Essai, issu d'un colloque tenu à l'UPHF, autour de la logistique militaire au fil des âges, de la Rome Antique jusqu'aux guerres de l'époque moderne. Cela passe de l'approvisionnement en armes à la gestion des prisonniers de guerre.
Quand le jeune Johann Mayer, 4 ans, eut son oeil crevé, il ne pouvait imaginer que cet incident aurait une telle influence sur sa vie. Né en 1920, il devra s'engager dans la Wehrmacht, où, malgré une vision partielle il sera conducteur de camion et chargé de logistique durant toute la guerre, livrant des pièces détachées et alimentant la puissante logistique mise en place par les nazis. Ses trajets l'emmèneront de la Bretagne à la Russie, en passant par sa Bavière natale.La vie de Johann Mayer est celle d'un parmi ces millions de Mitlaüfer qui ont choisi de suivre la machine de guerre nazie. Cette enquête, menée par son petit-fils, explore ses archives personnelles huitante ans après la capitulation. Mêlant sources originales et enquête historique, ce récit unique nous plonge dans le quotidien d'un jeune Allemand dont les silences sont finalement ce qui nous frappera le plus.
Le 21 février 2022, Vladimir Poutine reconnaissait l'indépendance des territoires séparatistes ukrainiens. Trois jours plus tard, la Russie envahissait l'Ukraine. Une fois de plus, l'Histoire, au coeur du discours du président russe, avait servi à justifier la guerre.Au sein des sciences humaines, l'Histoire a cela de particulier d'être non seulement celle de la connaissance du passé, mais également un outil au service de la structuration des identités et de la construction des imaginaires nationaux. Sa puissance argumentative en a fait un instrument de choix dans l'action politique. Au cours des siècles, différents groupes et chefs d'État l'ont mobilisée, dévoyée ou manipulée afin de préparer leurs opinions publiques, de convaincre les indécis, d'encourager l'engagement militaire ou de légitimer, aux yeux de la communauté internationale, le bien-fondé du recours à la force et du passage à la violence.Entre rigueur historique et enjeux sociaux, au cœur du rapport entre pouvoir et société, les textes réunis dans ce volume reviennent sur les usages belliqueux de l'Histoire. De l'Antiquité à nos jours, de l'Orient à l'Occident et du Nord au Sud, chaque chapitre rappelle que la connaissance du passé reste incontournable non seulement pour comprendre le monde actuel et ses dynamiques, mais encore pour se protéger de l'instrumentalisation de l'Histoire et de la désinformation, tant par le passé qu'à l'âge des réseaux sociaux.
Formation d'une élite dirigeante dans l'Argentine créole
La révolution de 1810 et les guerres qui s'ensuivirent provoquèrent, de Buenos Aires au Haut Pérou comme dans le reste de l'Amérique ibérique, une commotion qui modifia profondément l'équilibre socio-économique de l'empire colonial espagnol, y compris dans ce coin perdu du monde atlantique qu'était jusque-là le Río de La Plata.La militarisation de la vie sociale, la ruralisation et la relative démocratisation des rapports de pouvoir seront les conséquences directes de ces temps nouveaux.Suivant les vicissitudes d'une élite politique engendrée, détruite et reconstituée par les conflits, Tulio Halperin Donghi fait une peinture tout en nuances de l'impact de ces bouleversements sur une société, une économie, un territoire.Il rend compte de la difficile construction étatique qui conduira à la naissance de l'Argentine et de l'Uruguay et à leur insertion dans le marché économique mondial.
Au sommaire : B. Botiveau et É. Conte, "Introduction" ; R. Heacock, "Saisir l'initiative, retrouver sa voix. L'intifâda d'al-Aqsa ou la révolte des marginalisés" ; C. Pirinoli, "Effacer la Palestine pour construire Israël. Transformation du paysage et enracinement des identités nationales" ; A. Signoles, "Gestion des espaces et contrôle politique. Israël au cœur du processus décisionnel local (1998-2000)" ; C. Barrat, "Le mur. Analyse d'une décision de la Cour internationale de justice" ; É. Conte, "L'autre mur. Mariages bannis et citoyennetés fragmentées en Israël-Palestine" ; N. Shehada, "Les paradoxes du mariage précoce à Gaza" ; E. Meier, "Alliances et exclusions au Liban. Les mariages libano-palestiniens" ; M. al-Malki, "Surmonter l'intifâda d'al-Aqsa. Entraide sociale et clientélisme en Palestine" ; M. Maalouf-Monneau, "Pouvoir local et droit à la résidence : l'exemple de la Maison de l'Orient à Jérusalem" ; C. Abu-Sada, "Urgence et développement. L'action des ONG pendant la seconde intifâda" ; V. Romani, "Quelques réflexions à propos des processus coercitifs dans les Territoires occupés" ; B. Botiveau, "Des accords d'Oslo à la seconde intifâda. L'espace public palestinien en question".
La division sexuelle du travail en Suisse pendant la crise des années 30 et la deuxième guerre mondiale
Les études historiques qui forment l'ouvrage font la démonstration que la segmentation et la hiérarchisation du marché du travail ne reflètent pas des faits "naturels". Il s'agit bien au contraire de l'effet de modèles culturels qui reposent sur des choix délibérés et surtout d'un long travail social de différenciation qui fait apparaître le statut inférieur des femmes comme la simple expression économique et sociale d'une réalité prétendument naturelle, car basée sur le biologique. Cette construction sociale ainsi naturalisée engage à chaque période historique de nombreux acteurs, mais ses résultats restent toujours ouverts. Si, dans la période étudiée, la division sexuelle du travail est certes maintenue à travers les évolutions conjoncturelles, les mutations sur le marché de l'emploi et la rationalisation des tâches, il aura fallu d'énormes investissements politiques pour produire ce résultat. En le reconstruisant, les études de cas illustrent un aspect fondamental de la domination masculine.
Volume II : Relations humaines, questions économiques, prisonniers de guerre, le problème du Tyrol du sud
Klaus Eisterer, professeur d'histoire du temps présent à l'université d'Innsbruck, traite dans le deuxième volume qu'il consacre à la présence française en Autriche de 1945 à 1946 des relations quotidiennes entre les Autrichiens et la puissance d'occupation, des processus de relance de l'économie au Tyrol et Vorarlberg occupés après l'effondrement des années de guerre, de la perception par la France de la question brûlante du Tyrol du sud ainsi que d'autres questions touchant à la politique de la France dans les zones qu'elle occupait en Autriche. Un ouvrage fortement documenté sur une période essentielle dans l'histoire des relations franco-autrichiennes, et riche aussi d'enseignements sur les problèmes posés à toute force d'occupation dans un pays vaincu militairement.
La seconde moitié du 20e siècle a fait de Marc Bloch l'une des grandes figures de référence de l'historiographie contemporaine. Sa vie, exemplaire, a inspiré plusieurs biographies, son œuvre de nombreux essais, mais sans que soit abolie la distance qui continue à séparer la première de la seconde. L'objectif de l'auteur est de réunir dans une même vision l'historien et le chercheur, le combattant lucide et courageux des deux guerres, le citoyen et le résistant, et celui que Vichy conduit à s'affirmer comme "juif français". S'appuyant sur une lecture interne de l'œuvre de Marc Bloch, Ulrich Raulff montre les liens étroits qu'elle révèle entre l'expérience de la guerre – au présent – et les questions posées au passé par le chercheur : la guerre a nourri l'enquête de l'historien. Il s'efforce ainsi de dégager, par delà l'indifférence ou la distance par rapport au politique – que Marc Bloch se reprochera à lui-même dans L'étrange défaite –, la signification politique et éthique de cette œuvre, qui traduit elle-même la profonde mutation intellectuelle des années 1930, et dont tous les historiens d'aujourd'hui ne cessent de redécouvrir l'actualité. Publié il y a dix ans en Allemagne le livre est maintenant accessible au public français.
La France, comme d'autres pays d'Europe, porte encore dans son paysage et sa mémoire les blessures des nombreux conflits armés du 20e siècle. La seconde guerre mondiale, en particulier, y a engendré de nombreux "lieux de mémoire" : villages-martyrs, lieux de massacre par les nazis, camps d'internement vichystes, lieux de combats de la résistance… Ces traces ont suscité la création de musées et de mémoriaux dont l'existence, en tant qu'institutions, ne laisse pas d'être problématique quant aux choix des thèmes et aux modes d'exposition des événements concernés. Dans ses thèses relatives à la muséologie, Georges-Henri Rivière parle ainsi d'une "ponctuation de l'espace adéquate à l'organisation idéologique du message à transmettre". Que transmettre ? La guerre et la politique peuvent-elles devenir un patrimoine ? Telles sont les questions centrales posées par ces musées qui participent de stratégies mémorielles de groupes, de collectivités territoriales ou d'État, questions que reprennent à leur compte les auteurs de l'ouvrage pour engager une réflexion critique et stimulante sur les politiques de transmission de la mémoire.
Au sommaire : P. Bushkovitch, "Princes Cherkasskii or Circassian Murzas : The Kabardians in the Russian boyar elite 1560-1700" ; J. P. Ledonne, "Proconsular ambitions on the Chinese border : governor general Iakobi's proposal of war on China" ; H. Kirimli, "Crimean Tatars, Nogays, and Scottish missionaries. The story of Kattı Geray and other baptised descendants of the Crimean khans" ; S. Peyrouse, "Les missions orthodoxes entre pouvoir tsariste et allogènes. Un exemple des ambiguïtés de la politique coloniale russe dans les steppes kazakhes" ; N. Pianciola, "Famine in the steppe. The collectivization of agriculture and the Kazak herdsmen, 1928-1934" ; S. Podbolotov, "...And the entire mass of loyal people leapt up": The attitude of Nicholas II towards the pogroms" ; D. A. Amanåolova, "Iz istorii zemleustrojstva evreev v SSSR. Neskol´ko obscih zamecanij" ; M. Laruelle, "La question du "touranisme" des Russes. Contribution à une histoire des échanges intellectuels Allemagne – France – Russie au XIXe siècle".