminer à la fin du 18e siècle?À côté des nombreux travaux consacrés à l'herméneutique biblique chez Spinoza et chez Hobbes, ou à la question du théologico-politique et de la naissance des institutions politiques modernes, cet ouvrage veut montrer comment, à partir d'une interprétation nouvelle de l'ancien - l'Écriture sainte -, quelque chose d'inédit a été produit dans la pensée des institutions politiques, du droit, du corps politique et de la multitude. C'est paradoxalement en interprétant à nouveaux frais l'Écriture que la politique peut devenir, chez Hobbes, une création humaine ou, chez Spinoza, une oeuvre humaine dont la rationalité peut être pensée à différents degrés; ce qui revient à penser comment la modernité est aussi issue d'une politique de la Parole.
Ni philosophe du sujet ni philosophe du moi, Spinoza, on le sait, n'accorde pas à l'homme le statut de substance, mais de mode. Cette désubstantialisation s'accompagne d'une apparente indifférence à l'égard du problème classique de la différence spécifique de l'homme par rapport à l'animal. Dès lors on peut s'interroger sur l'étrange silence de l'Éthique au sujet d'une définition précise de l'essence humaine. À rebours des commentateurs qui ont essayé de reconstituer cette définition à partir des indications de l'auteur, Julien Busse cherche de manière originale à comprendre les raisons pour lesquelles Spinoza n'a pas jugé bon d'en fournir une. Plutôt que la présence, il pense l'absence de définition de l'essence humaine pour montrer qu'elle ne tient pas à une carence, mais qu'elle obéit à une impossibilité. C'est sur la nécessité de l'absence d'une telle définition que Julien Busse invite à se pencher pour en analyser aussi bien les causes que les effets.Professeur agrégé de philosophie, Julien Busse (1961-2008) était membre du groupe de recherche sur Spinoza. Il a participé pendant plusieurs années en tant que doctorant aux activités du séminaire Spinoza à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne.
Qu'en est-il de la mort et l'au-delà dans un pays en voie de dé-christianisation où 80 % des obsèques sont encore religieuses, où 56 % des Français croient à l'immortalité de l'âme, mais où seul 49 % des catholiques pratiquants croient à la vie dans l'au-delà ? Enfin un ouvrage de philosophie qui se penche loyalement sur la question à partir de l'analyse critique de l'herméneutique phénoménologique.
Gandhi est une des figures politiques les plus marquantes du XXe siècle. Alors que sa vie n'a cessé d'alimenter de nombreuses controverses, celles-ci semblent souvent s'être évaporées sous la plume de ses biographes succombant aisément à l'hagiographie. Le présent ouvrage, qui se veut à la fois synthétique et critique, analyse la vie, la pensée et l'oeuvre de Gandhi. Dans une première partie, les étapes marquantes de sa vie seront retracées en mettant en exergue la force, mais aussi les ambiguïtés de ses actions. La seconde partie se focalisera sur la pensée de Gandhi ? ses idées sur la religion, la politique, l'action sociale, la caste, la non-violence, les femmes et la sexualité seront examinées parmi d'autres. C'est un Gandhi à la fois plus humain et plus complexe qui se révélera au cours de ces pages ? Loin d'être tarie, sa pensée ne se laisse pas enfermer dans des formules insipides et elle continuera d'influencer de nombreuses personnalités pour longtemps encore.
Essai d'un biologiste/philosophe sur les solutions qui pourraient permettre de sauver la vie sur Terre, notamment celle de l'Homme, des menaces qui pèsent sur l'environnement. La seule solution passe par la recherche individuelle et holistique des trois paix fondamentales : paix avec la nature, paix sociale par la justice et paix intérieure. L'idée de traduire cet ouvrage en français et de le publier aux PUP tient également à la fréquence de ses conférences dans toute la Catalogne du nord et du sud.