Dans notre pays de droit et de tradition écrits, le rôle formidable joué par la mémoire orale a trop longtemps été négligé. Aujourd'hui au contraire, on assiste à une inflation du phénomène de mémoire qui rejoint et, parfois même, envahit l'actualité. Les débats récents sur des lois applicables à l'histoire ne sont-ils pas liés à ce développement spectaculaire de la mémoire collective ? Les sciences sociales s'attachent à comprendre le rôle de la mémoire et à aider ainsi le législateur à effectuer certains choix difficiles. En Normandie, comme ailleurs, la culture est plurielle, élaborée grâce à la sédimentation d'apports sociaux et ethniques multiples. La présence de groupes issus d'une immigration plus ou moins lointaine est particulièrement sensible en milieu urbain. Elle est favorisée par la présence des ports et toujours connectée à une demande de main d'œuvre généralement suscitée par les reconstructions et l'aménagement du territoire d'après 1945. Quels rapports entretiennent les membres de ces groupes avec la tradition de leurs pays d'origine ? Quelle est la culture propre aux différents groupes socioprofessionnels ? Existe-t- il une mémoire particulière aux gens de mer, aux ouvriers, aux habitants des différents quartiers, ainsi qu'une manière particulière d'utiliser cette mémoire ? Quelle valeur peut-on accorder à un récit de vie ? Voici quelques-unes des questions qui sont développées dans cet ouvrage, fruit d'une réflexion menée par les deux régions Haute et Basse Normandie lors du colloque sur la mémoire orale.
La ville est le lieu de naissance du christianisme ; elle l'a vu ensuite s'épanouir au point de s'identifier à cette religion, dans l'espace qu'il avait conquis. N'a-t-on pas coutume de mesurer les villes au nombre de leurs clochers ? Pourtant cette identification n'a pas été immédiate. Les chrétiens ont d'abord dû se cacher dans la ville avant de pouvoir s'en emparer. À l'inverse, la sécularisation observée depuis le 18e siècle a d'abord concerné les villes (à l'image de Paris), premières touchées par la "déchristianisation", la politique de laïcisation engagée en France à partir de la Révolution visant à faire disparaître précisément toute trace d'identification au christianisme. La ville devenait ainsi un terrain de conflit entre chrétiens et libres-penseurs. Mais le phénomène n'est pas nouveau. Au Moyen Âge, dans les villes divisées entre chrétiens et musulmans, au temps de la Réforme, les luttes ont fait rage pour le contrôle de l'espace urbain. Il en reste des traces innombrables, à commencer par les églises et les temples, les croix, les noms de lieux qui sont autant de signes du lien entre les chrétiens et l'espace urbain. Les études recueillies dans le volume analysent comment se construit l'identité du chrétien dans la ville par l'investissement du territoire urbain par les chrétiens, les pratiques cultuelles propres à la ville, et la place particulière de la paroisse. Complété par une approche historiographique, le livre apporte ainsi une contribution importante sur la place du religieux dans la cité.
Au sommaire : M. Prost, "La pratique de l'isonymie matrimoniale dans les populations anciennes du sud-est de la France (1546-1899). The Practice of Matrimonial Isonomy among the People of Southeast France from 1546 to 1899" ; L. Lorenzetti et R. Schumacher, "L'endogamie matrimoniale dans les villes suisses, 1880-1930. Effets structurels et préférences individuelles. Matrimonial Endogamy in Swiss Cities, 1880-1930 : structural Effects and individual Preferences" ; C. Lemercier, "Les carrières des membres des institutions consulaires parisiennes au XIXe siècle. Career Patterns in Parisian Economic Institutions in 19th century" ; F. Carbonel, "L'asile pour aliénés de Rouen. Un laboratoire de statistiques morales de la Restauration à 1848. The Rouen Asylum for the Insanes: a Laboratory of the moral Statistics, 1825-1848" ; E. Zei, ""La lune sous la terre". Contribution à l'histoire de la mesure du temps dans les sociétés rurales du monde méditerranéen moderne. "The Moon under the Earth" : A Contribution to the History of Time Measurement in rural Societies of the Modern Mediterranean World".
Marlo Johnston a découvert une pièce de théâtre inédite de Maupassant, écrite en collaboration avec William Busnach, représentée pour la première fois le 13 janvier 1883 au Théâtre Cluny. Maupassant n'a jamais reconnu la paternité de cette pièce. Dans une longue postface, Marlo Johnston établit la réalité de cette collaboration, étudie les relations entre Maupassant et Busnach et envisage la carrière théâtrale du nouvelliste et romancier, en s'appuyant sur des nombreuses lettres inédites. En annexe, on trouve l'intégralité des comptes rendus de Madame Thomassin parus dans la presse.
L'ouvrage contient huit contributions qui étudient les rapports entre la médecine, les malades et les institutions sociales, sur une longue durée de l'Antiquité à nos jours : le rôle du médecin dans une société donnée, le traitement collectif des épidémies, la prise de conscience de la nécessité d'une politique de santé, la place de la médecine dans certaines institutions, la prison par exemple, l'émergence de la médecine préventive. Il ne s'agit pas d'étudier les relations personnelles entre le médecin et le malade, mais de montrer l'organisation de la médecine en réseau. Les exemples pris en Italie voisinent avec ceux issus de régions françaises, Bretagne, Normandie, Savoie et Lorraine.
À travers une étude minutieuse du fait migratoire au Havre, depuis la naissance de cette ville jusqu'aux vagues d'arrivée les plus récentes, l'ouvrage approfondit la connaissance des relations développées entre les accueillants et les migrants, dans le cadre sociétal original que constitue la ville portuaire. Dans cette perspective, l'exemple havrais, parce qu'il met en évidence les obstacles rencontrés par les Bretons, les Polonais, les Maghrebins et par les ressortissants de bien d'autres communautés, dont les itinéraires sont reconstitués avec précision, tend à remettre en cause l'idée selon laquelle, en raison de son ouverture naturelle, la ville portuaire serait un lieu privilégié pour intégrer les migrants.
Le livre est un hommage à Raymond Queneau et à la ville qui l'a vu naître : Le Havre. Issu d'un colloque tenu au Havre pour célébrer le centenaire de la naissance de l'écrivain, il regroupe diverses réflexions sur les multiples origines de l'œuvre, depuis la biographie jusqu'à l'histoire des idées et des textes. Mais c'est aussi un livre sur la mémoire du Havre, illustré de photographies de la ville et du port au début du 20e siècle, tels que Raymond Queneau enfant les a connus.
Tome I : Bibliothèque municipale de Rouen. Vol. I : Fonds du Théatre des arts, 18e et 19e sicèles
Le volume recense les fonds musicaux de la bibliothèque municipale de Rouen, considérée sur le plan régional comme la plus riche en ce domaine. Il détaille le fonds du Théâtre des arts, l'un des plus prestigieux théâtres d'opéra de la ville aux 18e et 19e siècles ; il décrit l'ensemble de la collection musicale du Théâtre figurant dans le premier catalogue de 1861, puis dans celui de 1924. Par rapport à ces deux catalogues, le volume rétablit un grand nombre d'inexactitudes et permet donc de mieux évaluer la richesse des collections. Le travail représente un outil indispensable pour les conservateurs de la bibliothèque, ainsi que pour tous les mélomanes intéressés par la fécondité de cette période de la vie musicale française.
L'histoire de la Normandie est intimement liée à celle de la production de la draperie. Pendant plus de sept siècles, du Moyen Âge jusqu'à la fermeture en 1970 de l'entreprise Blin & Blin, la Normandie a été le berceau de cette activité industrielle et artisanale, source d'emploi et de prospérité. Le coton, la laine, voire le chanvre et le lin ont été largement exploités par de nombreuses entreprises, dont les plus éminentes se situaient dans la ville d'Elbeuf. C'est à cette tradition désormais révolue que chercheurs et historiens, spécialistes de l'histoire régionale ont consacré une quinzaine d'études. Ils analysent la production des différents centres normands, les réseaux de commercialisation et d'exportation, les mécanismes de transferts et de technologie. L'ouvrage se compose de trois parties : la première retrace la draperie à l'époque médiévale, la seconde concerne les échanges et exportations, la troisième traite de l'apogée et du déclin de cette activité.
L'ouvrage est une contribution importante à l'histoire des Parlements et des institutions judiciaires de l'Ancien Régime. Issue de deux journées d'études, la quinzaine de communications rassemblées ici explorent la fonction du parlement normand dans la ville de Rouen. Jusqu'ici peu d'études ont été consacrées aux rapports de l'institution avec la ville, la grande partie d'entre elles étant dédiées aux rapports avec le pouvoir royal. L'implication du Parlement, en accord et en association avec la municipalité, garantie la cohésion sociale de la ville et veille à la vie quotidienne des rouennais par des fonctions de police, de justice, d'assistance publique et de lutte contre les épidémies — notamment contre le long fléau de peste noire. En dehors de Rouen, les études examinent également les rapports des Parlements de Dijon, Besançon, Bordeaux, Grenoble et Rennes.
Le cirque-théâtre d'Elbeuf trouve son origine en 1892 dans la ville d'Elbeuf en Haute-Normandie. Fermé en 1995, il fait aujourd'hui l'objet d'un projet de réhabilitation en vue d'une réouverture prochaine. Entre sa naissance et sa fin, ce haut lieu du patrimoine architectural français a été intimement lié à l'histoire de sa ville. Par ses activités liées au cirque, et aussi parce qu'il fut salle de boxe, puis cinéma, bourse du travail, salle des fêtes il fait désormais partie de la mémoire collective des habitants d'Elbeuf. Une équipe de chercheurs (ethnologues, sociologues) se sont penchés sur l'histoire de ce lieu. Il s'agit moins d'une histoire complète et chronologique de cet espace que d'une collecte qualitative des traces laissées par ce lieu dans l'imaginaire et l'esprit de ceux qui y ont participé : population, artistes ou spectateurs.
L'option méthodologique de cet ouvrage collectif portant sur les invasions viking dans l'Europe du nord-ouest (Danelaw, Orcades, Normandie) dépasse le cadre d'un simple recensement des territoires envahis. Il s'agit plutôt d'aborder de manière dynamique la formation des établissements scandinaves dans ces régions. Pour réaliser cette tâche, les sources documentaires, toponymiques et archéologiques ont été sollicitées. Ce sont donc les différentes phases de la conquête des Vikings qui sont retracées, ainsi que les conditions sociales, politiques, économiques et géographiques qui ont présidées aux invasions. Enfin, l'ouvrage aborde les relations entre populations locales et envahisseurs.