La Préhistoire du feu est un sujet d'actualité et grâce aux progrès techniques, les connaissances des archéologues ont été profondément renouvelées. Pour autant, les débats restent vifs sur certains aspects essentiels, notamment celui de la date à laquelle le feu a pu être produit à volonté. Tout en reprenant les grands axes des travaux récents, la synthèse présentée ici sera résolument orientée vers une perspective technologique: innovation, diffusion de l'innovation, perte du savoir, convergences ou réinventions.
En 1951, une jeune physicienne qui n'avait pas trente ans, Cécile DeWitt-Morette fonde, dans le village des Houches en Haute Savoie, une école d'été aux pratiques novatrices. Cette invention sociale va se révéler particulièrement adaptée à la nouvelle physique théorique – si déroutante et si exigeante – qui va se développer. Très vite, l'École de physique théorique des Houches s'impose comme une institution clé de la physique mondiale. Pierre-Gilles de Gennes, l'un des nombreux Prix Nobel à être passé par Les Houches, n'avait pas hésité à déclarer que l'École " a sauvé sa génération de physiciens ". Pourtant hors du cercle de la discipline, qui sait qu'un village de Haute Savoie accueille une institution légendaire de la physique? Ce livre explore, pour la première fois, avec des cadres sociocognitifs inédits, les fonctionnements et les effets qui ont valu à l'École des Houches un prestige planétaire.À travers les sociabilités créatives d'une École de montagne, on découvre que la science, elle-même, s'y invente autrement. Aux Houches, la science se donne à voir comme une confrontation à des inconnus et comme une bataille qui tente de mobiliser, participants et professeurs, vers de nouveaux " régimes collectifs de créativité ". On peut donc y observer, bien mieux qu'ailleurs, des mécanismes fondamentaux de la créativité scientifique et du " gouvernement " de la science.
L'évolution récente de la méthodologie des sciences sociales impose désormais à la recherche historique un suivi individualisé et multidimensionnel des acteurs et de leurs conduites au fil du temps. Il s'agit d'étudier des processus complexes, des agencements de comportements successifs, construits progressivement par chaque acteur, à travers tâtonnements, essais et erreurs. Une telle investigation implique l'utilisation de bases de données informatisées, permettant de transformer une masse d'informations issues de sources multiples en données exploitables. Les articles présents dans ce numéro explicitent cette opération de la plus haute importance, tant sur le plan épistémologique qu'empirique, en histoire et dans les sciences sociales.
En 1834, David Johnston – négociant bordelais issu d'une famille irlandaise et maire de Bordeaux de 1838 à 1842 – décide de faire l'acquisition des anciens moulins de Teynac (ou moulins des Chartrons, quai de Bacalan), afin de convertir les bâtiments désaffectés en une manufacture de faïence fine et de porcelaine qui sera active jusqu'en 1895, date de la mort du dernier fils de Jules Vieillard. En 1840, Jules Vieillard, sollicité par David Johnston, était devenu Agent général de la manufacture bordelaise. L'histoire de la manufacture témoigne de productions d'une grande qualité technique et esthétique récompensées lors des grandes expositions nationales et internationales, mais elle fut aussi marquée par des difficultés financières dues à la concurrence et aux choix de fabrication trop coûteux. C'est cette histoire que ce volume retrace.Les textes réunis dans ce volume sont issus du colloque organisé les 9 et 10 juin 2022 au Musée des Arts décoratifs et du Design de Bordeaux. Ce colloque est le volet final d'un projet régional Nouvelle-Aquitaine piloté par l'Université Bordeaux Montaigne autour la manufacture Johnston-Vieillard. Ce volume rend compte de la pluridisciplinarité du projet; il couvre les champs archéologique, archéométrique, historique, esthétique et littéraire d'une approche régionale, nationale et européenne de la faïence.
Second volet d'un diptyque consacré aux matières noires, ce numéro de Technè conduit dans des chemins de traverse. Il y est d'abord question de l'odeur du noir et du rôle de cette couleur et de ses teintes sur notre perception. Y sont ensuite abordées les matières noires obtenues par transformation, intentionnelle ou non.
L'histoire maritime à l'épreuve des humanités numériques
De la saisie des millions de passages de navires entre la Baltique et la mer du Nord sur quatre siècles (Sound Toll Registers Online) à la tentative de créer une structure de base commune (Navigocorpus), en passant par des programmes encore en cours de développement (Portic, AveTransRisk), ce dossier thématique étudie les bases de données sur la navigation à l'époque moderne et pose la question de l'impact des humanités numériques dans les pratiques en sciences humaines. Ce numéro est également accompagné d'une partie Varia.
Pourquoi les hommes se mirent-ils à cultiver des végétaux qui poussaient en abondance autour d'eux? Et comment l'idée d'une transformation de plantes sauvages en domestiques a-t-elle pu germer à l'esprit pour la première fois? Le présent ouvrage apporte une nouvelle réponse à ces vieilles questions. Il montre que la mise en culture des plantes au Proche-Orient ne répondit pas à des soucis de sécurité alimentaire. Elle reflète un désir de transférer les forces vitales des défunts vers les plantes germant sur les sépultures. Il y a plus de 12 000 ans, un pareil stimulus conduisit à la constitution de lignées de graines-ancêtres d'où surgirent progressivement les premières plantes domestiques. En parallèle, la relation entre l'univers mortuaire et les plantes en domestication amorça une révolution des mentalités dont les religions et mythologies du Proche-Orient, de l'Égypte et de la Grèce ont préservé la mémoire. S'appuyant sur les découvertes de l'archéologie et de la biologie les plus récentes, cet ouvrage invite à découvrir un univers mental aussi subtil qu'éloigné des motivations purement pragmatiques, et fondateur des premières civilisations. Il dévoile au nom de quoi l'homme s'est positionné au centre d'un nouveau monde façonné par ses ancêtres, une place qu'il n'abandonnera plus jamais.
Les corpus et les méthodes d'analyse de textes outillés par l'ordinateur sont aujourd'hui nombreux et efficaces. Ces méthodes ont transformé les approches et la compréhension des textes en rendant observables des aspects auparavant inatteignables. Si les logiciels mettent à disposition des techniques, des outils donnant rapidement des résultats, nous souffrons souvent d'un manque d'exemples et d'analyses permettant de démultiplier nos curiosités sur nos propres corpus. L'ensemble des articles regroupés ici remplit cette fonction d'étude de cas. Avec ce numéro spécial, la revue interroge à nouveau les enjeux de la mesure du texte en entrecroisant les disciplines autour de corpus historiques. Mais sa spécificité est de mettre une seule question en partage, à expérimenter, celle des séries textuelles temporelles. Et en ce domaine, les interactions entre linguistes, informaticiens, statisticiens et historiens demeurent aujourd'hui encore assez faibles. Ce volume souhaite donc contribuer à la formalisation de réflexions et d'échanges sur la dimension temporelle des textes et des formes qui les constituent. Il privilégie des techniques devenues " classiques ", sans négliger des approches novatrices, qui toutes permettent de faire émerger des aspects particuliers du temps lexical: évolution, chronologie, cycle, changements de sens, perception du temps par les acteurs.
Ce numéro est consacré aux transferts culturels entre le Portugal et les espaces lusophones (Angola, Brésil, Macao, Mozambique notamment). Se détournant des approches endogènes ou essentialistes, il s'agit d'envisager ces espaces au-delà des stéréotypes que constituent la mythologie des grandes découvertes et le lusotropicalisme, la dichotomie entre beaux-arts et arts populaires ou encore l'opposition centre-périphérie. Les auteurs y explorent l'historiographie de l'histoire de l'art au Portugal, mais aussi l'histoire moderne de l'architecture et de ses décors, à travers les illustres azulejos, mais aussi le patrimoine agouda du golfe du Bénin, ou la plus récente École de Porto. Sont abordées les dernières recherches sur le commerce, la production et la réception des objets d'arts décoratifs au début de la période moderne, ainsi que le cinéma lusophone et le livre de photographie au prisme de la décolonisation, sans oublier certains aspects de l'histoire des musées et des collections portugaises issues de cet héritage complexe. Autant de sujets qui permettent d'interroger, depuis une perspective à la fois historique et théorique, les processus de migrations, de transferts et de déplacements ou encore d'hybridation des objets et des idées, les circuits coloniaux et postcoloniaux, et la question des réseaux culturels à travers les âges et au prisme de différents médiums artistiques.
Centré autour d'un dossier thématique, il aborde l'histoire des photographes ambulants et de leurs pratiques, ainsi que du matériel lié à ces circulations, aux XIXe et XXe siècles. Si les ateliers et studios sédentaires ont fait l'objet de recherches historiques et d'expositions, la mobilité des photographes professionnels hors du studio a été moins explorée. À travers cinq articles de fond, ce numéro propose plusieurs études qui font émerger une histoire matérielle et visuelle des opérateurs itinérants: on y trouvera ainsi par exemple un essai sur les photographes allemands en Suède dans les années 1840-1850, l'étude d'une femme photographe itinérante dans la France du XIXe siècle, une réflexion sur le matériel photographique des explorateurs, un texte sur les photographes parisiens du dehors, ou encore un article sur la querelle des photo-filmeurs dans l'après-guerre. Éclairages complémentaires, la rubrique " source " traite ici des brevets d'inventeurs liés à la photographie portative, tandis qu'un entretien avec le cinéaste Hu Wei vient creuser la contemporanéité de ces pratiques. En varia, on pourra suivre l'histoire d'un modèle photographié par Man Ray et Picasso, et dont l'histoire est aujourd'hui redécouverte.
Le deuxième numéro de l'année 2020 est organisé autour d'un dossier sur la cartographie et ses usages. C'est que mettre le monde en cartes relève, à chaque moment de l'histoire, d'un point de vue indissociablement politique et épistémologique.Cette question est saisie à deux moments différents de l'expansion européenne – le premier, au XVIe siècle, en s'intéressant aux façons bien différentes dont la mer Caspienne était vue depuis Venise et Goa; le second, à la fin du XIXe siècle, lorsque les Français s'emparent du Tonkin et des cartes dressées par les autochtones.Le dossier est accompagné d'une note critique sur la fabrication, la diffusion et l'exposition des cartes du Moyen Âge.S'y ajoutent deux articles qui travaillent, chacun à leur manière, la question des temporalités.Le premier s'interroge sur les relations entre temps liturgique et conflits politiques dans les Pays-Bas du Moyen Âge tardif; le second montre comment, au début du XXe siècle, l'endettement aux États-Unis a participé à la construction de nouvelles stratifications sociales.Enfin, un ensemble de comptes rendus intitulé " savoirs et technique " vient clore le numéro.
L'usage de versions abrégées des œuvres littéraires de tous les domaines, de l'ouvrage de botanique à l'ensemble de l'œuvre d'un historien comme Tite-Live, est extrêmement courant dans l'Antiquité. Ces résumés ont des formes variées, qui vont des " sommaires " (periochae) à la sélection d'extraits (épitomé), en passant, entre autres, par la paraphrase; l'absence de cadre théorique, dans le monde gréco-romain, explique une telle diversité. Les contributeurs de ce volume se sont intéressés à des cas particuliers de résumés antiques, en s'interrogeant sur les pratiques à l'œuvre dans des domaines précis: les ouvrages scientifiques et techniques (médecine, astronomie, histoire) et le contexte rhétorique et scolaire (poésie, commentaires scolaires). Ils observent, chez les Anciens, un usage surprenant, pour le scientifique moderne, du résumé. En effet certains savants, en Grèce et à Rome, au cours de la rédaction d'un ouvrage, n'hésitent pas à puiser dans des résumés, et non dans les œuvres intégrales, tandis que d'autres vont jusqu'à ajouter des éléments aux sources qu'ils abrègent, voire à " réinventer " l'œuvre qu'ils résument. Dans le contexte scolaire, les résumés ont un rôle particulièrement important, dont les épitomateurs anciens sont souvent parfaitement conscients: les suppressions et les modifications manifestent une attention particulière à tel ou tel lectorat et le résumé a ses propres enjeux dans la transmission de toutes les formes de littérature.