Pour célébrer le centième anniversaire de Gatsby le Magnifique, les Presses universitaires de Bordeaux publient un recueil d'articles émanant de chercheurs internationaux, qui offrent de nouvelles lectures de l'œuvre de F. Scott Fitzgerald: tant ses romans les plus célèbres, Gatsby le Magnifique et Tendre est la nuit, que des récits autobiographiques un peu moins connus. Les contributions réunies dans ce volume proposent approches novatrices et interprétations stimulantes qui viennent éclairer d'un jour nouveau l'œuvre du grand écrivain, véritable icône de la littérature américaine.
Un important texte inédit consacré aux " leçons de sommeil " que Bosco recevait dans son enfance insomnieuse ouvre le sommaire de ce volume 56 des Cahiers Henri Bosco. L'écrivain y retrace l'influence que les récits que son père lui faisait pour tenter de l'endormir, eut sur sa propre vocation ultérieure de conteur enclin aux songes et aux rêveries. Le dossier critique rassemble plusieurs études d'orientation psychanalytique revenant sur le rôle du rêve ou sur le symbolisme de l'âne dans le " récit pubertaire " de L'Âne Culotte, ainsi qu'une analyse du travail de transposition effectué par Xavier Coste dans son adaptation en roman graphique de L'Enfant et la rivière, et une étude de " l'esprit d'enfance ". Le rôle et la fonction des personnages de bergers dans l'œuvre de Bosco font l'objet d'une importante synthèse et le rayonnement de l'œuvre de Bosco au Japon est révélé à travers une présentation des traductions en japonais de ses œuvres. La rubrique bibliophilique y présente la belle édition de La Clef des champs (alias Pascalet) illustrée par Jacques Houplain, et une bibliographie annuelle des études bosquiennes actualisée pour les années 2020 et 2021 est dévoilée.
Le dossier Jean-Pierre Lemaire est consacré à l'un de nos plus grands poètes actuels (Prix Max Jacob, Grand prix de l'Académie française), dont l'œuvre se situe dans la lignée de celle de Pierre Emmanuel, Jean Grosjean et Philippe Jaccottet. Les liens de Jean-Pierre Lemaire avec le nord remontent à l'enfance et justifient la publication du numéro dans la revue. Deux monographies déjà anciennes (2004, 2008) ont été pour l'instant publiées sur ce poète et ce numéro de nord' prendra en compte les derniers ouvrages parus (Faire place, Le Pays derrière les larmes).
Le n°11 fait la part belle aux inédits de Giono, avec la publication, assurée par Jacques Mény, des correspondances de l'écrivain avec Louis Brun, directeur des éditions Grasset, et Henri Pollès, libraire, qui fut le principal " pourvoyeur " de la bibliothèque de Jean Giono. Ces deux ensembles de documents présentent un intérêt exceptionnel pour la connaissance des relations ambiguës de Giono avec le monde de l'édition, et son commerce avec les livres. Autre inédit, le texte du journal et des carnets de travail de l'écrivain, édité par Christian Morzewski, et qui couvre dans ce volume les années 1959 et 1960, apportant un éclairage nouveau sur l'intérêt de Giono pour le théâtre, avec un étonnant projet d'adaptation par ses soins de son grand roman Le Chant du monde. La partie critique du volume reprend les communications prononcées à l'occasion des " Rencontres Giono " de 2017 à Manosque, placées sous le signe de la " cause animale ". Les relations des œuvres et des personnages de Giono avec le monde animal, réel ou métaphorique, y sont explorées par les meilleurs spécialistes (Alain Romestaing, Marie-Anne Arnaud, Sophie Milcent-Lawson…). Enfin et comme dans chacun des volumes de cette revue très soignée, un luxueux cahier iconographique en couleurs présente une " belle édition " de l'œuvre de Giono, ici celle de Colline illustrée en 1931 par Amédée de La Patellière.
Publié en 1989, L'Acacia est un roman-seuil, un roman-somme aussi. Largement nourrie de l'histoire familiale et personnelle de Claude Simon, mais aussi des œuvres antérieures, cette fiction croise deux fils principaux : l'histoire des parents issus de milieux que tout oppose, et l'expérience d'un jeune homme qui, après avoir voyagé dans l'est de l'Europe, vit au plus près la débâcle de mai 1940. À la croisée de ces deux fils, la guerre, qui voit le père tomber dans les premiers jours du conflit de 1914, tandis que le fils, qui a survécu, ne peut retrouver une part de son unité perdue que dans l'écriture. Près d'un quart de siècle après la parution de L'Acacia, le temps est venu de faire le point sur les lectures consacrées à ce roman, mais aussi d'ouvrir de nouvelles perspectives. Entretien avec Claude Simon, bilan critique, études, documents d'archives, matériaux d'écriture, paroles de lecteurs (dont un texte de Maylis de Kerangal) : autant de cheminements autour d'une œuvre majeure auxquels invite la présente livraison des Cahiers Claude Simon, et qui témoignent tous à leur façon de la vitalité inépuisable de L'Acacia.
Quels liens subtils rapprochent le personnel du cycle romanesque de Solal, la voix lyrique des monologues intérieurs de Belle du Seigneur, les instances narratives des essais et le discours épidictique dédié à Winston Churchill? Question a priori complexe. Foisonnante, parfois débordante dans sa polyphonie, l'œuvre de Cohen s'organise pourtant autour d'une ligne de force qui n'est pas immédiatement perceptible, celle de la table. Constituant un réseau de signes qui affleurent dans les textes, le champ de la nourriture se transforme en un langage porteur d'obsessions récurrentes. Poids des origines, héritage des traditions, comédie de l'amour, questionnements métaphysiques, tous les domaines s'évaluent à l'aune du comestible. Manger, c'est donner un sens à son existence. Mordre dans un chocolat, c'est goûter le présent et ses gourmandises, mais aussi renouer avec un passé inquiétant. De cet univers ambigu émerge cependant Mangeclous, le " vainqueur éternel ". Conviant les Valeureux à partager maints festins plus ou moins transgressifs, le personnage excède les contours de la figure burlesque pour sublimer le prosaïque. C'est par son regard que surgit la vision d'un monde dont la quête est celle d'une sagesse à hauteur d'homme. Refusant les codes d'une bourgeoisie vaudevillesque, Mangeclous élève l'appétit au rang de vertu, prône avec ironie les mérites du mensonge et érige le plaisir de manger en règle de vie. Nouvel avatar des géants rabelaisiens, ce prophète comique ne s'épanouit que dans le paradoxe et l'amour des nourritures.
Venus d'horizons divers, les contributeurs ici rassemblés se penchent sur des oeuvres et des pensées de toutes les époques pour mettre en évidence l'unité de la chose littéraire dans la profusion de ses expressions, montrant en quoi la complexité, quand elle prend la forme du foisonnement et de la diversité, pose toujours aussi la question du sens. C'est précisément cette dialectique de l'abondance et de la cohésion qui n'a cessé d'être présente dans les travaux de Françoise Haffner à qui ce volume veut rendre hommage.
Les livres sont aussi des bibliothèques. Dans la salle de lecture de celle que constitue celui-ci, on peut croiser, entre autres, Thomas Bernhard, André Breton, Blaise Cendrars, Pascal Quignard, Pierre Michon ou encore Philippe Sollers, qui y forment une petite communauté provisoire. Chacun de ces lecteurs singuliers vient là pour des raisons diverses : pour voyager, dénombrer, rêver ou encore interpréter. On y rencontre aussi l'auteur qui s'interroge sur cette étrange passion – lire – dont il soupçonne qu'elle cache quelque chose. Il semble que chacun de ces lecteurs ait trouvé dans le livre un objet d'amour. Un objet d'amour qui en remplace un autre.
La plupart des romans policiers de Dorothy L. Sayers sont disponibles depuis des années en version française. Cependant, Le cœur et la raison, le plus connu et le plus vendu de ses romans dans le monde anglophone publié avec le titre Gaudy Night, n'avait jusqu'à ce jour jamais trouvé de traducteur.À mi-chemin entre le roman policier classique et le roman traditionnel, Le cœur et la raison plonge le lecteur dans l'ambiance de l'Angleterre des années trente où les femmes luttent pour leurs droits, inquiètes face à l'idéologie qui s'impose dans l'Allemagne nazie. Sayers parvient à créer une intrigue passionnante, émaillée de lettres anonymes et de menaces de mort, ayant pour toile de fond, une réflexion profonde sur les valeurs universitaires et les conditions nécessaires à l'épanouissement de chacun dans le couple.Comme le constate la romancière P.D. James en 2009 : " Le cœur et la raison est un mariage réussi du roman à énigmes et du réalisme social. C'est la démonstration même, pour moi qui suis écrivain aujourd'hui, qu'il est possible de construire un polar crédible et fascinant, et de l'associer à une thématique d'une grande subtilité psychologique ".
Artisan des mots, magicien du verbe, l'écrivain brésilien João Guimarães Rosa (1908- 1967) a construit une œuvre monumentale par la singularité de son univers imaginaire. Les contributions réunies dans cet ouvrage, à l'occasion du centenaire de sa naissance, revisitent cette œuvre ancrée dans l'imaginaire du sertão de Minas Gerais - " un lieu de la taille du monde ". Il constitue un guide indispensable pour le lecteur qui veut s'aventurer à traverser ce territoire imprévisible et fascinant. Les approches critiques plurielles y explorent les thématiques liées aux rapports entre mémoire, territoire et identité, ainsi que le dialogue que son œuvre instaure avec les traditions littéraire et philosophique ou avec d'autres formes d'expression artistique. Ces études mettent en relief le caractère dense, poétique et pluriel de l'écriture de João Guimarães Rosa qui nourrit ses contes, nouvelles et son roman Diadorim, que Mario Vargas Llosa considère comme " l'une des œuvres formellement les plus abouties du siècle
Arthur Schnitzler est aujourd'hui, en France, à côté de Hugo von Hofmannsthal et de Stefan Zweig l'un des écrivains autrichiens les plus connus. La réception française de son œuvre a été cependant partielle et mouvementée : alors que l'écrivain viennois souhaitait être reconnu pour ses œuvres de grande envergure, les éditeurs et directeurs de théâtre français leur ont préféré ses récits et ses nouvelles ainsi que ses pièces en un acte. La critique le présentait comme le " maître de la petite forme ", comme un écrivain " léger ", plus proche de l'esprit " latin " des français que de l'esprit allemand (prussien) des écrivains berlinois et, par conséquent, plus facile à " consommer " par le public français. Cette image s'avère être liée à une certaine représentation que les Français pouvaient avoir de l'Autriche et de la culture autrichienne, voire viennoise, du tournant du XIXe au XXe siècle.Le présent livre suit les méandres de cette réception, en proposant, pour la première fois, une étude fouillée de la correspondance (en grande partie inédite) de Schnitzler avec ses relations françaises (traducteurs, éditeurs, agents littéraires et directeurs de théâtre) et en se basant sur les traductions faites entre 1894 et 1938, ainsi que sur les réactions critiques que celles-ci ont suscitées.