Cet ouvrage contient la reproduction intégrale en fac-similé du cahier manuscrit " Chansons de Grand'mères ", ainsi qu'une réédition complète du petit livre de contes intitulé Contes de grand'mères – Contes de Basse-Bretagne et du pays gallo d'Angélina Duplessix (1857-1909). Ces documents inédits ou introuvables contiennent quelque vingt grands contes populaires, ainsi qu'un cahier manuscrit où l'on trouve les textes et musique de 120 chansons de tradition orale.
La réussite du sauvetage et de la valorisation économique de la Coucou est le fruit d'une longue histoire qu'il fallait raconter. Cette variété locale bien présente en Bretagne où elle a été signalée dès 1858, incarnait aux yeux des producteurs un bon compromis entre la production d'oeufs et la finesse de la chair. Quelques passionnés et, en tout premier lieu un Rennais, le docteur Edmond Ramé, ont contribué à en faire une " race ", reconnue en 1914 et réputée bien au-delà de sa région d'origine. La chance a fait que, malgré le grand bouleversement où a disparu une part immense du patrimoine vivant forgé par l'agriculture traditionnelle, la Coucou de Rennes a pu être sauvée grâce aux efforts conjugués de l'Écomusée du pays de Rennes, d'amateurs passionnés et d'éleveurs cherchant une alternative à l'industrialisation. Le projet de valorisation économique a pu s'appuyer sur ce remarquable patrimoine culturel et génétique.
En 1906, le jeune vicaire de Saint-Vougay Jean-Marie Perrot se lance dans un projet tout à fait original dans le domaine de la collecte de chansons populaires bretonnes : le Barzaz Bro-Leon. S'inspirant du Barzaz-Breiz de Théodore Hersart de La Villemarqué, il entend faire connaître la tradition orale méconnue du Léon en organisant un grand concours pour lequel il invite les habitants du nord-Finistère à lui envoyer les chants en breton qu'ils connaissent. Cette expérience est un véritable succès, et plus de mille documents – chansons, mais aussi proverbes, devinettes, contes – sont rassemblés en peu de temps. Le Barzaz Bro-Leon permet de renouveler profondément notre connaisance des traditions chantées de Bretagne en montrant la richesse de la région léonarde, jusqu'alors très négligée et faisant l'objet de préconceptions négatives dans ce domaine. La collection ainsi constituée permet d'apporter un autre regard sur le répertoire puisque ce sont les chanteurs eux-mêmes – et non des collecteurs extérieurs – qui ont choisi les textes qu'ils ont mis par écrit, en fonction de leurs goûts personnels et de leur propre conception de ce qu'est une " belle " chanson. De ce renversement de perspectives résulte un ensemble très différent des grandes collectes du XIXe siècle : beaucoup plus hétéroclite, le Barzaz Bro-Leon permet d'apprécier la diversité du répertoire de chansons en circulation en Bretagne au début du XXe siècle. Il invite dès lors à s'interroger sur les méthodes d'enquête des ethnographes, en soulevant des questions dont les implications dépassent largement les frontières de la Bretagne. Pour la première fois, le présent ouvrage met à la disposition de tous, chercheurs et amateurs dans le domaine du patrimoine oral et de la langue bretonne, une collection à l'intérêt exceptionnel et restée jusqu'alors entièrement inédite. Ce livre est le fruit d'un travail collectif de longue haleine mené au Centre de Recherche Bretonne et Celtique sous la direction d'Éva Guillorel. L'étude détaillée du contexte, du contenu et des enjeux du Barzaz Bro-Leon est suivie par la transcription et la traduction de l'intégralité des collectes en provenance du sud du Bas-Léon et des îles de Molène et Ouessant.
Longtemps ignoré ou méprisé, le patrimoine industriel fait aujourd'hui l'objet d'une reconnaissance institutionnelle : les vieilles usines sont réhabilitées, les puits de mine inscrits dans les circuits touristiques et les objets de l'industrie muséifiés. Après avoir beaucoup détruit, on rêve désormais de tout conserver car les vestiges de l'industrie sont perçus comme constitutifs d'identités professionnelles ou locales dignes d'être valorisées. Si les sciences sociales ne peuvent ignorer ce désir de "patrimonialisation" qui vient d'en bas, elles ne doivent pas cependant se laisser submerger par ces mémoires singulières. Aussi, dans une visée critique qui associe chercheurs et professionnels du patrimoine et fait voyager le lecteur de la Lorraine sidérurgique au Nord minier et de Turin à Billancourt, le livre s'interroge sur le processus qui transforme l'usine en patrimoine, la seconde vie que lui donnent les nouvelles fonctions qui l'investissent et les conditions d'une histoire qui fasse toute sa place aux traces matérielles de l'industrie.
La ville est le lieu de naissance du christianisme ; elle l'a vu ensuite s'épanouir au point de s'identifier à cette religion, dans l'espace qu'il avait conquis. N'a-t-on pas coutume de mesurer les villes au nombre de leurs clochers ? Pourtant cette identification n'a pas été immédiate. Les chrétiens ont d'abord dû se cacher dans la ville avant de pouvoir s'en emparer. À l'inverse, la sécularisation observée depuis le 18e siècle a d'abord concerné les villes (à l'image de Paris), premières touchées par la "déchristianisation", la politique de laïcisation engagée en France à partir de la Révolution visant à faire disparaître précisément toute trace d'identification au christianisme. La ville devenait ainsi un terrain de conflit entre chrétiens et libres-penseurs. Mais le phénomène n'est pas nouveau. Au Moyen Âge, dans les villes divisées entre chrétiens et musulmans, au temps de la Réforme, les luttes ont fait rage pour le contrôle de l'espace urbain. Il en reste des traces innombrables, à commencer par les églises et les temples, les croix, les noms de lieux qui sont autant de signes du lien entre les chrétiens et l'espace urbain. Les études recueillies dans le volume analysent comment se construit l'identité du chrétien dans la ville par l'investissement du territoire urbain par les chrétiens, les pratiques cultuelles propres à la ville, et la place particulière de la paroisse. Complété par une approche historiographique, le livre apporte ainsi une contribution importante sur la place du religieux dans la cité.
La famille fait-elle bon ménage avec l'argent ? Pour beaucoup d'entre nous, sous peine d'échec ou de réprobation, c'est l'amour, l'affection et la solidarité qui devraient structurer les relations familiales ; et les mondes de l'intimité et de l'économie, sous peine de pollution réciproque, devraient éviter tout contact. Pour V. Zelizer, il convient d'étudier la signification des rapports qu'entretiennent ces deux sphères qui, bien loin d'être séparées, sont imbriquées au quotidien. C'est la tâche que les ethnologues et sociologues se sont ici fixés. Les familles d'allocataires du RMI, montre E. Ribert, préfèrent généralement leur offrir des cadeaux en nature, comme si la monnaie, dans certaines situations, se révélait un mauvais "moyen d'échange". D. Roy identifie les discussions, sur Internet notamment, et les manières de redistribuer l'argent au sein des ménages. A. Martial et S. Cadolle mettent en lumière, dans les couples recomposés, le rôle des nouvelles compagnes dans le maintien d'une relation de solidarité entre les pères divorcés et leurs enfants devenus adultes. Après le décès des parents d'une famille de commerçants, S. Gollac s'est aperçue que les partages prennent en compte non seulement le capital matériel — ici, une boulangerie mais aussi le capital symbolique — la possibilité ou non de faire des études des différents enfants. Quant à F. Weber, elle décrit la succession d'une vieille dame sans enfants à Barcelone qui, profitant des particularités du droit catalan, a privilégié ses "affinités affectives" au détriment du droit du "sang". T. Barthelemy et P. Ténoudji nous entraînent dans des époques ou lieux plus lointains qui ont cependant un point commun : pour les châtelains bretons des 18e et 19e siècles comme pour les Napolitains d'aujourd'hui, c'est à la famille, et non à l'État, qu'il revient de payer pour l'éducation des enfants.
L'ouvrage contient huit contributions qui étudient les rapports entre la médecine, les malades et les institutions sociales, sur une longue durée de l'Antiquité à nos jours : le rôle du médecin dans une société donnée, le traitement collectif des épidémies, la prise de conscience de la nécessité d'une politique de santé, la place de la médecine dans certaines institutions, la prison par exemple, l'émergence de la médecine préventive. Il ne s'agit pas d'étudier les relations personnelles entre le médecin et le malade, mais de montrer l'organisation de la médecine en réseau. Les exemples pris en Italie voisinent avec ceux issus de régions françaises, Bretagne, Normandie, Savoie et Lorraine.
En France, contrairement aux pays d'Europe du Nord, l'histoire rurale porte sur une faible profondeur historique, ses études s'exerçant majoritairement du plein Moyen Âge aux 19e et 20e siècles. Les contributions rassemblées dans le volume restituent à l'époque gallo-romaine les paysages anthropisés et leurs transformations, en France principalement. La collaboration entre plusieurs disciplines archéologiques (carpologie, palynologie, anthracologie…) permet aussi d'approfondir sur le long temps, la gestion de l'espace rural et d'en généraliser progressivement les modèles.
Topographies littéraires du 19e siècle. Colloque de Rouen, 19 et 20 mars 1999
Le volume regroupe vingt-cinq communications présentées lors du colloque. Il revient d'abord aux historiens de situer dans le siècle, les enjeux du rapport tendu entre capitale et province. Les études littéraires se distribuent ensuite autour du paradigme balzacien : l'antithèse des "Scènes de la vie de Province/parisienne" organise les parcours romanesques et distribue les valeurs. La relation Normandie-Paris fait l'objet d'un intérêt particulier, avec Barbey d'Aurevilly, Flaubert, Maupassant et Jean Lorrain.
On ne peut penser l'histoire de la sociolinguistique française sans que s'impose à l'esprit le rôle qu'a joué Jean-Baptiste Marcellesi dans son émergence, dans la constitution de ses spécificités, dans sa reconnaissance institutionnelle, comme dans sa diffusion. Homme de science, enseignant, militant syndical, c'est à l'évocation de quelques-unes de ces figures qu'est consacré le volume d'hommage offert par les membres de l'équipe de recherche qu'il a créée.
À travers les cartes de la presse locale au lendemain d'un scrutin, la géographie électorale est une discipline que chaque citoyen pratique … en amateur. Mais si on veut vraiment comprendre comment vote un quartier, une commune, une région, il faut replacer ces images instantanées de l'opinion dans leur contexte historique et géographique. En dépit de plus d'un siècle de bouleversements économiques, culturels et sociaux, la carte des votes en France demeure stable. La France de l'Ouest (Normandie, Bretagne, Pays de la Loire) en est un des meilleurs exemples.
Pouvoir, culture, identité. Colloque de Limoges, 11-12 avr. 1997
Les dix-huit contributions du volume abordent divers aspects des officiers "moyens" jusqu'alors peu présents dans les préoccupations d'une histoire politique, juridique et sociale de l'état de la première modernité en plein renouvellement. Trois angles d'approche ont été privilégiés : les relations des officiers "moyens" avec l'argent, le crédit public ou privé, les placements fonciers et financiers ; les voies et manifestations de leur domination politique et symbolique dans leurs villes d'exercice ; leur "outillage intellectuel", leurs sensibilités et curiosités culturelles, avec en filigrane une interrogation sur leur éventuelle professionnalisation. Cette brassée de textes, confrontant des situations françaises à des réalités espagnoles et anglaises, est un premier bilan sur ces élites provinciales et secondes du pouvoir. Elle inaugure également un chantier de recherches attentif à ces officiers qui, fort nombreux, incarnèrent l'état de justice et de finance dans les provinces du royaume, tout en adoptant des postures seigneuriales nourries par l'imaginaire.