Entre 1944 et 1968, le nombre de doctorats ès sciences physiques soutenu en France est multiplié par 20: la Seconde Guerre mondiale, et l'explosion d'Hiroshima, ayant révélé toute leur puissance, ces disciplines sont à l'avant-garde de la massification et de l'intensification de l'activité scientifique et de la formation à la recherche qui s'affirme des années 1940 aux années 1960. En faisant le choix d'une approche globale tenant ensemble la recherche et l'enseignement supérieur, cet ouvrage propose une socio-histoire de la révolution, silencieuse mais réussie, qui s'opère alors dans les pratiques professionnelles des physiciens et des chimistes, jusqu'à se généraliser à toutes les disciplines. Comment les femmes et les hommes de sciences, considérés et se considérant dans leur majorité comme des savants au sortir de la Seconde Guerre mondiale, changent-ils de métier et deviennent-ils progressivement, mais massivement, des chercheurs? Comment les universités et les grandes écoles ont-elles affronté et rendu possible ce nouveau régime de production des faits scientifiques comme des élites scientifiques?
L'exposition " À bras-le-corps ! Savants et instruments au Collège de France au XIXe siècle " retrace près d'un siècle de recherches sur le corps, entre physiologie et physique. À partir de la collection d'instruments historiques conservée par le Collège de France, elle fait revivre un cheminement scientifique singulier, de la médecine expérimentale de Claude Bernard à la physique biologique d'Arsène d'Arsonval, en passant, entre autres, par l'analyse du mouvement d'Étienne-Jules Marey. Les savants n'y figurent pas seuls face à leurs découvertes ; c'est un riche milieu qui est dépeint, où interagissent artisans, sujets expérimentaux, ingénieurs, assistants, médecins, professeurs, patients, industriels, société civile et outils matériels du savoir.De la fabrication des instruments jusqu'à la théorisation de la méthode expérimentale, les textes rassemblés dans ce volume donnent à voir l'enchevêtrement d'acteurs, de pratiques et d'intérêts qui caractérise la science en train de se faire.
Science et politique ont toujours été étroitement mêlées, ainsi l'astronomie depuis l'installation en France de Cassini à l'invitation de Colbert et de Louis XIV. L'astronomie française du XIXe siècle ne déroge pas à cette règle car elle met en lice de célèbres institutions comme l'Académie des sciences, le Bureau des longitudes et l'Observatoire de Paris. Des personnalités scientifiques brillantes comme Arago, Le Verrier, puis Delaunay, s'affronteront dans un contexte politique changeant de 1830 à 1871. L'échec de la guerre de 1870 conduit les gouvernements de la IIIe République à s'interroger sur la suprématie de la technologie allemande. Afin de pallier la déficience française, ils tenteront de développer l'enseignement scientifique et notamment les observatoires astronomiques, dans une optique de décentralisation.En parallèle, les astronomes parisiens se libèrent progressivement de la tutelle autoritaire d'Urbain Le Verrier et essaiment dans les observatoires de province réactivités : Toulouse, Marseille et Alger, ou nouvellement fondés : Besançon, Bordeaux et Lyon. Ce développement repose sur une profusion de textes réglementaires dès 1850. En 1878, deux décrets importants sont publiés portant l'un sur la réorganisation des observatoires astronomiques, l'autre sur la fondation de nouveaux établissements. En outre, plusieurs initiatives privées aboutissent à la fondation d'observatoires à Strasbourg, Meudon, Nice, Hendaye et au Pic du Midi de Bigorre.Cet ouvrage révèle comment les pratiques en astronomie, l'histoire et le patrimoine des observatoires et les relations entre astronomes ont influencé les recherches actuelles en astronomie et en astrophysique dans ces établissements.
Contrairement à ce que l'on a tendance à croire aujourd'hui, la géométrie projective du 19e siècle — qu'elle soit synthétique ou analytique — ne mobilisait pas directement la notion d'espace projectif.L'utilisation de nouveaux outils et de nouvelles méthodes, ainsi que le renouvellement spectaculaire des modes de questionnement, contribuent certes à construire un cadre inédit mais celui-ci sera dégagé et désigné très tard. En tant qu'objet d'étude ou à titre d'exemple, l'espace projectif, et plus généralement les espaces géométriques, interviennent essentiellement dans des domaines excentrés par rapport à leur lieu de construction. Ainsi, l'expression " espace projectif " n'apparaît pas avant que le plan projectif ne devienne un exemple emblématique dans le contexte ouvert par l'étude des surfaces. De fait, la géométrie projective — qu'elle soit axiomatisée ou non — n'apparaît jamais comme l'étude de l'espace projectif mais comme un ensemble de méthodes plus ou moins formalisées, pour étudier des propriétés qui apparaissent dans un contexte général de recherche de généralité et de recomposition des pratiques des géomètres. Et c'est la mise en œuvre de ces méthodes qui feraémerger des propriétés inhabituelles entraînant la prise de conscience du changement du cadre même de la géométrie.Une notion comme celle d'espace géométrique semble donc susceptible d'une étude historique que l'on qualifiera de biographique, en ce sens que son installation dans le paysage mathématique apparaît comme résultant de l'émergence de méthodes, de pratiques ou de modes de questionnement qui ne sont ni centrés sur elle ni même concernés par son introduction.
Leçons de physique, de chimie, d'histoire naturelle
L'École normale de l'An IIIIl survient parfois un moment de l'histoire où les scientifiques, tous domaines confondus, s'imposent dans un même mouvement de faire le point des connaissances acquises et de tracer les routes à suivre. C'est à un tel moment que nous convient les leçons de l'an III, professées sous la Convention au premier semestre de 1795 devant plus d'un millier d'auditeurs, retranscrites par le soin de sténographes et aussitôt publiées. Dernière tentative désespérée pour offrir à un seul cerveau une connaissance encyclopédique ordonnancée par la raison analytique, ces leçons s'interrompront lors des journées de Prairial qui mettront un point (provisoirement) final à l'expérience si riche de l'École normale.Leçons de physique, de chimie, d'histoire naturellePour les cours de sciences expérimentales, on fit appel aux plus grands : Haüy le physicien cristallographe, Berthollet le médecin chimiste, Daubenton le naturaliste anatomiste. En voici enfin la riche édition critique, qui apporte un éclairage original sur ces sciences dans une période charnière et décisive. Faisant suite à la publication des leçons de mathématiques et de sciences humaines, ce troisième volume sera suivi par celui des cours de littérature et par un volume d'introduction historique générale sur l'institution de l'École normale de l'an III, l'ensemble constituant, à l'instar de l'Encyclopédie mais dans un esprit différent, un témoignage unique sur l'état du savoir à la fin du siècle des Lumières.
Leçons de mathématiques - Laplace, Lagrange, Monge
L'École normale de l'an IIIIl survient parfois un moment de l'histoire où les scientifiques, tous domaines confondus, s'imposent dans un même mouvement de faire le point des connaissances acquises et de tracer les routes à suivre. Cest à un tel moment que nous convient les leçons de L'École normale de l'an III, professées au premier semestre de 1795, retranscrites par le soin de sténographes ef aussitôt publiées. Dernière tentative désespérée d'offrir à un seul cerveau une connaissance encyclopedique ordonnancée par la raison analytique.Pour réaliser une entreprise aussi ambitieuse, on fit appel aux plus grands : de Volney l'historien à Berthollet le chimiste, de La Harpe le critique littéraire à Bernardin de Saint-Pierre " le professeur de morale "... C'est dans le cadre bucolique d'un jardin à la Rousseau, à l'amphitheâtre du Museum mais à deux pas du faubourg Saint-Marcel encore bruissant de fièvre revolutionnaire, que les maîtres à penser du XVIIIe viennent donner leur enseignement et debattre avec leurs élèves. Les journées de Prairial mettront un point, provisoirement, final à l'expérience si riche de l'École normale.Leçons de mathématiquesDans ce premier volume sont réunis et commentés les textes de trois mathématiciens remarquables : Laplace, Lagrange et Monge. Données devant un public nombreux, plus d'un millier d'auditeurs, ces leçons destinées " à éclaircir les théories les plus obscures " ont marqué de leur empreinte l'enseignement des mathématiques durant tout le XIXe siècle.
Les trois physiciens, Henri Abraham, Eugène Bloch, Georges Bruhat, fondateurs du Laboratoire de physique de l'École normale supérieure, pionniers dans leurs domaines scientifiques respectifs, ont également été des enseignants exceptionnels, suscitant le respect et la gratitude de leurs étudiants.Se succédant à la direction du laboratoire de l'ENS de 1912 à 1944, ils ont collaboré à la construction du nouveau bâtiment, inauguré en 1938, qui reste à ce jour un outil de travail adapté et fonctionnel.Ils ont disparu de manière tragique dans les camps de dépotation nazis en 1943-1944.La Fondations Eugène Bloch, créée par Madame Bloch avec le soutien de la Fondation de France, honore leur mémoire et permet de décerner chaque année à un brillant physicien le Prix des Trois Physiciens.La rédaction et la mise en forme du texte de ce livre ont été assurées par Bernard Cagnac, professeur émérite au laboratoire Kastler-Brossel.
Cet ouvrage bilingue se propose d'explorer des questions liées à la production, à la distribution et à la réception du livre en pays francophones et anglophones. Combinant recherche universitaire et témoignages de professionnels du livre de nationalités diverses et de multiples horizons, il offre une série de regards croisés sur l'historicité, la matérialité et le devenir du livre, à une époque où sa survie est largement débattue et ses mutations constamment envisagées.
La comparaison des mouvements selon le rapport entre puissances motrices et résistances a été un sujet constant de réflexion et de discussions en philosophie naturelle durant tout le Moyen Âge et la Renaissance. Le problème a été formulé à partir de quelques indications d'Aristote dans la Physique et de remarques des commentateurs arabes, mais il a pris un essor sans précédent à partir du Traité des rapports de Thomas Bradwardine (1328), qui a tenté de reformuler les règles aristotéliciennes. Sa nouvelle règle du mouvement se retrouve à Oxford chez Kilvington et Swineshead. À Paris Nicole Oresme la reprend et propose une théorie innovante des rapports permettant de la fonder mathématiquement. Ensuite, cette règle et les différentes innovations mathématiques qui l'accompagnent sont diffusées dans différents pays européens. Dans ce volume est étudiée la transmission de cette théorie du mouvement depuis le XIVe siècle jusqu'à la fin du XVIe siècle, en France, en Italie, en Angleterre, au Portugal. Y sont présentés les débats auxquels cette théorie donne lieu, les incompréhensions qui se font parfois jour à propos de l'application de la règle du mouvement ou de questions plus proprement mathématiques concernant la composition des rapports. Dans ces développements, c'est une conception originale des rapports entre mathématiques et philosophie naturelle qui est mise en oeuvre et qui domine l'étude du mouvement naturel jusqu'à la fin de la Renaissance.
L'originalité de ce livre est de présenter une réflexion sur la vie et l'œuvre de Carnot et sur les applications qui en découlent. Après avoir présenté Lazare Carnot, son père, qui eut une forte influence sur lui, l'auteur montre comment Sadi a médité sur bon nombre de problèmes scientifiques comme ceux liés à la chaleur, aux propriétés des fluides ou aux machines à vapeur. Il place le cheminement de la pensée de Sadi Carnot dans le contexte scientifique de l'époque en y associant les grands savants du XIXe siècle.L'œuvre maîtresse de Carnot " Réflexions sur la puissance motrice du feu et sur les machines propres à développer cette puissance " est ensuite présentée en montrant son immense portée scientifique et technique. L'auteur met en évidence les avancées que Carnot a permis de réaliser dans la conception de machines performantes et les progrès qu'il a induit dans le domaine de la thermodynamique naissante.
Cet ouvrage retrace le parcours sinueux et l'échec de la sociobiologie humaine, cette théorie pseudo-scientifique qui anima les débats entre 1975 et 1985 et s'inscrivit comme idéologie scientiste dans l'ensemble des théories sur la nature humaine. Partant d'une analyse épistémologique des concepts de la sociobiologie humaine et de la sociobiologie animale, l'auteur établit la filiation historique de ceux-ci, des modèles et des idées qui les ont historiquement justifiés et de celles qui les justifient encore actuellement, et montre que cette théorie ne saurait prétendre à une institutionnalisation complète ni à aucune reconnaissance de la part du monde scientifique.