Ce numéro de Semen se propose d'interroger le témoignage comme fait de langue et de discours à partir des diverses approches permises par le développement de la recherche en sciences du langage et dans les disciplines connexes qui s'intéressent aux langages dans la variété de leurs manifestations : témoignage oral/écrit, iconique, audiovisuel ou passant par d'autres formes médiatiques.En mettant ici en lumière des contextes où les droits humains sont violés et où se manifeste la haine d'autrui, il cherche à analyser les caractéristiques sémiotiques et discursives des témoignages en croisant les perspectives énonciatives, rhétoriques et argumentatives.
La crise écologique suscite un réveil de la sensibilité. Elle nous invite à observer les végétaux et les animaux pour envisager d'autres manières d'être vivant que la nôtre et saisir le souffle de la vie qui nous lie à eux. Mais peut-on saisir le vivant? Les langages ne sont-ils pas des constructions qui, capables de " dire " les mille et une choses du monde, les laissent toujours intouchées? Cet essai assume l'aporie de l'anthropomorphisme et fait dialoguer la sémiotique, l'anthropologie et les théories de l'art pour évaluer la capacité des langages visuels (peinture, photographie, installation, etc.) à saisir le vivant. Il décline trois régimes de l'énonciation artistique: la représentation qui ajoute seulement un effet de vie au simulacre d'une présence, l'ostension qui présentifie l'existant non humain lui-même et, via l'agence, le fait rayonner en tant qu'œuvre, et l'instauration qui restitue cette présence vive et évolutive. Accessible aux non-sémioticiens, la discussion théorique alterne avec des analyses d'œuvres (C. Soutine, G. Penone, G. Hauray, en particulier) qui précisent la relation construite avec le vivant. Parcourir l'histoire de l'art naturaliste à partir de ses motifs pour préciser notre relation aux plantes et aux bêtes nous porte aux lisières statutaires de l'art, là où il touche à l'horticulture ou à l'entomologie, notamment, là aussi où le vivant, réclamant ses droits, requalifie le médium pour privilégier toujours la performance.
Ce dossier de la revue Semen traite des liens entre genre et voix dans les pratiques médiatiques contemporaines et s'intéresse aux phénomènes vocaux dans leur matérialité. La fabrique du genre – au sens des rapports sociaux de sexe – se manifeste dans la voix à la fois lors de son émission et de sa réception; cependant, la voix demeure une entrée assez peu explorée pour saisir les modalités d'incorporation du genre. Ainsi, l'objectif de ce dossier est d'étudier la voix, dans ses diverses expressions et notamment dans ses manifestations médiatiques, en tant que technologie de pouvoir.
Comment l'œuvre de Louis Marin a-t-elle travaillé, dans sa grandeur discrète, depuis la disparition du philosophe, historien et sémiologue, en 1992 ? Comment sa méthode d'approche des objets, textes et images, sur lesquels il a fait porter son attention patiente depuis ses Études sémiologiques (1971) jusqu'au Pouvoir des images, dernier livre publié de son vivant, a-t-elle profondément imprimé sa trace dans un grand nombre de recherches conduites par des historiens de la littérature, de l'art, de la philosophie, et plus généralement des sociétés moderne? Les études réunies ici s'échelonnent sur les vingt-cinq ans qui nous séparent de sa mort et veulent rendre compte de l'unité d'une œuvre mais aussi de l'extrême variété de ses effets. Louis Marin n'a pas fait système, mais il a aidé de nouvelles générations à concevoir et à comprendre les systèmes de représentation au sein desquels ont été produits les gestes d'écriture et de peinture qu'il a su interroger.Avec un texte inédit de Louis Marin (proposition d'enseignement " Arts et langage " conçue pour le Collège de France en 1989)
La notion de métamorphose est fuyante, voire énigmatique. La transformation métamorphique met à mal l'identité et risque d'ébranler les fondements du faire sens. D'où l'intérêt pour le sémioticien des questions de la variabilité et de la permanence, du même dans l'autre et de l'autre dans le même. D'où également la fascination pour l'expérience discursive des limites et la possibilité d'une mise en question radicale.En même temps, on conçoit la difficulté à saisir la dynamique métamorphique. Quelles sont les conditions modales de la production et de la réception du métamorphique ? Dans quelle mesure la reconnaissance du changement métamorphique est-elle fonction de l'interaction entre le sujet sensible et l'objet, pourvu de propriétés morphologiques ? Quelles en sont les conséquences au niveau de la pensée, de l'affectif et du cognitif ? Enfin, est-il possible de dégager la syntaxe métamorphique, qui sous-tend des esthétiques différentes ? Telles sont quelques-unes des interrogations auxquelles notre projet tente d'apporter des réponses.Multipliant les lieux et les supports du métamorphique, cet ouvrage déploie une large gamme d'objets d'analyse, en passant des textes verbaux, littéraires et non littéraires, aux objets d'analyse non verbaux, aux ensembles multi-modaux et polysensoriels.
Pourquoi part-on en exil ? En quoi l'exil transforme-t-il radicalement les êtres et leur rapport au monde ?La question de l'exil est abordée dans cet ouvrage selon différents aspects : études de langue, récits de voyageurs, d'artistes, mouvements d'individus isolés ou de groupes, réels ou imaginaires, contraints ou volontaires. Au centre de toutes ces expériences, au-delà de la souffrance qu'il engendre, l'exil apparaît comme un puissant ressort de créativité et de vie.
À travers l'étude de nombreux textes techniques sanskrits, la présente étude vise à montrer et à expliquer comment la spécificité du statut sémiotique des noms propres a été abordée dans les trois disciplines indiennes traditionnelles que sont le vyakaraGa (grammaire), le nyaya (logique) et la mimaCsa (exégèse), disciplines qui placent la réflexion sur le langage au centre de leurs préoccupations.La question du " sens " des noms propres a suscité, aussi bien en Occident qu'en Inde, de nombreuses réflexions. Si les débats, en Occident, concernent principalement la logique et la philosophie, la linguistique n'y participant que de manière marginale, c'est essentiellement les grammairiens (vaiyakaraGa) et les logiciens (naiyayika) qui, en Inde, se sont emparés du problème. Cet ouvrage montre comment les premiers ont majoritairement défendu l'idée selon laquelle les noms propres dénotent et connotent, alors que, parmi les seconds, c'est l'idée d'une dénotation directe, sans connotation, qui a été le plus souvent soutenue.
Raymond Devos crée un monde de mots dans lequel il invite son spectateur, son auditeur, son lecteur au double je(u) des identités multiples et des logiques parallèles.Devos-cosmos. L'artiste, poète et savant, grand marionnettiste et virtuose du verbe et de la scène se plaît à déchaîner pour mieux les orchestrer, les sens et les sons.Devos-chaos. En menant une analyse sémio-linguistique systématique des dits-écrits de Devos, ce comique unique et exemplaire, l'ouvrage propose sous l'angle de l'énonciation, de la poéticité, de l'imaginaire une réflexion sur la dynamique du sens en discours.
L'hétérogénéité du visuel. 4. Diagrammes, cartes, schémas graphiques
Comment saisir l'hétérogénéité du visible ? Comment rendre compte de la pluralité des approches disciplinaires mais aussi de la diversité constitutive de l'objet ?Ce numéro consacré au second volet des travaux de 2005, les journées d'étude de Venise intitulées " Diagrammes, cartes, schémas graphiques " clôt le cycle triennal de rencontres.
Sommes-nous attentifs aux images qui se télescopent et se renouvellent en permanence dans notre environnement ? Ne sommes-nous pas trop pressés pour accorder un peu de notre attention à notre culture visuelle et pour observer la façon dont les images produisent du sens ? Dans cet ouvrage, des chercheurs en sémiologie et sémiotique ont pris tout leur temps pour disséquer des dessins de presse ou d'illustration, une affiche, des pictogrammes, une planche de bande dessinée, une photographie, des peintures, ou une fresque. Ils présentent ici les résultats de leurs analyses mais aussi leurs méthodes d'investigation. Ces études sont dérivées des travaux fondateurs de Ferdinand de Saussure et des théories structuralistes et néostructuralistes qui poursuivent ses recherches. Les images y sont traitées comme des objets construits dont l'analyse démonte les rouages avant d'étudier leurs systèmes d'interprétation. Cette importante phase herméneutique se concentre alors sur la convergence du sens et sur la diffraction de la signification. En abordant les théories structuralistes et herméneutiques, cet ouvrage complète son prédécesseur consacré aux théories de la sémiotique pragmatique et cognitive. Ces deux livres s'adressent à tous ceux qui souhaitent faire un arrêt sur les images pour mieux les comprendre. Il intéressera notamment les étudiants, les enseignants et les chercheurs qui sont concernés par l'étude de la culture visuelle et par l'éducation aux images.
La ponctuation et les particularités graphiques des manuscrits médiévaux ont été longtemps considérées comme des objets linguistiques sans grande importance. Les médiévistes n'ont presque jamais hésité à introduire leur propre ponctuation dans les éditions des textes anciens, qu'il s'agisse de textes en latin ou en langues vernaculaires, et même parfois à harmoniser les formes graphiques. Or il n'existe pas de "petites choses" lorsqu'il s'agit de travailler sur une langue ancienne, pour laquelle les textes sont la seule source de données disponible. La ponctuation, les segmentations particulières, les graphies des manuscrits peuvent fournir des informations précieuses sur la compétence linguistique des scribes médiévaux et sur les mécanismes de la production et de la compréhension du texte.Depuis une trentaine d'années plusieurs travaux ont été publiés sur ce sujet, mais l'apport des techniques numériques a ouvert de nouvelles perspectives à cette recherche, dont l'importance pour la connaissance et l'histoire des langues apparait désormais clairement.La journée d'étude organisée à Lyon en juin 2005 sur les manuscrits de textes français du Moyen Âge, et dont les actes sont publiés dans le présent volume, a permis à la fois de faire un bilan sur les connaissances acquises, de réfléchir sur la méthodologie des futures recherches et de découvrir de nombreux phénomènes intéressants.
Cette réédition valorise les minutieuses analyses des images effectuées par Louis Marin, grâce à 72 planches en couleur des œuvres de Paolo Uccello, Filippo Lippi, Luca Signorelli ou encore Piero de la Francesca.Au Quattrocento, lors de l'invention et de la restauration de la perspective, les dispositifs visuels sont dissimulés afin de produire l'illusion d'une figuration " objective " de la réalité. Louis Marin projette sur ces œuvres, la théorie du signe et de la représentation élaborée à Port-Royal au dix-septième siècle et montre que les découvertes des moralistes français sont en quelque sorte déjà théorisées, mais en peinture, par les fresques du quattrocento.Fidèle aux théories sémiotiques et à une approche structuraliste, cette analyse questionne le " comment ça fonctionne " plutôt que " qu'est ce que cela signifie ". Elle dévoile les ruses par lesquelles l'image parvient à s'imposer comme vraie du point de vue de la perception, mais aussi et surtout du point de vue de la légitimité politique et religieuse. Une des caractéristiques d'Opacité de la peinture est de faire dialoguer les préoccupations théoriques du présent et les objets du passé en enrichissant la compréhension de l'un et de l'autre." Tout signe est à la fois une chose et une représentation : considéré comme chose, le signe focalise sur lui-même la "vue de l'esprit ", il ne représente rien mais se présente lui-même. Comme représentation, il se dérobe à la considération et déplace la vue de l'esprit de lui-même à l'objet qu'il signifie. Le signe est alors comme la vitre transparente qui laisse voir autre chose qu'elle-même : lorsqu'elle s'opacifie, elle cesse de se dérober dans sa diaphanéité pour s'offrir à la vue et l'arrêter. " (Louis Marin)