Savons-nous ce que nous faisons quand nous lisons des textes? Savons-nous ce que nous comprenons quand nous devenons des lecteurs? Ces questions iconoclastes sont rarement posées car elles dérangent et viennent perturber nos rapports aux œuvres, aux arts et à la pensée tels qu'ils s'expriment dans les textes. C'est donc bien le problème du sens d'un texte qui se pose alors même qu'il passe comme allant de soi parce que ne faisant que très rarement l'objet d'une interrogation de la part des lecteurs que nous sommes. Nous lisons donc comme si la signification des œuvres n'était pas la question centrale. L'œuvre du philologue Jean Bollack n'hésite pas à poser ces questions encore et toujours nouvelles dans notre modernité. Lors d'échanges approfondis avec le philosophe Patrick Llored sur ce que lire veut dire, il livre son discours de la méthode philologique en explicitant les enjeux de son travail d'interprétation d'une multitude d'œuvres appartenant à de nombreux genres littéraires tout comme à la pensée lorsqu'elle prend la forme universelle de la philosophie. Littérature, théâtre, poésie et philosophie font dans ce volume unique l'objet de cette nouvelle manière de déchiffrer les œuvres. C'est toute notre culture qui prend ainsi un sens nouveau, toujours ancré dans l'histoire, sens partageable avec l'humanité qui peut s'approprier les œuvres de manière rationnelle.
Socrate et les " Présocratiques " dans les nuées d'Aristophane
Les Nuées, qu'Aristophane même considérait comme la plus " savante " ou " habile " de ses œuvres, inaugure avec éclat la longue histoire des rapports de l'intellectuel avec le monde. Le chemin qui conduit à l'abolition des dettes contractées par un fils dispendieux passe-t-il par celui des connaissances ? Le père endetté, qui répond au nom transparent de Strepsiade – M. Retourneur –, tente sa chance. En vain : c'est un lourdaud. Lui-même emberlificoté par un fils qui excipe de la leçon des philosophes pour le frapper, il se retournera finalement contre le " Pensoir ", l'école philosophique dont Socrate est ici le représentant attitré. La pièce d'Aristophane, avec la virulence propre à la comédie et les ressources propres au théâtre, parle de la relation entre la théorie et la pratique, mais aussi de celle entre les Nuées, divinités aussi suprêmes que complexes, et les simplets que nous sommes tous ; elle parle aussi de la langue et des théories philosophiques, dont elle construit l'unité sous-jacente et dénonce la complicité profonde, par-delà leur confrontation de surface. En fin de compte, la comédie se révèle aussi école de pensée. Platon saura s'en souvenir.
La critique a chez Benjamin une double dimension : celle de la reconstruction méthodique de l'objet signifiant et celle de l'instauration d'un écart qui, préparé déjà par la distance historique, fait éclater son unité de sens. Ce geste, qui se fonde sur la philosophie du langage du jeune Benjamin, renvoie également à la théorie de l'histoire de sa maturité. Mais c'est dans la réflexion sur le concept de critique d'art qu'il élabore le paradigme intellectuel qui, au sein même de l'œuvre, prend appui sur la conception romantique d'une critique immanente à l'objet qu'elle achève.Loin des célébrations empathiques et des réactualisations superficielles qui ont souvent caractérisé la première réception française de Benjamin, l'objectif commun des textes ici rassemblés, est de réfléchir aux fondements théoriques du geste critique chez l'auteur, en revenant sur les sources littéraires et philosophiques de sa pensée.
Accéder à la version numérique sur OpenEdition BooksLes mots explorés par Claude de Jonckheere sont autant de perspectives ouvertes sur des aspects de l'agir envers autrui. Le titre 83 mots pour penser l'intervention en travail social présuppose que les mots ne servent pas uniquement à communiquer, mais surtout à réfléchir. Plutôt que de proposer des définitions, ce sont l'expérience de pensée qu'ils suscitent, les aspects du monde auxquels ils conduisent et les problématiques qu'ils permettent de construire qui importent. Les mots nous font sentir ce monde qui devient alors le nôtre et sur lequel nous pouvons agir afin de le transformer. Ils font irruption en nous, bousculent les mots s'y trouvant déjà et les agencent différement. Ce livre offre des manières de penser l'intervention de sorte que les professionnels puissent sortir du trouble dans lequel les difficultés croissantes inhérentes à l'exercice du travail social les plongent parfois. Il ne se veut pas un manuel indiquant aux lecteurs des façons de faire mais souhaite contribuer à l'augmentation de leur puissance d'agir, car il postule que penser, avec des mots, a des conséquences sur les pratiques. La coloration principale de cet ouvrage est donnée par le pragmatisme et l'empirisme de William James, John Dewey, Georges Herbert Mead et par la philosophie de l'événement d'Albert North Whitehead, repris dans la tradition francophone notamment par Gabriel Tarde, Gilles Deleuze, Isabelle Stengers et Bruno Latour. Ce recueil est destiné aux personnes dont la profession est d'agir envers autrui – ou qui se forment à une telle profession – celles dont Freud disait qu'elles exercent un "métier impossible " notamment les travailleurs sociaux mais aussi les thérapeutes, les enseignants, les soignants et, pourquoi pas, les politiques.
La locution vision du monde est aujourd'hui très régulièrement utilisée dans la presse écrite et dans les sciences humaines, mais sait-on que c'est au linguiste allemand, de Wilhelm von Humboldt (1767-1835), que nous devons le concept de Weltansicht traduit en français par vision du monde ? Ce concept fondamental de la théorie linguistique humboldtienne désigne une perception du monde organisée par une langue particulière. Il permet à Humboldt d'élaborer une définition innovante du langage fondée sur la prise en compte de la diversité des langues, en intégrant d'une part le rapport avec la pensée et le monde extralinguistique et, d'autre part, le lien avec une communauté humaine.Le présent ouvrage a pour ambition de faire connaître ce concept, enraciné dans les problématiques anthropologique et linguistique de la fin du 18e siècle et du début du 19e, sa place dans la théorie du langage humboldtienne, sa portée dans la lingstique contemporaine et sa force d'actualité.
Les travaux de Françoise Desbordes, disparue prématurément à l'âge de 54 ans, font autorité auprès de la communauté des chercheurs en sciences humaines. Leur nombre et leur dispersion les rendent aujourd'hui difficilement accessibles. Leur republication s'imposait. Ce volume est centré sur l'histoire des disciplines qui traitent du langage. Le domaine gréco-latin y est exploré avec une ampleur et une richesse de documentation qui ont renouvelé ce champ du savoir. Les réflexions sur les philosophies du langage (Aristote, Platon, Sextus Empiricus et d'autres), l'histoire de la linguistique (écrit/oral, sens/référence/signification, étymologie, grammaire), l'étude attentive de corpus anciens qui ont servi de base à la tradition occidentale, intéresseront un large public d'historiens et d'épistémologues.
Repères épistémologiques, éthiques et méthodologiques
Si, dans les années 80, on parlait beaucoup de thérapies de famille – au point de les confondre avec l'approche systémique – on sait mieux maintenant que le travail social, l'intervention psychosociale auprès des personnes, des groupes, des familles et l'étude des problèmes sociaux peuvent être grandement enrichis et diversifiés grâce à l'approche systémique comprise à la fois comme mode de pensée, stimulation éthique et construction méthodologique. Le travail d'Olivier Amiguet et de Claude Julier s'inscrit dans cette recherche. L'ouvrage se présente sous la forme de quatre chapitres, reliés entre eux par une certaine logique, mais cependant relativement indépendants les uns des autres. Une introduction à la pensée systémique complexe et constructiviste, en particulier une description des trois théories qui fondent leur modèle d'intervention, soit: la théorie générale des systèmes, la théorie des communications selon l'Ecole de Palo Alto, et le constructivisme. Une réflexion sur l'éthique : l'approche systémique pose-t-elle des questions, mais aussi donne-t-elle des réponses, du point de vue de l'éthique ? Des repères méthodologiques : dans ce chapitre central, les auteurs retiennent huit concepts pour lesquels, de façon systématique, ils décrivent d'une part l'origine et les divers sens de ces concepts, dans le travail social et ailleurs, et d'autre part ce qu'ils en retiennent pour fonder leur modèle d'intervention. Conscients de la nécessité de relativiser leurs réflexions et leurs expériences, Olivier Amiguet et Claude Juliet terminent leur ouvrage par un chapitre consacré à une réflexion critique, dans lequel ils indiquent les limites de leur modèle, leurs interrogations et des pistes de recherche pour continuer le débat.
… Comme Rorty l'a fait remarquer, on peut dire, en simplifiant, que de Kant à la philosophie analyique, la tentative de délimitation du représentable se déplace de la représentation au sens kantien à l'expression linguistique de cette représentation passée au crible du "grand miroir" : l'espace logique. Le concept de représentation s'en trouve considérablement élargi. Cet élargissement se produit chez Wittgenstein dans le Tractatus, mais déjà cinquante ans auparavant, chez Peirce, dans son monumental projet sémantique : constituer une théorie absolument générale du signe ou encore de la représentation au sens le plus général du terme…
Colloque international du Laboratoire littérature et histoire des pays de langues européennes, Besançon, 10-12 mai 2001
L'exemplum n'est pas un sujet que l'on puisse aborder d'une manière innocente, en particulier parce qu'il ne s'agit pas d'un procédé au-dessus de tout soupçon. S'agit-il d'un procédé servant à prouver ? Ou bien seulement à convaincre ? Cache-t-il les vrais arguments ou sert-il à les dévoiler ? Montre-t-il un découpage des savoirs en cours à une certaine époque et pour une discipline concrète ou bien est-il utilisé pour transgresser de manière sournoise des frontières bien établies ? Certains des intervenants de ce Colloque se sont posés au préalable ce genre de questions tandis que d'autres se sont employés plus concrètement à étudier l'emploi des exempla selon des définitions bien établies. Cette double démarche montre au mieux croyons nous la richesse d'un champ qui reste en grande partie à déblayer et à enrichir de futurs travaux. Les corpus sur lesquels ont travaillé les intervenants ont été fort variés, bien qu'ils puissent se regrouper sous quelques rubriques. Le premier d'entre eux a été sans doute le politique, dans lequel la visée pédagogique ou démagogique peuvent favoriser l'utilisation d'un procédé fort convaincant, mais ont également été étudiés certains textes à caractère philosophique, moral et religieux ainsi que des textes historiques, historiographiques, de pratique judiciaire, des textes littéraires et journalistiques.
Les controverses qui ont accompagné, depuis le 19e siècle et jusqu'au milieu du 20e, les fondations et refondations des diverses sciences sociales avaient pour enjeu le choix d'une méthode de calcul ou d'observation capable de séparer les arguments relevant d'une logique de la preuve ou d'une rhétorique de la persuasion. Le renouveau moderne des logiques formelles, l'essor des sciences du langage, la redéfinition de la rhétorique fournissent aujourd'hui d'autres instruments pour mesurer le poids de l'énonciation dans les langages ordinaires ou scientifiques. À défaut de bilan, les études d'épistémologie descriptive réunies dans le volume identifient quelques-unes des opérations les plus caractéristiques de l'administration des preuves dans les sciences sociales.
À travers des articles sur Machiavel, Descartes et Spinoza, Hume et Smith, Merleau-Ponty, une question sert de fil conducteur à une recherche menée sur les terrains de la politique, de la morale, du droit et de l'esthétique : comment l'affectivité intervient-elle en chacun de ces domaines ? D'une communication à l'autre, on voit se dessiner un ensemble d'antinomies qui paraissent constituer une antithétique : les éléments symboliques (linguistiques essentiellement) sont-ils au fondement de l'affectivité ? Ou faut-il, au contraire penser que l'affectivité est plus profonde que toute symbolique ?
La position centrale du langage en éducation est connue et reconnue. Les problèmes éthiques que pose cette centralité le sont moins et renvoient aux rapports entre éthique et éducation. A une période où l'école est en crise et où le mélange des populations et des langues s'accélère, cet ouvrage permet de mieux situer les enjeux et propose des éléments de réflexion et de réponse.