Les sociétés d'Amérique latine sont des sociétés particulièrementcomplexes. Elles ne se laissent pas réduire aux logiques des pays formésdans le creuset gréco-latin ou anglo-saxon et donnent lieu à des processusde transmutation d'une grande originalité. Quatre lignes de force organisentcet ouvrage : le recueil (mais aussi l'accueil par les chercheurs) de la mémoireorale noire et métisse ; la création littéraire ; les esthétiques musicales et scénographiques; l'imaginaire de la ville (Mexico, Caracas) exploré notammentdans le cinéma.Les auteurs de ce livre montrent que les contradictions de ces sociétés qui nepeuvent être résolues intellectuellement de manière " occidentale " peuvent êtreracontées, chantées, dansées, fi lmées, mises en scène. Ils mettent en évidenceque ce qui est recherché consiste à redonner tout sa place au corps dans des paysoù depuis la Conquête il a été humilié, discriminé et parfois même massacré.Le lecteur se trouve ainsi confronté à un régime de représentation diff érent decelui de la domination et de l'imposition de normes univoques qui lui permetde réaliser l'apport considérable de l'Amérique latine au monde contemporain :l'introduction de la polyphonie dans la culture.
Enjeux socio-symboliques de la nomination des Noir(e)s en Amérique latine
Réduire l'acte de nommer à la répétition de la geste adamique c'est faire preuve d'aveuglement et c'est se condamner à ne pas saisir la portée politique de la nomination. Outre le marquage au fer rouge, dans la Traite transatlantique (XVe-XIXe siècles) nommer le Noir/nègre, c'est affirmer le pouvoir blanc occidental et sacraliser une horreur qui ravalait l'Africain au rang d'outil et d'animal. Cet ouvrage revient sur l'archéologie des noms affublés aux Nègres/noirs à la lueur de l'affirmation politique et identitaire actuelle des afrodescendants en Amérique latine et en Caraïbe.
L'auteur de cet essai intitulé La Naquez : Estudio de una categoría cultural mexicana interroge avec pertinence et lucidité, la culture et la société mexicaines à travers un phénomène de représentation, la " naquez ", qu'il convoque du point de vue ethno-socio-linguistique comme marque distinctive, socialement et idéologiquement parlant, de l'être mexicain, dans un contexte né de la conquête, de la colonisation et des nécessaires métissages culturels qu'elles engendrèrent.
Culture de la marginalité chez les Indiens teenek (Mexique)
"Sales, sots, ignorants peureux, des moins que rien", tels sont les jugements que portent sur eux-mêmes les Indiens teenek, paysans pauvres du nord-est du Mexique. Cet autodénigrement a guidé l'approche d'une ethnologue déroutée par un discours indigène très éloigné des figures identitaires et de la quête des racines telles qu'elles fleurissent bien souvent aujourd'hui. L'élaboration d'une identité ethnique assez particulière et la marginalisation du groupe sont explorées par l'examen des réalités et conceptions du monde de ce microcosme indigène, face à la société mexicaine. L'analyse de la diversité culturelle, telle qu'elle est vécue par les Teenek, fait ressortir leur conception de la différence sociale.
L'ouvrage, issu d'une étroite collaboration entre orientalistes, historiens et ethnologues, traite des rapports du chamanisme avec trois grandes religions : le bouddhisme en Asie du Sud-Est et extrême-orientale, l'islam principalement en Asie centrale, le christianisme en Amérique latine. Les changements survenus ces dernières décennies dans le monde ont en effet fait ressurgir des questions que l'on avait, longtemps, cru réglées : les religions à vocation universaliste qui avaient accompagné les entreprises de colonisation ou de formation étatique avaient forcément, pensait-on, eu raison des coutumes des peuples chez lesquels elles s'étaient implantées. Or, les réalités contemporaines révèlent le décalage entre la puissance de la propagation et son résultat. Non seulement le chamanisme n'a pas disparu, mais il connaît aujourd'hui un nouvel essor dans nombre de sociétés confrontées à de profondes mutations. C'est précisément sur l'étude des interactions entre le chamanisme et ces trois religions que les textes réunis ici mettent l'accent.
Mondes nouveaux. L'expérience américaine. Colloque organisé par le Centre de recherches sur le Mexique, l'Amérique centrale et les Andes, Paris, 2-4 juin 1992
L'expérience américaine — découverte mais également conquête, colonisation et exploitation du Nouveau Monde — constitue un jalon important de notre modernité. Elle a reculé les bornes de la chrétienté, stimulé l'essor des capitalismes européens et inspiré les balbutiements de l'ethnographie. Elle a été également à l'origine d'une gigantesque opération de duplication consistant à reproduire, sur le sol américain, les institutions, les lois, les croyances et les pratiques de l'Europe médiévale et moderne. Laboratoire de notre modernité, champ d'essai livré à de vastes entreprises religieuses, intellectuelles et politiques, les Amériques hispanique et anglo-saxonne nous tendent le miroir de notre histoire. Elles dévoilent, à travers les modalités et les formes prises par l'occidentalisation, des enjeux et des objectifs dont nous sommes les héritiers. À ce titre l'expérience américaine a marqué de son sceau l'histoire des relations de l'Europe avec le reste du monde. Elle n'a pas cessé, par ailleurs, depuis la Renaissance, de susciter des courants de réflexion qui occupent une place majeure dans l'histoire de la pensée européenne.
Dans le recueil, la pluralité des réponses amérindiennes au problème de la transmission des traditions d'une société est abordée à travers l'ethnographie, c'est-à-dire l'expérience personnelle vivante du travail de terrain. Plutôt que de suivre le contenu de traditions dont on pourrait saisir les modifications, il a paru plus fécond de rechercher les mécanismes et les lieux de leur création. Ce qui s'exprime dans nos sociétés par un texte ou par un récit, passe, chez les Amérindiens, par des modifications du lexique, des classifications, des toponymes, des mythes, de l'iconographie ou des rituels.