La royauté hindoue a été abondamment étudiée, notamment la relation entre rois et brahmanes (Jan Heesterman) ou, dans une perspective plus large, entre le pouvoir politique et les institutions et valeurs socioreligieuses (Louis Dumont).
Cet ouvrage rappelle que le développement des études régionales a déplacé le débat vers la nature de l'État dans l'Inde ancienne. Plusieurs modèles ont été proposés: féodalisme, État bureaucratique, État segmentaire et souveraineté rituelle, État intégratif selon un modèle processuel, formation impériale. De plus, des recherches anthropologiques et ethno-historiques ont souligné le rôle central de la royauté dans la société indienne. Plus récemment, Daud Ali a ouvert une nouvelle voie de recherche, avec le concept de " société de cour " de Norbert Elias en Inde tout en reconnaissant les contributions de Michel Foucault à propos de l'appareil d'État.
Celles-ci ont aidé à placer la recherche sur la royauté indienne dans la continuité de processus historiques plus vastes, sociaux, économiques et religieux.
Dans les sociétés civiles des nations concernées, on assiste à une recomposition des affiliations tribales au sein de réseaux financiers, commerciaux, mutualistes et autres. Étudiant le vote tribal, les analystes constatent que les tribus font et défont les positions politiques. En appeler au tribalisme pour le condamner renouvelle les représentations d'un monde tribal qui s'oppose à l'État, à la modernité. Les stratégies de la mondialisation renouent avec " le grand jeu tribal " des empires coloniaux, source de conflits violents et fortement médiatisés, de la Somalie et du Soudan à l'Afghanistan et au Pakistan... Jusqu'à présent, pour construire leur modèle, les sciences sociales n'ont retenu qu'un trait exclusif de la tribu : le développement des rapports de parenté en fonction de la filiation unilinéaire. Les recherches de terrain présentées ici invitent à une relecture critique de " la tribu des anthropologues ". Elles soulignent la permanence de valeurs relevant non seulement de pratiques communautaires mais aussi du genre, de la compétition et de l'honneur, valeurs qui commandent les comportements tribalistes et qui s'observent aussi bien là où la tribu voit son rôle décliner que là où elle n'existe pas même institutionnellement.
Si le développement économique a intensifié les mouvements et si l'insertion dans la mondialisation a mis en route d'autres circuits, l'Inde est un pays qu'on ne peut taxer de "fixité". Géographes, ethnologues et sociologues étudient les motivations de mobilité en Inde : logiques symboliques et religieuses, logiques économiques des ménages, et ouverture à de nouveaux espaces par les circulations transnationales. Les circulations remettent-elles en cause l'ancrage au territoire, particulièrement fort en Inde, depuis l'attachement au village jusqu'à la glorification des frontières nationales ? Non seulement cet ouvrage réfute l'idée fausse d'un pays découvrant les flux de population, mais il montre que loin d'affaiblir la notion de territorialité il la renforce. L'Inde des réseaux n'a rien d'incompatible avec l'Inde des territoires, bien au contraire.
Bien que les études dans chacun de ces domaines se soient multipliées au fil des deux dernières décennies, l'effort d'analyse et d'interprétation a rarement porté sur leur chevauchement. Les contributions ici réunies présentent différentes formes d'interaction entre les champs du religieux et du médical considérés dans leur contexte historique, social et culturel. Les matériaux utilisés par les auteurs incluent des sources littéraires, des archives missionnaires, ainsi que plusieurs types de données ethnographiques - récits de rêves, témoignages d'ex-voto, pratiques rituelles, séances de possession, consultations astrologiques, etc.Multiples sont également les approches : certains auteurs s'intéressent auxaspects religieux de la théorie et de la pratique médicale, d'autres examinentles aspects thérapeutiques des pratiques rituelles ou dévotionnelles, et d'autresencore considèrent les interactions entre le médical et le religieux comme unprisme au travers duquel apparaîtrait la complexité des rapports sociaux.
Modèles et contre-modèles sociaux. Amérique latine
En Amérique latine comme dans le reste du monde, on continue de se poser les mêmes questions. Quels modèles de développement durable adopter, qui respectent les traditions locales sans toutefois les reconstruire de façon artificielle ? Quels modèles de production adopter, qui ne précipitent pas les paysans dans l'instabilité et dans une pauvreté accrue ? Quels contre-modèles élaborer, qui tiennent compte des subtilités des modes d'occupation du sol ? Quelle place accorder au foncier dans la succession des politiques agricoles ? Quel équilibre trouver entre l'individuel et le collectif ? Le productivisme agricole, " fait social total ", est-t-il toujours à l'ordre du jour ? Ces questions traversent l'ensemble du numéro, depuis le pastoralisme (Pérou, Iran) jusqu'à la gestion de la nature (Brésil, Réunion, France) en passant par le paysage (Suisse, France) et par le statut social et professionnel des travailleurs ruraux (Argentine, Vietnam). Le numéro s'ouvre sur le passé très lointain de l'agriculture amérindienne pour se refermer sur une chronique qui recense les travaux récents ayant trait à l'histoire du cadastre antique et médiéval en Europe.
La ville en Asie du Sud, héritière des cités parmi le plus anciennes de la planète, s'inscrit dans une région à prédominance rurale pourtant génératrice de mégapoles. Ces très grandes villes à l'avant-garde de l'ouverture économique du sous-continent indien vivent des transformations rapides sous l'effet de la mondialisation. Dans l'univers urbain, le poids de la strate coloniale se révèle beaucoup plus riche en hybrides et en créations originales que ce que la logique de la dépossession et de la domination aurait pu laisser supposer. C'est là l'une des spécificités du cas indien, légataire d'un héritage historique unique sur lequel s'est greffée l'empreinte de la modernité, sans que les repères traditionnels perdent tout leur contenu car ils en sont, parfois, fécondés. Trois grandes thématiques traitent de l'évolution de ces phénomènes urbains : structure de la ville et recompositions socio-spatiales ; tensions sociales et tensions urbaines ; restructuration des espaces économiques.
Développement politique et urbanité dans les espaces nomades ou mobiles (Mauritanie, Sénégal, Inde et retour)
Le livre est le résultat d'échanges qui ont réuni des chercheurs mauritaniens, sénégalais, français sur la mutation, voire le tournant urbain des sociétés marquées par la mobilité. Face à la "sédentarisation" imposée par le passage à l'État, l'urbanité offre une alternative rendant possible la préservation des facultés d'adaptation. Une mobilité continuée.
Les rites sont des élaborations sociales inscrites dans une histoire. Les études réunies dans le volume restituent aux rites hindous cette double dimension sociale et historique, en insistant tout particulièrement sur leur circulation et les aménagements dont ils sont l'objet dans l'espace, la société et le temps. Les rites y sont envisagés comme objets d'imitations, d'emprunts, de modifications, de remaniements – ou de stratégies langagières. L'ouvrage comprend trois parties : "Genèses et transformations" rapporte des modifications rituelles au contexte social et/ou religieux de l'époque concernée ; "Modèles du rite, rites modèles" aborde la modélisation des rites eux-mêmes, ou le recours à des rites hindous comme modèles d'autres pratiques ; et "Débattre des rites, débattre du passé" analyse la façon dont les participants à des rites, ou les commentateurs d'autrefois, élaborent leur relation au passé.
À travers l'exemple des Hazaras, originaires du centre de l'Afghanistan, l'ouvrage propose une réflexion de nature anthropologique sur le phénomène de la migration. Les migrations des Hazaras, dues aux multiples péripéties de l'histoire de leur pays, sont devenues un véritable principe de vie. Elle s'articulent autour de lieux spécifiques, d'un mode de transfert des fonds et des biens ainsi que d'un mode de communication qui permet de préserver et de reproduire les liens sociaux en dépit de la guerre et de la dispersion. À travers cette étude détaillée des réseaux sociaux et des stratégies des Hazaras, la migration acquiert une valeur paradigmatique pour la réflexion anthropologique. Elle apparaît également comme un mode de survie d'une population exposée à une situation difficile.
Si l'on a beaucoup écrit sur la religion de l'Inde, la religion des Indiens est, par contre, beaucoup moins connue. Fruit de nombreuses années de recherche en Inde, cet ouvrage se penche sur les croyances populaires pour nous révéler une Inde assez éloignée d'une spiritualité prétendument orientale. Les hommes et les femmes des castes inférieures, une section non négligeable de la population, sont peu enclins à la transcendance et à la méditation. Leur vie religieuse, au contraire, est mue par des motivations bien plus pragmatiques. À quoi bon les dieux s'ils ne servent à rien ? Les divinités des castes populaires sont là pour aider, voire punir si nécessaire, car parfois elles se distinguent à peine des démons qui viennent impunément frapper la population de possession. Loin d'être obsédés par des questions d'ordre rituel comme celles qui concernent le pur et l'impur, les Indiens de basse caste se préoccupent bien davantage de leur bien-être, de la santé et de la prospérité qui leur paraît pourtant tellement inaccessible. Plaidoyer pour une approche ethnographique des phénomènes religieux, ce livre nous fait découvrir des femmes et des hommes qui ne sont peut-être pas aussi éloignés de nous que l'orientalisme l'a longtemps prétendu.
Les tensions identitaires ont marqué de leur sceau l'histoire du dernier demi-siècle en Asie du Sud, de la partition de l'Inde en 1947, à celle du Pakistan en 1971, du sécessionnisme des Tigres tamouls à Sri Lanka, au régionalisme tournant à la lutte armée dans plusieurs États indiens. Sans négliger les conflits inter-religieux et divisions sectaires, les revendications linguistiques, la poussée du nationalisme hindou et les mouvements de castes. Les réalités complexes du champ sud-asiatique sont ici éclairées à diverses échelles et par des voies multiples : anthropologie, histoire, sociologie, littérature, sciences politiques.