L'institut berlinois de science sexuelle (1919-1933)
Fondé en 1919 par Magnus Hirschfeld (1868-1935), l'Institut berlinois de science sexuelle était sans équivalent. À la fois centre de recherche, de soins, d'enseignement et de sensibilisation, il rassemblait médecins, juristes, psychologues, militants et personnes concernées autour d'un projet commun : explorer la diversité des sexualités et défendre celles et ceux marginalisés en raison de leur orientation ou de leur identité.
Au-delà de sa vocation scientifique, l'Institut constituait aussi un refuge : un espace de protection et de reconnaissance, où se nouaient des solidarités inédites et s'expérimentaient de nouvelles formes de vie. Symbole d'une société plus libre et plus juste, il s'imposa comme le laboratoire d'une modernité sexuelle et sociale durant la république de Weimar – avant d'être détruit par les nazis en 1933.
Rainer Herrn retrace avec rigueur et sensibilité l'histoire intellectuelle, médicale et politique de cette aventure collective, en présentant la diversité de ses acteurs, ses débats, ses réseaux et ses contradicteurs. L'important héritage scientifique et social de ce travail pionnier du début du xxe siècle éclaire aujourd'hui encore les luttes pour l'émancipation.
Qu'il doive être évangélisé, civilisé, combattu ou qu'il soit pris comme modèle, le " sauvage " fait l'objet d'une attention soutenue au XVIIIe siècle, qui doit autant à la curiosité philosophique qu'à des discours liés aux débats politiques et sociaux de l'époque. Les articles étudient la façon dont est traitée, sous l'angle politique, la figure du " sauvage " au cours d'un long XVIIIe siècle. Ils font apparaître des rapports contrastés, voire radicalement opposés, à cette figure de l'altérité, qui tend à l'Europe un miroir tantôt positif, où elle se voit comme un idéal de civilisation et de progrès, tantôt, au contraire, extrêmement critique, révélant sa violence et son intolérance.
Conçu sous la forme d'un abécédaire, cet ouvrage collectif propose un vaste panorama des rapports entre histoire des arts et études postcoloniales. En réponse à l'actualité sur la décolonisation des musées, un espace de réflexion est ouvert autour de thématiques telles que les collections dites " ethnographiques ", les narratifs de l'histoire coloniale et les perspectives autochtones. En réunissant des chercheur·euse·s, artistes, militant·e·s et expert·e·s engagé·e·s, ce livre se veut un carrefour d'échanges entre articles scientifiques, contributions artistiques et essais. Au travers de ces multiples voix, cet abécédaire invite ainsi à repenser l'histoire des arts et des musées comme un espace d'expérimentation au-delà des frontières disciplinaires et géographiques, pour offrir un éclairage original et sensible sur les enjeux contemporains de l'étude du passé, tout en ouvrant de nouvelles voies pour l'avenir.
C'est en Grande-Bretagne que l'histoire de l'éducation physique et l'histoire du sport sont nées, à la fin du 19e. Qualifiée d'impériale en imposant une origine britannique aux sports modernes, l'historiographie britannique a ensuite subi l'influence du marxisme à partir des années 1950, en mettant l'accent sur le sport populaire et les minorités. Ailleurs en Europe le récit sportif, davantage né vers la seconde moitié du 20e et lié à la reconnaissance universitaire des formations en sciences du sport, s'intéresse aux figures fondatrices de la pédagogie du corps et de la gymnastique militaire. L'historiographie européenne a d'abord été scindée en deux, de part et d'autre du rideau de fer. La création de divers comités lié à l'histoire du sport en Europe a permis de jeter les bases d'une histoire comparée entre les pays. Aujourd'hui l'histoire du sport se renouvèle et s'intéresse à la circulation des modèles pédagogiques et scolaires, attentive aux médiateurs et à la réception de l'enseignement sportif, aux catégories de genre, d'origine, de classe sociale.Ce seizième volume explore des thèmes aussi divers que la création de la Fédération internationale du sport universitaire, la revue brésilienne A Gazeta, les rapports entre le sport "ouvrier" et "bourgeois" en Grèce dans les publications communistes de l'entre-deux-guerres, la trajectoire d'Anne Almeida, la "comtesse" du basket français ou encore les principes de la création à Varsovue d'un district olympique durant entre-deux-guerres.
Le doctorat n'est pas un diplôme comme les autres: puisque la thèse sert à prouver la capacité à produire des savoirs nouveaux, la soutenance est le seul examen où le jury en sait moins sur le sujet traité que le ou la candidat·e. Mais comment un grade universitaire en est-il venu à certifier l'originalité et la nouveauté, plutôt que la conformité et la maîtrise de savoirs acquis? Quelles en sont les conséquences sur le travail intellectuel et ses pratiques, sur l'organisation des mondes savants et sur la structuration des disciplines? Qui s'engage dans une telle aventure, avec quels objectifs et pour quels résultats?
Comment les œuvres existent-elles dans le temps ? Judith Schlanger revient sur les lectures et les textes qui ont jalonné son parcours – ainsi que sur ceux qui, à l'inverse, l'ont étonnamment peu marquée. Au gré de ce carnet de lectures personnel, elle explore les thématiques du changement et de la durée historique, de la valeur cachée des lecteurs anonymes, et d'une vie consacrée aux idées.Entrecroisant réflexions personnelles, analyses sur son propre parcours et études des œuvres, cet essai dresse un portrait saisissant de la pensée du second XXe siècle.
Dès 1849, le canton de Fribourg adopte une législation pénale particulièrement sévère à l'encontre de l'homosexualité. Alors que les codes pénaux fribourgeois successifs condamnent tout acte homosexuel, le Code pénal suisse de 1942 instaure une dépénalisation partielle centrée sur la protection de la jeunesse et la lutte contre la prostitution homosexuelle.Une première partie s'intéresse à l'évolution de cette législation et propose une comparaison avec les autres textes en vigueur en Suisse. La séparation dichotomique entre Suisse romande permissive et Suisse alémanique répressive à l'égard de l'homosexualité ne résiste pas à cette analyse. Se concentrant sur le débat politique et les différentes tentatives de modifications législatives, cette partie permet de mieux comprendre l'évolution de la perception de l'homosexualité et de celle du seuil de tolérance à son égard.L'auteur analyse ensuite la mise en application de ces législations à travers les dossiers pénaux de Tribunaux de districts et de la Chambre pénale des mineurs. Les différentes étapes de la procédure judiciaire permettent de suivre le parcours des accusée·s de la dénonciation à la condamnation, en passant par les interrogatoires et, dès les années 1940, par les expertises médicales.
Fondée à Dole en 1423, l'université de Franche-Comté est l'une des plus anciennes universités françaises. Créée à l'initiative du duc-comte de Bourgogne, Philippe le Bon, qui souhaitait doter son administration d'hommes instruits et compétents, elle fut transférée en 1691 à Besançon par la volonté de Louis XIV, qui venait de rattacher la province au royaume de France.Ce second tome, qui court de 1968 à l'année universitaire 2023/2024, est le fruit d'une nouvelle aventure collective. Il relève le défi de l'histoire immédiate de l'université de Franche-Comté, exercice à ce jour inédit. L'épaisseur du volume témoigne de la richesse des évènements qui se sont succédés ces cinquante dernières années. L'université de Franche-Comté a dû évoluer et s'adapter de manière incessante aux réformes ministérielles successives, faire face à une montée importante des effectifs, à de nombreuses manifestations et mouvements sociaux, former les étudiants en formation initiale, continue ou à distance et leur offrir une qualité d'études et de vie universitaire, favoriser leur bonne insertion professionnelle, construire de nouveaux bâtiments universitaire, multiplier ses campus au gré de l'expansion territoriale, permettre aux laboratoires de développer leur recherche, la valoriser et la transférer vers le monde socio-économique, s'ouvrir à l'international, et enfin partager le savoir en train de se faire en diffusant la culture pour informer les citoyens.Au seuil de sa mue vers l'université Marie et Louis Pasteur, le 1er janvier 2025, l'université de Franche-Comté, a-t-elle répondu, ce dernier demi-siècle à cette double exigence: la production intellectuelle et culturelle et la formation des individus? Plus d'une centaine d'auteurs se livrent ici à ce défi d'histoire globale. Synthèses, notices et encadrés, abondamment illustrés vous invitent à découvrir ce riche héritage: embrasser le passé pour mieux accueillir l'avenir.
Au début des années 1970, la forte immigration ouvrière italienne et espagnole joua un certain rôle dans les actions revendicatives d'une soudaine ampleur qui éclatèrent en Suisse romande. Ces ouvriers et ouvrières – y compris autochtones – affrontaient un patronat et des syndicats incapables de satisfaire leurs attentes. La contestation s'exprima alors par des débrayages et des grèves outrepassant la convention de "paix du travail" qui lie en Suisse patronat et syndicats. L'historien et journaliste Sergio Agustoni a posé comme hypothèse que les flux variables et divers de travailleurs immigrés vers la Suisse jouèrent un rôle fondamental dans les luttes ouvrières à Genève et en Suisse romande au début des années 1970. Il avait observé personnellement plusieurs événements genevois et en proposa une analyse dans un article publié en 1974. Après la description et l'analyse de cinq événements majeurs de la période 1969-1974 – Murer (GE), métallurgie (GE), Paillard (VD), Bobst et fils (VD), Burger & Jacobi (BE) – l'auteur aborde la morphologie du mouvement ouvrier en Suisse romande: acteurs, répertoire d'actions, chronologie, géographie…Les grèves des années 1968-1974 "firent événement" et "font histoire". Mais ni la mémoire ni l'histoire érudite n'ont retenu durablement ces moments particuliers qui concernèrent pourtant de vastes espaces de la société helvétique. Marquent-elles un arrêt du temps? Y eut-il un avant et un après? Pas sûr. La "paix du travail" a de véritables conséquences historiographiques. Ces luttes ouvrières caractérisèrent fortement le "mouvement ouvrier" des années 1970 en Suisse romande, jetant dans l'action un grand nombre de protagonistes: ouvrières et ouvriers, patrons, syndicats de diverses obédiences, associations d'étrangers, associations suisses de soutien, groupuscules de la nouvelle gauche, journalistes et groupes de presse, représentants politiques, la société civile…
Les statues, bustes ou noms des rues font aujourd'hui l'objet de contestations, de revendications et de gestes militants. La place des marqueurs mémoriels dans l'espace public est interrogée, dans une perspective antiraciste, décoloniale ou féministe. Ce questionnement est l'expression d'une évolution sociétale, orientée vers une forme de reconnaissance des mémoires blessées et invisibles en accord avec une vision et des valeurs actuelles. Prend alors forme une réflexion sur le devenir des monuments et des odonymes. Cet ouvrage examine comment ces débats médiatiques et politiques s'invitent à l'école. Des expériences sont menées en classe pour inscrire cette actualité dans l'histoire de l'esclavage, de la colonisation, des rapports de genre, du mouvement ouvrier. Il s'agit de faire connaître les faits historiques, mais aussi de se pencher sur la construction de ces mémoires. Les élèves sont ainsi conduit·e·s à débattre, à développer leur agentivité et à se former à une citoyenneté éclairée ou engagée. Cette recherche trouve son origine dans un projet collectif élaboré au sein de l'Équipe de didactique de l'histoire et de la citoyenneté (ÉDHICE) de l'Université de Genève, à laquelle appartiennent l'ensemble des auteurs et autrices du livre. Son thème a été développé dans le cadre d'un séminaire de recherche destiné aux enseignant·e·s d'histoire du secondaire en formation.
Izabela Wagner signe la première biographie de la vie et de l'œuvre de Zygmunt Bauman, auteur d'une œuvre intellectuelle majeure longtemps restée méconnue du public français. Sa pensée, multiforme, déborde les segmentations académiques, relevant à la fois de la sociologie et de la philosophie.Né en 1925 en Pologne dans une famille juive et pauvre, Bauman est contraint de se réfugier en URSS en 1939 pour fuir le nazisme. Engagé dans l'armée polonaise exilée, il devient capitaine dans l'armée polonaise à la fin de la Seconde Guerre mondiale, tout en reprenant des études de sociologie à l'Académie de sciences sociales de Varsovie. Devenu membre du Parti ouvrier unifié polonais, communiste, il est évincé à la fois de l'université et du parti en 1968, dans un contexte d'antisémitisme extrême. Réfugié d'abord en Israël, il s'établit à Leeds, au Royaume-Uni, en 1971, ville qu'il ne quittera plus.Izabela Wagner montre comment la double expérience d'exil a forgé les travaux de Bauman. Connu pour sa critique de la modernité et le concept de " modernité liquide ", celui dont la pensée rencontra un succès international en 1991, alors que se terminait sa carrière universitaire, méritait une biographie d'envergure.
L'exposition " À bras-le-corps ! Savants et instruments au Collège de France au XIXe siècle " retrace près d'un siècle de recherches sur le corps, entre physiologie et physique. À partir de la collection d'instruments historiques conservée par le Collège de France, elle fait revivre un cheminement scientifique singulier, de la médecine expérimentale de Claude Bernard à la physique biologique d'Arsène d'Arsonval, en passant, entre autres, par l'analyse du mouvement d'Étienne-Jules Marey. Les savants n'y figurent pas seuls face à leurs découvertes ; c'est un riche milieu qui est dépeint, où interagissent artisans, sujets expérimentaux, ingénieurs, assistants, médecins, professeurs, patients, industriels, société civile et outils matériels du savoir.De la fabrication des instruments jusqu'à la théorisation de la méthode expérimentale, les textes rassemblés dans ce volume donnent à voir l'enchevêtrement d'acteurs, de pratiques et d'intérêts qui caractérise la science en train de se faire.