Des morts apparaissent dans les bunkers des îles Anglo-Normandes, dans les foyers vietnamiens daprès-guerre, dans les plaines désolées de Sibérie, dans les villages médiévaux italiens ou dans les salons bourgeois européens , des morts apparaissent aux prêtres taoïstes, aux moines bénédictins, aux adolescents curieux ou aux hommes courageux , des morts apparaissent et obligent les vivants à les accueillir, à leur ménager une place dans un monde ébranlé par lévénement saisissant de leur surgissement , des morts apparaissent ce sont les fantômes.
Écrire... ou communiquer des mots avec des images. À léchelle de lhistoire humaine, lécriture est une invention récente et on en a longtemps cherché la raison : fut-elle conçue pour ladministration, la propagande, le culte ? Mais lécriture se laisse rarement réduire à une seule fonction. À peine apparue, hier comme aujourdhui, elle est recyclée pour les usages les plus divers : communiquer avec les Martiens , servir les rébellions autant que lÉtat , reconvertir des motifs décoratifs en lettres , transformer les emblèmes du pouvoir en objets de culte. Portrait sur le vif dune anthropologie de lécriture en complet renouvellement, ce numéro mêle ethnographie, archéologie, sciences cognitives, histoire, pour suivre les naissances et les transformations de lécrit.
L'invention de l'arme atomique a confronté, pour la première fois, l'humanité à l'éventualité de sa destruction totale , elle a matérialisé la possibilité d'une apocalypse imminente, et absolue. Comment alors qualifier l'expérience apocalyptique de sociétés amérindiennes menacées de disparition ? L'apocalypse n'est jamais partielle, elle est plurielle. Ce n'est pas toujours le même monde qui s'effondre : l'humanité ici , la tribu là-bas , ailleurs, la culture. Chaque apocalypse représente une fin mais aussi un monde : une communauté morale conçue, dans l'anticipation de son anéantissement, comme un ensemble social total. Ce numéro explore la diversité des apocalypses et des mondes qu'elles vouent à l'annihilation.
Censurer suppose une certaine idée de la liberté, de l'individu, de l'expression publique. Censurer suppose également des manières précises d'envisager des effets de la parole, du son ou de l'image. À rebours des débats sur les limites de la liberté d'expression, ce numéro explore les formes et les normes, souvent subtiles et parfois contre-intuitives, du silence contraint. De la censure d'État à la nécessité de taire le secret initiatique, entre les silences que l'on s'impose et ceux imposés aux autres, chaque censure produit des sujets, des relations et des résistances : que fait-on quand on fait taire ?
Ce numéro entend proposer une plongée dans des diplomaties parallèles, en accordant la primauté, selon la ligne éditoriale de la revue, aux études de cas et à l'ethnographie. Les doctrines diplomatiques y seront interrogées à la lumière des pratiques concrètes des acteurs, en partant du principe que la diplomatie est d'abord un art de la communication. Qui assure la fonction de diplomate dans les sociétés qui n'en disposent pas traditionnellement? Quel rapport (délégation, incarnation, etc.) le lie au collectif au nom duquel il parle? Quelles procédures de traduction met-il en oeuvre entre mondes langagiers, conceptuels et politiques hétérogènes? Qu'implique la multiplication des échelles désormais concernées par le jeu diplomatique? À quoi enfin la diplomatie s'oppose-t-elle? Dans l'optique de décoloniser cet art, une attention particulière sera portée à la diplomatie des vaincus. Ce sont en effet typiquement eux qui ont été contraints à la créativité au cours de l'histoire.
La figure bricolée du bandit est au centre de ce numéro spécial : nous souhaitons ici explorer les processus de fabrique des mythes de bandits et leur articulation aux pratiques concrètes de ces bandits dans des économies politiques violentes, pour étudier leur transformation en modèles d'autorité toujours plus populaires ou en objets de cultes.
Les raisons qui poussent tant de gens, ici ou ailleurs, à nouer des relations privilégiées avec des non-humains, jusqu'à leur donner l'apparence de la plus parfaite félicité conjugale, restent encore mal comprises. Explorant une dimension peu étudiée du " rapport " aux objets - le rapport amoureux -, ce numéro décrypte les scénarios qui permettent aux humains d'avoir des liaisons avec toutes sortes de partenaires : squelette, orgue, arbre, voiture, chatbot ou bonhomme en massepain... Il interroge, ce faisant, les peurs ou interdits qui peuvent frapper ces amours irrégulières : en quoi sont-ils révélateurs des valeurs défendues par un collectif et de la façon dont il structure ses rapports au non-humain ?
Comment sonder l'infinie altérité de l'être ? Ce numéro examine la manière dont les troubles mentaux sont devenus, dans nos mondes contemporains, le lieu par excellence d'expérimentation et d'exploration de l'humain. On y rencontrera des neurologues idéalistes, des singes dépressifs, des poètes volubiles, des maquettes de ville verte et des investisseurs de data capitalism. On y partagera l'expérience si troublante des hallucinations, obsessions, délires, et autres désordres de l'esprit. On y apprendra, aussi, comment les traitements de la folie et les expériences qu'elle suscite irriguent les projets du monde de demain.
Cest la diversité des manières dêtre complice ou accusé de complicité que ce dossier propose dexplorer. À travers une série de cas ethnographiques, allant des mondes sociaux de la criminalité jusquaux théâtres de guerre, il interroge les ressorts de la complicité, mode de responsabilité complexe qui sétale de linaction jusquà lengagement zélé.